XX PRÉFACE
et nous nous sommes efforcé de pousser un | plus avant les recherches de nos savants prôj cesseurs, à Taide de leurs lumières et en suivi modestement leurs traces. L'étude relative à personne et aux doctrines d'Abélard a pu être i imprimée ici telle qu'elle avait paru dans leJoum des Savaîits (1). Quantau fragment sur Plotia , f( avait fourni matière à trois articles, après en avd repris et longuement approfondi le sujet pendii une année au Collège de France, nous Tavons i^ fondu et resserré, nous en avons retranclié toi ce qui était déjà admis ou assez éclairci, et, k sistant principalement sur les contradictions d la théodicée contenue dans les Ennéades , non avons tâché d'en faire une monographie doi l'ensemble et les détails nefussenlpas sans quelqii utile nouveauté.
(4) Cahiers de juin et juillet 4862, et (J'aviil et mai 1863
Belle\iie*soaB-MeudoQ, 21 janvier 186i.
ÉTUDES
DE
Le Principe vital ou TAme ▼égétatiTe, d'après Aristote
et d'après les modernes.
^ 11 7 a une science de Tesprit, beaucoup de gens la nient ;
: d'autres^ sans la nier^ la dédaignent; d'autres^ sans la nier ni la dédaigner^ la n<^gligent, croyant avoir mieux à faire que de Tétudier. Cependant, elle est, elle dure.
L'histoire de ses plus grandes époques est écrite; elle compte un certain nombre de vérités acquises que les sciences voisines lui empruntent; elle a enfin son persontiel de chercheurs^ qui ne désespèrent nullement d'étendre ses limites actuelles (1).
(4) La présente anuée philosophique (1863) s'est ouverte par la publication de quatre ouvrages importants à divers titres : la Philo* wpMe du bonheur^ par M. Paul Janet; V Aliéné, par M. Albert Lemoinc; la Psychologie de Platon, par M. Chaignet; la Psychologie de saint Augustin, par M. Fcrraz. Les ouvrages dont nous allons parler sont un peu antérieurs 2i ceax-là.
î ETUDES DE PHILOSOPHIE.
Cette science, à Theure qu'il est, semble animée d'ui^ activité recrudescente. Elle est mëme^ dans certaiuei régions, agitée par une sorte .de fièvre d'impatience. La^ elle se plaint que ses plus illustres représentants contem* porains lui aient mesuré l'espace ayec trop de parcimonie^ et, estimant que ses ailes sont enfin poussées, elle aspire i prendre un vol plus libre et plus hardi au delà de la ten^ natale et des champs paternels. Cette ardeur est noble^ belle, digne des plus grands éloges comme des plus sérieux encouragements. Mais, d\in autre côté, il serait fâcheux soit que cette force, si utile aux vrais progrès de h science, s'all&t dépenser tristement dans de vaines aventures, soit que, par excès de réserve et de timidité, elle denaeurât infécondé. Il est donc opportun, croyons «nou^i de se rappeler à quels procédés la psychologie a dû ses précédents succès, afin d'assurer par les mêmes voies sa fortune à venir; il n*e$t pas moins à propos d'apprécier les moyens d'avancement que l'on invoque et les résultats qu'ils ont produits, afin de recourir à des méthodes nouvelles, si les anciennes ne suffisent plus .
Après de longs siècles d*efibrls, la science de l'homme^ qu'on appellera si l'on veut anthropologie, est entrée, de notre temps, en pleine possession de sa méthode (4). Cette science sait désormais qu'elle embrasse trois sortes de
(1) Notre maître direct en psychologie a été M.' Adolphe Garnier. Nous avons été assez heureux pour entendrti ses legoos pendant notre première année d'École normale. Depuis, nous avons lu et médité à diverses reprises son vaste et savant ouvrage en trois volumes sur Les Facultés de VÂme, où la méthode d*observation est appliquée avec tant de finesse» de variété et de sagacité pénétrante. G*est sur les traces de ce guide excellent que nous nous sommes efforcé de mar' cher dans la recherche de certaines vérités esthétiques et psychotogi-
piestioQs : les questions psychologiques^ les questions ihysiologiques et les questions mixtes qui sont à la fois ^ychologiques et physiologiques. Elle essaye de résoudre les premières avec la seule conscience^ ou sens intime ; les lecondes, avec la perception extérieure; les troisièmes, ivec Tun et l'autre instrument. Elle croit que Tinduction ne doit être employée, en ce qui touche les faits, que pour les généraliser quand ils sont directement observables, ou pour les atteindre indirectement quand ils ne sont pas immédiatement saisis. En ce qui touche la cause, elle es* lime que, si cette cause est psychologique, elle est perçue sans intermédiaire par la conscience, et que, si cette cause n'est pas Tâme; elle ne peut être affirmée que par induction. Elle tient que, dans tous les cas, Tinduction ne doit s'appuyer que sur des faits clairs et bien constatés et non sur des phénomènes obscurs, encore moins sur des perceptions absolument douteuses. Quant aux preuves a priori ou purement rationnelles, la science deThomme, qui est par essence une science d'observation et d'expérimentation, n'admet ceâ preuves que sous la condition expresse que les faits ne les contredisent point.
La majorité des psychologues reste fidèle à ces règles. Mais sur Tune d'entre elles l'accord est rompu et quelques dissidences se font jour! On prétend que l'âme peut être
ques. \ regard de la qaestion qui va nous occuper, M. Adolphe Carnier nous a encore montré la Yoie« soit par ce même Traité deê FaeuUés de VAme (V. notamment t. I, p. 53 et suiv., ~ p. 4 et suivO« soit par son Rapport à l'Académie dei sciences morales et politiques^ fiurrouvrage de M. S. Bouillier, ainsi que sur ceux de MM. i'abbôThibaudier et Boachut; ce rapport, œuvre de hante critique pbitosophique, fera autorité dans le débat.
cause directe et acli\e de certaios phénomènes dont e n'a point conscience et qu'il lui est impossible de ramec ni sous l'œil du sens intime ni sous la prise^ ou da moi sous l'influence immédiate de son pouvoir personnel ; < comme cette théorie inquiète un peu même ceux qui Fij troduisent et la défendent^ ils éprouvent le besoin de Ta puyer sur certains témoignages de la conscience doi la signification et la portée sont encore débattues. D'autr observateurs^ quoique très-amis du progrès eux aussi ^ rc sistent à Tattrait de ces nouveautés hardies^ et maintiec nent le principe de Joufiroy, que l'ftme n'est cause que de phénomènes que la conscience lui attribue ; seulement il appliquent ce principe plus largement. Ainsi les un avancent^ mais on suivant la route ancienne et tracée; le autres veulent avancer en se jetant dans un chemin d< traverse, lequel pourrait bien être, pensent-ils, la roul( xéritable. Qui â raison? Qui a tort? Nous nous proposons de le chercher dans cette étude à Toccasion des récents ouvrages de MM. Francisque Bonillier (<), Albert Lemoine (2) et F. Bouchut (3).
(J) Ùu principe vital et de l'âme peniante^ par M. F. liouilHer, cor responUant de l'Iuâtilut, doyen de la Faculté des lettres de l}00 Paris, J.-B. Baillièro.
(5) L'Ame et le Corps, par M. Albert Lomoine. Paris, Didier.
(3) La Vie et ses >l//r/^if/«,par M. E. Buuctiut, médecin, professeur agrégé h la FucuUc de méàtcine. Paris, J.-B. Bailliëre.
Nous iruublierons certes pus de mentionoer à côté des précédent! ouvrages celui de M. Tissot, la Vie dans l'homme {t vol. ii)-8«, Victof MassoD). t.e savant, le fécond, le vaillant doyen de la Faculté d4 lettres de Dijon s'ebt vivement épris du problème qui nous occupe, flj Ta étudié sous tous ses aspects et sondé avec une curiosité méthodique et ingénieuse.
C'est à propos de Tanimisine que la question de méthode dont nous venons de parler a été récemment discutée à ûouveau L'homme a-t-il deux âmes, l'une pour penser, sentir et vouloir, l'autre pour faire son corps? Là-dessus les uns répondent : L'homme n'a pas d'Ame du tout ; d'autres : L'homme a deux âmes, savoir, le principe vital et l'âme pensante; d'autres enfin : L'homme n'a qu'une âme, qui est à la fois le principe de sa vie morale et intellectuelle, et le principe de sa vie physiologique. Ces derniers
sont les animistes^ parmi lesquels se range, en faisant ses réserves, M. F. Bouillier. Pour l'histoire de la question, nous n'avons ni à l'écrire ni à la résumer : M. Francisque Bouillier s'est acquitté de cette double tâche avec une étendue de science, une fermeté de style et une vigueur de dialectique que nous sommés heureux, de louer après beaucoup d'autres. Son Mémoire d'abord, son livre ensuite, ont conquis l'attention et l'estime de tous ceux qui aiment la philosophie. J'y renvoie ceux qui désireront savoir à qael point il a pris le problème. Je le prendrai au point où il Va laissé; et, pour ne pas redire, en les affaiblissant, les choses qu'il a exprimées lui-même ou dont il a provoqué l'expression, j'aborderai la difficulté presque directement et en suivant le conrs d'anciennes études auxquelles je m'étais moi-même livré sur le même sujet.
Dans un Mémoire sur Stahl lu à l'Académie des sciences morales et politiques et devenu depuis un livre important, M. Albert Lemoine prononce contre l'animisme l'arrêt que voici : a Oui, l'animisme est mort, et souhaitons, » pour le progrès de la science philosophique et médicale.
» qu on ne le ressuscite jamais (<). » Dans sa conclusion M. Albert Lemoine reproduit sous une autre formels même sentence : « L'âme, dit-il^ n'est pas le principe d( » la vie; elle ne préside pas aux fonctions organiques: » son domaine est plus restreint (S). » Le drapeau .ains abattu par M. Lemoine, M. F. Bouillier le relève d'ane main vigoureuse et s'écrie à son tour : c< Quoi de plu* dangereux que de mutiler Tâme par le retranchemenl h d'unede ses attributions essentielles?» Non, cependant, que M. F. Bouillier soit stahlien ni M. Lemoine duodynamiste. Mais, pendant que celui-ci n'est animiste à aucun degré, celui-là Vest autant qu'on le puisse être dans un temps où la science a fermé la porte aux exagérations de Stahl. Entre ces deux opinions relativement extrêmes, n'y aurait-il pas un parti intermédiaire plus voisin de la vérité? Nous inclinons à le penser. Ce moyen parti ne serait-il pas l'animisme lui-même, Tanimisme le plus acceptable, celui qui, refusant d'aller plus loin que l'évidence, entraînerait le moins de contradictions et de sacrifices? Nous penchons singulièrement à le croire. Or, comme c'est en lisant attentivement les ouvrages d'Aristote que cette opinion s'est formée dans notre esprit, nous parlerons de l'âme nutritive telle que l'a conçue Aristote, et nous nous demanderons si ceux qui, comme M. Bouillier, invoquent, non sans raison, l'autorité de cet admirable génie, ont bien aperçu les sages limites dans lesquelles il a su contenir sa célèbre théorie.
(0 Séances et travaux de TAcadémie des sciences morales et politiques publiés par M. Ch . Vergé, Urne XiJI, p. 479. (2) Ibia, tome XLV, p. 346.
Certes il n'y a en philosophie d'autre auto^té que eelle de l'éTldence, et le plus modeste professeur qui proute ce qu'il affirme a plus dé droits à notre adhésion que Vintelligence haute et superbe qui laisse tomber de ses lèvres des jugements aussi peu démontrés que des oracles. Mais, outre quelle génie a des éclairs qui signalent vivement les points où doit s'attacher la pensée, il cède lui aussi habituellement^ sinon toujours^ à la nécessité d'établir soUdement ses conceptions^ et enfin un instinct secret de la mesure le retient souvent sur les pentes glissantes où d'autres s'imaginent qu'il a roulé jusqu'en bas.
Il y a vingt manières d'être panthéiste, disait un jour un grand esprit qui s'y connaît. De même il y a plus d'une façon d'être animiste^ s'il suffit pour mériter -ce nom de ne croire ni à l'existence d*un principe vital, ni à l'organicisme, ni à l'iatrochimisme et d'affirmer simplement que l'intervention de l'âme est indispensable à la nourriture et à la conservation du corps. Mettez ensemble dix animistes : ils se réjouiront de se compter et de se trouver nombreux. Mais demandez à chacun de définir et de préciser son animisme^ de le circonscrire, de dire où il commence et où il finit, alors éclateront les difPérences, et le groupe, homogène tout à l'heure quand on restait dans le vague, se brisera en dix fractions. Âristote est animiste ; rien de plus vrai. Aristote est le véritable père de l'animisme, dit M. Albert Lemoine, et cela est parfaitement exact. En effet, M. Ed. Chaignet a fait voir, il y a quelques jours, dans sa remarquable thèse française (1 ) , que les vues de Platon sur la cause de la vie ne peuvent guère être ramenées à une
{\) Sur la Psychologie de Platon, thèse annoncée au début de ce travail.
doctrine animiste. On a donc rnsen de donner la tliéori ansfotéliqne de Fàme nniriti¥e pour point de départ î Fanimisme et de démontrer qu'elle est rigooreuseaien pare de tout dnodynamisnie. Mais ce n'est point assez . 1 faudrait pousser plus loin et nous dire jusqu'où s'étend, dans les fonctions de la yie, l'action effective et directe d< l'âme nutritive et où s'arrête cette action. Là est le nœud de la difficulté historique quant à Arislote et de k difficulté théorique quant i la vérité ou à la fausseté de rnnimisme en lui-même.
Dans ses recherches sur l'âme, Âristote a une méthode apparente qui est très-défectueuse> et une méthode réelle qui corrige à son insu et remplace presque sa méthode apparente. De même il a un animisme apparent^ lequel, au premier aspect^ semble radical, absolu, et c'est à celuilà que s'est arrêté M. Francisque Bouillier; mais dans ses traités physiologiques autres que le traité De l'Ame se jessine un autre animisme plus discret, plus restreint et, sauf quelques réserves que nous ferons, assez voisin d'un animisme que la seule conscience suffit à constater^ sans recourir à la physiologie.
On sait qu'au début du traité De rAme, Aristote pose en principe que c'est au naturaliste qu'il appartient de découvrir et de dire quelle est la naturede Tàroe (1). Bien plus^ il ajoute qu'on ne saurait connaître l'âme qu'à la condition de l'avoir au préalable étudiée dans tous les êtres animés (2) . Or, même appliquée à la connaissance de l'âme dans tous les êtres qui en ont une, cette méthode
(4) Traduction de M. Barthélémy Saiiii-Hilaîre, page 404, liv. I, ch. .],§44.
(î; IMd.f page 99, livre î, cii. i, § 4.
esl encove fausse, puisqu'on ne peutallrrà Tinconnu qu'en partant du connu et que la première^ et mèiue la seule ime qui nous soit connue en elle-même^ c'est la nAtre. Mais qu'on ne s'y méprenne pas : Arisfoto, qui dès Tabord met contre lui les apparences en blâmant ceux qui se préoccupent trop de Tâmo humaine, Aristote a imité d'avance et imitera ensuite ces psychologues à son avis intempérants. Où a-t*U reconnu en effet que Tâme n'est pas le corps; ou a-t-il vu qu'elle meut le corps par une sorte de volonté? Est ce dans la nature ou dans sa conscience? Et si les philosophes en quête de l'âme ont tort dese cantonner dans leur for intérieur, pourquoi cet intime recueillement a-t-il fourni à Atistote les plus nombreuses et les plus admirables pages de sa psychologie? EnGn^ quand il écrivait la Morale à Nicomaque; quand il analysait avec une profondeur et une sûreté qu'on n'a guère égalées les actes volontaires et involontaires de l'homme^ les êtres inférieurs n'avaient rien à lui dire, et c'est au spectacle de la seule âme humaine que son génie s'éclairait.
Pareillement, s'il s'agit de l'animisme d'Aristole, gardons-nous de prendre trop à la lettre les formules brèves et absolues du traité De l'Ame, Ces phrases condensées, ces définitions qui semblent avoir été portées par un puissant effort au suprême degré de la concentration, en disent moins, peut-è're^ qu'elles ne sont grosses. Comment le maiire les expliquait-il en se promenant avec ses disciples dans le Lycée? iNous devons tâcher de le savoir, et lorsque Aristote, en terminant son chapitre sur la Nutrition (<),
(t) De l'Ame, livre II, ch. \y, § 46, traduction de M. 6. Saînt-Hilaire.p. 497.
nou&aYertitlai^méme que ce n'est qu'une esquisse^ ef qoé les développements sont ailleurs^ ne négligeons pas de consulter les traités. spéciaux auxquels il prend soin dénoua renvoyer.
