DE LA THÉORIE PAR LES FAITS OBSERVÉS; GÉNÉRALISATIONS PHILOSOPHIQUES
SOMMAIRE
[A] Marthe au pas simultané, ondes propagées dans les colonnes militaires en marche, mesure du temps et de l'espace par la locomotion , vitesse horizontale de moindre dépense musculaire, allure naturelle. — (B) Locomotion comparée entre les hommes : qualités de locomotion , influence de la force musculaire athlétique, de la taille, de la forme, des états de mollesse ou de rigidité des tissus; locomotions singulières, hommes ivres, premiers pas des enfants. — (C) Locomotion comparée entre quelques animaux: compensation des qualités de vitesse, locomotion naturelle ; remarques générales, 4 membres, prééminence caractéristique de l’homme. — (D] Déductions anatomiques : principe de la loi de symétrie des parties diverses du corps : symétrie précise des masses, des formes, des qualités intimes de la matière constituante, nécessaire aux membres; symétrie approchée de ta masse et symétrie précise du squelette suffisant au tronc. — [E] Principes des beaux-arts] déduits du mécanisme des mouvements : origine de nos goûts, de la forme au point de vue artistique, forme et qualités d’organisation de l’homme lype physique; organisations variées dans le sens de rigidité trop grande , hommes jarretés; organisations variées dans le sens de laxité trop grande , hommes arqués , claudication et luxations coxo-fémorales spontanées; danse, rhylhme, musique, traces de ces qualités dans les animaux divers, caractère de prééminence exclusif à l'homme ; grâce physique , comparabilité de la locomotion animale à la translation d’un flotteur sur la lame. — (F) Application des principes de
(1) Ce mémoire et les suivants avaient été rédigés , comme les précédents, pour être présentés à l'Académie des sciences : n’ayant [U obtenir en temps utile une lecture, et des circonstances particulières nous forçant d'en bâter la publication , nous les laissons sous leur forme de rédaction première.
la locomotion à la discussion de l'ordre conservateur dans le régno animal : mort violente naturelle parmi les animaux et réglée par la locomotion , pistes incompatibles , exemple du lièvre et du chien ; autres éléments de conservation. — (G) Installation physique du sens de la vue dans les divers animaux . caractère noble exclusif à l’homme , considérations philosophiques. — { H ] Historique de la station et de la locomotion des animaux.
Notre but, dans ce mémoire, est l’application de la théorie que nous avons exposée précédemment , aux circonstances de divers cas naturels observables. Nos recherches nous ont démontré que ces observations viennent se coordonner facilement sous cet essai de théorie, tout imparfait qu’il soit, et qu’ainsi nombre de faits lui prêtent appui , outre ceux que nous avons dû faire intervenir dans la discussion môme, afin de fixer les idées sur les phénomènes en question par des images sensibles. Nous allons donc ajouter ici avec détails et mettre en relief divers faits remarquables dont l’explication se présente, pour ainsi dire, d’elle-mèuie, dans la théorie que nous suivons ; tandis quo ces mêmes faits restent, au contraire, sans explication complète si l’on s’en tient aux idées antérieurement reçues.
(d) Pour commencer par une observation fort simple , et facile à vérifier : les soldats marchent ensemble au pas simultané, on les fait aller ainsi , ils aiment cela , et le tambour les aide quand ils sont en route. I.e tambour leur dénonce en quelque sorte à l’oreille le moment précis où il faut, pour chaque pas, fournir la force musculaire, et, par suite, ils peuvent, sans inconvénients, moins surveiller la sensation directe qui les en avertirait.
Quand une colonne de soldats marche ainsi en ordre, tambour ou musique en tète, l’onde transversale qni s’ÿ propage, pour une période de la locomotion et de la tête à la queue de la colonne, a une longueur égale à l’espace que parcourt le son pendant le double de la durée d'un pas. Celte durée d’un pas étant environ ^de r de
temps, la longueur de l'onde en question sera environ 500 mètres : prenons ce nombre rond pour la longueurréellede l’onde d’une période de deux pas, sa grandeur précise important peu pour la discussion (voir les traces de la trajectoire apparente au troisième groupe du tableau).
Deux hommes de la série situés à 500 mètres l’un de l’autre se trouveront, à chaque instant, aux points homologues A, B, de deux ondes transversales consécutives ou C, D, de deux ondes verticales réparées par une autre onde interposée, tout sera donc identique en Vnn et en l’autre, à chaque instant; ils marcheront comme un même homme.
Deux hommes de la série mutuellement distants de 250 mètres se trouveront, à chaque instant, situés en des lieux symétriques A, B, d’une onde transversale qui se propage: tout en eux sera égal de part et d'autre, mais symétrique, à chaque instant: ils passeront ensemble par les mêmes variations, mais en sens inverse de mouvements; ils interféreront, en un mot, complètement en oscillation transversale.
Mais l’onde verticale, qui se voit au-dessus de la colonne et qui s’y propage, sur les tètes, comme les flots se propagent sur une masse d’eau agitée, n’a qu’une longueur moitié de celle de l’onde transversale, puisque l’oscillation verticale a lieu en un pas seulement. Deux hommes donc situés à 250 mètres, l’un de l’autre, en C et F, aussi bien qu’à 500 mètres en C et D, passeront à chaque instant par les mêmes variations de hauteur de taille, et y passeront dans le môme sens de mouvements , s’élèveront ou descendront ensemble.
Au contraire, deux hommes de la série distants de 125 mètres interféreront verticalement, c’est-à-dire, passeront à chaque instant par des états symétriques dans le sens vertical : tout y sera égal de part et d’autre, mais les mouvements seront toujours de sens contraire, etc...
Il y a donc deux ondes supérieures, pour une seule onde latérale, qui se propagent toutes ensemble avec la vitesse du son. Quand les files d’hommes sont bien linéaires, on peut lire simultanément les
mouvements indépendants de ces deux ondes en se plaçant sur un point culminant et latéral par rapporté la colonne, d’où l’on puisse dominer les tètes et observer le liane de cette colonne , sous un petit angle; c’est-à-dire, l’observer par-dessus et de côté, en même temps (1).
Pour passer de cette observation à une expérience simple à faire : essayons de marcher, sans que le pas soit battu, pour mesurer aussi bien que possible la distance en nombre de pas d’un point de départ à un but arbitraire; convenons d'une seule condition : c’est de faire les pas successifs avec une vitesse interrompue ou non uniforme, et moindre que la vitesse ordinaire de route. Ceci convenu, et la distance étant notable, comme 200 ou 300 pas, mettons tous nos soins, toute notre attention, et cependant, généralement nous ne trouverons pas deux fois de suite le même nombre de pas, à moins d’une très-notable différence.
Répétons l’expérience en nous laissant aller à notre vitesse propre de route, d'une manière continue, en conservant seulement le soin de ne pas trop nous écarter de la ligne directe, et nous tomberons juste sensiblement pour chaque essai tenté.
Nous observerons de plus que la marche lente nous a fatigué, qu’elle est bien pli/s pénible que la vitesse ordinaire de route.
C’est une chose importante et bien remarquable que l'amplitude du pas soit mieux réglée par la condition d’une certaine vitesse propre à chacun de nous, et sans attention de notre part (on peut même dire : sauf attention de notre part activement intervenante),
(t) Nous avons eu nous-méme plusieurs fois l'occasion de faire ceUe observation, avec ces bonnes conditions, devant le palais du Luxembourg : la voie de la rue de Touroon s'y relève convenablement ponr cela, et le fait s'y présente aux yeux quand nos régiments revenant, musique en tête, de certaines promenades matinales, remontent cette me. Pour bien voir tout ceci, il faut choisir nos troupes de ligne dont la belle discipline fait que la colonne est géométriquement coordonnée, et que les ondes s'y propagent avec une harmonie parfaite. La musique est aussi préférable au tambour comme régulateur do mouvement : la musique convenable domine tout i fait l'homme en état de locomotion.
que cette même amplitude ne serait réglée par toutes les ressources de notre attention pour une vitesse quelconque différente.
Il n’est pas moins étonnant , et cela semble paradoxal , qu’une moindre vitesse de locomotion nous soit plus pénible pour un même temps, nous cause plus de fatigue ou plus de dépense de force mus* culairc.
Les lois du pendule et le mécanisme même de la locomotion, tel . que nous l’avons décrit, rendent compte de tout cela.
Il suffit, en effet, de remarquer que la marche trop lente, au pas non battu, est en quelque sorte toujours un premier pas; donc, d’une part, la marche lente exigera beaucoup plus de dépense de force musculaire ; car un premier pas coûte beaucoup , et nous en avons vu la raison dans la théorie; d'autre part, la marche lente sera moins précise en amplitude de pas : car l'amplitude d’un pas, pour un même homme, dépend de la quantité de force musculaire par lui dépensée pour ce pas; or, nous ne pouvons arbitrairement disposer de notre force musculaire, en ce sens que nous la puissions dispenser avec mesure précise exactement : l’erreur finale dépendra donc de la somme des erreurs possibles dans la quantité de force musculaire dépensée pour la locomotion; par suite, celte erreur pourra être grande, malgré notre attention, dans la marche lente où cette dépense est grande.
Au contraire, dans la marche de route à l’aise, bien battue, on profite de toutes les vitesses acquises; la pesanteur et les lois du pendule règlent les mouvements en vitesse et en amplitude; la force musculaire dépensée est minime, comme on l'a vu: une erreur dans le résultat final ne pourrait donc provenir que de ce petit élément variable, et partant l'erreur devra rester minime dans le cas en queslion-où cette dépense musculaire est minime. D’ailleurs, les quantités successives de force musculaire dépensée sont alors fournies à des intervalles de temps plus rapprochés , ce qui nous permettrait d’en sentir mieux les rapports, et de les dispenser plus
égales, si nous avions le sentiment de ees rapports; mais nous ne les sentons que bien imparfaitement. En effet, la force musculaire dépensée pendant la locomotion directe d'un côté à l’autre comparativement, ou d’un membre inférieur à l’autre, n’est point réglée par nous telle qu’elle se trouve, à l égalité, par suite de ce que nous ayons le sentiment de sa grandeur comparative; l’égalité réelle résulte des rectifications de piste que nous opérons incessamment et initialement en forçant sur le membre qui retarderait et ferait infléchir la direction que nous voulons suivre et que nous voyons. On en a la preuve dans la difficulté que nous éprouvons à marcher en ligne droite les yeux bandés.
• On aurait dans le nombre des pas une mesure approchée du temps par les membres-pendules, dans les mêmes conditions que pour la mesure de l’espace.
L’explication de cette mesure du temps et de l’espace par le pas n’est applicable, telle que nous l’avons présentée, qu’à des cas de choix; elle implique la condition de dépense musculaire minime, c’est-à-dire que la mesure des distances ou du temps soit prise par la locomotion sur une surface horizontale et sur un sol ferme, uni, dont les altérations ne viennent pas grandir les résistances mécaniques et nécessiter une grande dépense musculaire toujours variable. L’observation confirme en effet qu’on ne peut mesurer au pas les longueurs et le temps avec quelque précision que sur un terrain horizontal ou fort peu incliné et de pratique facile.
Pour une plus grande vitesse horizontale que celle du pas ordinaire, la dépense de force musculaire serait plus grande, marcher ainsi serait plus pénible, c’est évident d'observation. ,
II existe donc une certaine vitesse horizontale de moindre action, de moindre fatigue, de moindre dépense musculaire, et la fatigue après l’unité de temps ou la dépense de force musculaire pendant l'unité de temps, n’est pas proportionnelle aru chemin parcouru. Cette t'ilesse spéciale de dépense minimum constitue Y allure naturelle de chaque homme ou de chaque animal.
Ce fait n’est point contradictoire aux principes de mécanique, puisqu'il n’y a aucun travail produit obtenu, c'est-à-dire qu’aucune masse n’est définitivement élevée à une hauteur quelconque. Dès qu'il y a travail produit, comme sur une route inclinée, la fatigue ou la dé pense musculaire deviennent bientôt approximativement proportionnelles à la pente et au chemin parcouru, c’est-à-dire au travail produit ou à la hauteur atteinte positivement ou négativement par la masse du corps.
( H) On peut observer, parmi les hommes, que les uns ont le pas plus rapide et que les autres l’ont plus lent que le moyen terme. Même remarque pour les animaux divers, et ici les différences atteignent des grandeurs extrêmes.
En cherchant à discerner l’inlluencc que peut avoir, sur la vitesse propre d'allure, la force musculaire des individus divers, on distingue sans peine que cette influence est tout au moins nulle : ainsi les portefaix, les bomntes athlétiques sont loin, comme chacun peut l’observer, d’avoir le pas rapide.
La grandeur de masse du corps de l'homme n’influe pas sensiblement ; il est des individus très-maigres marchant lentement, cl l’on voit d’autres individus massifs marcher vite en allure naturelle.
