PRÉFACE. XVII
conséquences ordinaires et prévues. Mais plus îUe erreur usée se croit jeune, plus elle s'enhardit» lus elle se propage , plus de son côté la science
Tesprit doit se fortifier elle-même et vaincre le fois encore l'ennemi tant de fois vaincu.
anmoinSy sans dédaigner un tel adversaire, sans li ménager aucune des attaques qu'il mérite , aucun des coups qui lui sont dus» ce serait se tromper que d'exagérer sa force réelle et sa durée probable. Le matérialisme contemporain porte en lui-même un germe de mort que chaque jour nourrit et développe : il est en pleine contradiction avec les aspirations libérales de notre temps. Qu'est-ce en effet que la liberté que l'on aime, que l'on désire, que Ton appelle à l'heure présente? Est-ce un attribut de la matière? Est-ce une puissance des corps? La liberté, dans sa plus pure essence, c'est le pouvoir de choisir d'abord et d'agir ensuite conformément à son choix, dans les limifes de la loi. Or, la matière choisit-elle ses mouvements, son but, ses formes; agit-elle conformément à un choix? Non : la matière est partout l'instrument aveugle de la nécessité : elle s'agrège ou se désagrège, se dilate ou se contracte, tombe vers la terre comme la pierre, ou rayonne comme la chaleur, sans pouvoir ni rien changer à sa destinée ni entrer par elle-même dans la voie du plus humble progrès. Comblez, si vous pouvez, la matière de toutes les
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libertésdoDt Tespoir et la passion nous enflammi elle ignorera également la valeur de ce don ei puissance féconde qu'il confère à ceux qui le çoivent. C'est que la liberté n'appartient qu'à l'ai douée de raison, à cette âme qui, dès qu'elle a pris à se regarder, se voit et se déclare distin^ non-seulement des corps en général, mais même corps particulier auquel elle est enchaînée. AIj affirmer qu'on est libre et affirmer qu'on a une k\ c'est tout un. Au contraire, être homme et ni qu'on ait une âme c'est, qu'on le veuille ou noi aier en soi-même la liberté morale et abdiquer dt même coup toutes les libertés. Si quelques théoriciens matérialistes sont prêts à signer cette abd» cation, si d'autres l'ont même déjà signée, l'esprit de notre époque y répugne absolument et la repousse. Par là, notre temps est avec le spiritualisme, mais trop souvent sans le savoir ou sans y consentir. Que la philosophie persévère; qu'elle redouble d'efforts et d'ardeur et elle verra la raison publique mieux éclairée rattacher de plus en plus la conséquence à son principe et croire autant à Tâme qu'elle croit à la liberté.
Nous devons, en terminant, avertir le lecteur que ces Études ne sont point inédites. La première a paru en juin 4863 dans le Journal général de V Instruction publique . La seconde, publiée en 1853 sous forme de thèse, et dont la première édition
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complètement épuisée, n'a été admise dans le int volume qu'après une révision scrupuleuse nous en avons modifié les conclusions trop ères(l) à l'égard d'Aristote.
Les deux dernières Etudes ont été écrites pour le i des Savants, dont le bureau avait daigné tus les demander, sur la bienveillante proposition nos excellents maîtres, MM. Victor Cousin et irthélemy Saint-Hilaire. Profondément touché et >nnaissant d'un tel honneur, nous avons donné plus grands soins à la préparation et à la com- ]X)sition de ces travaux sur Plotin et sur Abélard^
C<) Deux remarques sont nécessaires au bujet de cette seconde Étude. iTabord^ nous ne nous y sommes nullement proposé de refaire le brillant et le solide ouvrage de M. Jules Simon, intituft Études sur la Théodicée de Platon et tFAristote, lequel, certes, n'a pas besoin d*étre recom* mencé. Notre but a été surtout d*exposer dans toute son étendue la (ioetrine d'Aristote sur la naiurc, et de montrer qu*Aristote a trans* porté a la nature certains pouvoirs qu*elle n'a pas, môme dans son système; de sorte que, d un côté, Dtca ne sait pas ce que fait la nature, ^[ que d'autre part, la nature qui fait tout, ne sait pas ce qu'elle fait. Aiasi se trouve non pas répétée, mais seulement confti'mée pur des ar^ gumeuts différents, ia démonstration, si forte d'ailleurs, de M. Jules Smon. — Notre seconde remarque ï regard de cette Êtsde, e*est qu'on y verra cité plusieurs fois le traité des Plantes. Nous savons que ce traité n*est pas de la main d'Aristote, mais il a une telle saveur péripa- Ulicicnne, et tout y est tellement conforme aux principes de la Métii' physique, de la thysique^ ùuTraitéde Vdmeyeic. etc., que ce livre ne peut être sorti que de l'école d'Aristote. Il ne serait même pas téméraire de conjecturer qu'il a pu être rédigé par Ttiéophraste sur des notes OQ d'après des leçons de son maître. Voilà pourquoi nous n*avous pas hésité à nous y appuyer — Sur ce traité et ses origines probables, il faatlireM. J. Barihéleniy Saint-IIilaire : Dictionnaire des sciences philosophiqties,Brik\e Aristote; et Traduelionde la Météorologie d^ A* fime (4863), pag. 3, note du §3, et p. 357, note du § 13,