Voici premièrement, d'après le traité De VAmé^ l'en* semble de la théorie du Nutritif (tô BpnzTivA^), comme Tap* pelle Aristote.
Nous appelons, dit-il, facultés de Tâme le nutritif, les appétits, la sensibilité, la locomotion, la pensée (I). Il faut tout d'abord parier de Talimentation et de la génération, car rame nutritive se retrouve aus&i dans les autres às^es; et c'est la première et la plus commune des facultés de ràme^ celle par laquelle la vie appartient à tous les êtres animés. Ses actes sont d'engendrer et d'employer la nourriture s (nç èariv eoyoL ysvvwat x«i TjOoy^ ;^pri(T3f<T6«') (2).
. L'âme est la cause et le principe {n-zix xa't àox^) du corps vivant. Elle Test suivant les trois modes déterminés de la cause ; car l'âme est cause, en ce qu'elle est le principe même d'où vient le mouvement {o©5v h -/tvïî^rîç awTyj), ce en vue de quoi il a lieu, et en tant qu'elle est l'essence des corps animés. Vivre, pour les êtres qui vivent, c'est êtrej' et la cause et le principe de tout cela, c'est l'âme (3). •
L'âme nutritive est cause de mouvement. En eflFet, qu'est -ce qui réunit ici (dans la nutrition) le feu et la terre portés en sens contraires? Us se sépareront sans doute s'il n'y a pas quelque cause qui les en empêche ; et, si cette cause existe, ce ne peut être que l'âme, et la cause qui fait
(1) De VAme, liv. II, th. m, édit. Trendelenbarg» p. 44; trad. citée, p. 481.
(2) Ib., ch. IV, Trendelenburg, p. 44; trad. citée, p. 487.
(3) Ib., ib., Trendeleoburg, p. 45; trad. citée, p. 489.
I premiêrh; étude. 4I
qae les plantes^ par exemple^ croissent et se nourrissent. Quelques philosophes ont pensé que la nature du feu est la cause absolue de la nutrition et de l'accroissement. Il est bien possible qu'il y contribue avec d'autres causes; mais il n*en est pas exclusivement cause^ et cVst bien plutôt rame. L'accroissement du feu s'étend à l'infini, tant qu'il y a du combustible; mais^ dans tous les corps formés par la nature^ il f sl une limite et un rapport de grandeur et d'accroissement. Or ceci appartient à l'âme et non au feu, au rapport plutôt qu'à la matière (4).
Il n'est pas moins clair que l'âme (nutritive) est cause aussi en tant que cause finale ; car^ de même que Tintel- ^ligence agit en vue de quelque fin^ de même aussi agit la nature ; c'est une fin qu'elle poursuit, et cette fiu^ dans les animaux, c'est précisément l'âme faite selon la nature. Ainsi tous les corps formés par la nature sont les instruments de l'âme (3).
L'âme nutritive enfin est cause â titre de forme et d'essence. L'être^ en effet, conserve son essence, il subsiste tout autant de temps qu'il se nourrit. La nourriture n'engendre pas l'être qu'elle nourrit, elle est en quelque sorte l'être nourri lui-même, car elle est déjà elle«même l'essence^ et les êtres ne s'engendrent jamais eux-mêmes, ils ne font que se conserver. En un mot, ce principe de l'âme, c'est la force capable de cannrver ce qui la possède tel qu'il est (3).
Par ces raisons, il faut dire que Tâme est l'entéléchie
(1) De l'Ame, liv. II, ch. iv, §§7 et 8, Trendelenb., p. 46-47; traduct. citée, p. 494-492;
(2) de VAme, liv. Il, ch. iv, § B, Trendelenb., p. 44; trad. citée, p. 490.
(3) DeVAme, Iiv.II,ch.iv, § 43, Trendelenb., p.48; trad. citée, p. 4^5.
ht ÉTUDES DE PHILOSOPHIE.
première d'un corps naturel organique. Elle est essence él forme, et non pas matière ou sujet. La matière n'est qui puissance^ et la forme est réalité parfaite, entéléchie. Nonj rame n'est pas un corps, elle est quelque chose du corp^ et voilà pourquoi elle est dans le corps, et dans le corps fail dételle façon [i\ '
Reste cependant à savoir à quel degré, pour quelle pari
au juste, rame nutritive intervient dans ses deux acld propres, ralimentaiion et la reproduction. Sur ces deul points, tout ce que nous apprend le traité De l'Ame se ré* duit à ceci :
« Dans Falimentation, il y a trois choses : Tètre nourri, ce par quoi il est nourri et ce qui le nourril. Ce qui te nourrit, c'est la première âme, Tâme nutritive; l'élre nourri, c'est le corps qui a cette âme; et ce. par quoi il est nourri, c'est l'aliment. Ce par quoi Tel re est nourri est double, en ce sens que la nourriture est d'abord non digérée et ensuite digérée. H faut nécessairement que toule nourriture puisse être digérée. Or c'est la chaleur qui fail la digestion^ et voilà pourquoi tout être animé a de la chaleur (2). »
Cependant Aristote a remarqué plus haut, et avec insistance, que ce n'est pas le feu qui nourrit, mais que c*est plutôt l'âme. Y a-t-ilcontradictionentre les deux passages! Non; réunis, ils signifient que l'âme se sert de la chaleur pour opérer la digestion. Mais encore, comment s'en sertelle? En la limitant, en la contenant dans les bornes exigées par la grandeur et l'accroissement, répond Aristote.
(1) DeVAme, liv. Il, eh. i, § S; liv. Il, cli. ii, § ti.
(2) De l'Ame, lif. Il, ch. iv, § 16, Trendelcnb., p. 49 : èo-ïà^w c
lï
PREMIÈRE ÉTUDE. MH
JD'accord. Toutefois nous voudrions apprendre en outre de ^elle façon l'âme use de la chaleur, si elle se contente de h mettre en mouvement, par exemple, et si, cette impul* sion donnée, la chaleur vitale va toute seule et accomplit par elle-même l'œnvre de la digestion. A cet égard, le traité ^^ rAme est muet .
\jà seconv^ acte de l'âme nutritive est la reproduction. ,/ourqaoiî Uniquement parce que la reproduction est la fia, le but de ralimentation. a Comme il est convenable de dénommer toutes les choses par la fin à laquelle elles teadent, et qu*ici la fin est de produire un être semblable à soi, la première âme serait donc celte qui fait que l'être eogendre un être pareil à lui. » Notons avec soin que le root ici signifie : daus V alimentation. De sorte que ta part de rame nutritive, dans. le second acte, n*est autre que sa part dans le premier. La questtion se ramène donc simplement à démêler jusqu'à quel point c'est Vàme nutritive qui digère dans la doctrine d'Aristote et si elle digère en effet.
Même dans le traité De VAme, et à consulter le texte grec, l'action de Tâme nutritive semble ne pas aller jusqu'au travail de la digestion. Sans doute l'âme est la cause de ralimentation, et, par l'alimentation, de l'accroissement : attta Tr.ç rpofiiç xa'i 7^; avç^^êcj; slvat. Mais quaut à la digestioQ proprement dite, à l'intime coction de l'aliment, c'est
la chaleur qui l'accomplit : UyâUroLi âk ty,v niyj^iyf tÔ espuLf.v.
Remarquons que, dans cette phrase, le mot chaleur est le sujet, et le sujet unique du verbd. La chaleur ne seraitelle pas, dans la pensée d'Aristote, l'agent véritable, quoique secondaire, de l'opération ?
C'est maintenant aux traités spéciaux de physiologie de
44* ËTUDBS DE PHILOSOPHIE.
nouB répondre. Les deux opuscules d*Aristofe intitulés^ V De la Jeunesse et de la Vieillesse, Tautre : De la Respiratù attribuent les fonctions nutritives à trois organes : la che, qui reçoit la nourriture^ Tintestin qui rejette le sidU; et le cœur^ au milieu^ entre les deux extrêmes, élabore le sang, cette nourriture définitive dont se for les parties qui composent les animaux. Le cœur^ en séquence^ est la pièce principale, et c^est là que vient a tir tout le reste (1).
Voilà pourquoi rame nutritive est dans le cœur (9). . C*est aussi là^ dans le cœur, que nou^, qui désironi comprendre Aristote, deyons tâcher de surprendre l'acte effectif de Tâme et de démêler si^ selon les assertions da traité De l'Ame, cet acte est bien réellement d^abord im« pulsif et moteur^ puis formateur et plastique.
D'après les .deux opuscules précités, le travail de la digestion est opéré dans le cœur par Tàme et par la chaleur innée à tous les animaux : ii 7re^c;«.... ovt^ avsv ^u;^^^ ovt' aveu BepiiorviTÔç iffTtv. Toutes les fonctions nutritives sonl Tœuvre du feu : nvpt yap ipyâ^trou itivxa. La flamme est absolument nécessaire à la faculté nutritive (3).
Après toutes ces déclarations, et si Ton se souvient que Fâme est le principe du mouvement, on doit s'attendre à ce que les mouvements du cœur soient produits par râroe nutritive comme cause, au moyen de la chaleur comme
(4) Jeunesse et VMUesse, édU. de Berlin, p. 468*469; traducl. de M. Barthélémy Sftîot-Hilaire, p« 319.
(2) De la Respiration^ cb. yiii, édit. de Berlin, p. 474 ; traduct. de M. Barthélémy Saint-Uilaire, p. 372.
(3) Le la Respiration, ch. vin, édit. de Berlin, p. 474. Jeunene et Vieillesse, même édit., p. 469.
PREMIÈRE ËTUbE. 46
^rnmeiit. C'est rame sans doute qui gonfle et dégonfle^ pi contracte alternativement et dilate le cœur.
Point du tout. Arrivé k la dernière explication^ à celle |e la pulsation du cœur^ Âristote semble avoir complétepient oublié l'âme. Il ne parle plus que de la seule chaleur : I Mais pour Is cœur^ dit-il, le gonflement causé par la cha- I leur qu'y apporte la nourriture sans cesse produit le » pouls^ parce que ce gonflement soulève la membrane ex- » térieure du cœur; et ce mouvement se fait continuellew ment, parce que Thumeur dont se forme la nature du » sang 7 arrive sans interruption (4)* »
De rame ici plus un mot. On objectera, peut-être, que c'est r&me qui prend, mâche et avale la nourriture^ et qu'ainsi elle augmente, dans cette théorie, bien entendu, la chaleur dont l'excès dilate et soulève le cœur. A la bonne heure; mais, en ce cas. Taction de l'âme sur le cœur serait fort indirecte au lieu d'être immédiate, et se bornerait à l'intervention éloignée et ordinaire que reconnaissent et le sens commun lui-même et les adversaires de l'animisme.
Allons plus loin. Aux yeux d'Àristote» le cœur n'est pas le seul organe essentiel delà vie. Le poumon est une cause d'existence non moins efiSicace qu'aucun autre organe, parce que la chaleur innée a besoin d'être rafraîchie, et que, sans le rafraîchissement de la respiration, elle se consumerait et entraînerait ainsi la mort de l'animal. Le poumon a donc, comme le cœur, un double mouvement, l'un pour aspirer l'air extérieur, qui est frais, Vautre pour expirer l'air intérieur^ qui est chaud . Ce double mouve-
(t) Reipiratimif eb. xx, éâit. de Berlin, p« 480; traductâ de M. B«r- Ihélemy Saint-Hilaire, p. 403.
ment, qui le produira? sera-ce Tâme? la théorie le (irait, ce me semble. Mais non, Aristote n'en parle pli Quand la chaleur augmente, dit*il, le poumon doit soulever: de même, quand elle diminue, il faut qu'il' contracte ; et au. moment de celte contraction, Tair quq était entré doit sortir de nouveau (4). Où donc, dans t( cela, est l'âme nutritive et que fait-elle?
Ne négligeons rien cependant de ce qui peut nous éclaii sur cet animisme d'Aristote toujours invoqué et toujoi laissé dans le vague. Au chapitre dix-huitième du traita la Respiration (2), notre philosophe définit la naissance : La première participation de l'âme nutritive à la chaleur] et il définit la vie : La persistance de cette participation. Que signifie au fond ce mot r/iôejiç èv tw Osoyw? C'est le seiu terme précis qu'emploie Aristote. Mais il faut convenir qne cette précision ne nous instruit guère. La participation i la chaleur dont il s'agit ici est-elle passive? Il semble parfois qu'elle soit passive et presque matérielle, car Aristote va jusqu'à dire en un endroit que l'animal a besoin de rafraîchissement à cause de V incandescence de l'âme dans le cœur : âtx TYjv èv T»3 'AOLpâioL TY^ç ^^x^^ sxirvjowoiv (3). Ainsi voila que l'âme nutritive subit l'action de la chaleur, au lieu d'agir sur la flamme vitale. Ailleurs la même expression est répétée, et Aristote prétend que, dans certaines parties^ rame est comme brûlante (4).
(4) Respiration, ch.xxi, éd. de Berlin, p. 480, traduct. de M. Barfh. Saint-Hilaire, p. 405.
(â) Respiration, ch. xvm, édit. de Berlin, p. 479.
(3) Respiration, ch. xvi, édit. de Berlin, p. 478.
(4) Jeunesse et VieiHeiset édit de Berlin, p. 469 : KaiT^; 4»ux^; çirsp èyiitenwpeuiiévriÇ èv toï; iio^toi; x-Oxotç,,....» x. t. X.
nc^ à mesure qae nous essayons, à la lumière des es, de déterminer la puissance active de l'âme vivante cause de la vie chez Aristote^ nous voyons cette puissance roitre, reculer, abdiquer graduellement. Elle ne dist pas néanmoins; elle demeure. Mais alors h quoi c se réduit-elle ? Aristote le dit expressément dans page significative^ et qui est en même temps l'une des s magnifiques qu'il ait écrites . C'est à la fin du chapitre ième du traité spécial sur le Mouvement dans les ani-
a II faut considérer Tanimal, dans sa constitution,
» comme une cité régie par de bonnes lois. Dans la cité,
» une fois que l'ordre a été établi, il n'est pins du tout
tbescnn que le monarque assiste spécialement à tout ce
» qui se fait, mais chaque citoyen remplit la fonction par-
> ticulière qui lui a été assignée, et telle chose s'accomplit
* après telle autre selon ce qui a été réglé. Dans les ani-
B maux aussi, c'est la nature qui maintient un ordre tout à
« fait pareil, et il subsiste parce que toutes les parties des
» êtres ainsi organisés peuvent naturellement accomplir
1» leur fonction spéciale. Il n^y a pas besoin que l'âme soit
» dans chacune d'elles, mais il suffit qu'elle soit dans
^ quelque principe du corps ; les autres parties vivent parce
» qu'elles lui sont jointes et qu'elles remplissent par leur
^ seule nature la fonction qui leur est propre (4). »
11 suffit d'avoir lu ce texte considérable pour en avoir saisi la portée. Trois propositions y sont principalement à remarquer : i <" il n'est pas nécessaire que Tâme soit dans chacune des parties de l'animal, mais il suffit qu'elle soit
W Mouvement des animaux, ch. x, édit. de Berlin, p. 703; traduct. de M. Baril). Saint-Hilaire, p. ^4.
48 ÉTUDES DK PHILOSOPHIE. '
dans quelque principe du corps : ^ les autres parties vi parce qu'elles sont naturellement attachées à celle-là :
TTsyuxsvac ; 3® les autres partîes remplissent par leur nature la fonction qui leur est propre : Trotcïv âè xh è'pyw
aÙTwv (ftà rr,v fvmv.
La significalion très-claire de ce passage est d'aiJl confirmée par le premier paragraphe du chapitre sur du même traité, où la même pensée, appliquée à tous phénomènes de la vie, est exprimée en ces termes : a » comme les modifications qu'éprouvent les animaux » nécessairement des modifications naturelles , et q » quand les parties sont modifiées^ les unes croissent et » autres dépérissent, les animaux se meuvent et » modifiés selon des changements dont la nature est de » suivre les uns les autres. » Le texte dit : Dont la nato est d'être la conséquence les uns des autres : xal {jLerdScàh
Qui n'aperçoit le résultat de tous ces passages, intimement liés, s'expliquant et se fortifiant mutuellement? D'après Aristote, Tâme exerce sur les organes essentiels une influence nécessaire. Mais celte influence n'est nullement comparable au travail attentif et minutieux d'un ouvrier s'occupant de tous les détails de son œuvre et sans cesse appliqué à la façonner, ajuster, réparer jusque dans ses moindres parties. Loin de là, les rapports de Tâme avec le cœur, qui est la pièce principale, consistent simpleme/?/ en ce qu'elle participe à la chaleur dont cet organe est le foyer, en ce qu'elle est jointe à ce centre du corps et de la
(4) Mouvement des animaux^ ch. xi, édit. citée, p. 703.