Quand on observe la longueur des membres, sous le même point de vue, on aperçoit déjà une influence sensible, constante. Les hommes grands (et l’on est tel surtout par la longueur des membres) ont le pas plus lent que les autres. Les hommes petits, les enfants surtout, ont le pas plus rapide. Un examen attentif démontre parfaitement la vérité de celte proposition générale. Elle devient évidente chez les animaux, et nous la développerons de préférence quand il sera question d’eux , parce que leurs variations sont plus considérables. Nous ajournons donc jusque-là la discussion de la taille et de» longueurs de membres même chez l'homme, afin d’éviter des répétitions. .
Pour des longueurs égales de membres, on remarque de notables
différences dans la rapidité de l'allure propre à chacun. Le pas rapide est le privilège des individus à cuisse forte, transversalement aplatie, à mollet haut placé et peu volumineux, à jarret sec, pied petit , etc..., c’est-à-dire à distribution de la masse des membres qui tend vers la plus courte longueur d’oscillation, vers la forme conique.
Sous ce même point de vue de la longueur d’oscillation des membres, une masse accessoire imposée à un homme est en quelque sorte indifférente, dans de certaines limites, ou très-nuisible à la vitesse, selon la situation de cette masse, c’est-à-dire selon le lieu où elle se trouve fixée en place. Ainsi un poids de quelques kilogrammes placé sur les épaules d'un homme, ou à ses bras, commodément, nuira peu à sa vitesse propre de route; mais un poids d’un kilogramme seulement, fixé à chaque pied, nuirait beaucoup, comme on l'observe par tes grosses bottes des cavaliers, les sabots, les chaussures massives en général. La théorie qui nous guide fait comprendre que ces masses accessoires nuisent ici pour deux raisons : 1° parce qu'elles augmentent sensiblement la longueur d'oscillation des pendules ; 2° parce qu’elles gênent au moins, si elles n’em pèchent le jeu des détentes; de là ce pas lent, lourd, traîné que l'on observe.
Un cas remarquable, chez l’homme, dans lequel les mouvements de pendule se laissent voir en toute évidence, parce qu’aucune pensée régulatrice ne dispense plus la force musculaire à temps précis et avec mesure, c’est le cas d'un homme ivre.
Il s’y présente en efTel une allure vagabonde, une série sans ordre ni mesure d’accélérations, de retards, d’arrêts, de remises en route, de déviations à gauche, à droite; le tout coupé de poses dont l’étal moyen est l’unilatéral avec des oscillations sur place poussées aux dernières limites. Un tel homme ne conserve plus qu’un reste d'instinct animal, à savoir : de roidir scs membres, chacun quand il vient à heurter le sol , mais il le fait sans mesure, sans idée de direction , à contre-temps ; ainsi, on le voit roidir trop tôt un membre qui prend pied et l’allonger incontinent trop; de là des reculs déviés et des rebroussements de route; puis, au contraire, l’homme ivre
oe peut parvenir à roidir à temps le membre qui heurte le sol , coup sur coup; quand le muscle triceps prend, à chaque pas, c’est déjà trop lard, déjà tout le corps est passé en avant de La verticale de l’empreinte, ce qui transforme une force musculaire instinctivement adressée pour l’arrêt en une force aveuglément accélératrice; de là ces accélérations poursuivies, le système est comme emporté, et mille accidents seraient à craindre si n’était la sécurité du mécanisme qui avait été donné à cet homme pour de plus dignes dangers. Il faut en elfe! toutes les ressources de ce mécanisme pour conserver cet individu au milieu d’un tel abandon de la pensée : c’est un spécialité frappant que de voir tous ses pendules qui, pour chaque achoppement à quelque inégalité du sol, parlent instantanément à écart, en vertu des détenteseldes vitesses acquises, se présentant ainsi à tout hasard, et toujours dans le sens précis de la chute imminente.
Un autre cas de force musculaire mal ordonnée et non mesurée, analogue à celui d'un homme ivre, mais gracieux à voir, c’est celui d’un enfant qui fait ses premiers pas.
La mère le dépose là, le plante en place bien installé sur ses petites jambes , puis s'échappe à distance , en reculant , car elle a peur, et ses yeux dardés le disent assez : elle s’accroupit donc au uiveau de l’enfant , l’appelle, le tente de son regard de mère et de son sourire (1) : l’enfant ne sait que faire, il lève les mains, mais il ne sait mettre que cela en mouvement, et il pleure : c’est d’abord tout ce que la mère obtient : elle le console et recommence. Une fois enfin, l’enfant trouve le secret , il pousse d’un pied quelconque : si ce pied n’est pas le bon, c’est un recul qui apparaît menaçant pour la petite créature, on craint, mais déjà la mère l'a saisi. Une fois enfin l’enfant pousse directement , il part du côté de la mère ; mais l’impulsion mitrale n’ayant point été mesurée , l’enfant court rapidement
fl) C eu ici comme tout les oiseaux ahsotumcut, saut cette différence philosophique que l’oiseau amène de force tes petits à la locomotion, par la faim, par l'estomac; ta mère humaine, au contraire, attire le «en du regard, du geste, le séduit par l'affection de l'âme. ,
à cause de la brièveté d’oscillation de ses petits pendules, ou plutôt il est précipité par la pesanteur par suite du roidissement trop tardif doses membres, ce qui rend ces raidissements ou allongements accélérateurs : c’est comme chez l'homme ivre (1).
( C ) Dans la locomotion de l’homme, nous avons remarqué ce qui lui arrive, comparativement à lui-même, pour une masse accessoire surajoutée sur son épaule, sur ses bras, comme un fardeau ; ou bien fixée à ses pieds, comme une chaussure massive. On peut faire une semblable comparaison entre la masse d’un cavalier placée sur le dos d'un cheval et la masse de ses fers. Le cavalier ralentira peu la course, mais les fers nuiront, et si leur masse totale approchait de la grandeur de celle du cavalier, ils nuiraient énormément davantage : c’est qu’en ce lieu, où sont les fers, il faut peu de chose pour un effet appréciable sur le mouvement pendulaire des membres, la masse surajoutée se trouvant à une distance de leur axe de suspension triple environ de leur longueur d’oscillation (2).
Le cheval laisse voir d’une manière frappante la réaction élastique
(1) Un fait expérimenta) qui démontre l'influence des lois du pendule dans les mouvements de la locomotion, c'est un petit spectacle qu'on peut rencontrer dans les rues de Paris : il y existe un jongleur qui, le soir, à la clarté de deux chandelles placées sur un trottoir, fait danser deux marionnettes dont les membres sont articulés, comme ceux de l'homme, sur certains axes. Le jongleur imprime des impulsions seulement aux deux troncs de scs marionnettes, à l'aide d’une simple Ocelle qui les traverse et vient s'attacher, de part et d'autre, à ses deux genoux à lut. Si donc il rapproche les genoux , puis les écarte par saccades,* la Ocelle , qui se tend, imprimera an tronc de chaque marionnette des impulsions verticales ou obliques, ascendantes, et les membres en subiront les conséquences mécaniques, d'après les lois du pendule. Ces membres se fléchiront quand ils rencontreront le sol, se redresseront et oscilleront latéralement quand ils deviendront libres. Or cet homme est parvenu ainsi (par ces seules impulsions communiquées au tronc et convenablement mesurées, ordonnées) à faire exécuter par ses marionnettes plusieurs de nos mouvements de danse avec pne similitude parfaite. Mais il ne reproduit ainsi qtte les mouvements observables de face pendant la danse, ou sur une projection verticale transversale ; les mouvements de la vue de profil, ceux d'aller et venir de nos danses ne coexistent pas dans les marionnettes de ce jongleur.
(*) Les différences finales des espaces parcourus par les chevaux de course qui luttent
des détentes, surtout aux ligaments plantaires, et cela même au pas lent. On observe le même effet exagéré si le cheval est monté par un cavalier massif, un cas de choix , c’est l'allure au pas de la grosse cavalerie, comme celle de la garde municipale.
Dans les chevaux de course, les chevreuils, les gazelles et autres animaux vîtes, cette réaction des ligaments élastiques est encore plus remarquable; on croirait, à chaque pas, que l’animal a été piqué sous le pied, et qu’il le relève vivement. De là ce que l'on dit, que ces animaux ne savent pas marcher, et, en effet, leur allure propre c’est la grande vitesse (1).
La terre molle, la neige augmentent les résistances mécaniques de la locomotion, par les effets de déformation produits, qui la rendent d’autant plus laborieuse, comme nous l’avons dit. Mais, en outre, la terre molle, la neige, ralentissent parfois la locomotion en adhérant aux membres, et en diminuant ainsi la vitesse d'oscillation des pendules régulateurs dont elles augmentent la longueur d'oscillation. Un lièvre, dès que la neige adhère à ses pieds en glaçons d’une certaine masse, ne tarde guère d'ètre pris par les chiens, comme le savent les chasseurs ; la même masse installée sur son dos n’eût pas sensiblement altéré sa vitesse (2).
de vitesse, sont d'un ordre de grandeur souvent moindre que celles que peut occasionner une pareille perturbation; et c'est une chose à considérer que de prendre un parti entre celte cause de retard et les inconvénients qui pourraient résulter de la suppression des fers, c'est-à-dire, l'érosion trop rapide du sabot sur nos roules artificielles.
(1) Le jeu des ligaments, plus ample quand le cheval porte un cavalier, etc..,, prouve que ces ligaments sont alors tendus outre mesure naturelle : aussi nos chevaux s’usentils en peu de temps, et sont-ils sujets à des maladies de ces ligaments qui ne paraissent pas atteindre les quadrupèdes libres ; ni même ceux que nous élevons pour notre usage, de même que les chevaux , mais sans les charger, sans les (aire travailler : par exemple , les vaches, les moutons, les chiens, les chats ne paraissent pas sujets à ces maladies de ligaments; il semble exister une exception singulière pour les boeufs qui travaillent et sont généralement exempts de ces maux, mais on ne les laisse pas vieillir ni s'user. Les mulets en pâtissent comme les chevaux, mais moins fréquemment; les ânes y sont encore moins sujets.
(a) Sous le point de vue du terrain déformé, mais qui n'adhère point aux membres,
Entre divers animaux de formes semblables pour le fond et voisines pour les détails, entre des bipèdes voisins ou des quadrupèdes voisins, la vitesse de t allure naturelle , de moindre action ou de moindre fuligue, la vitesse horizontale naturelle , dépend à peu près entièrement : 1“ de la longueur de la corde de l’arc d’oscillation, laquelle mesure lo pas; ‘2* du nombre des oscillations faites pendant l’unité de temps ou du nombre des pas. Toutes autres choses donc étant supposées égales , la vitesse croîtra avec la longueur relative des membres et proportionnellement à celte longueur; elle croîtra encore, pour une même allure, avec l’amplitude de l’arc d’oscillatioo décrit ; puis cnün la vitesse croîtra en outre, et par suite des lois du pendule , en raison inverse de la racine carrée de la longueur d’oscillation des membres. C'est-à-dire, en d'autres termes, que, tout étant égal d'ailleurs, plus un animal sera doué de grande longueur de membres, de réactions vives et amples de leurs ligaments, et plus ces membres seront coniques dans leur forme générale, plus l’animal sera rapide; c’est ce qu’on observe de fait; exemptes: les chevaux de course, entre les chevaux; les lévriers, entre les chiens; les chevreuils, les gazelles, les antilopes, entre divers quadrupèdes de formes voisines. L’influence de la force individuelle semble ici disparaître : on retrouve celle influence dans la durée de la course ou de la chasse, quand un animal vorace poursuit sa proie naturelle: nous reviendrons bientôt là-dessus.
Discutons ici l'influence de la taille: pour deux animaux de membres semblables et ne différant que par la grandeur des dimensions respectives, tout d’ailleurs étant égal, le pas du plus grand sera plus grand, et sa vitesse en devrait croître ; mais en même temps sa longueur d’oscillation sera plus grande, par suite la vitesse d’oscilla-
le jockey-club améliorerait singulièrement ses vitesses moyennes, ail améliorait sa voie de courte : une portion majeure des réactions y est éteinte a remuer du table; e'ett une mie courte à la neige. Si l’on introduirait cette amélioration du toi, tes qualités des chevaux dépendantes de la forme en ressortiraient mieux , et les qualités de Tond ne manifesteraient que plut tard leur supériorité : tous y gagneraient.
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lion, ou le nombre des pas dans un temps donné , sera moindre. C’est un premier moyeu de compensation des vitesses entre les grands et les petits animaux; comme, d’un côté, la vitesse de route augmente proportionnellement à la grandeur du pas, ou à la longueur des membres semblables; tandis que, d’un autre côté, la même vitesse de route ne diminue que proportionnellement à la racine carrée de la longueur d’oscillation, ou pro(x>rlionneileinent à la racine carrée de la même longueur des membres semblables, tout étant égal d’ailleurs, l'avantage l'este jusqu'ici aux grands animaux pour la vitesse de route.
Mais la forme des grands animaux tend aux membres cylindriques, comme des colonnes, par raison de résistance au grand poids de leur grande masse qui exige de fortes colonnes osseuses : cas extrême, l'éléphant. Les petits animaux, au contraire, peuvent avoir des membres très-coniques; car les masses diminuent comme les cubes des dimensions homologues semblables, tandis que les sections ou assises des matériaux résistants aux poids de ces masses ne diminuent que proportionnellement aux carres de ces mêmes dimensions homologues; les os des membres, entre autres parties, pourront donc être plus grêles comparativement chez les petits animaux que chez les grands, et se prêter ainsi à la forme plus conique des membres. En pratique de nature, les petits animaux ont les membres généralement très-coniques. L'avantage de la forme pour ia brièveté de longueur d’oscillation, ou pour la fréquence du pas, revient donc généralement aux petits auimaux; c’est un nouveau moyeu de compensation des vitesses entre grands cl petits.
En outre , sous le point de la force musculaire, comparée à la masse du corps à mouvoir, Galilée a démontré que l’avantage, entre les animaux , est pour les plus .petits. Galilée se fonde sur la raison même à laquelle oous venons de recourir pour nous rendre compte de la forme cylindrique ou conique des membres, c'est-à-dire sur les propriétés des solides semblables. II lait donc remarquer que, sous formes semblables, le nombre des fibres musculaires, d’un animal
à un autre, est proportionnel aux sections semblables des muscles semblables, donc au simple carré des dimensions linéaires homologues de ces deux animaux. Mais la solidité et par suite la masse de chacun est proportionnelle au cube de ces mêmes dimensions linéaires homologues. Ainsi pour passer d'un animal petit à un autre plus grand semblable, la masse à mouvoir grandit plus rapidement que la force musculaire : l'avantage de la force musculaire est donc, toutes choses égales d’ailleurs, pour les plus petits animaux. Mais avant d’en rien conclure |>our les vitesses de routes, distinguons les cas.
Si la roule suivie est inclinée, s’il y a un travail produit à obtenir, c’est la force musculaire qui en fera la dépense, et alors l’avantage doit manifestement se trouver du côté des petits animaux : ils graviront donc ou descendront plus facilement les montagnes. El dans la réalité, c'est vrai , des enfants comparés aux hommes adultes, des petits chevaux comparés aux plus grands, des petits chiens comparés aux plus grands, et ici c'est frappant du petit chien anglais King-Charles à un chien quelconque plus grand. C’est donc vrai généralement, pour le cas des routes inclinées, que, d’un animal quelconques un autre voisin de forme, de qualités, et ne différant que par la taille, le plus petit a l’avantage de vitesse sur le plus grand.
S’il s’agit d’une roule horizontale, il n’y a plus alors de travail définitivement produit, la force musculaire dépensée se trouvant minime, et chaque animal étant loin de dépenser son fonds d’énergie dès les premiers moments , la vitesse d’abord sera presque indépendante de l’énergie musculaire relative, et ne ressortira guère que des qualités du mécanisme. Mais plus lard, quelque minime que soit la dépense musculaire de route, elle atteindra le fonds de l'animal : celui donc pour qui ce fonds musculaire sera comparativement plus grand, pourra tenir plus long-temps qu’un autre, ou fournir une plus longue carrière, une chasse plus durable. Nous retrouvons, de fait l'influence de la force musculaire, relativement à la taille, marquée dans la nature sur les résultats de durée de course, même horizontale, entre animaux de même forme et de mômes qualités :
exemple frappant, les petits chiens de chasse reconnus de tous temps infatigables en tous lieux , bien qu’inférieurs aux plus grands en vitesse initiale : et c’est merveilleux à voir dans les King-Charles. Cela se retrouve encore dans les chevaux arabes, dans ceux de Corse, d’Auvergne, etc... (1).
Quoi qu’il en soit, malgré cette restriction de l’avantage musculaire du côté des petits animaux aux cas de routes inclinées ou de courses prolongées ; ce dernier moyen de compensation des vitesses considérées généralement dans les animaux, achève de rendre possible une compensation parfaite. Les rapports des vitesses propres peuvent môme aller par ces moyens au delà de l’unité, c’est-à-dire, que la vitesse des petits animaux peut selon les terrains de course devenir supérieure à celle des grands animaux. Exemple : le lièvre et le cheval , un cheval quelconque pour peu que le terrain soit incliné de quelques degrés , et même en plaine si le cheval n’est pas un type de course rapide (2).
Sous le point de vue des résistances mécaniques individuelles, des détentes et des qualités propres de rigidité ou de mollesse des tissus élastiques , certains animaux offrent en regard des excès singuliers, opposés entre eux, analogues à ceux que présentent des hommes dits jarretés ou arqués et dont nous parlerons bientôt; on peuteiter pour exemples le coq commun ou celui d'Inde qui sont tous deux à ligaments rigides, et, en opposition , le canard dont les liga-
(1) S'il ne s'agissait donc que de durée de course , jusques à défaillance , et par tous terrains, sans limite à la grandeur des espaces parcourus, il y aurait peu de doute que le dèB jeté naguère aux chevaux arabes par les grands chevaux anglais ne dût tourner à la confusion des provocateurs. Mais la question de ce pari proposé est plus complexe.
(S) On peut de même comprendre comment il se fait, même en plaine , qu'un chien de chasse trottant a côté d'un cheval ait sur lui , si grand de membres comparativement , mais différent de forme et de qualités de ces membres, un avantage tel, sous la même allure, qu’il puisse facilement l'accompagner et tenir de front. On observe même que certains chiens élégants , à membres trés coniques, ont encore du temps i perdre pour l'exploration des bornes , des brins d’herbe , etc., ainsi que pour la polie* des routes et lieux adjacents.
ments sont trop mous pour la marche sur terre , mais convenables pour nager. La poule est plus près de la perrection ; la perdrix , la caille, les raies l'atteignent. Les chèvres communes, le chamois ont des ligaments durs et secs, leurs articulations sont trop serrées, leur locomotion est peu ondulée, mais elle est précise, ce sont des animaux de précipices et qui n'y prennent que des vitesses médiocres. Mais les chevreuils, les gazelles, tiennent tout terrain, sont précis à perfection, admirablement, et présentent pour le maximum de vitesse le minimum de force musculaire dépensée, leurs ligaments élastiques à point rendant les détentes parfaites. Un dernier exemple de qualités opposées sous le point de vue de l’élasticité des ligaments et des détentes, ce sont le Incerta agilis et la salamandre (i).
Terminons ce coup d'oeil sur la locomotion comparée entre les animaux par la considération de VaUilude naturelle de locomotion. L’attitude de locomotion naturelle à chaque animal ne peut être que celle de moindre action ou de moindre làligue, c’est évident; or, les quadrumanes et les quadrupèdes ne peuvent jamais avoir leurs membres en balancemeut de pendule dans l’attitude verticale, donc s’ils viennent à usurper cette attitude pour la locomotion, la fatigue sera plus grande, des torsions auront lieu au tronc avec mouvements angulaires horizontaux, ce sera comme chez un homme à qui on aurait mis tout à la fois des menottes et des entraves.
On conçoit toute l'importance de cette discussion sous le point de vue philosophique de la prééminence de l’homme.
Les animaux, en outre, conservant toujours dans l'attitude verticale de locomotion les genoux et les articulations coxo-fémorales tréscoudés, il leur y faudra une grande dépense de force musculaire incessante pour maintenir ainsi les membres rigides, qu’ils ne s’affaissent sous le poids du corps, quand ils le supportent. Ces animaux donc seront ramenés, et de force, à l’attitude de locomotion sous
(1) Noua donnerons ci-après à celle discussion tout le développement qu'elle mérite dam l'homme, où elle prend une grande importance.
laquelle leurs membres peuvent balancer en pendules, c’est-à-dire à l’attitude quadrupède naturelle à eux. Us y seront ramenés véritablement de force, comme s’il leur venait unjpoids au cou à porter dès qu’ils en sortent. Ainsi leur main (si l'on veut conserver ce nom à l'extrémité prenante de certains d’entre eux ) sera souillée, deviendra calleuse, usée, inapte à une industrie délicate, outre qu’ils ne l’ont pas libre en pratique. Mais ce]qu’on appelle main chez les quadrumanes n’est en réalité qu'une extrémité prenante de pendules locomoteurs destinés à une locomotion aventureuse sur les arbres, partie naturelle de ces animaux.
Il résulte de ceci que quatre mains dénoncent moins de perfection que deux mains seulement, si ces [deux mains coexistent avec deux membres inférieurs locomoteurs suQisant seuls à la translation ; et tous quatre ensemble pouvant osciller dans l’attitude verticale de locomotion d'une manière synchrone, corrigeant par paire les torsions horizontales du tronc. En effet, ces deux mains demeurent ainsi toujours pures, toujours applicables et toujours libres pour l’industrie, pour le danger, ou pour subjuguer les autres animaux. C’est l’apanage de l’homme seul sur la terre, sans exception aucune, absolument.
On pourrait se demander, dans J’opinion admise que l’industrie de l’homme provient de la perfection propre de ses mains, pourquoi les animaux à quatre mains ne présentent pas le fait d'une industrie analogue, au moins celle de détails qui ne supposent guère plus d’intelligence que ces animaux n’en manifestent réellement parfois en diverses circonstances et de diverses manières.
Finalement donc, chaque animal a une altitude naturelle de locomotion, celle de moindre fatigue, celle en un mot qui permet que les membres locomoteurs fonctionnent comme pendules. Et l'homme seul peut marcher naturellement, en pratique habituelle, debout, redressé de toute la hauteur de sa colonne vertébrale, seul il a une vraie main, élément de perfectibilité, de liberté et de domination.
Nous avons vu dans un précédent mémoire que iliaque animai a une altitude de station de moindre fatigue; nous venons de voir qu’il a semblablement une attitude de locomotion de moindre fatigue : chaque animal, qu'il soit en repos ou en mouvement, sera donc ramené, s’il s’en écarte, à son attitude propre; et de force, puisque la dépense musculaire y devient moindre. Ainsi , en dernière analyse, et sous ce point de vue, le principe d’ordre dans le monde animé, c’est encore l'inertie, ou le principe de moindre action, comme dans le monde non animé.
Faisons encore quelques remarques de locomotion comparée.
De même que l'homme , les oiseaux n’ont que deux membrespendules locomoteurs sur le sol : ils possèdent en outre, comme l'hommo, deux autres membres qui vibreront encore selon las lois du pendule, mais non plus comme pendules à tige, ce sont des pendules à ressort. Il existe une différence fondamentale dans l'installation respective des bras et des ailes sur le système de chacun de ces deux groupes d’êtres qui en sont doués; voici cette différence dont on peut du reste trouver une raison mécanique.
Dans l’attitude naturelle de locomotion sur le sol , c’est-à-dire dans celle où les membres peuvent fonctionner comme pendules, l'homme seul, entre tons les animaux, a la colonne vertébrale verticale et son centre de gravité général situé au-dessus de l’axe commun des fémurs. C’est que seul l'homme possède des bras proprement dits ou des membres antéro-supérieurs fonelionnaut comme pendules dans celte position relevée du centre de gravité. Cette condition que les bras de l'homme soient alors balances à la façon des pendilles est capitale pour sa sécurité. Eu effet, supposons un achoppement, un accident quelconque sur le sol : il y aura choc sur l’axe des fémurs, et, pour le cas le plus simple, clin te imminente du centre de gravité général en avant , emporte qu'il est en ce sens par la vitesse acquise. Mais, en même temps, le choc subi par l'axe inférieur s’accompagne d’une impulsion équivalente à l'axe supérieur ou des bras , le système entier tournant autour de son
contre de niasse. L'impulsion rétrograde que l’axe dos fémurs a subi, fait doue naître sur l’axe des bras une impulsion directe équivalente; chacune de ces deux impulsions équivalentes ayant pour lieas de levier la distance au centre de masse. Les «pendules supérieurs seront ainsi lancés en avant; et loiÿours, quoique soit le cas, ils iront précisément du côté de l'obstacle, connue spontanément, pour préserver le tronc, qu’il ne soit heurté.
Ainsi donc dans nos accidents de roule, nous n’avons uniquement qu’à accélérer le mouvement pris par les pendules-membres, et à en préoiser le mode d'action pour nous préserver ; déjà ces membres sont, en vertu des seules lois physiques, convenablement adressés à l'encontre de l’obstacle dangereux.
Aucun animal, autre que l’homme, ne possède, debout, cette qualité de sécurité, c’csi-à-dire, des pendules qui le puissent préserver en toute direction.
Si le centre de masse eût été situé plus bas que l’axe des fémurs, cet axe des fémurs et celui des bras se trouvant ensemble en dessus, du même côté relativement au centre de masse, les bras dans un cas de choc sur l’axe des fémurs eussent été laneés toujours à contre-sens de l'obstacle menaçant, c’est-à-dire, dans le même cas supposé, en arrière.