>9 rien de plttB. En yertu de cette jonction; où n'apparait n effort actif, le cœur vit, les autres parties vivent^
is par leur propre nature^ et d'un mouvement telle-
nt naturel qa'Aristote va jusqu'à comparer certains or- |0ies, et surtout le cœur^ à des animaux séparés : Zittm^ Çûov ^upt<rf£iov (4). Une dernière expression, d'accord avec Ule-là^ achève de restreindre la part de Tàme dans la vie orpmique.
) Les mouyements de la re^iration, et en général les iponvements &ur lesquels Tâme influe, non pas souverai- ^ment, mais au moins jusqu'à un certain point, Àristote isL nomme ncn volontaires^ ov^ fxov^tovç yLivhfjuç. Mais le6 piouvements du cœur, il les appelle d'un mot plus absolu |l plus privatif, involontaires^ âxoveréouc ($). Or la signification de ce dernier terme est nettement fixée dans la Morale h Nicomaque, où les choses involontaires sont de deux sortes, ks unes par force majeure, les autres par ignorance. Les cboses involontaires par force majeure, Àriatote les définit : Celles dont la cause est extérieure, et de telle nature que rètre qui agit ou qui souffre ne contribue en rien à cette cause (3). Tels sont évidemment les mouvements du eœur, lesquels, d'après Àristote, une fois e;Kcité8 par la chaleur vitale, se produisent et reproduisent, non-seulement sans quô.râme y puisse rien, mais par la seule na • ture de l'organe et comme par un animal séparé.
On le voit, à côté de la vie de l'&me, et sans doute à la suite de cette vie, mais au delà, Àristote esquisse lui-même dans rhomme actuel une vie organique que Tâme ne pro-
{\) Mouvement des animatuy^ ch. xi, édk. citée, p. 703.
ii) Ibid., ibidem.
(3) Morale à Nicomaque, liv. III, ch. !•% § 3.
duitnine dirige immédiatement. Dans le cœur^ siège vie^ rame n'est pas active, elle n'est que présente, n'est réellement active^ cette entélécbie^ que dans la hension et la réception des aliments et dans la respirati^ Or^ ces derniers actes sont accomplis, d'ordinaire in< sciemment; mais ils peuvent toujours, quand nous le v4 Ions, être ramenés sous le regard de la conscience^ el nous est donné, dans une certaine mesure, de les soui tre à l'empire de notre pouvoir personnel. De telle s( qu'au total l'animisme d'Aristote, par lui-même cire scrit. ne dépasserait pas, croyons-noup, l'horizon de^ conscience ou du sens intime (I). En serait-il moins moins positif, moins digne d'être remis en honneur moii susceptible d'être scientifiquement établi? C'est ce qq| nous examinerons tout à l'heure.
Les textes que nous avons cités, rapprochés et inte^ prêtés, délimitent la puissance motrice de Fâme nutritif^ dans Aristote. Mais cette âme n'est pas seulement motri&>, nous dira-t-on, elle est encore forme, c'est à savoir force
{\) Dans la forte et savante préface que H. Barthélémy Saint-Hilaiff a mise en tète de sa traduction du traité De VAme^ nous lisons, ai sujet de la théorie de la Nutrition, les lignes suivantes, page XIX : « Tout ce qu'il convient de remarquer ici, c'est qu'Aristote fait de Tâmc la cauce
directe de la nutrition et ds la génération, destinées^rune à conserver » IMndividu, Tautre k perpétuer la race. » Rien de plus exacte répétonsle, si Ton ne considère que le traité De l'Ame, et dans la préface dont nous parlons, H. Barthélémy Saint-Hilaire ne s^occupe qae de ce traité. Nos conclusions résultent d*une comparaison entre ce grand ouvrage et les traités physiologiques, coinparaison que H. Barthélémy Saint-Hilaire n'avait pas à instituer. Nous soumettons nos recherches et nos vuessar Tanimlsme d* Aristote au jugement du raattre émincnt dont nous essayons, selon notre faiblesse, de continuer renseignement au Collège de France, en nous appuyant sur ses grands et profonds travaux.
PREMIÈRE ÉTIDË. SI
bi'Qiaote^ énergie esseuliellement plastique, car, ajou«- -t-on, le témoignage du traité De l'Ame suv ce foini donne prise à aucun doute.
cet égard encore, répondrons-nous, il est jusle d'éter Aristote toutes les fois qu'il nous parle. Or la forme imprimée à Thomme^ d'abord dans Tacte reproducr^ par les parents, pnis dans la vie intra*utérine» n aprcs. la naissance et durant le cours tout entier do isténce jusqu'à la mort. Aristote a envisagé la forme à pbs trois époques distinctes, et voici ce qu'il en dit, lorsqu'aux raisons métaphysiques il ajoute ou croit ajouter les raisons tirées de Texpérience.
La forme est donnée à l'animal par son père, qui la pos« feèdé en acte : c'est un homme qui produit un homme (4). C'est la nature qui porte les animaux à se rapprocher pour se reproduire. Tous en ont le désir. Or ce désir, cette inflation physique» cet acte formateur sont à la, fois le but et la conséquence de l'alimentation (2) ; et comme l'aliinentation, la nutrition estlœuvrede Tâme nutritive, cette ime est ainsi la cause de la reproduction (3).
Sur le mystérieux phénomène dont il s'agit, Aristote répète maintes fois les mêmes observations, mais sans jamais les approfondir davantage. Maintenant, que l'on examine attentivement le caractère des faits qu'il constate au sujet de la reproduction. Ces faits impliquent-ils, démontrent-ils un travail de formation plastique? Nous n'y démêlons, quanta nous, que des mouvements et des impulsions dont Aristote ne dit pas que Tàme gouverne la
{{) Métaphy$., liv. XII, ch. v.
(2) De VAme, liv. II, ch. iv, § (6.
(3) Ibid., ibidem.
ii ÉTUDES DE PHILOSOPHIE.
série dans toute son étendue. En outre^ de ces faits il if est pas un seul, aies prendre du moins comme les préseï Aristote^ dont nous ne soyons avertis par le sens iatim Nous savons par la conscience que nous prenons, gue no mâchons et avalons la nourriture. La conscience no* informe des excitations physiques et providentielles qf ont pour fin la perpétuité de l'espèce. La conscience î noos laisse pas ignorer que nous y obéissons, el il est à cas où le sentiment moral nous reproche sévèrement cet! excessive obéissance. La conscience enfin nous montre e nous-mêmes le désir noble et relevé qui se distingue d penchant^ et qui, dans les âmes pures, doit dominer, rena placer et sanctifier le troubîe physique. Et ces phénomène auraient-ils échappé par hasard à l'attention et à la sagacif de la psychologie actuelle, et cette psychologie auraît-eU eu le tort d'en méconnaître la cause?
Passons à la vie fœtale. Dans le sein de sa mèie, dit Arislote, l'enfant est déjà vivant. Dans Tembryon, on voit le cœur palpiter comme si c'était- un animal (4). Il est douÉ évident qu'il a Tâme végétative. — Voilà qui est admirablement observé et très-grave. Cependant/lisez îa suite. — Mais, continue Aristote, l'embryon n'a la vie végétative qu'en puissance et non en acte (en réalité) ; aussi, jusqu'au jour où, séparé et parfait, il peut accomplir lui-même l'acte de la nutrition et tous ceux qui s'y rapportent, c'est l'âme végétative de sa mère qui le nourrit, en attendant sa naissance, dans le sein qui l'a conçu (2).
Ainsi, pour expliquer cette vie intra-utérine, Aristote
(V) Parties des animaux^ III, 4.
(2) Génération des animaux, II, 3.
renvoie à l'âme végétative de la mère^ et k cette âme tant qu'elle accomplit Tacte de la nutrition et tous les
qui s'y rapportent. I^ais nous savons en quoi conla nutrition dans Tètre humain après la naissance; Eus savons que la nutrition consiste elle-même dans un |Mnbre d'actes définis et que, parmi ces actes ^ les uns apiprtiennent â Tâme consciente ou pouvant le redevenir^ ^les autres, la digestion,par exemple, aux organes jouant purellement, sans que Tâme fasse autre chose que par- ^per presque passivement à la chaleur vitale. [ Enfin ranimai vient à la lumière^ et, pendant toute sa rie, au milieu de mille variations^ sa forme essentielle ^Tsiste. Qui donc conserve cette forme spécifique à la fois ifc individuelle ? C'est l'âme nutritive, répond Aristote. Et |Q'est-ce à dire? Si Aristote avait connu aussi bien que la science actuelle les propriétés spéciales de certains organes ; 1*11 avait pénétré notamment jusqu'à ce fait, que le périoste forme ou reforme Tos de dehors en dedans, aurait-il regardé rame nutritive comme l'ouvrier qui travaille direc* tement l'os au moyen du périoste? Les textes précédents n'autorisent pas à le penser. Mais voici d'autres textes qui circonscrivent et réduisent singulièrement le rôle accordé en apparence à l'âme informante par la théorie métaphysique.
L'âme végétative nourrit l'animal. Mais nourrir doit s'entendre de deux manières. Autre chose est donner nourriture^ autre chose est donner accroissement* C'est en tant que la nourriture est quantité que l'accroissement se produit; c'est en tant qu'elle est chose spéciale et essence que la nutrition a lieu. Quand l'animal a cessé de grandir, l'âme nutritive ne fait plus que conserver le corps tel qu'il
est (4). La chose se passe alors comme lorsque vous ni surez de Teau avec le même vase : c'est toujours la mèi quantité d'eau que vous versez (2). Ainsi se nourrit Tai mal dont la croissance est achevée : aucune partie ne s^ joute à la masse^ mais s^ulement^ qu^nd Tune vient, Taul s'en va^ et cela a lieu lors même que Tanimal commen à décroître, pourvu toutefois qull soit encore sain (3).
iidiSf dans celte opération conservatrice^ chacune d parties versées dans le corps, chacune au moins de celli qui ne sont pas rejetées^ devient le corps lui-même et i transforme en sa substance. Qui fait cela, et commei cela se fait-il?
Plus explicilesque le traité De l'Ame, les opuscules phy siologiques nous fournissent une réponse à cette question L'humide et le sec, le chaud et le froid, disent ces ouvrages bref les éléments qui sont la matière de tous les corp composés, arrivent dans le cœur sous la forme de T^liment •et la digestion les transforme en sang, en nourriture ache vée et parfaite. Or le sang est en puissance toutes les partiel de l'animal tant homogènes qu'hétérogènes : la graisse^ la moelle, l'os, la chair, le corps. Le sang part du cœur^ et se répand, en passant à travers le réseau des veinés, dans toutes les parties du corps qu'il va former. Il compose d'abord les parties homogènes, comme Toset la chair. Mais ces parties homogènes ne sont, n'existent qu'en vue des parties hétérogènes, telles que les yeux, les narines, le visage, les doigts, les mains, les bras, qui ont une fonction supérieure et qui accomplissent des actes. Aussi la forma-
(4) De VAme, liv. II, ch. iv, §43.
(2) Génération et corruption^ l, 5.
(33 Parties des animaux, II, 4 ; III, 5;' GrWr. et corrupt., I, ô.
PREMIÈRE ËTUDË. 26
hfion des parties hétérogènes a-t-elle lieu après celle des ^^rties homogènes» dont elles sont le but et la fin.
Nous venons d'assister^ en lisant ce passage, à la fabri- ^tion plastique pour ainsi dire du corps tout entier^ pièce par pièce. Et quel a été le fabricateur, l'ouvrier, si Ton veut, de cette admirable statue? La métaphysique d'Aristote semble affirmer que cet ouvrier, c'est Tàme. Sa phy- 'siologie plus précise^ plus voisine des faits et par les faits * éclairée, ne parle plus ici de Tàme. Les organes lui suf- ' fisent. L'âme leur fournit la nourriture, c*est assez et c'est ^tout; les organes achèvent l'œuvre. Le cœur digère Taliment : il forme le sang, il forme aussi les veines; dans les veines circule le sang, résultat de la digestion. Tout le reste s'ensuit; la puissance de l'aliment passe à Tacte, les virtualités se développent. Ainsi se conserve dans sa forme native ce vase vivant qui est le corps humain, par une série d'opérations consécutives, dont la première et la plus essentielle est la digestion.
Nous sommes donc encore une fois replacés en présence de ce phénomène capital de l'animisme d'Aristote. Mais de ce phénomène nous savons ce qui revient à l'âme. Indirectement, elle le produit, sans doute par la préhension des ulimenls et la déglutition. Directement, on l'a vu, elle y touche, elle y confine, elle y est jointe ; mais elle en est plutôt afiectée qu'elle n'y contribue activement ; et pour saisir au passage l'énergie de cette puissance formatrice, il faut reculer de quelques degrés et rentrer dans la sphère des actions conscientes, où dénuée d'efficacité plastique, cette force ne présente à l'observation interne aucun autre caractère que celui d'une cause purement motrice. On ne manquera pas sans doute de nous rappeler que
l'âme végétative d'Aristote est principe du corps à titre de cause finale. Soit : nous ne Tavons pas oublié. Mais qu'ea veut-on conclure? Soutiendra-t-on qu'en cette qualité l'âme nutritive est réellement forme informante? Que Toii' y réfléchisse : le mot de forme informante implique l'idée d'action effective exercée par la force informante sur la matière informée; en outre tonte force effective est un moteur. Or nous n'ignorons pas qu'il est dans les habitudes métaphysiques d'Aristote d'attribuer à la cause finale la puissance dç mouvoir. Mais ce pouvoir se borne à attirer inconsciemment le mobile, comme attire un objet d'amour et dé désir (î). Cette vertu d'attrait n'est pas une action effective, et Aristote le sent, au moins vaguement, lorsqu^en cent endroits il place ï)our toute la nature le principe actif du mouvement dans le désir ressenti par Têtre mt. Et le désir lui parait tellement être le moteur universel et nécessaire, qu il accordp cette faculté même aux natures qui n'en sont point douées. Aristote avoue ainsi (que cet aveu soit conséquent ou non avec sa doctrine) que la cause finale n'est pas efficiente. Mais, si Vâme végétative, en tant que cause finale, n'est pas efficiente, comment serait-elle informante? Aussi, ne l'est -elle pas dans les traités spéciaux. Elle n'y joue qu'un rôle, celui de but ou de fin. L'âme végétative n'est efficiente que tout autant qu'elle est, non plus cause finale ou essence, mais bien cause motrice. Or, à ce dernier titre, elle reçoit à la naissance un corps tout formé dans le sein maternel par l'àme végétative de la m.ère. La forme qu'elle a ainsi reçue, el non pas faite, elle la conserve seulement dans ses lignes
(4) C'est ridée Uornioaûte de la théodicée d'Aristote. Voir surtout la Métaphysique, livre XII, ch. vu.
PREMIÈRE ÉTUDE. t7
primitives^ lignes qu'elle peut dilater en tous sens par l'accroissement^ par la nourriture entendue comme quantité^ mais qu'elle ne change pas plus dans leur essence qu'elle ne les a elle-même tracées ; tellement que^ pour rappeler la comparaison d'Aristote, elle agit comme celui qui verse et mesure de Teau avec un seul et même vase. L'âme con • serve et répare même ce vase dans sa forme en y versant la nourriture, mais sans agir au delà ; elle ne Ta primitivement ni pétri ni moulé, et, à Theure qu'il est, ce n'est pas elle qui le repétrit et le conserve directement, c'est le cœur, parla digestion et la chaleur vitale, qui naturellement en renouvelle la substance et en répare les brèches . Résumons maintenant nos précédentes recherches et tâchons de répondre à ces deux questions : Aristote est-il animiste ?
Premièrement : oui, Aristote et animiste, en ce sens qu'une seule et même âme est, dans son système, le principe de la pensée, de la sensibilité, de la locomotion et de la vie corporelle.
Secondement : Aristote n*est pas anifniste comme Stahl. Il Vest avec mesure, et voici dans quelles limites :
Quant à la nutrition, qui est l'une des deux fonctions essentielles de la vie, l'âme végétative d'Aristote est cause motrice directe (seule façon d'être réellement cause) : 4 • de la réception des éléments par la bouche avec le toucher et le goût pour auxiliaires ; S"" de la respiration, rangée par Aristote au nombre des actes soumis à l'âme. Là se borne Taction propre et imîuédiatè de l'âme végétative. Tous les autres mouvements de la vie sont consécutifs ( I ) à ceuxci) Nous soulignons ce mot qui marque la limite où s'arrête Taction directe de Tâme dans la doctrine d'Aristote*
là; mais l'âme ne les fait pas et n'a pas besoin de les fai Les organes les exécutent d'eux-mêmes par leur nature presque comme le feraient des animaux indépendants séparés : tels sont It-s mouvements alternatifs du cœur du poumon^ l'élaboration du sang, la conservation d organes et des membres et t^ur accroissement. La seul participation de Vâme à ces mouvements plus profonds que la manducation et la respiration^ c*est que l'âme est présente dans le cœur et participe â la chaleur vitale; or là elle parait moins active que simplement conjointe et passive. Quant à la puissance formatrice de Tàme dans la nutrition, elle se réduit à son action motrice et ne semble travailler que dans un cadre reçu ou plutôt imposé dès la naissance.