Il en est ainsi chez les oiseaux, leur centre général de masse est situé plus bas que l’axe de suspension des fémurs. Lors donc d'un achoppement, le centre de masse passera en avant de l'axe des fémurs par vertu de vitesse acquise; l’animal sera renversé en arrière et en haut; ses pendules supérieurs, s’ils existaient sous forme de bras, se trouveraient lancés en arrière, à contre-sens de l’obstaele; mais l’oiseau a des ailes , et l'impulsion survenue tend à les dé* vulopper précisément à temps convenable, et dans la direction utile ponr sa préservation.
«Les autres animaux à pendules sont quadrupèdes ou quadrumanes, selon las lieux naturels à eux pour s’y mouvoir. Remarquons ec nombre quatre :-ues animaux n’ont jamais plus de quatre pen-
dûtes, ni moins ; ce nombre parait nécessité pour la neutralisation, par paire , des effets de réaction qui surviennent successivement à chaque pâs, et alternativement, d'un côté, puis de l'autre. Ces torsions se manifestent parfois par des glissements oscillatoires du panicule sous-cutané autour du tronc, chez certains animaux trèsgras, quand ils trottent : chez les vaches, c’est remarquable.
Parmi le reste des animaux, les uns ont encore des membres, mais ils ne fonctionnent plus comme des pendules à tiges. Fonctionnent-ils sur ressorts ? c’est probable, surtout quand leur mouvement doit être rapide. Quoi qu'il en soit, toujours alors on les observe, comme on sait, encore par paires, mais en nombre plus grand que quatre.
Enfin nombre d’animaux inférieurs sont apodes ou dénués de membres proprement dits. Entre ces animaux apodes, les uns se meuvent encore rapidement, mais dans l’eau; les autres, généralement moins vites, rampent sur le sol de diverses manières; et enfin les derniers animaux restent en môme place, soit fixés, soit libres, mais dénués de moyens volontaires de translation.
Si maintenant nous faisons un retour sur l’homme, nous pouvons dire que la prééminence dont nous l’avons vu briller entre tous les animaux, remonte anatomiquement et initialement à la bande iliotrocliantéro-libialc. Celte bande en effet détermine précisément l’attitude de station naturelle à l’homme; de même elle règle son attitude naturelle de locomotion en déterminant celle de moindre fatigue, c’est-à-dire, sous laquelle ses membres locomoteurs offrent l'avantage de fonctionner comme pendules.
Ainsi l'homme seul qui possède cette bande au maximum de force élastique, très-peu musculaire et fonctionnant dans l’altitude verticale de tout le corps, possède, par suite de ce don exceptionnel, fe droit naturel, primitif, inscrit là, de se promener debout sur la terre, de s'y arrêter redressé de toute la hauteur de sa colonne vertébrale, pour comprendre ce qui existe autour de lui, pour dominer ou pour sub-
juguer de son bras toujours libre, et armé de son intelligence, tout ce qui se révolterait.
Subjicile lerram et domimmini piscibus maris et volatilibus cœli , etuniversis animantibus quœ tnovenlur super lerram. Gcn.,ch. i, v. 28.
(D) Passons maintenant à une question importante au point de vue de l’histoire naturelle des animaux, et qui ressort de celte étude de la locomotion; c'est l'explication de la symétrie des parties du corps dans ces animaux. Lu symétrie des parties du corps est nécessaire pour le mécanisme de la locomotion tel que nous l’avons démontré, de plus elle est suffisante pour cela, dans les limites qu’on y observe en réalité chez les divers animaux.
En effet on voit d’abord clairement, après tous les détails dans lesquels nous sommes entré, que la symétrie était absolument nécessaire, et en tout, pour les membres; ainsi: symétrie des masses, symétrie des formes ou distribution symétrique de la matière, et même symétrie des qualités de la matière, il faut tout cela pour des pendules synchrones et des réactions égales, neutralisées, par paires, d’un côté à l’autre. Pour le tronc ou pour la masse centrale, il suffisait qu’il y eut symétrie de part et d'autre du plan médian ou du plan vertical selon lequel généralement se fait la locomotion, et même il suffisait, pour cette masse du tronc, d’une symétrie approchée dans de certaines limites.
En comparant, on voit que, sous le point de vue de la symétrie des parties du corps, la station précisait moins que ne le fait la locomotion. En effet le mécanisme de la station n’exigeait, à la rigueur, qu’une symétrie générale des masses, môme dans les membres ; elle s’accommodait même d’écarts notables possibles. Tandis que la locomotion exige en outre, d’abord dans le tronc, symétrie entière des ligaments et du squelette, pour les torsions, etc. ; donc symétrie de charpente et de forme extérieure ; en un mot il le faut tel qu'on l’observe. Puis, dans les membres, la locomotion exige symétrie de tout et exacte : masses, formes, squelette, qualités intimes, distribu-
lion intérieure des masses et des agents musculaires moteurs, etc.; lotit devait être symétrique avec précision.
las animaux qui n'ont point de membres sont néanmoins encore soumis à la loi de symétrie. Il faut remarquer ù col égard que l'absence des membres n’exclut pas les vibrations soit des appendices en nageoires, soit du tronc lui-même, comme dans les serpents, ou dans les poissons qui ont pour oeiu une échine remarquablement élastique.
Lutin une raison de la symétrie qui se déduit encore de la locomotion, c’est que tous les animaux généralement doivent être latéralement symétriques pour le choix volontaire ou iitsliuclif des mouvements de locomotion ou autres dont ils sont doués; ainsi, par exemple, pour rindifiëreacc complète d’aller à droite ou à gauche.
tin joignant à ces idées la nécessité de la symétrie pour les fonctions des sens qui doivent reconnaître des directions d’origine du phénomène perçu , on |»ut se rendre compte très-sensiblement de toute la symétrie observée dans les animaux, telle quelle s’y présente.
Concluons doue que c’est dans le mécanisme de la station, et surtout dans celui dérivé, mais bien plus précis de la locomotion , qu'on trouve le principe de la double loi de symétrie : symétrie complète pour les membres; symétrie approché»; (tour le tronc: double loi mise en évidence, comme fait, par notre illustre compalrioU- Biclmt dans sa distinction des deux vies.
(/: ) Il est des hommes qui marchent bien, avec aisance, élégamment, cela nous plaît, surtout chez la femme; il est des hommes qui marchent mal, avec peine, disgracieusement ; il en est qui Imitent et ceci a une importance médicale.
La vitesse et l’élégance de la locomotion vont généralement ensemble, se trouvent réunies; cherc hous-en les conditions. Commençons par les rapports de ces qualités mécaniques avec la forme du corps ; oeci devient intéressant comme question d'art : il s'agit de savoir si co-qui nous plaît et que -nous goûtons dans la>fame4bu
point (fc vue artistique, peut aussi être démontré, être jugé le mieux mécaniquement.
La taille d'un liemme étant donnée, et de môrae sa force musculaire ainsi que la longueur de ses membres, sa vitesse de marche devra être d’autant plus grande que ses pendules-membres battront plus vile, ou, ce qui revient au même, que la longueur d’oscillation - de scs pendules propres sera moindre. Plus donc le centre de masse du membre sera clevé ou rapproché de l’axe de suspension au bassin, plus la vitesse sera grande, toutes- choses égales d’ailleurs. Ainsi, plus le membre sera lin en bas et fort en haut, comparativement, plus la vitesse sera grande. Il faut donc, pour une vitesse supérieure, les conditions suivantes : pied petit et sec, jarret (in, mollet haut placé et de peu de masse, cuisse forte; avec bras de forme analogue; en un mot, il faut des membres sommairement coniques, tels qu'on les goûte dans les beaux arts.
Il faut de plus, et ceci est important, il faut que, pendant la locomotion, jamais nulle force, nul moment de force ne soit perdu, c’està-dire, en d’autres termes, il faut qu’il n’y ail jamais de chute partielle d’une masse quelconque entre toutes celles- du système, sans que. des ligaments élastiques ne modèrent cette chute partielle, qu’elle ne s’accélère trop et ne finisse par un arrêt brusque, une secousse. Pour cela, il faut que ces ligaments soient précis d’élasticité, de résistance, et recueillent sans interruption l’excès de la force de chute, pour la restituer ensuite à peu prés entière, et en temps utile, précisément dès que le système reviendra à sa forme primitive, c’est à-dire, à l’époque de la réascension eu place de la masse précédemment tombée. Avec ces conditions les mouvements seront ondulés, à courbure bien soutenue, bien nuancée. Il faut donc en définitive que la fibre des membres soit élastique, souple et résistante à point, ni trop, ni trop peu ; en un mot, avec la forme, il fout encore la qualité de la matière.
Dans de telles conditions le mouvement devient sensiblement uniforme , on ne peut distinguer à vue, dans la vitesse, les époques de
montée des époques de descente : l'étre humain présente l’illusion de glisser mystérieusement sans qu’on ait la perception de son moteur : il y a chez lui quelque chose qui sort de la constitution commune et tend au surnaturel, à l’apparition : Inccssu paluit dea (1)
I <e pas de ce type est le plus rapide en même temps qu’il est le plus doux et le moins coûteux tle force : c’est le pas si léger de Camille, senti par Virgile quand il dit d’elle:
Ilia tel intact® segetis per somma volaret Culmina, nec tenerea cureu læsisset arislas (9).
Un être tel que le type en question ne peut se mouvoir que vite, ou rester en repos ; son pas ordinaire est toujours rapide vu la brièveté d'oscillalion de ses pendules. Certains animaux coureurs, la caille, la perdrix... nous offrent en règle cette perfection exceptionnelle chez l’homme : ces oiseaux courent ou s’arrêtent, pas d’allure intermédiaire sinon par exception.
A partir de ce type pour entrer dans la nature commune, il s’offre deux modes de variations opposés entre eux. C’est-à-dire, que les organisations ordinaires s’écartent du type en deux sens et atteignent des états extrêmes opposés; nous voyons naître de même et grandir des imperfections mécaniques opjiosées entre elles.
1° Si la libre devient sèche et rigide, résistante outre mesure; si
(1) Le centre de gravité, la masse du corps se meut alors comme la masse d’un serpent, en ondulant uniformément , sans moteur perceptible. C’est probablement pour cette raison que le serpent a été regardé par les anciens comme mystérieux , et qu'il l'est encore chez certains peuples. C'est peut-être aussi de là que vient l'expression ditinvollura appliquée aux femmes ainsi privilégiées qu’il vient d'être dit.
(9) La perfection des réactions qu’on observe alors est encore ce qui faisait dire à Vestris, en parlant de Mlle Taglioni, cette parole si vraie pour exprimer sa pensée : Elle rtieeeend , moi» ne retombe point, pour exprimer que le mouvement de chute était modéré de loin et suivi à fond, graduellement, si bien que l'instant premier de retard fut insaisissable à la vue sur 1a vitesse de chute; en un mot que le retour à terre avait lieu à peu prés comme il arrive quand on descend par un escalier, sans accélération croissante, et jusque* au repos, sans choc aucun.
le membre s’amincit dans toute sa longueur; la longueur d’oscillation en grandit, et par suite le pas devient un peu plus lent; il devient en même temps plus dur, saccadé, sans titubations latérales sensibles; les détentes sont sèches, sans douceur. En somme, il y a quelque chose d’énergique mais aussi de heurté dans l'allure d’un tel homme; et sa vitesse est moindre à cause de la plus grande longueur d’oscillation de ses membres-pendules, et encore à cause de la perte de force due aux chocs et à l’altération plus marquée du sol. La trajectoire tend , par les oscillations longitudinales, aux arcs de cercle et aux rebroussements à leur jonction. Le mécanisme s’y rapproche de celui de la roue que nous avons prise pour terme de comparaison ou premier terme d'approximation. Ainsi l'amplitude verticale des oscillations longitudinales est au maximum , faute d'oscillations transversales suffisamment compensatrices. En effet, ces oscillations transversales étant minimes en amplitude transversale, leur amplitude verticale tend à devenir nulle : or c’est cette amplitude verticale des oscillations transversales qui diminue par différence, comme on l’a vu, la hauteur de fonde longitudinale de la trajectoire, et la diminue à point convenable dans le type.
2° D’autres imperfections opposées aux précédentes se montrent dans les organisations variées à l'extrême en sens opposé , ou de conditions contraires. Ainsi : membres cylindriques, épais sur toute leur longueur, chairs molles, pied plat, genou en dedans, toutes suites de la mollesse excessive de la fibre et des ligaments, principalement de la bande ilio-trochantéro-tibiale ; tout cela entraîne, comme conséquences mécaniques, l'allongement de la longueur d’oscillation des membres-pendules, des oscillations latérales amples, des chutes sans retenue, des réascensions paresseuses, un pas lourd et traînant, les détentes étant molles, insuffisantes à soulever et à projeter de telles masses. L’amplitude horizontale des oscillations transversales est au maximum : de là le balancement latéral que l’on observe si grand. L’amplitude verticale de celte même oscillation transversale, considérée d’une manière indépendante, est
pareillement au maximum : pur suite elle compense presque entièrement la hauteur ou l’amplitude verticale de l'oscillation longitudinale indépendante. La Lrajectoire tend donc à la ligue droite en projection verticale longitudinale : sa projection transversale verticale tend de même à la ligne droite, mais cette projection Ira ns versale est au maximum do longueur : c’est-à-dire, que l'oscillation horizontale est au maximum d'pinplilude, comme nous l’avous dit ci-dessus, et comme on l’observé réellement. Ce second genre d'imperfection d’organisation s’observe surtout chez la fcmiue, plus sujette que l'homme à la mollesse des ligaments.
Ainsi, en dernier résultat , le centre de gravité général monte ou descend peu alternativement, il n'y a point de rebroussements imminents dans sa trajectoire, le mouvement est doux, mais amplement balancé transversalement , et paresseux, lent, dans le sens de, la route.
On |>eut observer, de fait, tous ces divers résultats chez les individus affectés à l’extrême des mauvaises conditions que nous dis cutons. On est conduit ainsi à l’interprétation de certains cas maladifs, les luxations coxo-fémorales spontanées.
Il résulte eu effet du mécanisme que nous avons démontré en jeu daus l’articulation coxo-fémorale pendant la station ou la locomotion , que si tous les ligamenis viennent à y prendre du mou, par une cause première quelconque, la bande ilio-lrochanléro-libiale ne maintiendra plus la tête fémorale au fond de la cavité cotyloïde, la capsule libreuse et de même le bourrelet cotyloïdien eu permettront 1a sortie : qoant au ligament inter-articulaire, selon qu'il cédera le dernier ou le premier, il devra se présenter deux cas résultants différents.
1° Si le ligament inter-articulaire tient bon et que tous les autres mollissent, un premier eifet c'est que ce ligament inter-articulaire deviendra vertical pendant la station, ou, mieux encore, pendant la locomotion. Puis bientôt le point culminant de la tête fémorale aura dépassé le bourrelet cotyloïdien; la luxation, dés lors, tend à s’or
pérer en haut, le ligament in ter-articulaire , de vertical qu’il était devenu, prenant de l’inclinaison en sens contraire parce que la tète sphérique glisse en dehors sur le bourrelet colyloïdicn : tous les ligaments sont ainsi tendus ensemble, tiraillés, allongés : ensemble encore, ils conservent pendant quelque temps au fémur un lieu iiclif d'articulation, lequel, à partir du point culminant du bourrelet cotyloïdii-n, va en montant à mesure que tes ligaments cèdent. Mais tous ces ligaments sont bientôt tendus outre mesure pendant la station, et surtout pendant la locomotion , puisque l’os coxal n’est plus là pour recevoir dans sa cavité eotyloïde une portion de la charge duc au poids du corps : quelqu'un doue de ces ligaments se rompra, et la maladie dés lors sera complète.
Il n’est ici question que de ce qui couccrne le mécanisme de celle luxation : bien entendu qu’avec rallongement des ligaments et leur tiraillement excessif, la douleur, les phénomènes inflammatoires, les altérations de texture, tout a dû apparaître et marcher ensemble.
Dans les premiers temps, quand les ligaments ne sont encore qu'allongés à l'excès et le tout en rapports voisins de l'état normal, les effets ne doivent se manifester qu’à l’état de station et surtout de locomotion, quand le corps pèse sur le membre aiïecté ; si donc alors la douleur force le malade à s’asseoir, tout pourra rentrer en place; mais s'il se remet debout , tout reviendra comme auparavant. En station, le malade pourra éviter en partie le poids du corps en haiichanlsur le membre sain; mais en locomotion, il faudra nécessairement qu'il passe sur le membre malade, et le corps y pèsera à peu près de tout son poids. Tous les accidents |>ourronl donc u’apparaSlre d’abord qu’à l'état de locomotion. On aurait, daus ce cas, ces claudications singulières, ces luxations transitoires où le raccourcissement n’existe plus appréciable dès que le malade est étendu sur un lit. On trouve de tels cas dans les auteurs.
En même temps que la bande ilio-trochantéro-tibiale cède en haut, elle cède aussi en bas, ne lire plus le genou en dehors, laisse
se prononcer davantage son angle latéral saillant en dedans, pour compenser l’écart en dehors qui survient en haut, à la tête fémorale; et de là des tractions douloureuses sur le ligament interne du genou et sur les ligaments croisés, tin trouverait ainsi naturellement l’explication de ces douleurs du genou qu’on observe souvent dans ces mêmes cas maladifs.
L’accroissement de l’angle latéral du genou, au moins transitoire sous la charge durant la locomotion, joint au relâchement du bourrelet cotyloîdicn dans sa partie culminante peuvent rendre compte de ce résultat auquel des observations plus exactes semblent devoir conduire, qu’il y a, généralement, toujours dans tous ces cas, inclinaison du tronc du côté malade pendant la claudication qu’on observe , et partant toujours , dans l’éiat de locomotion, raccourcissement du membre afTeclé, comparativement à l’autre. Du reste, nos moyens de mesures directement prises, quand le malade est au lit, sont susceptibles d'erreurs plus grandes que l’allongement primitif contesté et que l’on cherche à constater; il suffit pour cela d'une différence presque inappréciable de l’inclinaison propre de chaque membre sur le plan médian de symétrie du corps.
2° En second lieu : Si le ligament inter-articulaire est seul relâché à l’excès, il en résultera un excès de frottement de la tète fémorale contre l’os coxal pendant la locomotion, et sous la pression du poids du corps. Car , nous|[avons démontré précédemment ce point bien important ici, à savoir : que la pression des surfaces articulaires coxo-fémorales, pression sous laquelle se fait le frottement quand nous marchons, se trouve diminuée de tout l’elTet dû à la traction actuelle du ligament inter-articulaire. Lors donc que ce ligament fera défaut, il devra y avoir lieu à un frottement plus grand, et de là des érosions diverses, mais situées généralement à la partie supérieure de l’articulation, etc... comme on l'observe dans une seconde espèce détaxations coxo-fémorales spontanées.
L’idée que la cause prochaine des taxations coxo-fémorales spon-
tanées est la trop grande laxitê des ligaments de celte articulation, s’accorde donc assez bien avec les phénomènes observés.
Poursuivons : la maladie en question peut provenir d'une cause intérieure, la constitution scrofuleuse; et précisément on sait que chez les individus ainsi constitués, tous les ligaments sont mous à l’extrême : c’est donc une concordance de plus.
Enfin, on sait encore que la même maladie peut provenir d’une chute latérale aboutissant à un choc sur le grand trochanter, dans des conditions approchées de celles qui eussent amené une luxation instantanée de la même articulation. Or, quand une cuisse vient ainsi en adduction forcée pendant que le corps tombe en dehors autour de ce même membre pour heurter le sol par le grand trochanter, et comme se font d’ordinaire des luxations coxo-fémorales instantanées, il y a antagonisme entre : d une part, la bandc-ilio-lrochanléro tibiale, la portion supérieure de la capsule ligamenteuse, le bourrelet cotyloïdien; et d’autre part, le ligament inter-articulaire: selon qu’il sera faibli d’un côté ou de l’autre, ou aura consécutivement l’un ou l’autre des deux genres de luxations spontanées. Car bien que, pendant l'accident occasionnel , la luxation instantanée imminente ne se soit pas produite , la limite d’élasticité des ligaments a fort bien pu être dépassée, et s’ils ont été réellement ainsi afTectés de ruptures partielles dans leur structure intime, cela suffit pour que par suite ils aient trop de laxilé, et parlant pour que se manifestent consécutivement tous les accidents d’une luxation spontanée.
Ainsi il y a concordance parfaite de l’explication que nous présentons avec les deux causes, vice scrofuleux et chutes latérales, auxquelles l'observation nous fait généralement rapporter les luxations coxo-fémorales spontanées.
Il existe d’autres cas non véritablement maladifs, bien qu’ils puissent par fois devenir tels, où l’on observe des dérangements très-voisins de ceux qui viennent de nous occuper, nous voulons parler des individus d’un embonpoint extrême, surtout s’il s’y joint une constitution molle; cet état en question s'observe souvent chez les femmes.
Il {xi rail que les ligaments bien que sains du rcale-dc constitution intime, au moins initialement, se trouvent alors chargés outre mesure précisément par le poids de cette graisse accumulée. Car racornissement de la masse du corps chez les personnes grasses ne parait pas s'accompagner, connue l'accroissement musculaire athlétique, de l'augmentation de force des ligaments. Aussi les articulations des hanches vacillent-elles alors comme dans les cas que nous avons étudiés, et pour les mêmes raisons. Mais, comme ces derniers déplacements restent généralement dans de certaines limites et sont d'ailleurs ordinairement symétriques, il n’en résulte guère qu'une plus ample oscillation latérale pendant la locomotion. A l'extrême néanmoins, il peut survenir d’un côté luxation réelle, au moins transitoirement pendant la locomotion, et par le même mécanisme que nous avons décrit ci-dessus. La luxation, si elle survient, n’aura lieu que d'un côté ; car, dés lors, le repos nécessaire sauvera l’auire côté qui eût peut-être cédé plus tard (I).
ISous ne parlerons pas avec détails des luxations coxo-féniorales spontanées déjà accomplies à la naissance ou congéniales : nous en avons souvent observé les mouvements extérieurs ou .apparents, mais nous n'avons point encore* eu l’occasion d’en étudier les éléments par une dissection intime. Peut-on b* faire remonter à une mollesse extrême des ligaments {tendant la vie inlra-utcrine? cela {tarait probable. Une étude directe faite, à la naissance, sur un enfant mort-né tel, {tourrait éclaircir ce {toi nt d’étiologie; mais, chez l’adulte, l'accroissement du corps et l’usage des parties a dû changer
(1} Nou« avons en nous-méme l'areasiuii d'observer les premiers accidents d'nn cas de ce genre. Ce fut à Itellegarde (Ain) , voici deux ou (rois ans , chez une jeune femme bien constituée d'ailleurs , mais d'un embonpoint extrême . état héréditaire entretenu , malgré elle , par un estomac de trop de mérité uai à un air des montagnes de trop de qualités apérilives, pour qu’on y pût résister à jeun. La luxation , chez celte dame, n'était alors que transitoire ; et pendant la marche , elle était, nous dit elle , obligée de passer vite sur ce membre pour moins souffrir et moins boiter. Ainsi donc, légèrement Ixntouae, elle se hâtait pour moins pâtir, ce qui semblerait d'abord paradoxal.
tous les rapports primitifs. De fait on n'y rencontre plus ni tète fémorale ni cavité cotjloïde (I), et l’on devait s'y attendre.
Tous ces cas divers dont nous venons de nous occuper, rentrent dans notre question générale de la locomotion, ci ensemble, par ceci de commun : qu’ils sont tous cas de ligaments articulaires variés à trop do laxité. S'il y a symétrie des deux côtés du corps, il en résulte simplement de très-amples oscillations transversales, la démarche s’accompagne d’un balancement généralement doux, et la tète reste sensiblement sur le même horizon. S’il y a dissymétrie, la claudication qui en résulte, au lieu d’èlre rude et heurtée, comme celle sur une jambe de bois qui ressemble parfaitement à notre roue de comparaison, n’a, au contraire, rien de dur. Tout s’adaisse et cède, les ligaments prêtent amplement, l’onde qui s’infléchit alternativement davantage remonte ensuite sans rehroussemeut aucun. Il y a bien de la dissymétrie, un peu plus de paresse de ce côté dans le mouvement général, mais il' n’offre réellement l ieu de heurté à l’œil. Parfois même celle claudication transversale est pleine de nonchalance, de mollesse, et ne laisse pas que d’avoir une certaine grâce par sa douceur, certain attrait.
La dépense de force musculaire est encore, dans ce second genre d’organisation variée, plus grande que dans le type, pour allonger assez les membres plus amplement affaissés, et que les détentes ne ramènent qu’imparfaitement à leur forme (iriniilive.
Pour résumer : la vitesse, l’élégance, la grâce, la légèreté des allures; leur lenteur, leur rudesse, leur mollesse; la peine qu’il nous en coûte; tout, en un mot, ce qui caractérise Culture propre de chacun de nous, dépend : 1° de la forme pour la longueur régulatrice d’oscillation des membres-pendules; 2° de l’élasticité des ligaments et des chairs en général, ou de la qualité de ces chairs, pour les qualités des détentes. On peut dire, sous ce dernier point de vue, qu’il se peut présenter chez 1 homme trois états généraux :
(1) Nous tenous ce» détails de M. le professeur Breachet.
le sec, l’humide, f humecté à point. Ce dernier est la perfection pour la précision des détentes, l'amplitude convenable ou moyenne de chacune des trois oscillations du centre de gravité, et la moindre dépense de force musculaire. Ainsi véritablement la forme et les qualités que nous goûtons comme beauté artistique, sont aussi la forme et les qualités les meilleures pour notre mécanisme de locomotion.