Eu ce qui touche la. reproduction, l'âme végétative n'y intervient que comme sensible ou motrice, et en conséquence de la nutrition, laquelle^ à partir du cœur, échappe à son action.
Enfin la vie inlra-utérine est l'œuvre de l'âme sans doute, mais de l'âme végétative delà mère, et toujours en conséquence de la nutrition et dans la mesure même de la participation de l'âme à cette dernière fonction.
Sans s'occuper de la valeur physiologique de cette doctrine, ni même de sa valeur en général, il importe de rimarquer avec soin que l'élément expérimental y restreint très-visiblement l'élément métaphysique; et, en second lieu^ il faut absolument noter que^ tout compte fait, les actes rapportés par Aristote ù l'âme, en tant que végétative, sont sans exception des actes susceptibles d'être constatés par le sens intime ou la conscience. Je sais en effet par la conscience que je porte les aliments à la bouche, que je les mâche et que je les avale; je sais de même que
je respire, du moins puis- je toujours ressaisir la conscience de ces actes lorsque Tbabitude les a rendus inconscients. Pour mon cœur^ je ne reconnais pas en moi la cause qui le fait battre; bien plus Je ne sais pas qu'il bat, si ce n'est dans les états agités ou morbides. Or les mouvements du ccenr sont précisément mis par Aristote en dehors de Tempire de l'àme.Nousne croyons pas qn'Aristote se soit méthodiquement expliqué ces différences^ mais il est palpable qu'elles Tont frappé et qu'elles ont influé sur toute sa théorie.
Ainsi^ au-dessous du domaine propre de Tikme vivante, Aristote admet selon nous, ou plutôt selon les textes^ une région vitale où les organes fonctionnent naturellement et d'eux-mêmes selon un ordre établi : non pas que l'âme ne soit pour rien dans ces mouvements, elle en a fourni l'impulsion première; mais cette impulsion, directe au début et dans la zone psychologique et consciente, n*est plus, à partir du cœur, qu'indirecte et n'impliquant désonnais nul de ces actes effectifs qui sont propres à la cause véritable.
En somme, nous définirions volontiers la doctrine d'Anstote sur la vie : une combinaison spirituàliste de Tauimisme et de l'organicisme dans laquelle celui-ci est la conséquence de celui-lJi et lui demeure subordonné.
Comme c'est l'exemple d'Aristote que l'on a coutume d opposer tout d'abord aux vues, trop courtes, dit- on, et aux prétendues timidités de la psychologie actuelle, il était indispensable de rechercher quel est donc l'exemple qu' Aristote a donné. De plus, comme Aristote, répétons-le, a déclaré que ce qu'il dit de Tâme nutritive dans le nsoï ^j'/r,; n'est qu'une esquisse, et que sa théorie h ce sujet
doit être demandée aux traités spéciaux ; et comme per« sonne^ à notre connaissance, n'a rétabli son animisme sar la totalité de ses bases, nous avons dû prendre nous-mêmê cette peine et tâcher dé restituer autant que possible ce point de départ historique de la question, en regrettant que de plus habiles, qui ont fait de Tanimisme en quelque sorte leur département, aient laissé dans Tombre la moitié pour le moins de la théorie d'Aristote.
Maintenant, tel étant, selon nous, Tanimisme d'Aristote, est-ce cette doctrine ou toute doctrine équivalente que M. Albert Lemoine estime morte et souhaite ne voir jamais ressusciter? Au contraire, est-ce cette doctrine on toute doctrine équivalente que M. FraAcisque Bouillier a tenté de réhabiliter aux yeux de la psychologie spiritualiste? Enfin que doit-on conserver de cet animisme, que faut-il en retrancher, que convient-il d'y ajouter? (4).
Il y a tout un ordre de phénomènes physiologiques, c'est-à-dire appartenant à la vie interne du corps, dont rame a conscience ou qu'elle peut ramener sous l'œil de la conscience. Ces phénomènes sont de deux sortes : les uns sont simplement subis et sentis par l'âme; les autres sont
(\) Depuis que ces pages ont été écrites, M. V. Cousin a porté sur Vâme végétative d'Aristote un court mais profond Jugement. Tout en adhérant à la juste disUnction faite par notre illustre maître entre le NoO; et la ^u/4, nous demeurons convaincu, et nous avons dit paorquoi, que le rôle direct de Tâme nutritive était, aux yeux d'Aristote, plus limité qu'on ne l'a généralement admis. (Vjoyez M. V. Cousin, Histoire générale de la philoêophie^ depuis les temps les plus anciens jusqu'àla fin du XVIII» siècle, p. 131. Paris, Didier, 4863.)
produits par râaie ou du moins dirigés par elle, et Pâme a conscience soit de les produire, soit de les diriger seulement. Les premiers constituent une notable partie de ce qu'on nomme d'ordinaire les rapports de Vàme et du corps. En tant qu'elle les sent, Kâme est passivement associée à la vie corporelle; elle en est jusqu'à un certain point avertie; de sorte que, dans ces limites^ il est juste et vrai de dire que l'âme possède un sens, une conscience de la vie. Les animistes réclament ces phénomènes purement sentis, ils les invoquent en faveur de leur thèse. Ils ont raison de les léclamer^ car ces phénomènes pénètrent par la conscience jusque dans Fâme et forment ainsi une espèce d'animisme; mais cet animisme n'est encore que passif, et l'on a tort d'y voir une preuve de l'activité vitale de l'âme. La preuve de cette activité existe, selon nous^ mais elle ne saurait Mre à aucun degré dans des phénomènes que l'âme subit sans les produire.
On voit de prime abord combien il est nécessaire d'opérer une distinction rigoureuse entre les deux espèces de phénomènes physiologiques ou vitaux dont Tâme est participante.
Chose singulière ! c'est un adversaire déclaré de l'animisme qui nous apporte sur ce point les plus vives lumières. Nous avons sous les yeux, en écrivant ces lignes, un remarquable volume intitulé : rAme et le Corps, où M. Albert Lemoine a réuni çlmiems Etudes de philosophie morale et naturelle. Ce volume dénote, en même temps qu'un véritable talent de style, cette finesse, cette sagacité et cette patience d'observation que Jouffroy appelait autrefois dans ses leçons, comme dans ses conversations partie culières, du nom très-significatif et très-peu prodigué par
34 ÉTUHES DE PHILOSOPHIE.
ce maître de sens psychologique. Aux yeux de Jouiïroyj quiconque possédait ce sens particulier avait été, était oi^ pouvait devenir inventeur en psychologie. La modestie àé M. Albert Lemoine refuserait quant h présent pour lu0 même le titre d'inventeur. Mais, qu'il le veuille ou non/ il est dès aujourd'hui un chercheur libre et original^ ef nous ne sommes pas seul à le reconnaître. Son goût de la recherche personnelle et son habileté d'observateur se maoifeslent notamment dans l'étude qui a pour titre : Apologie des sens par un sptritualiste (i ), et où l'auteur s'eflforce de démontrer l'existence d'un sens vital. C'est aussi dans cette étude que sont mis sous un jour relativement assez nouveau les phénomènes vitaux dont Tàme a conscience et qu'elle subit sans les produire.
Parmi ces phénomènes, les plus sensibles assuréuient sont les douleurs parfois intolérables que causent les maladies du corps, douleurs dont la violence peut aller jusqu'à arracher des larmes et même des cris aux hommes les plus durs au mal et les plus courageux. Toutefois, de ces souffrances, même les moindres nous affectent et noas agitent : se détourner d'y penser est presque impossible. Nous avons beau porter notre attention ailleurs, la voix do sens intime ne consent pas à nous les taire : elle crie et nous ramène, bon gré mal gi*é, à ce corps dont la vie est gênée ou menacée et qu'il est urgent de secourir. A côté de ces douleurs organiques, il faut inscrire celles qui, pour être plus superficielles, n'en sont pas toujours moins cuisantes. Par exemple, nous avons saisi étourdiment uu fer rouge à pleine main : les tissus, les muscles, sont brûlés
(0 VAme et le Corps, de la page 63 b la page 479.
PREMIÈRE ËTUDE. 33
ia vie est atteinte^ la souffrance est airocc. M. A. Lemoinc a raison^ selon nous, de rapporter la perception de tous ces phénomènes noo^plus à Tun de nos cinq sens, mais à un autre sens plus général et plus profond, qn'ii nomme sem miaL A ce sens encore doit être attribué le bien-être que BOUS éprouvons lorsqu'une douleur aiguë, telle que le mal aux dents, cesse tout è coup, comme aussi ce plaisir Yague> et bientôt négatif, que nous goûtons à vivre sans souffrance au sortir d'une grave maladie.
Ce n'est pas davantage Tun de nos cinq sens qui peut (tre pris pour le siège organique de la faim ou de la soif, ou du plaisir qu'on trouve à apaiser la première et à étancher la seconde. Ces phénomènes essentiellement vitaux sont pourtant de ceux dont la conscience s'impose ou plutôt s'inflige aux âmes les plus détachées de leur, matérielle enveloppe. Il en faut dire autant de ces aiguillons de la chair auxquels la vertu résiste, mais que la sainteté ellemême est condamnée à ressentir. Enfin ces phénomènes inférieurs, dont la science serait prude de ne pas oser parler, quoique la conversation les écarte, les excrétions, ces conditions subalternes de la vie, odieuses aux sens^ éveillent une sorte de sensibilité spéciale que la conscience est bien forcée de réfléchir, et qui se rattache elle aussi Và sens vital;
D'autres phénomènes de la vie sont sentis plutôt à titre de simples impressions que sous la forme de sensations ^igréables ou pénibles. La liste complète en serait trop longue. Citons-en quelques-uns, sous-entendus par M. Al- Wt LenK>ine. Le fourmillement particulier produit par le retour de la circulation dans un pied que Timmobilité avait engourdi ; le poids [plus lourd et plus appréciable de
de nos membres après une marche excessive ; le frémisse meut involontaire d'un bras ou d'une jambe appuyés ^i faux; certains mouvements de liquides ou de fluides datt; les organes digestifs; dans Toreille, des bruissements, deii tintements^ des bourdonnements non douloureux msih importuns; le battement des tempes perçu au milieu du silence de la nuit; les pulsjsitions du cœur dévouant sourdement sensibles, quelquefois en pleine sianté: tels sont les plus saisissables et les plus descriptibles des mille phénomènes qui ^ en passant par le sens vital, vont da^corps à rame, informant celle-ci de la vie de celui-là dans une certaine mesure, et provoquent un ordre de faits sensibles que ranalyse psychologique distingue et doit classer à part.
De Texistence ane fois bien établie du sensr vital M. Albert Lemoine tire cette conséquence que nous sentons primitivement notre corps, au moins vaguement, sans le secours des organes de relation, et que ce premier sentiment que nous avons de notre personne corporelle nous en fait. discerner, vaguement aussi, les côtés, les parties, les membres divers. Il ajoute que la connaissance plus nette que nous en acquérons nous est donnée §nsuite par l'habitude et les sens proprement dits, et qu'ainsi nous parvenons à localiser nos sensations d'une façon précise. Nous n'enregistrons cette conséquence des faits observés que pour y adhérer, car elle nous semble incontestable. Mais ce n'est pas là, dans V Essai de M. Lemoine, ce qui, pour le moment, nous intéresse le plus. Ce qui nous importe surtout, c'est que le jeune psychologue s'est bien gardé de forcer le témoignage des phénomènes vitaux et du sens vital lui-même. Ces faits qu'atteste le sens vital,
PRfiMlfiBË ÈTUDG. M
jlo a pas penséun seul instant àlesimputer à Tâme comme ifaose. Da?s cette sensibilité organique ou physiologique^ m Ton Teut^ qui déborde sur rame et est affirmée par la mscience, il a vu constamment un état passif de Tâmej ïe âme qui pâlit^ qui subit la vie de son corps, et non certes la preuve de Taction directe et plastique par iquelle cette âme l'orme continuellement son corps ; en iquoiM. Lemoine a donné un bon exemple, et qui, selon BOUS, aurait mérité d'être suivi. Quelques animistes ont procédé autrement; ils ont pris, qu'on nous passe ces termes, de Tanimisme passif pour de l'animisme actif; or, si le premier de ces deux animismes est lié au second, il ne saurait cependant ni peu ui beaucoup servir à le prouver.
^animisme passif, si bien aperçu par M* Lemoine, qui, il est vrai, ne le baptise pas de ce nom, mais qui a le mérite de l'avoir mis ou remis en lumière, Tanimisme passif entraîne du moins la psychologie à constater que l'action du corps sur l'âme provoque une réaction de l'âme sur le corps, de telle sorte qu'après avoir passivement participé à la vie corporelle, l'âme tout de suite y participe activement. Le même sens vital qui a averti l'âme des phénomènes vitaux qu'elle*subit l'avertit également des phénomènes vitaux qu'elle produit. M. A. Lemoine a-t-il étudié cet autre côté de la question ; a-t-il suivi jusqu'au bout la foute qu'il a, sinon ouverte, du moins rectifiée et élargie ? Dans le fragment que nous examinons, M. A. Lemoine n'a eu qu'un but : démontrer que nous connaissons notre <iorps et une partie de notre vie corporelle par un sens vital, lequel est autre que nos cinq sens. 11 serait donc ini^ste de reprocher à notre savant collègue de n'avoir pas
36 liTUDES DE PHILOSOPHIE.
traité dans ces pages le pioblème théorique Ae l'aDÎmisiBi actif. Nons croyons cependant qu'une analyse scrupuleosi et approfondie de certains phénomènes incontestableinenl vitaux^ dont rame se sent cause tantôt efficiente, tantôt pa-« rement directrice ou du moins coopératrice, aurait rendu plus évidente encore l'existence du sens vital. Eu effe^ tout ce que nous révèle la conscience de la vie éclaire k| son tour et révèle cette même conscience.
M. Albert Lemoine semble Tavoir compris. Il a remar^ que lui-même que lorsqu'on cherche l'origine de la notia^ certaine de notre corps^ a on aurait également tort de ii# » considérer que les faits de la sensation et de négliger » les faits de la locomotion (i). » 11 a dit encore judicieusement : « La sensation et le mouvement forment un cou- » rant de vie circulaire; l'impression. corporelle efet com- » muniquée par les organes des sens à Tàme, qui renvoie )) le mouvement aux organes corporels et au monde exté- )) rieur. C'est ce courant qui constitue la vie animale dans » sa plénitude. Puisons donc à cette double source nos » faits et nos enseignements (21).»
Et M. Lemoine puise en effet à ces deux sources. Or, parmi les observations que lui suggère le spectacle des mouvements vitaux, nous remarquons celle-ci : a On peut w dire que Tenfant apprend à marcher et à regarder; il est » une ch(»se qu'il n'apprend que du sentiment de la vie et » de ses besoins, c'est à boire le lait de sa nourrice et à » exécuter tous les mouvements nécessaires à cette i> fin (3). » On relit ailleurs la même pensée : a II y a ce-
{V/ VAme elle Corpi^ p. 466.
(2) Ibid., p. 467.
(3) Ibid., p. 4:2.
1 pendant certaines choses d^me nécessité absolue que
• rbomme même ne doit ni ne peut apprendre : sentir
• grossièrement ses organes^ agiter confusément ses mem-
• bres et i)our70ir à la noarriture première en buvant B seulement le lait de sa nourrice (4 ). » M. Lemoine aurait pn insister sur ceux de ces faits qui ont un caractère actifs et sa thèse y aurait gagné. Qu'on y songe : ayoir une première fois aspiré le lait maternel, n'est-ce pas tToîr confuspmôut senti qu'on a quelque chose, un organe, qui plus tard' s'appellera la bouche ? Avoir avalé ce lait par :h mouvement spécial de la déglutition, n'est-ce pas avoir
confusément senti une première fois qu'on a un Ton ne sait qael organe qui plus tard s'appellera un gosier ? Plus tard, le sens vital en dira encore davantage et d'une façon plus claire : il sentira que quelque chose roule la nourriture dans la bouche ; que quelque chose l'humecte de salive ; que quelque chose la coupe et la broie ; que quelque chose \a pousse plus avant dans le corps; que quelque chose en est effleuré au passage, quelquefois brûlé quand le morceau est trop chaud, quelquefois déchiré quand il est dur et gros, quelquefois vivement refroidi quand il est glacé, quelquefois en fin suivi jusqu'il des profondeurs intimes où . il achève tardivement son sillage douloureux. Tout cela est su, tout cela est senti, et de plus en plus nettement , localisé par le sens vital.