Disons incidemment que c’est sans doute quelque chose des chocs, des détentes et du rhythme propre à chaque homme, qui nous fait ainsi distinguer un pas ami, le pas d'un père, dans son seul bruit. L’oreille en effet est si sensible aux moindres nuances des sons, que ces éléments peuvent bien lui en présenter de saisissables, comme quand elle distingue une voix amie, un timbre connu, etc..., entre mille autres très- voisins.
Mais on peut aller plus loin, par cette même voie mécanique, dans l’étude de nos goûts artistiques, c’est-à-dire, que l’appareil locomoteur de l’homme étant ainsi soumis à des pendules régulateurs qui battent des temps égaux pendant la locomotion, il devient possible dés lors de se rendre encore compte d’autres goûts artistiques dont nous sommes tous doués à des degrés divers, et dont on ne saurait guère trouver d’autre origine.
On conçoit d’abord facilement le plaisir qu’éprouvent les soldats à marcher au pas simultané, comme nous l’avons dit précédemment : c’est faire du rhythme, de la musique^ et nous avons vu qu’ils y gagnaient de n’avoir point à surveiller les sensations de la marche, et que néanmoins la dépense musculaire se trouvait fournie par eux à époques précises, peut-être même plus précises que s’ils se surveillaient. Partant, la marche en devient plus égale.
On conçoit de même l'entrainement de la danse : c’est une sensation d'harmonie par les membres, une superposition des battements isochrones de nos membres-pendules aux battements musicaux. Ces oscillations fondamentales de nos membres étant harmoniques de leur ensemble avec celles plus rapides qui les constituent
clémentairemeni, les oscilla (ions fondamentales provenant du membre entier dans son ensemble complexe, et les oscillations harmoniques provenant des pendules élémentaires constituants, le tout est superposable aux battements synchrones et harmoniques d’un rhythme musical convenable. Trop lente, la musique nous opprime dans nos mouvements; trop rapide, elle nous désespère à la suivre; mais, de rhythme convenable, elle nous enlève, nous emporte et lions enivre : c’est la pleine satisfaction du corps en état de mouvement.
Le rhythme et la mélodie sont nécessaires ensemble pour la danse; il faat le rhythme pour régler les ondes de la trajectoire, abstraction faite de la direction de route, ondes de durée constante comme le rhythme. Il faut encore la mélodie pour qu'une mesure diffère d’une autre mesure, une onde d’une autre onde, et pour grouper un certain nombre de ces ondes ou pas, de manière à régler la trace générale de route à accomplir une certaine ligure flexueuse sur le sol.
L’homme seul danse, dans la stricte acception du mot, et nous verrons bientôt que seul il a le droit naturel de danser, par cela que seul il peut sentir touto la musique : rhythme, mélodie, harmonie (1).
(t) Cest surtout pendâm la danse et généralement dans l’état de locomotion que la crâce de la femme a prise sur l'homme; la grâce qui paraît être d’une puissance sur lui irrésistible : écoutons Molière, le véridique Molière : que dit son Misanthrope , caractère sensé jusqu’à l’impraticable, triste, naïf et sensible comme certains caractères bibliques ! « Sa grâce est la plus forte. » La beauté? il n’eu parle point : la beauté n’atletnt que les laibles ; mais les hommes de la qualité d’Alceste sont vulnérables à la grâce, 1s le sont plus que tous autres, par leur sentiment exquis de toutes les harmonies.
C’est bien dans l’état de mouvement que brille ainsi la grâce: il se fait alors deflnition nette de ce qui est bien, de ce qui est mal. U faudrait marquer une salle de bal de I inscription du Danle. Ici , en effet, il faut quitter tout espoir à la porte ; plus de falsification possible pour ce qui est mal ; plus de voile efficace , d’obscurcissement possible |iour ce qui est bien : tout éclate. On est force d’étre soi , uniquement soi , tout soi. Aussi quelles passions diverses j résultent de cette simple vue de la vérité! danse bien ondulée, souple et vive à point , légère... si la vitesse du mouvement eat bien continue, faisant à l’œil illusion complète d’uniformité; ai la trajectoire est d'une belle courbure,
La musique, elle-même, tout entière, son rhythme, sa mélodie, son harmonie, sa puissance sur nous et l’attrait des sensations qui en naissent; tout cela ne provient-il pas, initialement, de cette organisation môme de nos membres en pendules locomoteurs complexes et harmoniques dans leurs éléments? On se rend compte en physique (1) de la sensation d’une harmonie, d’une mélodie et du plaisir que nous en ressentons, par cette raison : qu’il y a, dans ces cas spéciaux d’audition, coexistence possible et stabilité de toutes les lignes nodales qui partagent en divers ventres harmoniques de vibration toute la membrane du tympan, laquelle vibre dans chaque concamération à l’unisson de chaque note harmonique, et dans son ensemble à l’unisson de la note fondamentale. Par suite les muscles propres régulateurs médiats de l’état de tension de la membrane n’auraient qu’une traction simple à fournir, pour l’accommoder à la somme des sons.
L’agrément de la mélodie proviendrait de la conservation d'une ou de plusieurs des lignes nodales primitives pour passer de la perception d’une note à la perception de la note suivante , ou de l'addition simple de quelque ligne nodale nouvelle : d’où la conséquence qu'une note mélodieuse relativement à une note précédente, pourrait être convenablement transmise par la membrane du tympan, les muscles propres qui règlent sa tension ne variant pas, et tout, du reste , persistant dans les mêmes conditions que pour la note précédente.
bien répartie en tous sens, bien soutenue on de rayon insensiblement varié , si tout , en un mot , dans te mouvement , est pour l’œil bien nuancé et qu'il ne reste rien à désirer, on peut conclure : forme parfaite et qualité suprême des tissus : c'est d'une certitude géométrique. On couvrirait d'tm sac une belle créature qu'on la reconnaîtrait à son onde; et la sagacité divine des mères ,le sent bien quand elles conduisent au bal ou à la promenade leurs filles nubiles. Nous venons de parler du type : pour des résultats approchés variablement de ceux utopiques, on ne peut préciser, évidemment, mais bien que le jugement précis soit difficile , même impossible entre des nuances, il reste, pour des écarts grands, sécurité complète de percer au vrai.
(1) Voyez le traité de M. Lamé , üme édition , t. u , p. 65.
On pourrait et on devrait peut-être étendre ces considérations au nerf acoustique lui-même et reporter ainsi jusqucs à ce nerf la sensation de plaisir que nous goûtons dans l'harmonie ou la mélodie.
Ce nerf en effet subit des vibrations et parlant des tractions et des pressions élémentaires dans sa substance intime. Ces états molécu- . laires divers devront être, pour des cas de surfaces nodales stables, c'est-à-dire pour des cas d’harmonie et de mélodie, moins diversement intenses et moins brusquement variables que pour d'autres sons simultanés dans des rapports voisins mais non simples, ou pour des sons discordants.
On pourrait en conséquence se rendre compte de notre goût pour l'harmonie et la mélodie par l’idée que le nerf acoustique transmettrait la sensation de ses états moléculaires intimes do traction et de pression. Ce nerf transmettrait ainsi à la fois deux sortes de sensations bien solidaires et faciles à confondre, mais qu’on peut néanmoins nettement séparer par la pensée : l’une serait la perception du rapport des sons et sa netteté constituerait la qualité d’oreille juste, plus ou moins : l’autre sensation serait de bien-être ou de souffrance, sensation concomitante et solidaire de la précédente par ce qui vient d’être dit, sa perfection constituerait la qualité d’oreille délicate , et il en résulterait dans l’individu un goût plus ou moins vif pour l'harmonie et la mélodie (1).
(1) Les deux branches si distinctes du nert auditif correspondent-elles à ces deux ordres de sensations? A les considérer sous le point de vue mécanique, leurs conditions d'ébranlement sont éminemment différentes. En effet , d'après le principe d'hydrostatique de l'égalité de pression dans tous les sens , si l'on suppose un ébranlement transmis par l'étrier à la fenêtre ovals, la pression positive ou négative de cet ébranlement devra se transmettre en tous sens dans le liquide du vestibule. Prenons , pour fixer les idées , le mouvement positif : la pression dans la périlymphe augmente dans tous les sens , en s'irradiant de la paroi interne de la fenêtre ovale; ainsi l'accroissement de pression se transmet à la fois aux deux extrémités de chaque canal demi circulaire, s’y transmet identique, et partant le labyrinthe membraneux et la branche labyrinthique du nerf auditif qui s'y rend , seront simplement comprimés, sans translation , condenses sur euxmémes par des forces égales et opposées entre elles. Mais, du câté du limaçon , la pres-
Tout ceci rapprocherait singulièrement le nerf acoustique qui perçoit les vibrations sonores de la rétine et du nerf optique qui perçoivent les vibrations lumineuses; car un travail de M. Mateau tend à faire admettre dans la rétine un état vibratoire moléculaire dû aux vibrations lumineuses, état durable ultérieurement dans la rétine pour la composition des couleurs successives, comme jl le devrait être aussi dans le nerf acoustique pour la perception des sons successifs mélodieux ou discordants, cl de même pour la persistance de la sensation au delà de la durée du son.
Ne peut-on pas enfin compléter ces explications plausibles de nos sensations musicales cl de notre goût pour elles, en ajoutant, que le rliythme musical qui consiste en ce que la durée des sons divers successifs soit telle, des uns relativement aux autres, qu'on puisse lesséparer par petits groupes (les temps) égaux entre eux, destinés à composer, comme parties aliquotes constantes, peu nombreuses, une certaine grande unité de lomps (la mesure), n’est au fond qu'une dérivation de tout notre système locomoteur chronométrique ? Si cela est vrai, la musique sera d'autant plus populaire; agira d’autant plus sur le fond commun de notre organisation ; sera, en un mol, d'autant plus naturelle, qu'elle mesurera le temps en unités plus rapprochées de notre unité naturelle f, celle de nos membres pendules. Cherchons à quelle musique le peuple est le plus sensible? c'est à la musique de rhylhmc dont l’unité est l, évidemment, et dont l'harmonie ou la mélodie restent simples, sans néanmoins être dénuées de richesses ou de Variété.
Pour la musique extrême, soit par son rhy thrneà unité plusgrande
lion ne sc transmet que par une seule voie, par la rampe vestibulaire, pour atteindre le sommet, passer outre, et descendre par l’autre rani|ie, jusqu’à la fenêtre ronde qui cède La membrane mince qui sépare les rampes et les anses nerveuses de la branche limacienne du nerf auditif qui y viennent passer, sur le bord, seront donc hraillctt par le Ilot de la pression qui se propage et pousse successivement cette membrane, puis ramenées à leur état primitif, etc... par le flot de retour ou la réaction du tympan secondaire, lors du mouvement négatif.
ou aaotudre que t, soit par son hannonio complexe et nuancée, soit par sa mélodie finement accentuée, il faut une oreille, de belles qualités initialement, et perfectionnée encor e par l'éducation et l’usage; il faut des sensuels de cette sorte de sensation ; il faut, pour le dire en un mot, des dileUanti (1).
L’homme seul, et lui bien seul, possède à la fois le sentiment du
(1) Un homme de cette qualité, 4 oreille capable dr ta musique savante, serait le pendaut de V Homme d'esprit de notre compatriote de departement Brillat-Savarin, île cet homme d’esprit qui seul sait manger et mesurer un mets.
L'homme seul a le sentiment de la musique tont entière, rhythme, mélodie, harmonie ; et seul, au repos , en station, il a des membres- pendules libres, ses bras. On trouve néanmoins dans divers animaux quelques éléments de ces qualités. Qu’on nous permette à ce sujet quelques remarques.
Les oiseaux qui chanteDt , chantent au repos; au vol, ils crient. Or on peut faire ici divers rapprochements : tout oiseau qui crie au vol pousse un cri marqué de temps égaux et synchrones a ses battements d'ailes. Exemples communs : les corbeaux, les geais, les bergeronnettes, une poule qui fuit effrayée, la perdrix et la caille au départ, la bécassine sur ses crochets, le merle qui saute ou s’envole , et tous... nous l'avons dit ailleurs.
L’alouette, par exception singulière, chante à l’etat de mouvement, au printemps, quand elle pique en l'air, jusques aux nues. Or son chant est marque des mêmes périodes et des mêmes temps que scs battements d'ailes : il est facile de s'en assurer; seulement il faut tenir compte ici, comme toujours, de la vitesse de propagation du sou, que fait que les sons ne parviennent à notre oreille qu'à des époques ultérieures aux époques d'émission. Ou peut même reconnaître 4 l'oreille seule, et sans regarder, toutes les vicissitudes de cette ascension : si l'alouette redescend, ou si elle fait des temps d’arrêt, ou si elle repique en l’air, cernme elle le pratique parfois. A toute autre époque qu’au printemps, l'alouette perd son habitude de mouler aux nues, et aussi elle perd sou chant singulier et rentre dans la régie du simple cri qu'elle suit comme les antres.