L'acte de respirer, qui est vital sans doute lui aussi, donnerait lieu à des observations analogues. Cet acte comprend des mouvements graduellement mieux sentis et lo- ^^lisés. Inaperçu, ou peu s'en faut, dans la plupart des
M) VAme et le Corps, p. 475-476.
cas; le moindre obstacle nécessitant le plus petit effiil en désigne intérieurement les organes. Enrhumé, | localise l'oppression qui me gène; je sais par où je tousij et par où j^éternue. Si je ris en mangeant et si la nourrie ture vient obstruer la glotte malencontreusement ouyerfd je n'ignore ni l'endroit où est l'obstacle ni que]s musckl doivent faire eflfort pour l'expulser, et cela sans que 1| physiologie ou l'un de mes cinq sens m'aient instruit^ C'est ainsi que, pour moi> se dessine là plus confusémen1| ici plus nettement, sur les indications du sens vital^ lil topographie du corps qui est le mien.
Mais, en même temps que je distingue quelques-uns de mes organes, en même temps que je constate leur situation respective, je m'habitue à connaître inieux ceux qui obéissent à mon âme et je note une différence entre ceux qui me sont soumis et ceux sur lesquels je n'exerce aucun pouvoir direct. Et par cette comparaison s'éclaire ce que j'ai nommé plus haut Tanimisme actif.
Pour l'aliment, en premier lieu, c'est moi qui le mâche et qui le roule dans ma bouche afin de le bien imprégner de salive. Or il dépend de moi de mâcher plus ou moius^ plus vite ou plus lentement. J'avale ensuite : cependant je suis le maître d'avaler ou de rejeter, de séparer dans ma bouche même, avec la langue, le fruit que je veux avaler du noyau que j'écarte. L'enfant qui boit précipite la déglutition du liquide jusqu'à perte d'haleine ; l'homme qui se possède boit à petits coups . Il maîtrise donc ce phénomène de la déglutition et il en a conscience. Mais, sitôt que l'aliment solide ou liquide a franchi le pharynx, ni l'homme ni l'eûfant n'ont plus rien à faire et leur conscience interrogée leur déclare qu'ils ne font plus rien.
1/actionde rame, j'entends toujours Vaction directe, cesse a cet endroit^ mais jusqu'à cet endroit elle est incontestable*
En second lieu^ quant à la respiration, j'en ai, dans mon enfance, accompli les actes moteurs tout à fait instinctivement et ayec une conscience très-confuse. Aujourd'hui les choses vaut autrement. Je me rends» quand je le veux, attentif aux mouvements alternatifs de mon souiOe. Je les gouverne aussi en parlant, en chantant, en jouant du cor ou de la flûte, en plongeant, en nageant entre deux eaux oa afin d'écouter des bruits plus faibles que celui de mon haleine. Je suspends encore ma respiration si je traverse nn marais pestilentiel. J'aspire largement au contraire l'air salubre et parfumé des campagnes. Sans doute, malgré ces évidentes influences, mon rôle est moindre à Tégard âe la respiration qu'à l'égard de la nutrition. On peut se donner la mort en s^abstenant de manger; on ne peut retenir sa respiration jusqu' à en mourir, et les exemples qu'on en cite manquent de certitude. Il y a un moment où le poumon se révolte, et réclame l'air qui lui est dû avec une énergie impérieuse et invincible. L'impossibilité de résister à cette autorité de la nature est assez attestée par tous ces malheureux dont le désespoir appelle à son aide le charbon» la corde ou la submersion. En outre le phénomène de l'hématose est ignoré de l'âme et absolument au delà de son action immédiate. Mais, quoique limitée, cette kUou est réelle, constante, efficace, toujours plus ou moins consciente, ou, si l'on veut, toujours susceptible à' être ressaisie par la conscience .
Tous les faits précédemment notés, et d'autres encore, accomplis ou dirigés par l'âme, perçus par le sens vital.
réfléchis parla coiiscioQce OU par elle ressaisis, conipo9eii| selon nous^ une sorte d'animisme actif qui n'est ni uq| chimère ni une hypothèse^ mais une vérité scientifique Cet animisme^ quelle objection M. Albert Lemoine verrai^ il à le reconnaître ? On n'y peut opposer, ce nous semb]i| que deux fins de non-recevoir H^ ce ne sont là que de actes de la faculté motrice ; Si"* ces actes sont trop p«^ physiologiques pour mériter le nom d'animisme, i;éser«^ par l'usage à des phénomènes plus intimes^ plus profoim dément vitaux. . i
A ceux qui élèveraient la première difficulté^ nous ré^ pondrions brièvement qu'il y a toujours lieu de distin-^ guerdes phénomènes réellement distincts, et que les acte^ moteurs d'où dépendent directement l'entretien du corpS; et la conservation de la vie ont un caractère que ne présentent pas les actes de simple relation soit avec l'extérieur, soit avec notre propre personne. Qu'on les rapporte à la faculté motrice, on en a le droit ; mais qu'on nous accorde aussi que ce sont des modes particuliers de rexercice de cette faculté.
La seconde objection possible^ c'est que, réduit à des proportions si exiguës, l'animisme n'est plus rien et ne vaut pas qu'on y prenne garde. Mais nul esprit sérieux ne tiendra ce langage. Certes^ à considérer seulement et isolément Teffort que coûtent et le temps que durent la mastication et la déglutition, ces deux opérations sont peu de chose, nous en convenons. Elles apparaissent, au contraire, comme des actes d'une extrême importance dès qu'on les envisage dans leur rapport avec la longue série des phénomènes nutritifs qui en sont les conséquences, et qui, sans ces deux actes, n'auraient pas lieu. L'âme n'a-
fteque le premier anneau de la chaino; mais toute la laîne en est remuée jusqu'à son dernier anneau. De \tte longue (île de capucins de carte, Tâme ne pousse que premier; mais c^est assez *. tous les autres tombent. Et, imme toute comparaison pèche^ ne comparons pas^anatns. J'avale une bouch^'e de pain : cette simple bouchée mt M. J . Macc a si clairement raconté Thistoire, je poulis ne pas Tavaler ; je pouvais ne pas presser le ressort du vivant mécanisme. Je Tai pressé : me voili^ cause conseiente, et, notez-le bien, cause libre et responsable de tout ce qui s'ensuivra, par exemple^ d'une maladie si le médecin a prescrit la diète absolue. Or la physiologie m'instruit de la succession de phénomènes innombrables ^i en résulte. La bouchée de pain est dans l'œsophage. Aussitôt les anneaux de ce conduit se dilatent pour la laisser passer, puis se contractent pour la pousser en avant et se la transmettre par un mouvement vermiculaire jusqu'à ce qu'elle arrive dans Testomac. Aussitôt qu'elle a touché les parois de cet organe, le suc gastrique l'imprègne; l'estomac la presse, la travaille, la pétrit par des mouvements alternatifs de contraction et de dilatation. Le chyme se fait; à mesure qu'il se présente venu à point, le pylore, porte inférieure de l'estomac, s'ouvre et lui donne accès dans le duodénum. Là nouvel arrosement, cette fois par le ^uc pancréatique et la bile, sécrétés lé premier par le pancréas, Vautre par le foie. Et ainsi de suite, sans qu'il soit lïécossaire que nous poursuivions au delà le travail de la digestion.
Supposez maintenant que vous n'ayez pas avalé la bouchée : aucun des phénomènes ne se serait acccompli. Vous qui avez opéré la déglutition, vous êtes donc le premier
moteur et votre ânie est la première cause de toutes opérations. La cause seconde qui les produit consécuth ment, quelle est-elle? C'est, répondent certains physi( gistes^ d'abord la bouchée de pain elle-même ; c'esl suite l'aptitude des organes à fonctionner dès que Ta ment est présent et les excite. Admettons cette doi assertion sur la foi de savants expérimentateurs. Ecoul et croyons notre illustre collègue M. Claude Bernard qui il nous dit qu'ayant ouvert avec le scalpel Vestomac i*\ chien vivant^ et y ayant introduit un caillou, les parois Torganê ont sur-le-champ inondé cette pierre de suc trique, attestant ainsi une énergie autonome que le coi tact d'un corps quelconque suffit à stimuler et à mettre mouvement; accordons même à M. Bouchut l'existence toute une fédération de forces partielles inhérentes avà organes (1); concédons à Tiedemann la réalité et l'eifica* cité propre de ce qu'il nomme les forces organiques : auron»» nous ainsi rapetissé à tel point le rôle de Tâme dans la vie du corps qu^elle doive rougir d'un concours si nûsérabte et en décliner Thonneur dérisoire ? Nous ne le pensons pas. En effets par l'alimentation, dont elle est directement reine et maîtresse, Tàme est reine et maîtresse de la vie et de la mort^ de l'accroissement et du dépérissement^ de la santé et dé la maladie du corps. Il dépend d'elle de foodroyer ce corps au moyen d'une goutte de poison, il dépend d'elle d'infliger au foie une hypertrophie en mangeant à €alcutta aussi copieusement qu'à Londres : il dépend d'elle, peut-être, d'allonger son tube intestinal de quelques aanes, comme la domestication l'a fait pour le chat ; in-
C4) la Vie et ses Attributs ^ par M. E. Boachat, p. 330.
jfersement, il dépend d'elle de modifier par la température, fax le régime, par le choix des substances nourrissantes Il médicalrices, une constitution débile. Un tel pouvoir fest pas tout à fait méprisable, et réduire l'animisme à ks praportions, ce n'est ni se moquer ni être dupe ; loin Ifelà, c'est, croyons-nous, rester sur le terrain de la vérité Kmontrable.
Nous pourrions allonger encore celte liste des phénomè- Bes consécutifs que l'âme provoque de la part des organes fa n'agissant directemeent que dans le cercle de Talimenlation consciente. Il nous serait possible aussi d'établir, à l'aide d'expériences personnelles, que les actes respiratoires, dont la direction est consciente et nous appartient, «ont pour nous des moyens toujours présents de modérer la circulation, de diminuer l'excitatioti du cœur et même de restreindre le volume de cet organe. Les observations de la science, notamment celles du docteur Piorry {\) communiquées à l'Institut, confirmeraient ici notre modeste et psychologique témoignage. Nous donnerions de la sorte des raisons nouvelles et expérimentales de maintenir ce côté de l'animisme qu'Aristote a appuyé sur un commencement d'analyse physiologique. Mais cet animisme tempéré, c[ue M. Lemoine accueillera peut-être, rencontre dans M. F. Bouillier un adversaire résolu et d'autant plus redoutable qu'il a engagé le combat au nom du spiritualisme lui-même. C'est donc à M. Bouillier qu'il nous faut répondre maintenant.
{\) De rinfluence des respirations profondes et accélérées sur les maladies du cœur, du foie, des poumons, etc., etc., par M. le docteur Piorry , dans les Comptes-rendus des séances de l*A cadémie des sciences , tome XLVII, p. 689.
Comme riatrochimisme et Tialrophysicisme, l'orgai cisme pur et absolu est insoutenable. A cet égard, ii( sommes d'accord avec M. F. Bouillier. Nous remèrcii rhabile et très-savant professeur de philosophie de ITm reuse vigueur, de la dialectique pressante et serrée donti s'est servi contre ceux qui prétendent expliquer le roeii veilleux concert des fonctions de la vie par une muIfitnJ d'instruments jouant chacun leur partie sans être conduit par aucun chef d'orchestre. La valeur principale, le rad mérite de l'ouvrage de M. F. Bouillier résident essentiel^ lement dans cette argumentation infatigable qui met h ni les impossibilités, relève les contradictions, dévoile les in^ conséquences. Il faut voir comment certains physiologistes y sont argués et convaincus les uns d'impuissance, les autres de spiritualisme inconscient. Ou nous sommes bien trompé, ou voilà désormais les purs organicistes hors àe combat.
Non cependant que M. Bouillier n'accorde rien aux organes et soit partisan delà matière inerte. Loin de là : « L*aï) nimisme, dit-il, ne repose pas, comme on l'a prétendu, » sur l'hypothèse de l'inertie absolue de la matière. Tout » en donnant à Tâme la puissance vitale, rien ne nous » empêche d'accorder des propriétés spéciales aux diver- » ses parties de la matière organisée (I). Ce que nous re- » prochons à l'organicisme, ce n'est donc pas de douer de » propriétés particulières la matière organisée, mais de » ne pas leur donner un chef unique, sans lequel on ne
(4) Du principe vital et de Vâme pensante, par M. F. Bouillier, p. 47-
peut expliquer Taccord et la finalité des opérations de la
vie (4). » On le voit : M. Bouillier a lui aussi sa pointe
rganicisme, et nous lui en savons gré> car nous avons la
re et voulons la garder. L'observation, Aristote et
Bouchut sont ici nos complices (3) : nous avons dit en
loi.
Mais, sur la question de degré, nous sommes contraint nous séparer de notre honorable confrère. Afin qu'il commne bien nos scrupules, afin de lui répondre avec toute clarté possible, nous diviserons la question générale en uix questions distinctes^ qu'il a constamment réunies, silaon mêlées : nous lui demanderons d'abord comment il prouve que Tâme est le principe moteur de la vie du corps; ensuite comment il démontre qu'elle en est le principe formateur ou plastique. On comprend en effet que mouvoir est moius que former et que, si le plus entraine le moins, laréciproque n*esl pas nécessairement vraie.
En ce qui touche les fonctions de la nutrition et de. la tespiration, M. F. Bouillier étend beaucoup plus loin que nous ne le faisons le pouvoir moteur de l'âme (3). On l'a vu, nous bornons ce pouvoir aux actes conscients et plus ou moins susceptibles d'être produits ou seulement dirigés par ràqie; et sans invoquer l'assistance d'un principe vital, il nous semble que tous les autres actes de la vie résultent de ceux-là consécutivement, en vertu de la nature
(4} D» principe vital ei de Vâme pensante, p. 48.
(9) Sur ce point, nous avons d^autres complices, notamment M. le docteur Purchappe qui a dit avec raison : < L'organisme dans sa plos haute expression..., n'exclut pas le spiritualisme. » Discours sur le YUalisme et VOrganisme, dans ri/nion médicale du 5 avril 4855.
(3) Ouvrage, cité p. 33S.
et de la connexité constitutive de nos organes. Gom;i nous^ M. F. Bouillier écarte le principe vital ; mais ceqi nous laissons aux organes^ M. Bouiilier le revendique poi l'âme elle-même, laquelle, d'après lui, opère fort au d«i de ces frontières où expirent la voix de la conscience eti puissance de la volonté.
À Tappui de sa thèse, le savant animiste apporte troi preuves dont le développement forme Télément théoriqi de son traité Sur le principe vital et rame pensante. Noi allons examiner ces preuves avec toute Tattention et toull rimpartialité possibles, sans autre souci que celai de i vérité, i
La première preuve consiste à conclure de Tunité hai monieuse de la vie à l'unité de la cause dont la vie doi être Teffet. Cet argument, nous le reconnaissons, démon* tre que le principe dirigeant, et même que le premier mo» teur de la vie du corps ne peut être qu'unique ; maij prouve -t-il que tous les mouvements de la vie, quels quita soient, résultent de Taction directe, immédiate, partout présente de rame, de telle sorte qu'admettre d'autres forces motrices dans notre corps et les subordonner à l'impulsion de rame, ce soit briser l'unité de la vie? De plus, cet argument est-il si décisif en faveur de Taclion unique de rame que l'animisme de M. F. Bouiilier y trouve une base suffisante, même au cas où viendrait à manquer toute attestation claire ou obscure de la conscience psychologique? Nous ne saurions raccorder. Cet argument est du nombre de ceux qu'il est plus dangereux qu'utile d'employer d'une façon exclusive, parce que l'esprit risque d'en tirer d'excessives conséquences. Que dirait M Bouiilier d^un penseur qui, usant à son aise du principe de Funitéde la cause
Ihéiëe par lliarDioûie des effets^ déclarerait non-seale- |tent qu'il n'y a qu'tjn seul Dieu de Tunivers, ce qui ebt ^, mais encore qu'il n'existe absolument au monde ki'uue seule force, une seule cause? Contre l'abus de ce jWncipe, M. Bouillier invoquerait justement l'expérience, it montrerait qu'il 7 a dans Tunivers des causes finies^ des brces secondes et que l'harmonie de la création n'a point Nn souffrir, parce que l'action de ces forces est subordonpie à la puissance divine . De même, dans la question qui Iteiis occupe, le principe de Tunité doit être sagement li- ^té par les enseignements de l'expérience. Âristote l'a teen compris. Nul plus que lui ne s'est servi de cet arguiient de l'unité de la vie ; mais, dans la belle page que hous avons transcrite plus haut, il a eu soin de noter qu'il li'est pas nécessaire que l'âme, principe de la vie, soit partout et fasse tout. M. Bouillier est du même avis lors- ^11 se défend de nier l'existence de certaines forces dans h matière organisée. Ainsi l'argument métaphysique, ipris isolément, est insuffisant et dangereux. On croit le compléter en y ajoutant cette vague formule : qu'il ne fantpas multiplier les êtres sans nécessité. Mais, cet axiome posé, la difficulté demeure tout entière, puisqu'il reste à tfélerminer où commence et où finit cette nécessité. Là est fe nœud, et l'expérience psychologique pourra seule le dénouer, si toutefois le regard de la conscience pénètre assez avant dans la profondeur des phénomènes vitaux.
Aussi, malgré sa grande confiance dans la preuve métaphysique, M. Bouillier a-t-il éprouvé, en vrai philosophe qu'il est, le besoin de demander à la conscience la [preuve expérimentale de son animisme. Et afin qu'on ne se flatte pas de le surprendre en flagrant délit de contra-
diclion, il distingue deux époques dans l'existeoi l'âme considérée comme principe vital : « Sans dit-il^ r&me n'aura aucune conscience de la vie tant le jour spirituel ne sera pas levé, tant qu'elle n*aura< pris conscience d'elle-même. Mais^ du moment qu'cl commencé à se connaître elle-même, elle ne peut pas,^ sein de l'activité qui est son essence, ne pas saisir son i gie vitale. Ainsi, selon nous, il n'y a. pas d'autre prii de vie que l'âme elle-même, qui opère instinctivemi mais qui n'opère pas toujours sans conscience les fonct Vitales (<). »
Ce retentissement dans la conscience des phénomj vitaux accomplis par 1 ame est double, d'après M. lier; il se manifeste : 1® indirectement par les'percepl insensibles; ï^ par une attestation directe du sens time.
Les perceptions insensibles, ce sont ces phénomènes Vâme qui, bien que très-réels, ne laissent pas de trace sein de la conscience. Ce sont ces pensées auxquelles pense faiblement, des pensées auxquelles on ne prend f4 garde, des pensées dont on ne se souvient pas. Or, ajoall notre auteur, la réalité de ces pensées inaperçues ou percept tions insensibles se démontre, soit par la mémoire et h rappel fortuit ou volontaire des idées, soit par les effeli notables qui résultent de la combinaison, de Taccumulatioi d'idées et d'impressions, dont chacune prise à part n'aa* rait laissé aucune trace sensible dans la conscience.
Ce n'est pas tout : en s'y prenant, dit-on, habilementj il y a un moyen de retrouver et de replacer sous l'œil de
(4) Du principe vital el de l'âme pensante, page 343.
^ ré&xion ces pensées qui paraissaient perdues ou que ^'on ne savait pas avoir eues. « On peut oublier bien des l^oses, dit Leibniz, mais on pourrait se souvenir de bien Hoin si on était ramené comme il faut. « *- Que de choses^ \ dit M. Bouillier,quede choses^ quand on le veut bien, on ^retrouve ainsi au dedans de soi qui, sans un retour attentif
> de l'esprit^ eussent été pour nous comme si elles n'avaient ^jamais existé (4)1 >»
^ U nous est d'autant plus aisé d'admettre ce qu'on appelle ^iei les perceptions insensibles que^ pour notre part^ nous
sommes persuadé qu'il n'y a pas de notre vie à notre mort ^ un seul instant d'inconscience absolue* Nous estimons, en } outre^ avec Leibniz et M. Bouillier> qu'il n'est pas une ^ seule classe de ces phénomènes obscurément sentis qu'une * patiente et habile méthode ne soit capable de faire passer
de l'ombre où ils se cachent dans la zone éclairée de la t. conscience . Ma j pourquoi donc faut-il que les faits phy<
> siologiques rapportés à l'âme par M. F. Bouillier résistent ^ à tout effort sincèrement tenté, à toute expérience loyale-
> ment instituée et souvent renouvelée, afia de les ressaisir ? Chose étrange lie psychologue, s'enfonçant avec précaution dans les ténèbres d'un passé plus ou moins récent^ réussit à y prendre à tâtons et à en rapporter des impressions presque insignifiantes, des pensées à peine ébauchées, des actions rapides et sans conséquence appréciable ; et voilà des phénomènes tels queja digestion, la chylificatioui la sécrétion de la bile qui soift actuels> journaliers^ qui intéressent au plus haut degré notre existence, bien plus> qui sont, au dire de l'animisme, l'œuvre même de notre
I (4) Page 349.
60 ÉTLDES DE PHILOSOPHIE.
âme, et, quoi que je- fasse, comme que je m'y applique, ne puis par aucun côté m'en emparer peur les replacer cette lumière de la conscience qui dissiperait tous nuages et terminerait le débat. Quel service éclatant eût rendu M. Bouillier, à nous et à la science^ si, n( conduisant lui-même, ou si, selon Texpression de Leiboi nous ramenant comme il faut, il nous eût fait arracher i notre conscience trop discrète ou à notre mémoire ti paresseuse la confidence d'un seul de ces phénomènes qi nous fuient si obstinément, et, par exemple, le eentimei de la sécrétion pancréatique provoqué par notre dernif repas ? Mais le plus petit fait de ce genre aurait autant éê prix en philosophie que le CegUo^ ergo sum de Descartess D'où vient qu'ion ne peut le fournir ? D*oà vient qu'oa nous en offre mille autres qui nepeuvent y suppléer? Cest celui-là qu'il nous faut^ ou un semblable, et tant qu'on m l'aura pas rencontré, les perceptions insensibles et la em* science qu'on en peut recouvrer prouveront justement te contraire de ce qu'on a avancé.
Mais sortons avec M. Bouillier lui-même de ce crépuscule où les perceptions sont presque imperceptibles, les sensations presque insensibles, la conscience presque inconsciente, et plaçons*nous, comme notre guide, au grand jour du sens intime. Là nous attend, dit-on, cette preuve directe qu'après tous les précédents chapitres il nous serait pénible de ne pas rencontrer^ enfin .
Non, il n'est pas exact d8 prétendre que notre propre vie soit aussi étrangère à la conscience que la tie d'un chien ou celle d'un poisson. M. Bouillier a raille fois raison de repousser cette thèse excessive que M. Lemoine, que M. Peisse et beaucoup d'autres encore n'approuvent
ptsplos que lui. Même après les nombreui travuui que ce sojetimportanl a Ttit suscités (l)^ M. BouiltieraTaillo droit de combattre à nouveau cette séparation absolue de la conscience et âe la vie. Il nous semble désormais acquis à la sdence et notre savant collègue a, pour une belle part; eontribné à démontrer que les phénomènes de la vie ne s'accomplissent pas entièrement i Tinsu de notre âme. Mais n'être pas étraoger à la vie de son oorps^ c'est- à-^ dire sentir jusqu'à un certain point les phénomènes de cette vie et sentir qu'on est soi-même la cause aetive de ces phénomènes^ ce sont là deux choses différentes, de telle sorte que Ton peut fort bien avoir prouvé la première et n'avoir nnllement prouvé la seconde. Or^ selon nous du moins, il est arrivé k M. Bouillier d'invoquer à Tappui du second point toute une séde de phénomènes qui ne valent » qu'en faveur du premier, il dresse curieusement la liste^ d'ailleurs très-intéressante, des faits que nous avons compris, pour plus de clarté, sous le nom d'animisme passif, * parce que Vâme ne s'y sent que passive, et de cette liste . il conclut que Tâme se sent cause active de la vie du corps, n est incontestable que nous avons le sentiment du Inen^ êtrcy de l'état agréable produit par la santé ; il est vrai que nous sentons la présence de quelques-uns de nos organes ; ilest très*vrai que nous sentons ce que Bichat nomme Tin* fiatnmation et Mâiler l'intensité de l'irritation. Oui, l'hypocondriaque a mille sensations diverses et les perçoit de
(4) Je s*ai po cit» tous ers Inraux, eoxquets do reste M. Dottillrer a soiD de renvoyer son lecteur; niais }e tcux donner ici une motion spéciale à M. le docteur Soles-Giron» qui ne ^esse de vivifier le débat par ses articles spiriUwls amtaftt que sincère» mèérés dans la tiertie médicale dont il est le rédacteur en chef.
façon à les décrire; oui, comme Ta constaté M* de Biraaâ les hommes d'une certaine organisation sont sans cesÉf ramenés à eux- mêmes par des sensations affectives; ooiy selon la remarque de M. Lélut (1), le moi est averti daM certaines occasions de Tactivilé de tel ou tel organe de la nutrition; oui^ enfin, certaines sensations sont non-seulement senties^ mais senties en un lieu déterminé de notn corps. Mais si, dans tous ces faits scrupuleusement observés et pesés^ je vois Tàme jouir^ souffrir, être affectée, ètn avertie, sentir, bref, recevoir et pâtir, je ne la vois ni donner ni agir à titre de cause. Pour employer une exprès-
(0 M. Lélut, Physiologie ds la pensée^ t. l", p. 67. Au chapitre trofr sième (iG ce volume, M. Lélut pose et discute la question du principe vital avec une grande science et une incontestable autorité. L'éuineiit physiologiste, qui est en même temps philosophe et philosophe sp'ultualiste, se garde bien de méconnaître les difficultés du problème, li en signale maintes fois les contradictions, les ombres, les obscnrités (pages 64, 7â, 90). Il déclare même que, sur le point en litige, il ii*a pas émis de doctrine et uc .s'est pas senti le droit d'en émettre (p. 74)- Cependant, sa discussion, profonde, claire et piquante à ia fois, nous parait contenir trois affirmations dont il nous importe de prendre acte : 4" 11 y a une conscience confuse (page 94), un sentiment en quelque sorte physiologique de l'existence (p. 63). 2» Il n'y a de sensibilité, ou plu» exactement de sensation que celle qui se ^nt ou est. sentie: les actes de la vie organique que Tâme ne perçoit pas et dont elle n'a pas conscience, Tâme n'en a ni Tintelligence, ni la direction (p. 78-79). 3o Les faits rapportés far M. Lélut b la conscience confuse de la vie paraissent être plutôt des sensations que des actes, et nulle part, \ notre connaissance, M. Lélut n*a dit ou fait entendre que ràmc possède la puissance plastique ou nisuB f&rmativtis dont parle et qa'adibet M. Bouillier. M* Lélut a su « ignorer et le dire et s'arrêter là où le terrain lui a manqué (p. 74) ; » c'est-à-dire à l'endroit même où b conscience disparait. Si j'interprète mal sa pensée, je prie M. Lélut de Vouloir bien me redresser.
sioD qu'accueillera le savant historien de Descartes et de Malebranche, je reconnais dans tous ces phénomènes une vie sentie^ subie par le rooi ; j'y cherche en vain une vie faite, agie par Tâme.
Vous demandez^ répondra M. Bouitlier, des phénomènes vitaux où l'âme se montre active? 11 y en a, et en voici. Par exemple, « qui ne sait à quel degré on peut aviver ou n affaiblir le sentiment de la vie en un point quelconque » de l'organisme, selon que Ton refuse ou que Ton accorde 1» son attention aux impressions dont il est le siège? » Veut- on simplement inférer de là que nous sentons d'autant plus vivement, d'autant plus complètement les impressions physiques qu'au lieu de chercher à nous en distraire, nous nous y rendons plus attentifs? D'accord : l'observation est exacte. Va-t-on plus loin et prend-on à son compte cette assertion de Cabanis que l'attention modifie directement Tétat des organes? A cela nous ne pouvons souscrire pour les raisons suivantes :
Dans l'attention, l'âme est active ; mais sur quoi porte cette activité? rien que sur l'intelligence elle-même que la volonté dirige de tel côté où de tel autre. Vous avez mal aux dents et vous y faites grande attention. Qu'arrive-t-il? c'est que vous recueillez et éprouvez votre souffrance tout entière sans en rien perdre. L'avez- vous augmentée, par cela seul que vous l'avez en quelque façon regardée et écoutée, et si votre attention n'a été que de l'attention? Je ne le crois pas. Mais voilà qu'à cette attention pure et tout intellectuelle est venue se mêler l'a crainte, imaginaire si l'on veut, que ce mal aux dents soit un commencement de carie des os de la mâchoire. Tout aussitôt votre souffrance est doublée. Est-ce l'attention qui a exaspéré votre mal?
HOU : 6'est rimaginatiôQ d'abord, la frayeur en^uîte, oeUi frayeur qui a seeoué vos nerfs et les a rendus plus irritabléi et plus sensibles. Entre l'altention qui était active, œeU qui par elle-même n'ajoutait rien au mal, et votre systèmi nerveux, se sont placées Timagination qui est plus souvent passive^ et la crainte, qui Tesi toujours. Le pedoublemeaf de la souffrance n'est donc pas Toauvre directe de rattention et par conséquent de l'activité du moi : il est Teffet fatal d'un état passif de votre âme. Renversez main tenant, Texpériance : supposez que le mal aux dents vous surprenne au milieu d*un travail dont vous êtes fortement épris et de l'achèvement duquel dépend votre fortune. Courageusement vous refusez votre attention à la douleur, et si vous ne la cbassex pas tout à fait» du moins vous ne l'éprouvez plus qu'à peine. Que s'est-il donc passé? Votre attention a-t-elle modifié l'organe, votre attention a-t-elle directement calmé vos nerfs, comme Cabanis semble le dire? Point du tout. Loin d*agir directement contre le mal^ son ennemi, l'attention a pris la fuite et s'est réfugiée, concentrée^ enfermée tout entière dans le sujet de vos reebercbes. Elle n'a pas agi sur le corps, elle a porlé au eontraire toute sa force ailleurs» et la douleur négligée, inéeoutée, n'a presque plus été entendue. Ainsi , par quelque côté que vous envisagiez l'attention, elle n'a sur les phé.nomènes vitaux aucune prise directe, et Cabanis s'est trompé .
Gœtbe se trompe aussi (et avec lui ceux qui le croient sur parole) quand il raconte dans une de ses conversations, citée par Feuchtersleben (4) d'abord et par M. Bouillier
(0 Hygiène de fàme, traduit par le docteur SchlcsingcrRahier, p. '78. Ce récit de Gœlhe se trouve dans ses Conversations recueiWet
mmte, qu^au milieu d*une épidémie de fièvre putride, il échappa à la contagion par la seule aeti&n étune volonté ferme. Qu'est-ce à direî Groit-on que, dans ce danger terrible, il ait suffi à Goethe, pour se sauver, de prendre ooestoïque attitude et de crier au mal, d'une voix impé* neuse : Va-t'en! je te défends de m'atteindre! Croiton que sa volonté ait eu, rien qu'en se répandaut, pour aiusî parler, dans tout son corps, la vertu souveraine de repousser l'influence malfaisante ? Eu pareils cas, l'immunité bien constatée des âmes vaillantes dépend d'autre chose qae d'une lutte directe et intestine. Ce qui sauve les méde^ cios, les sœurs de chatité, les citoyens dévoués et intrépi* des, les prêtres pleins d'une ardente charité, ce qui les protège, du moins jusqu'au jour ou leurs forces sont épuisées, ce qui les soustrait au choléra, au typhus, c'est, non p<Hnt qu'ils pensent à eux-mêmes, mais au contraire qu'ils n'y songent pas un instant; c'est non point qu'ils roidissent leurs nerfs contre le mal qui les menace, mais qu'oublieux de leur propre vie, ils portent leur activité tout entière du côté d'autrui. C'est de leur part, non certes un combat intérieur, mais une fuite sublime qui, les dérobant à eux-mêmes^ les jette au milieu d'une guerre extérieure contre l'ennemi commun, de sorte que leur activité les préserve, mais en émigrant au dehors, en quittant ce terrain personnel où l'on prétend qu'elle se cantonne et triomphe.
Il en est de la volonté de vivre comme de la volonté d'échapper à la maladie. Pas plus que celle-ci, celle-là n'agit directement, immédiatement, sur nos organes vi-
m Eckermann, Traduction de M. Emile Délerot, précédées d'une Introduction par M Sainte-Beuve. Pari?, 186.*^. T. II, p. 149-420.
taux. Comprenons bien cette parole de Bossuet^ qu'aïue âme forte est maîtresse du corps qu'elle anime. Un général criblé de blessures reste sur le champ de bataille ; porté sur les bras de ses soldats, il continue à élever la voix et à exciter les courages jusqu'à ce qu'un suprême assaut de la mort Tait terrassé. Par ce miracle d'héroïsme, par cette dépense généreuse, rapide, excessive de son énergie expirante, qu*a-t-ilfait? A-t-il retardé sa fin, Tst-t-il précipitée? Qui le sait et qui peut le dire ? Une seule chose parait certaine^ ç^est qu'il a appelé de tous côtés, rassemblé en un seul faisceau et tendu jusqu'à les briser les forces éparses que son sang, en s'échappant de ces plaies, n'avait pas encore emportées et qu'une âme moins vigoureuse n'aurait pas su ressaisir. Mais ces forces, sa volonté les a-t-elle à ce moment créées?