Arrêtés, les oiseaux font de 1a mélodie mais sans observer de rbyllnae - même les oiseaux instruits 4 chanter nos airs s’en affranchissent, d’ordinaire au moins. C'est que la mélodie peut être perçue par l'oreille seule, mais le rhythme semble supposer les pendules.
En clfet, les quadrupèdes se meuvent en rbythme, mais sans paraître le sentir. Par exemple, les chevaux des spectacles de manège se meuvent en mesure, mais c'est la musique qui les cherche, les suit ; elle le peut, puisqu’il! ont des pendules-membres. Ces animaux ne suivent pas spontanément la musique, par choix, par entrainement, comme nous.
Les quadrupèdes ne paraissent pas percevoir non plus la mélodie : ils u’émeUent que
rhythme par ses pendules toujours libres, môme en station, le sentiment de la mélodie par son oreille complète, et le sentiment de l’harmonie par la réunion de ces deux propriétés en un seul être, et par le fait de sa civilisation qui seule peut, par volonté commune, donner lieu à des sons divers simultanés et harmoniques. Le sentiment -de l'barmonie est donc la qualité suprême, c’est la société entière, c’est l’unité résultant d’une somme d’éléments convenables associés : elle est bien placée en tête de l’armée qui doit marcher comme un seul homme; elle sied dans les temples où tous doivent se prosterner ensemble sous une môme pensée; elle convient au théâtre où tous doivent simultanément goûter une môme sensation ; elle convient môme à la poésie, parce que le poète doit nous entraîner avec lui, sans discussion, sans hésitation ; au contraire de ce qui se passe dans la dialectique où l'auditeur se défend, hésite, et doit être attaqué par des notes vives, accentuées, des phrases courtes (1).
des cris, et, dans ces cris, ils sont eus memes astreints à la meme règle que les oiseaux, au synchronisme des battements des membres.
Ainsi les chiens de chasse à courre crient en suivant une bete , on , pour employer le mot technique, mènent en mesure. Tout chasseur distingue facilement une voix de limier, qui , après avoir flairé avec attention , avertit , au repos , par une large note que le frait de la piste est bon; puis quelques petites notes successives qui annoncent que ce chien suit de proche en proche ; puis enfin tout a coup une précipitation de notes vives qui dénoncent le lancé : dés lors des notes bien mesurées nu non, qui se succèdent en sérié, témoignent s’il n'y a pas ou s'il y a hésitation dans les allures, si la menée suit bien ; plus tard le rhythme varié, coupé, fait connaître les incertitudes qui |)cnvent survenir. S'il se rencontre une vue de la bêle , la volubilité du chien qui a vue s'accorde avec la précipitation, la fureur de sa course; c'est comme si on le voyait lui-meme. Toujours donc c’est vrai que le rhythme de la voix est lié au rhythme des mouvements du chien. Si même, par accident, ce dévoué serviteur de l'homme vient à s’égarer, il réclame ou hurle le perdu, son prolongé comme la pause d'incertitude de cette bonne bête.
Il est inutile de pousser ces recherches plus loin; nous ne savons véritablement si l'oti pourrait trouver une exception.
L’homme lui-méine présente parfois une trace de ce cri rhythmiqnc , synchrone des mouvements de locomotion : c'est, i l'occasion d'un faux pas ou d'une surprise en route, ce petit cri d'effroi, involontaire, qui coïncide en temps avec le rebroussement de notre trace de route. •
(1) Cnc question qui tient encore au mécanisme de la locomoliou des animaux, c’est
En résumé donc l’organisation physique parait être le principe de tous les beaux arts. Pour ce qui concerne la statuaire en parti*
celle-ci Qu’est-ce que la grâce physique ? La grâce , que tous nous percevons et goûtons plus ou moins vivement, en quoi consiste-t-elle? question délicate. En réfléchissant, on voit bientôt que c'est un état de mouvement, ou au moins un résultat de mouvement , nous savons qu'elle éclate à l’état de locomotion ; sans mouvement , point de grâce à sou maximum , et la grâce d’un état de repos , d'une pose , par exemple , n’est perçue peut-être que parce qu'on y sent encore le mouvement d'arrivée , ou qu'on y pressent déjà le départ gracieux. Mais pour qu'un mouvement soit gracieux, que faut-il? il faut certainement que ce mouvement soit harmonieux; mais de plus il faux très-probablement qu'il ne soit qu'harmonieux, qu’il résulte dans sou ensemble de mouvements élémentaires des pendules sur le tronc qui ne soient qu’harmoniques. La symétrie exacte dans un mouvement ne plaft point ou déplaît pour son uniformité, comme le repos ; c'est le repos du centre de gravité ; c’est l'aiiome de l'égalité entre l’action et la réaction ; c’est la règle bonne mais ennuyeuse. Tandis qu'un mouvement plait l'il n'eit qu'harmonieux, s’il est balancé d’une symétrie lointaine , dissimulée , sentie , mais à peine sentie, fugitive, et, partant, variable de mille manières ; le centre de gravité oscille alors, c’est plus mouvement.
La grâce plaît pour cette variété, attendu que l’inconstance est dans la nature physique. Pour nous, la sensation, quelle qu'elle soit, suppose une non-sensation préalable : elle s'avive par une sensation de qualités contraires, donc par l'inconstance. Une sensation répétée ressemble à une sensation continue : jour, nuit ; saisons et tout ce qui s'ensuit ; sommeil, veille; faim et non ; soif et non, etc... ; les animaux vivent d’inconstance. L’uniformité, en quoi que ce soit, est contre la nature physique , mais selon la nature morale. La constance dans les pensées, dans l’affection, sont obligatoires, nul n’en doute; c’est un devoir, mais pénible comme tout devoir, et méritant à ce seul titre. C’est pour en adoucir la peine que la grâce a été mise sur la terre, et que l'homme seul qui y est obligé au devoir a gté, par privilège unique, comblé dans ses facultés de la faculté générale des harmonies, qui comprend le sentiment de la grâce. Car la grâce paratt être une harmonie réelle, géométrique, résultant de mouvements pendulaires en rapports simples, ce qui exige dans la masse du corps une certaine répartition entre ses parties mobiles relativement.
La beauté frappe, comme une impulsion, et son effet ne dure guère plus : la grâce extrême attire, comme une force accélératrice, par une harmonie, puis par une autre différente, et ainsi de suite par mille successivement. Les effets s'ajoutent et l'effet total va croissant , il faut venir : la grâce alors même persiste encore dans son action ; elle s’avive de caprices, et rien n’en peut plus détacher, sinon l'injustice vraie ou apparente. Il y a encore l'absence pour détacher de la grâce, les impulsions attractives n'étant plus continuées, et celles acquises se perdant bientôt par l’extérieur ■■ mais tant que la grâce
culior, on peut justifier de ce qui est bien ou niai par des raisons discutables ; on peut raisonner tout aussi bien qu’arguer du senti-
reste présente, on y demeure adhérent, malgré l'inconstance naturelle, el parce que la grâce présente sans cesse l'attrait da changement.
La grâce physique est donc un élément physique conciliateur de la nature morale arec la nature physique; du devoir avec les sens ; de la constance moralement obligatoire qui veut l'unité d’affection, avec l'inconstance naturelle qui veut, pour les sens an moins , la variété successive dans cet objet unique. C'est donc, entre antres raisons , parce que l'homme est moral que la gr*cc a été mise sur la terre et qu'elle y existe visible pour lui seul : seul il est oblige au devoir ou moral , et seul il est privilégié de la faculté des harmonies : c'est le seul senteur de cet ordre noble de sensations. Noos sommes, dans nos goûts, plus machines que nous ne pensons; et les beaux-arts ue sont véritablement que des arts mécaniques, mais de haute mécanique.
On peut comparer la locomotion de l'homme , où d'un animal à membres de même ordre , à la translation d'un flotteur sur une surface liquide agitée, et obliquement à la lame : fonde transversale de la locomotion correspond au roulis, et fonde longitudinale correspond au langage.
Déjà l'équilibre d'un flotteur sur place, au repos, est un équilibre de même ordre, c'est-â-dire, uu équilibre mobile comme celui de l'homme et des animaux; et le mécanisme de l'équilibre sur place du flolteur persiste pendant sa translation , comme pour les animaux en locomotion, exactement : il y a donc similitude extrême.
Quand un navire fait voile, l’aetiou du vent qui le pousse est continue, et l'oscillation superposée due à la lame ne change point l'effet continu. Chez l'homme la pesanteur représente faction dn vent , et la comparaison deviendrait identique si, par la pensée, on supprime l’action du vent sur le uavire pour la remplacer par ime action de ta pesanteur. 11 suffirait pour cela de supposer la surface générale de la mer inclinée à l'horizon du même angle que le plan général du travail moteur chez l'homme : avec cette sente différence, qu'il faudrait encore renverser fonde d'un cété ou de l'autre pour superposer exactement les mouvements. En effet, quand la lame briyé à la mer, ce n'est jamais qu'au sommet convexe vers Te haut, fonde cave reste toujours courbe; quand, au contraire, l’oude animale brise ou manifeste des rebroussements, ce n'est jamais qu’au sommet inferieur, concave vers le haut, la convexité supérieure se maintient toujoura courbe.
Ceci pose, la grâce du flotteur, ou de l'animal mobile sur son onde, dépendra ; 1° de la forme de fonde sous-jacente : généralement, pins eette onde sera surbaissée et de courbure uniformément nuancée, plus le* mouvements seront gracieux ; 2» la grâce de l'animal dépendra en outre des mouvements partiels alternatifs de ses quatre membrespeudiiles , appendices symétriquement distribués : plut leurs arcs d'oscillation seront Uniformément courbés, plus encore leurs vitesses symétriques seront uniformément variées et nuancées, du changement de signes au maximum; plus, en uit mot, tous ces
ment naturel intime du beau ; on peut, en un mot, faire sur le mécanisme des animaux une véritable science a consulter pour les artistes. Ainsi cesserait l’état présent de contradiction entre la science physiologique écrite qui, par exemple, enseigne l’attitude bi-latérale, et les beaux-arts qui pratiquent l' unilatéralité ; les beaux-arts sont dans le vrai, mais ils y sont empiriquement, c'est la vue de la réalité vivante ou du modèle qui les y a mis ainsi ; et l’on sent, l’on voit bien mieux quand on comprend.
(F) Quand on vient à comparer les qualités propres de vélocité entre les divers animaux, la question peut s'étendre énormément, surtout si l’on y ajoute la comparaison de la forme des pistes qu’ils peuvent décrire sur le sol. En effet, la mort violente est la mort naturelle entre tous les animaux, sauf l'homme (c’est un fait d’observation facile à vérifier en jetant les yeux sur la nature) : l’ordre dans la création , ou la limite de sécurité d'existence de chaque animal, dépendra donc de cette double condition qu’il ne soit pas trop faci" lemcnt atteint par son vorace, et qu’il atteigne lui-mème assez facilement sa proie naturelle. Toutes questions d’équilibre mobile qui ressortent elles-mêmes du mécanisme de la locomotion de chaque espèce , en sorte que la conservation de toutes les espèces , dans la mesure qu’on y observe, en est le résultat.
Mais nous ne dirons ici que quelques mots sur celte grande question qui, pour être traitée avec un peu de généralité, exigerait la
mouvements seront continus dans leur ensemble, et plus chacuu en detail sera continu, et plus enfin tous seront harmoniques entre eux jusqu'à perfection, plus le système mobile, plus l’animal se mouvra avec grâce.
Hicu de cette admirable locomotion du type n'a échappé à l'intelligence et à la sagacité sensuelle de Salomon. Voici quelques traits descriptifs tirés du Cantique :
Quœ est istu quœ ascendit per desertum, sicut tiryulla fumi eX aromaiibus myrrhœ et Ihuris »...
Quie est ista quœ progredilur lieue aurora consurgcni ?... Jleverltre, rerertcrc, Sulamilis, rexerterc, ree ertere, ut intueamur tel... (juàm pulchri sont grenus lui in calceantentis, ftlia principii !... t'ulneraiti eormeum, loror mea sponsa !
connaissance, approfondie de toutes les modifications du mécanisme général de la locomotion ; et une provision , une masse d’observations (ailes dans les bois, de jour, de nuit, dans l’air, dans l'eau, et en tous climats où existent des animaux : ce qui implique, même pour un lieu circonscrit, cette heureuse condition fort rare, sinon impossible, pour les hommes qui pâlissent sur les sciences, à l’étroit dans les écoles, d'avoir vécu au sein de la nature. Choisissons néanmoins quelques exemples simples et familiers, pour prendre une idée de ces questions.
Mais il convient préalablement de rechercher quelles sont les causes qui peuvent affecter de variations la forme de la piste décrite par un animal sur le sol.