' Et ce brave commerçant qui, sa fortune faite, quitte les affaires, achète un petit bien, s'y engourdit dans un repos longtemps désiré, et bientôt languit et s'éteint : cet homme meurt-il faute d'avoir assez commandé à son cœur de battre, à son sang de circuler et à son estomac de cuire plus à point les copieux repas qu'il lui impose ? Que sa volonté parle à se^ organes aussi haut qu'elle pourra, s'il reste dans son fauteuil au lieu de bêcher son jardin et d'arroser ses légumes, c'est un homme perdu. M. Bouillier pense là-dessus comme nous. A part les quelques phrases où il semble croire à l'efficacité vitale des déterminations volontaires, il vise seulemenl à prouver, du moins jusqu'à la page 377, que le pouvoir de l'âme sur les phénomènes de la vie est seulement indirect. Mais, si c'est beaucoup au point de vue de la science et de la vérité, si l'existence réelle de ce pouvoir indirect ruine les prétentions d'un
spiritualisme outré, ce n'est pas assez pour fonder et jas« iifier ranimisme tel que M. Bouillier Ta compris.
Notre savant confrère le sait bien. Aussi, avant de terminer ce chapitre vingt-troisième^ qui est comme le cœur de Tonvrage, il essaye de franchir le dernier pas et de fournir la raison décisive de sa théorie : « Nous disons mainte* nnant, écrit-il , que Tâmea conscience de la cause de la vie^ » parce que cette cause fait partie d'elle-même, ou^ pour » mieux dire^ parce que cette cause est elle-même (4). » En lisant ces lignes, on se surprend natarellement à espérer un prochain surcroit de lumière, un de ces faits devant lesquels la critique désarme, parce que la conviction en résulte presque infailliblement. Mais cette espérance^ H. F. Bouillier la dissipe aussitôt. Il ne veut pas qu'on le soupçonne un seul instant « d'avoir la présomption de » tenir en main quelque révélation inattendue, d'avoir le 9 secret de quelque grande découverte psychologique ou D physiologique. Il s'agit seulement d'appeler Tattenlion
sur ce que tout le monde sait aussi bien que lui et de » démêler ce qu'on a eu le toct de laisser confondu dans le B sentiment général de notre activité, à savoir le fait même » de rénergie vitale (-2). «Et à quel signe prétend-il reconnaître au dedans de nous la présence et Tefflcace de la cause de la vie? A nul autre qu'à cette action continue, à cet » effort sans relâche de Tàme contre les organes que déjà » il a signalé comme inhérent à son essence mêqie (3)* d Mais encore, comment M. Bouillier prouve-t-il qu'il y a identité entre l'énergie vitale, l'effort vital d*une part, et
(i) Page 377.
m Ibid.
(3) Ibid.
l'âme de Vmire ? en rappelant ce qu^est la vie^ de l'avis de tous, et ce que Vânie a conscience de faire dans rinlérèt de la vie. « La vie est une cause dit M. Bouillier, un énorjiion^ » un nims formafivusy une force agissant sur toutes les » molécules du corps pour les disposer d'après un certain » plan, pour les soustraire à l'action générale des lois de la N nature morte (4). » <- a Voilà ce que nous dit la physio^ » logie; et voici que^ d*un autre côté, la conscience nous • découvre au dedans de nous^ dans Tàme eUe-mâme^ un » effort permanent, une continuelle action «ir tous les » organes. Comment no pas identifier cette énergie motriee de l'âme, dont nous avons conscience, avec cette autre » énergie motrice dans laquelle, selon la physiologie, con-» » 8i8telavie(4)? »
Comment, répondrons- nous, ou plutôt, pourquoi ne pas les identifier ? Par la simple raison que cette identité n'est pas évidente et que M. Bouillier ne Ta pas démontrée. Entre vous et nous, devons-nous lui dire, entre vous et nous, vous avez choisi pour tiers arbitre la conscience, dontrautorité est ici invoquée à chaque ligne. Cet arbitre, nous Tavons accepté, interrogé, écouté avec la plus reli* gieuse attention. Qu'a*t-il attesté? une action vitale de rftme certainement, mais une action qui s'arrête fort en deçà de Textrème limite où vous la conduises, et Jusqu'où il faudrait qu'elle se prolongeât pour égaler l'énergie vitale, pour ètr^ adéquate et identique à cette énergie. Vous vous en référés à toutes les précédentes informations de la conscience, et votre dernier argument n'est que la brève repror duction des autres. Soit : tenons-^nous- en là. Ëh bien,
{{) Page 378.
(2) Ibid.
qu'aVez-vous antérieiiremet établi? Ea écartant, ce qui n'est qae juste, les faits que nous avons été obligé de révoquer en doute ou de nier^ que reste-t-il de votre savante interrogation du sens intime? Trois choses qui, selon nous, peuvent être considérées comme acquises à la science, mais rien que ces trois choses -ci :
4 "" Il y a un ensemble de phénomènes vitaux qui, produits dans le corps, retentissent dans la conscience sous forme d'impressions, de sensations agréables on désagréables, délicieuses ou douloureuses. A l'égard de ces phénomènes, rame est passive, elle les subit et ne les fait pas.
2« Il y a un ensemble de phénomènes vitaux qui sont produits dans le corps à la suite de certaines émotions plus ou moins vives^ produites elles-mêmes par des pensées, des volontés, des états ou des habitudes actives de Tàme. L'âme a conscience ou peut avoir conscience d'être la cause de ces phénomènes; mais elle constate qu'elle n'en est cause que médiatement, indirectement et seulement après avoir agi sur sa propre sensibilité. Elle sait qu'elle n'est jamais cause de ces phénomènes comme elle est cause directe, par exemple, du mouvement ordinaire delà main ou de la jambe.
S** Il y a un ensemble de phénomènes vitaux que Tàme a conscience de produire directement, immédiatement, comme elle produit le mouvement de la main ou de la jambe : tels sont la mastication, la déglutition, l'acte de modérer, précipiter, retenir sa respiration. Ces phénomènes attestent un animisme actif et conscient, le seul actit d'une façon directe. Ces phénomènes produisent consécutif vement tous les mouvements ultérieurs de la nutrition et de la circulation. Mais, à l'égard de ces derniers phénomènes,
rame redevient cause indirecte. De plus, sa cooscience' non-seulement ne dit pas^ mais nie qu'elle se sente causer directe de la digestion, de la sécrétion gastrique, puis de lai sécrétion de la bile el du suc pancréatique et de tous les phénomènes suivants. La conscience nie de. même que rame se seule cause directe des phénomènes de la circuia* tion. Quand Fâme arrive jusqu'à comprimer les battements de son cœur et même à réduire le volume pathologiquemenl accru de cet organe, c'est au moyen de la respiration et en donnant au poumon, par des aspirations profondes, ^ jute Textension possible. Pressé par le poumon, le cœar est contenu et même maintenu dans de plus étroites limites. Mais cette action possible de l'âme sur le cœur est encore indirecte. Nous n*y sommes conscients que de la respiration, le reste nous est enseigné parla physiologie.
D'où il résulte que, si Jouffroy a eu tort de faire Tâmo trop étrangère à la vie, M. Bouillier a encouru le reproche contraire en exagérant dans un sens opposé le témoignage du sens vital .
Cette exagération nous semble plus grande et plus flagrante encore au sujet de la puissance formatrice^ ou énergie plastique de Tâme. M. Bouillier croit saisir dans la conscience l'attestation directe non-seulement d'un effort moteur presque universel sur ou contre tous les organes de la vie, mais encore d'un nisiis formatims.
On sait ce que M. Bouillier désigne par ces deux mois. Après la conception, le fœtus est graduellement formé. A partir de la naissance, le corps humain grandit, mais jusqu'à un certain âge seulement, et sans que la forme qu'il a reçue soit altérée dans ses linéaments essentiels. Plus tard, comme avant le terme de sa croissance, les organes
a corps humain y en même temps qu'ils sont mus, sont
iniinuellement renouvelés dans leurs parties. L'œil est
s cesse défait, et il y a une partie du sang gui sans cesse
le refaire. De même pour tous nos membres, de même
ur tous nOs organes intérieurs, le cœur, le foie, le pou-
on. Il faut une cause à cette création, à cette destruction,
cette reconstruction incessante de la forme. Cette cause
jae saurait être différente du principe moteur de la vie,
fiarce que les deux actions, l'action formatrice et l'action
motrice, se confondent dans une admirable unité. Aussi
ceux qui attribuent à Tàme Tune de ces deux actions ont
coutume de lui attribuer également l'autre.
Nous inclinons à croire, nous aussi, à Texistence de ce principe auteur, réparateur et conserYateur de la forme dans rindiyidu comme dans l'espèce; nous ne croyons pas impossible que ce principe ne fasse qu'une seule et même chose avec le principe moteur des organes. Mais sur la foi '^^ quel témoin? Est-ce la conscience qui nous Ta appris? Sentons-nous ce sculpteur invisible modeler soit en dedans, soit de dedans en dehors, les parties de cette statue» qui est notre corps? On ne saurait exiger de moi que j'avoue sentir ce dont je n'ai pas la plus petite conscience. M. Claude Bernard m*a appris que mon foie fabrique et raffine du sucre; je m'épie, dans le silence et dans le recueillement; i'ai beau faire, je ne saisis rien qui me décèle cette merveilleuse fabrication. M. Flourens m'a enseigné que mon périoste forme et reforme sans cesse l'os de ma jambe en procédant de la circonférence au centre. Le tenait-il de sa coûscience? non. Et ma conscience, qui s'en rapporte à ces deux illustres physiologistes, est dans une radicale impuissance de vérifier par elle-même le fait. Si ma con-
science ne perçoit rien de ces grands aotes formateQ] mon corps, comment me sentiraisje cause du nisus nwtivus? EsJ-ce que je me sens façonner mes on) pousser mes cheveux^ mes cils, ma barbe ? pas davantj Je puis jurer à M. Bouillier que je n'y apporfe pas Toml
d'ironie ni de mauvais vouloir, pas plus que M. l'ai
Thibaudier, un psychologue babile, un écrivain très- agi ble,un animiste déclaré, qui pourtant n'a pu saisir dam conscience ce que la nôtre refuse de nous montrer^ et dans sa claire et savante brochure, répète au moins fois que la vie, dans le sens qu'on donne à ce mot chez animistes, a toujours échappé aux invesUgations de conscience (I).
Ainsi ce fait, qu^ l'âme est la cause formatrice, Touvri^ de son corps, intérieur à son œuvre, n'est point un fait conscience. Par conséquent il n'y a aucune preuve direcMi du nisus formativus, 1
£;8t-^e donc à dire que l'animisme, tel que le présend M. Bouillier, soit absurde, impossible, faux de tout pointtj non certes, et ce serait nous avoir bien mal compris que de nous prendre pour un adversaire juré de cette doctrine. ( Loin de là, nous en acceptons une partie comme certaine,^ parce qu'elle est expérimentalement prouvée, et nousi avons dit laquelle. Quant à l'autre, nous penchons à l'ad* i mettre, mais seulement à titre de solution probable; nous i ne pouvons la regarder comme acquise à la science, et, sans la repousser^ nous sommes contraint de lui refus» cette adhésion que la seule évidence doit obtenir.
(4) Du principe vitale à Voccasim de discussions récentes^ etc., etc., par M. Tabbé Thibaudier, professeur de philosophie à l'institution des Chartreux, k Lyon, pages 31 et 37.
b eflfet^ tout ceqai n'est pas ici d'expériencd immédiate Ment de la faculté d'induction. Or^ à Tégard de la dé- IBination des causes finies^ quelle est la portée de la Hiode inductiveî Appuyée expérimentalement sur la Non de la cause une et simple qui est nous> et ratiou- Rement sur le principe de causalité, cette méthode a le lit d'affirmer Texistence d'une cause simple et unique m chaque ensemble de faits organiquement liés et com* indit une unité incontestable* Lui est-il permis d'oser krantage^ et, par exemple, de prononcer que telle cause lidentique à telle autre, que la force vitale est identique la force que la conscience perçoit directement, et que MIS appelons notre âme? Oui certes, mais à la condition ^presse que cette identification de deux termes, dont Tun ^t que probable en tant qu'indirectement connu, sera lésentée à titre de pure probabilité, c'est-à-dire à titre hypothèse subordonnée aux chances peut-être favorables^ lut- être contraires, d'une vérification ultérieure par les lits.
Nous resterons fidèle à cette manière de voir même après voir lu le Méfnoire si profond et si original de M. Rému- U sur les Facultés inconnuei de Vàme (4 )• Ce beau travail^ l'une intelligence philosophique qui semble rajeunir en nrançant, conclut à la nécessité d'attribuer à l'Ame huaaine plus de facultés que la conscience n'en aperçoit. ^*éminent psychologue nous permettra de hasarder respectaenscTnent au sujet de son analyse deux observations di-
(4) UémiresHT If 9 Umitst de la conscience ou sur les facuUéi inconsset de Vesprit humain ^ dans les Séances et Travaux de T Académie des sciences morales et politique^, par M. Gh. Vergé. Volume d*avrll el mai 4863.
goes^ selon nous, d'être priseseD considcration. D'abordi avons été frappé de ceci, que les facultés annoncées €( inconnues sont pour la plupart confusément entrer an moins dans un certain demi-jour de la conseil et que Tàme n'éprouve à les dire siennes aucune répugna marquée. Elle y reconnaît soit des virtualités de ses fa tés ordinaires, soit des prolongements voilés» mais pei tibles encore sous leurs voiles, de ces mêmes faculté sorte que ces inconnues ne seraient en réalité que des sauces moins connues. Notre seconde observation, qu'en ce qui regarde Tâme principe du corps, Vanà pouvant être Vanima tout en Tignorant^ M. de Rémusat^ très*discrety très-réservé^ et s'en tient à Texpression d'une pure possibilité, ce qui est^ sauf erreur, ne pas des limites de l'hypothèse.
Quoi donc I répondra-t-on, prétendez- vous fermer solument à la science de Tàroe la voie^ difficile et péi leuse sans doute, mais pourtant féconde, de Thypothè Nous n*y pensons pas. Mais nul ne nous blâmera d'exi| de toute hypothèse nouvelle qu'elle explique les faits d( elle promet de rendre compte. Eh bien, de quels faitsj monodynamisme rend-il compte et comment les expliqi t-ilî
Il se flatte d'expliquer les deux faits les plus impoilant^ de notre existenee physiologique, savoir^ la forme permanente et transmissibie du corps, puis l'unité de la vie. i
Le premier de ces deux faits atteste d'une façon éclatante l'intervention d'une puissance intelligente, cause i de l'ordre et de la finalité manifestés par notre organisation. L'animisme, Voit cette puissance dans la cause snprème qui a tout ordonné. Nous l'accordons. Pour Texé-
i(Èk matérielle du plan divin, il Texpliquo au moyeu l'instinct^ d'un certain instinct qui, bien qu*aveugle dépourvu de liberté^ est cependant une des facultés rame pensante. Mais toute explication doit être plus ire que le fait expliqué. Par conséquent, la formation Gorps^ chose obscure entre toutes, ne sera éclaircie que nous ayons surpris clairement quelque part Tinstinct ïi œuyre vivante: auquel cas, raisonnant par analogie is le déclarerons capable d'opérer en notre corps ce qu'il ailleurs Qu'on veuille bien ne pas répéter que nous itons en nous-mêmes le travail de cet instinct formateur; )us répéterions à notre tour que nous ne Vy sentons abso* nent pas. C'est donc en dehors de Thomme qu'il faudra leTcherle pointd'appui de l'analogie. On y copsent^ et l'on dit : ce L'âqie construit, conserve le corps^ comme Tabeille fait sa cellule et son miel(1),y) Cette analogie, répondronsnous, n'est pas exacte. Ni la cellule de l'abeille ni son miel ne sont des animaux. L'analogie exacte serait celle-ci : L'âme de Vhom/ne construit^ conserve le corps comme Tàme de Tabeille construit, conserve, au moyen de l'instinct, le corps de l'abeille . — Soit, mais cela ne m'apprend rien : j'ignore profondément si l'âme de l'abeille fait son corps, et, si oui^ comment elle le construit. Vous expliquez un mystère par un autre mystère, vous répondez à la question par la question elle-même.
Les partisans de l'animisme sont convaincus^ en second lieu, que leur doctrine monodynamiste explique mieux que toute autre l'unité de la vie. Assurément l'unité de la cause est la meilleure explication de l'harmonieuse unité des
[\) DufMrincipe vital et de Tàme peniante, par M. F. Bouîllier, p. 342.
effets. Mais le nouTeau système animiste a'-a pas ri que Tunité qa'il invoque est fortement entachée de daali Qu'il j songe : l'âme sent-^lle directement et dans fa cause même les effets de la vie physiologique? Non : elle sent médiatement, ù travers le corps qui en est affei L'âme connaît-elle directement et dans leur cause les pi nomènes vitaux^ tels que la digestion, la formation des la croissance des ongles et des cheveux? Non; elle ne connaît que comme elle les sent (quand elle les sent), à vers le corps, qui en est le sujet, mais non la cause. Vi agit-elle sur les phénomènes vitaux, tels que les préi dents, directement et comme une cause agit surelle^mèi ou comme elle agit sur le bras pour le mouvoir? Non; n'agit sur ce# phénomènes qu'indirectement^ soit par manducation et la respiration^ soit par la médecine, Vhj*i giène^ la gymnastique : en sorte qu'elle est placée à réganj de la puissance vitale tout à fait comme à Tégard des îatmÊ{ qui lui sont étrangères. Elle connaît, gouverne la puisai sance vitale de la même manière qu'elle opnnaît et goti<' verne toute force physique qui fait deux avec elle-même. ' Ainsi l'unité sur laquelle on se fonde demeure, jusqu'à dé* monsiration plus concluante, à Tétat de dualité. C'est le duodyiiamisme transporté dans Tâme simple et une» La difficulté est déplacée : elle n'est pas résolue.
Le long examen auquel nous venons de nous livrer prouvera^ nous 1 espérons^ à MM. Albert Lemoine et Francisque Bouillier que nous attachons un grand prix i leurs deux ouvrages et que nous serions heureux de concilier leurs doctrines. Dans le livre de M. Bouillier^ nous avons, malgré nos réserves, beaucoup à approuver et à louer. Quoique un peu surabondante, la partie historique y té-
PRBMIËRE liTUDE. 67
le à^nn immense savoir (4). La partie critiqae en est
irease et pleine d'arguments décisifs contre les purs
liciens. La partie doctrinale renferme un ensemble de
groupés ayec talent et clarté qui donnent à un ani-
plus modéré et plus discret que celui de Tautèur
base très- ferme. M. F. Boni Hier a eu le mérite d'in-
à ses propres recherches et d'entraîner sur le ter-
qu'il aime toute la tète de la légion spiritualiste, et
^nir^ sinon Tadhésion, au moins les encouragements
iMU. Ad. Franck (%), Ad. Garnier (3), Emile Saisset (4),
il Jan^ (5) et d'autres encore. Il a eu assez de force pour
lever de très-honorables et très-ardenles contradic-
ins (6). Par une marche hardie, il a porté la guerre chez
{{) Toutefois nous maintenons, à côté de cet éloge, les critiques et les réserves que nous avons faites dans la première partie de ce travail, au sujet de la manière dont M. BouîHier a présenté Tanimisme ^Aristote. — On trouvera une savante exposition de la théorie du lfitfrii//d«as ia tbèse solide et exacte do M. Gh. Waddingtou*Kastus agrégé de la Faculté dei lettr^^ de Paris et membre correspondant ^nnstitut), thèse couronnée par TAcadémie française et qui a pour titre : De la psychologie ifArisfoU. Mais cette exposition (p. 36 à 42), ^mme on peut s'en assurer,. n*ayant pas été faite au point de vue de ^ question de raniinlsme, ne contient pas et n*a pas dû contenir tous ^ textes sur lesquels pous avons établi notre propre reconstruction et Dotre discussion de la doctrine du principe vital dans la philosophie d'Aristote.
(^} Voir deux articles de M. Franck dans les Débats des H et 13 novembre 486«.
(3) Rapport de M. Ad. Garnier k l'Académie des sciences morales <it politiques, volume de janvier 1863.
. 14) Article de M. Emile Saisset dans la Revue des Deux Mondes, du : 45 août 4862.
i^) Aeticle de M. Paut ianêt dans la Revue de Vinstruction publique
(6) Notamment de la part de M. P.-E. Carreau^ médecin princi{»al de
les physiologistes absolus^ et plus d'une fois les. a avec lears propres armes. En finissant cette étude, formons et nous exprimerons un vœu : c'est que M. lier poursuive courageusement son entreprise. Le pol ne'tardera pas à lui demander une seconde édition dei ouvrage. Nous souhaitons (sans avoir nullement la prêt tion d'offrir un conseil) que-M. Bouillier reprenne etfo] fie la preuve directe de sa thèse^ dût-il en venir à rabal beaucoup de ses affirmations . Oui, Fétude de la phjsic gie est nécessaire à la psychologie, ne fût-ce que parce le psychologue y puise de quoi convaincre le pbysiologù de sa radicale impuissance à Tégard de la déterminatittj des causes. Mais nous y voyons une autre utilité : le sû| de l'animisme dépend surtout de la connaissance de plus^ plus précise des limites du sens intime. Parvenu à \m certaine profondeur, le psychologue cesse de distinguer 1^ ligue qui sépare sa province de celle du physiologistai Sans espérer réussir jamais à une parfaite délimitatiof de frontières entre les deux sciences, on peut se proposer^ de pénétrer plus avant qu'on ne Ta tenté jusquid dans les obscurités de la demi-conscience. L'observation physiologique offrira certains faits douteux, placés comme à cheval sur Tun et sur Tautrepays. La conscience avertie les examinera attentivement, longtemps, sans prévenlioD aucune. Elle s'habituera au jour lunaire, en quelqtie sorte, dont ils sont faiblement éclairés. Elle discernera mieux ce qui est à elle de ce qui lui est étranger. Peut-être ainsi réussira-t-elle, mieux que l'animisme ne l'a fait encore, â
première classe en chef à TEcole impériale militaire de Saint-Cyr, d^ns une brochure très-savante et très-inattendue intitulée : Contre Ntù' misme, nouvel essai d'une tMorte cartésienne.
PREMIÈRE ËTUDE. 69
krrer de près et à entrevoir roavrier mystérieux de la vie kde la forme du corps humain. Maine de Biran, quoi |Q'en ait dit M. le docteur Garreau, a découvert el fixé le 1^ immatériel de toute force motrice. Que l'animisme, à Ibntoar, découvre et fixe, mais de façon à nous convaincre, k type de toute force plastique. Ce jour-là (s'il se lève jaiDais)^ la philosophie de la nature aura trouvé une base bétaphysique de plus. Mais cette philosophie partira de f ime humaine pour aller aux forces plastiques extérieures ^t concevoir celles-ci à l'image de celle-là. La méthode 'inverse, cette analogie qui commence par sortir de Tiiomme pour en mieux apercevoir les puissances invisibles, n*est autre chose qu'un passage de Finconnu au connu : c'est la négation même de la méthode (i).
'[\'j Ucefoale de penseurs et (l*écrivains, cédant à rinlluence aujour* d'bui prédominante des sciences physiques et/ naturelles, ne demandent plus qu'à robservation extérieure la vérité, quelle qu'elle soit. Un jeune critique, dont le talent est soutenu par une courageuse sincérité a fortement signalé cet abus, ot plutôt cette grave méprise. Le remède li ce mal est dans de sérieuses études philosophiques. M. Jules Levailois, qui a fait de telles études, se montre justement iuquiet de la confusion universelle des procédés et des méthodes. La philosophie et la littérature applaudissent également au succès de son ouvrage : la Critique militante. (Paris, Didier, 4863.) Mon amitié se fait une joie d'y applaudir comme elles.
La nature et Dieu dans la dootrine d'Arletote.
Le bot de Tessai qu'on va lire est de reconstruire d'abord t'après les textes^ et d'apprécier ensuite la doctrine d'Arislote sur la nature et sur Dieu.
La première et la plus grande difficulté de cette étude tonsisf ait à ne céder que dans une juste mesure à Tadmira- Bon qu'excile toujours la lecture du XIP livre de la métaphysique. Là^ en effets le dieu d'Aristote apparaît comme une cause yéritable, comme un moteur immuable qui est i la fois le bien^ Tordre et le but du monde, et auquel, tout émus d'amour pour son absolue beauté^ sont suspendus le eiel et toute la nature. N'est-ce pas là parler divinement de Keu? N'est-ce point la Providence elle-même et le père de Punivers qu'annoncent de si religieuses expressions et que célèbre un si magnifique langage?
Non, telle n'est pas la pensée d'Aristote^ et il n'est nulle* ment téméraire d'affirmer qu'il ne l'eût point avouée. Il a pu se méprendre sur le sens de certains mots et, en dépil de son système tout entier, s'imaginer que son Dieu était réellement une cause, une substance et un être vivant. Mais c'est à son escient qu'il a refusé au moteur immobile la connaissance de tout ce qui n'est pas lui; c'est dans le des*-
sein étrange, mais ctéclaré^ de le rendre plus grande qa'il ôté à Dieu la providence.
(Comment mettre en pleine lumière ce point si délicat i si controversé? Comment éviter Técûeil des interprétation précipitées et arbitraires, et réduire à sa juste valeur IaThé< dicée d'Àristote? Il n'en était qu'un moyen : c'était de cheii cher à travers tous les détours du système immense doi la métaphysique n'est queda conclusion^ quelle est la paii qui revient à la nature et quelle est celle qui revient a premier moteur dans la production de chacune des forme de rètre et de la vie.
Or, d'après Aristote, toutes les formes de la vie et de Yi tre se ramènent à deux : le mouvement et la pensée, h mouvement est de quatre espèces. Il y a : 4 o le mouvemen de génération qui a lieu dans la catégorie de Tessence; ^«h mouvement d'altération qui a lieu dans la catégorie de h qualité ; 3^ le mouvement d'accroissement et de décroissement qui a lieu dans la catégorie de la quantité; 4** le moa* vement de translation qui a lieu dans la catégorie de l'espace. De plus, quand il y a mouvement, ce qui se meut c'est ou un élément, ou un corps inanimé, ou une plante^ ou un animal, ou un astre» ou le monde tout entier. Aiasi quiconque se propose de déterminer au justg le rôle de la nature dans le système d'Âristote, doil rechercher en quoi la nature est le principe de la génération, de l'altération, de l'accroissement et de la translation dans chacune des espèces d'êtres qu'embrasse Tunivers. De là une analyse laborieuse, très-détaillée, et qui parsdtra un peu longue, mais qui nous était imposée par le plan qu'Aristote a suivie et sans laquelle, d'ailleurs, notre critique eût manqué de base.
Outre le mouvement, il y a dans l'univers d'Arislote l'immobile pensée qui est la forme parfaite de Tètre. En quoi 'h nature participe-t-elle k la production de la pensée ? La fjensée est-elle Tœuvre de Dieu, est-elle Dieu lui-même? Quand Tbomme pense, est-ce Thornme qui pense, ou Dieu qui pense en lui? Penserait-il sans le secours de la nature, !6t est-ce Dieu qui Ta organisé physiquement en vue de la fensée? A»tre question très^complexe, qu'il entrait dans le dessein de cette étude de résoudre, et à laquelle un chapiib:e a été consacré.
Le rôle de la nature une fois décrit, et sa part faite tant dans la production du mouvement que dans l'exercice de 'h pensée, il restait, avant de passer à la critique, à déterminer avec précision l'action de Dieu sur le monde, et les caractères de son essence divine ; et si un chapitre y a suffi, c'est que, comme on va le voir, tandis que l'action de la nature est multiple et variée, celle du premier moteur est simple, uniforme et restreinte à l'excès.
Ce qui précède justifiera, nous l'espérons, la disproportion qui semble exister, dans le présent essai, entre l'exposition de la doctrine d'Âristote sur la nature et celle de sa théodicée. Au reste, afin de rétablir en quelque sorte l'équilibre et de met,tre en abrégé sous les yeux du lecteur deux importants objets qui étaient à comparer, toute la théorie de la nature a été résumée dans le premier chapitre de la deuxième partie.
Quand on s'est engagé aussi avant* que nous l'avons fait dans l'examen du monde d'Aristote, et qu'on Ta fouillé jusque dans ses plus secrets replis sans y découvrir la moindre trace de la Providence divine, on est bien forcé de dire que cette Providence n'y est pas. Il faut alors s'arrêter, quoi
qu'il en coûte^ à eette pénible coaviciioD, que la force divine a été difisée et répartie de telle sorle^ par Aristote^ qae^ dans sa doctrine^ Dieu qni est Tintelligence absolue^ mai^ dont la TJe consiste uniqu^nent à se petiser lui-méole, ta peut rien, ne ment rien, ne fait rien; tandis que la nature^ tout aveugle qu'elle est et sujette à l'erreur^ meat^ prodoi^ organise et administre tout dans Tunivers.
On a tenté ici de mettre bors de dotlte éette erreur tiA pitale d'Aristote, qui a fait déchoir la théodicée des Mn* teurs où Tavait portée Platon^ et qui Ta inclinée au naturalisme en attendant qu'elle y fût précipitée par les stoïciens. On a cherché dans Tempkii eseessif tantôt de la méthode du naturaliste^ tantM de la méthode ratiofimelle on iâétâ' physique, la cause de cette erreur^ Puis, dé peur déparât^ tre avoir trop etigé d^m philosophe païen, on a conïpart le dîea d'Aristote avee celui de Platoii, qui Itii est â& beaccoup supérieur* Ënfin^ on s'est efforcé de be méûùûulâtiB pas et de mettre en relief les grands côtés d'iiiie fhéadieéê qui, malgré bob imperfections, n'a pourtant de rivale dans Tantiquité que celle de Platon.
Les teites ont été citéSj pour la Métaphyi^qde, â'api<^ rédition spéciale de Brandis, et pour tous les autres ou^ Vrages d'Aristote d'après l'édition générale de Bekker.
EXfOSlTlON BE LA DOCTKlNS D*AR18T0TB SUR Ik NATURI
ET SUR DIRir.
§ 4.— Du moRYement eu général, de ses espèces et de ses prlocipales
caases.
li y a dans le monde trois espèces de substances : la substance sensible périssable^ la substance sensible éternelle^ et la substance immobile (^).
Le caractère essentiel delà substance sensible, c'est qu'elle est sujette au cbangennent. Or tout ebaugement a lieu efntre des opposés ou des iotermédiaires^ non pas entre toute espèce d'opposés, car le son et le blanc sont ausdi des oppo^s, mais entre des contraires. Il est donc nécessaire qu'il y ait un principe permaneiit qui, àini l'objet qui cbange, su-' bisse le ehangement du contraire en son contraire, cai ce ne sont pas les contraires qui changent (f) . Ainsi, dans tout eliangement; il y a d'abord un premier principe, uri contraire^ une forme, l'essence que retèt ]é substance qtll cbange. En second lieu^ il y a la msltière qui prend k forme nouvelle en perdant une forme ancienne. La troisième cause est le principe moteur qui fait passer la matière d'un contraire à l'autre. La quatrième cause répond à la précédente : c'est la cause finale, le bien; car la fin, le but de tout changement, c'est le bien (3),
(1) Métaph., xn, 4.
WMétaph.,Xn,t; Pft^s., 11,4.
(3) Métaph., ], 3.
Daos la prodaction, on le Toit, ce qui deirient^ ce n'est pas la matière; elle préexiste (I). Si tous supposez que cet élément n'exisie pas, il y aura génération d'une manière absolue, et quelque chose naitrade ce qui D'est absolument pas; or c'est là une absonlité (2). La forme, d'autre part^ ne devient pas plus que la matière (3). Elle aussi, elle préexiste au changement. En effet, lorsque la sphère d'airaia est produite, si l'on admet qu'il y a production de la sphère et non de la sphère d'airain^ la qualité existera isolément, et cela ne se peut (4). Ce qui ndt, ce n'est pas la qualité, c'est le bois, l'homme, l'*animal^ ayant telle qualité : en un mot, c'est une substance (5), et la substance^ c'est la réunion de la matière et de la forme (6).
La réunion de la matière et de la forme s'opère par le mouvement (7).
Qu'est-ce que le mouvement ? Ce n'est pas une abstraction existant eu dehors des choses (8), c'est toujours un changement qui s'opère dans l'être, et par conséquent dans l'une des cal^ories de l'être. S'il y a mouvement^ c'est qu*un être se meut ; et si l'être se meut, c'est ou bien dans la catégorie de l'essence^ par exemple, quand la matière quitte une forme et en revêt une autre qui est la privation de la première ; ou bien dans la catégorie de la qualité,
(4) Métaph., XII, 3.
(2) Génér. et corrupt.^ I, 3 r (3) Métaph., Vll, 9; XIÏ. 3.
(4) Ibid., VII, 8.
(6) Ibid., ibid., 9.
(6) Ibid., ibid., 6.
(7) Ibid., 1,3; XI, 4«.
(8) Phyt^f m, 4. : OOx liiiîsxivTi'îi; TtapàTàKpxYjJLxtâ, —Métaith,^