Si nous nous rappelons ce qui a été dit relativement à la déviation de route, ou au changement de direction , nous aurons présent à l’esprit que cette déviation a pour rayon de courbure la droite génératrice d’un certain cône idéal qui roule sur le sol autour du point sommet. Ce rayon de courbure dépend de la différence de longueur qu’un animal bipède peut introduire entre ses deux membres, ou qu'un animal quadrupède peut introduire entre les deux membres de chacune des deux paires qu’il possède. A formes semblables, les rayons de courbure des pistes seront donc comme les dimensions linéaires de deux animaux comparés, c’est-à-dire, dans le rapport de leur taille. Ainsi déjà les animaux pourront tourner court d’autant plus qu'ils seront plus petits, sous formes semblables, et toutes choses égales d'ailleurs.
Mais le moindre rayon de courbure possible à être mis en pratique pour une même vitesse grande, prise d’abord par un animal proposé, dépendra de la promptitude avec laquelle cet animal pourra éteindre une grande vitesse acquise; car, sans cela, le centre de masse s’échapperait par la tangente en vertu d'un reste trop grand de celte vitesse acquise, trop grand pour tourner sur un petit rayon où la vitesse angulaire deviendrait énorme. Sons ce point de vue,
il se présente un nouvel élément, grave à étudier en mécanique animale, à savoir: la faculté (le retard et d'arrêt.
Cette faculté de retard parait être généralement proportionnelle ou même égale à la faculté d'accélération que possède un animai proposé : puisque ce sont les mêmes moyens mécaniques qui produisent l’un ou l’autre effet, c’est-à-dire, que ces deux résultats, l’un ou l’autre comparativement positif et négatif, proviennent tous deux élémentairement de la vitesse et de l'amplitude de variation de longueur possible dans les rayons-membres. Il n'y a de différence qne dans les époques de ces variations opérées sous l’action des mômes muscles : l’accélération a lieu pour la variaiion de longueur des rayons opérés par les muscles lors de la position de cos rayons postérieure relativement au centre de gravité du corps; le retaid a lieu pour la variation négative des mômes rayons ou pour leur raccourcissement par un mouvement acquis et sous l'action retardatrice des mômes muscles, lors delà position contraire, c’est-àdire, lors de la position des membres antérieure relativement au centre de gravité général.
De fait l'observation démontre qu’il en est ainsi dans la nature. Le lièvre, par exemple, et les autres animaux rapides, sauteurs, peuvent bondir loin et rester là, arrêtés à la place même où ils sont tombés. C’est ainsi que le lièvre, quiaàdépister des narines ennemies et puissantes, pratique ces deux ou trois grands sauts connus des chasseurs sous le nom de crochets, parce qu'ils sont anguiairemeul distribués, avant de se jeter de côté encore, et d’un dernier saut, dans chaque gîte de chaque jour (1).
(i) Dans ce gîte même, les lois physiques du son transmis à travers tes solides assurent au lièvre une -surveillance lointaine. Le genre lièvre possède , en arriére des incisives supérieures, deux petites dents d'usage inconnu, car elles u’arrivent point en ligne d’action , mais restent eu retraite de la paire anterieure, et constituent une seconde rangée contre laquelle viennent buter les incisives inferieures. C’est la une condition unique entre les rongeurs. Or le genre lievre est semblablement le seul geure rongeur qui gîte ; il choisit son gîte, comme on sait, sur la pierre ou sur le sol dur et à nu; le mentou
Le lièvre doit cette perfection d'éteindre rapidement une vitesse acquise, faculté aussi précieuse pour lui que sa vélocité même, comme nous l'allons voir , à une organisation propre à tous les animaux rapides par excellence ci sauteurs; à savoir : que leurs membres postérieurs sont plus longs que ceux antérieurs, de beaucoup; et peuvent, en outre, s’écarter assez, à droite et à gauche, pour passer ainsi , de chaque cêté, en dehors des membres antérieurs, et aller prendre pied en avant de ceux-ci, en les croisant, et plus loin qu'eux, sur le sol. Les quatre rayons de l'animal pouvant ainsi devenir rayons antérieurs au centre de gravité, pourront, par suite, devenir tous quatre rayons de retard , si l’animal les roidit à des époques de temps convenables. Tout ce mécanisme suppose à la fois une grande longueur, une grande souplesse, et une grande vigueur d'écbinc : il réclame encore accessoirement des pieds convenables, armés de poils sous la plante, ou d’une corne âpre et dure, pour que ces pieds ne glissent ni ne soient déchirés : il s’y joindra, si ce sont des poils, cet avantage qu’il ne sera produit aucun bruit, sur un sol ferme. Ainsi quand on suit à la neige une trace de lièvre, on trouve, pourehaque saut de course, quatreempreiutessurlcsol : deux de ces empreintes sont postérieures, successives ou l’une à lasuitede l’autre sur la direction même de route ; elles appartiennent aux deux pieds antérieurs de l'animal : les deux autres empreintes sont situées plus en avant, toutes deux de front , écartées à droite et à gauche ; elles appartiennent aux pieds postérieurs.
A raison de ce mécanisme, les quadrupèdes rapides par excellence présentent ce caractère propre de forme d’avoir la poitrine latéralement aplatie, en lame, et les coudés rapprochés l’un de l'autre.
porte alo.'s«ur le sol, les dents susdites butent, et la série d'os est continue dn sol jusqu’à l'oreille. Si donc un pas lointain vient à faire vibrer le sol, le lièvre sera averti, comme quand nous mettons l’oreille à terre on quand nous plaçons une montre entre nos dents. Voici une sentence biblique : Quatuor tunt minima terra et ipta sunt tapimliora sapicntibui..... Leputculus, pleb) invalida, qui coliocat inpelra cvbile tuum.
Ils ont, au contraire, les membres postérieurs plus écartés qu’on ne l’observe chez les autres animaux de formes voisines, et les talons è une plus grande distance transversalement (1).
Ces détails étaient nécessaires pour aborder la question que nous nous sommes proposée. Soient maintenant pris pour exemple le lièvre et le chien, tous deux connus et faciles à observer.
D’un côté : le lièvre a des membres plus coniques et plus amplement variables de longueur : seul il peut croiser ses membres : il est généralement plus petit de taille que le chien. Donc le lièvre pourra prendre une plus grande vitesse et il la pourra prendre plus promptement , en un temps très-court : il jouira en outre d'une plus grande faculté de retard , d'un plus court rayon de déviation, praticable, et seul il pourra s'arrêter court malgré une grande vitesse acquise possédée à l’instant précédent.
D’un autre côté : le chien est généralement un peu plus grand, ce qui l'astreint à un plus grand rayon de déviation si sa taille est notablement plus grande : de plus, quelle que soit sa taille, ses membres voisins d’être égaux font, comme on l'observe en réalité, que le chien ne peut parvenir à sa plus grande vitesse qu’après un moment d’accélération et plusieurs pas successifs accomplis : de
(1) Il est curieux qu'ou retrouve ces qualités naissantes dans les chevaux de course perfectionnés par des générations habilement conduites , et accélérés par les méthodes d'cntratnemcnt. Ainsi les chevaux coureurs de nos hippodromes croisent déjà leurs empreintes d'une différence de situation longitudinale de près d’un mètre. Mais ces empreintes des chevaux de course s'impriment plus successivement dans le temps , que celles des rapides excellents, de constitution native. Les deux membres antérieurs ne sont pas encore assez rapprochés chez les chevaux , ni leB membres postérieurs assez écartés pour que les deux paires puissent se croiser, et ainsi les quatre empreintes s'imprimer presque simultanément ', et , d’ailleurs, leur échine non plus n'est point assez, longue ni assez flexible pour se prêter à ces mouvements extrêmes : cette échine enfin n’est point assez musclée comparativement, ni les membres non plus (quand on compare en outre les masses à mouvoir), pour que les chevaux puissent mettre en pratique énergiquement ces moyens de la plus grande vélocité relative ; comme le font les lièvres, les chevreuils, les gazelles, entre autres quadrupèdes ; et comme le font encore tous les insectes sauteurs, qui ont, eux, des crochets sous la plante des pieds, pour qu'ils ne glissent.
même il ne saurait éteindre une grande vitesse acquise qu ’a près un moment de retard et plusieurs pas retenus; donc, pour les grandes vitesses, le chien ne pourra $c dévier que sur des courbes à grand rayon (ce qu’on observe chaque jour quand des chiens jouent autour de nous), sinon il roulera sur la tangente: ainsi, la piste décrite par un chien animé d’une grande vitesse est nécessairement courbe. Le chien , du reste , |x>s$ède, connue carnassier , un grand fonds d’énergie musculaire.
En chasse donc et comparativement le chien devra, au départ, •■ester eu arrière, mais il a son nez poursuivre, et sa force musculaire plus durable lui donne le moyen de suivre ainsi long-temps : malgré donc quelques erreurs de route, si la citasse se prolonge suffisamment , les vitesses tendront à devenir égales d’abord , puisa dillërer à l’avantage du chien.
C’est alors que toutes les qualités de sécurité propres à chaque animal vont sc manifester. Les vitesses sont grandes des deux côtés, et la distance mutuelle diminue : si le lièvre n’atteint un dernier fort et n’y ruse avec plus de succès que précédemment, bientôt il sera en vue, prés, plus près encore; et enfin le chien le prendrait infailliblement si les deux traces restaient rectilignes, ou, plus généralement, si elles pouvaient coïncider. Mais le lièvre évite, et quand la dent menace, quand il sent sur son poil l’haleine dévorante du molosse, il courbe sa piste, et de toutes scs ressources de courbure variée, jusques aux rebroussements qui la brisent. Le chien qui ne jouit ni de si petits rayons de courbure, ui du rebroussement, pour de telles vitesses, ne saurait faire coïncider sa piste propre sur celle du lièvre : il la coupe donc une fois, puis encore, incessamment; cl il 11e peut que la couper, par instants courts, sans jamais s’y maintenir. Parlant donc, si l’on considère que les vitesses sont grandes de part et d'autre, on se convaincra que bien que la vitesse majeure soit du côté du chien , le lièvre néanmoins ne saurait sc trouver en prise à sa dent que rarement , difficilement j et encore ne serait-ce que pour un instant presque imperceptible : il
faut en effet pour cela des passages presque simultanés aux points d’intersection des pistes, c’est-à-dire, cette précision instantanée que, le chien y passant, le lièvre n’en soit distant, sur sa piste si inodifiahlo, que d’une longueur de cou, à droite ou à gauche, avant ou après celle impérieuse du chien.
Mais enfin il y a chance pour le chien : la frayeur coupe les jambes au lièvre, l’ardeur de curée avive celles du chien qui se précipite avec fureur : le lièvre ne taille plus de la route, il ne peut obtenir de ses membres que quelques sauts extrêmes, discontinus par cause d’exténuation, le chien le dépasse, revient, le manque encore, coupe en tous sens et long-temps en vain : on dirait qu’il y met de la maladresse et que sa fureur l’aveugle : mais la vérité est que ce sont là deux pistes non superposables ou physiquement incompatibles. Enfin le chien happe la béte à la (visse et roule avec; elle, ce qui devait être encore; le lièvre crie, tout est fini.
C’est là un exemple familier, facile à rencontrer pour l’observer, le vérifier; et curieux, mais plus que curieux, car il rentre dans la question d’ordre la plus intéressante, la plus sérieuse, connue il a été dit. De même, d’autres petits quadrupèdes pourront fréquemment échapper à leurs grands voraces, grâce à leurs petits rayons de déviation ou par d’autres qualités propres de locomotion, suite de formes différentes (1).
(1) De même encore dans les'airs, les petite oiseaux alarmés pourront criailler auxoreilles même des gros rapaces et leur passer sous la serre ou sous le bec à quelques décimètres sans trop courir de danger. On a parlé de la magnanimité de l'aigle et autres rapaces de grande taille qui, dit-on, méprisent ces cris et dédaignent de poursuivre les petits oiseaux : la fnagnanimité de ce genre est une vertu d’après dîner, d'estotnac plein et il est rare que l'appétit manque i ces gros nobles accipitrcs : ce qui les retient, c'est l'expérience faite (et souvent nous en avons été témoin ), qu'ils ne gagnent, à ces poursuites, qu’un peu plus jd'appélit. Pour les petits rapaces à aile vive et pointue , c'est ( différent; et les petits oiseaux ne viennent gaère les importuner; ici, les rayons de déviation se rapprochent . un revers d'aile en aurait bientôt mis quelqu'un sous la serre (et nous l'avons de même ubservé plusieurs fois). Pour chasser la perdrix, ou employait le faucon de même taille qu’elle.
De semblables lois d'équilibre mobile règlent dans les eaux la mort alimentaire.
Dans les airs, il s'observe en outre d'autres moyens de sécurité pour les oiseaux déli-
Ainsi pour la persistance de chaque espèce, aussi bien que pour ■ la conservation des individus de chacune d'elles en nombre limité entre des oscillations extrêmes , c’est, sauf l’intervention humaine, la locomotion qui règle, qui laisse durer ou extermine, qui laisse multiplier ou décime. Ce n’est point la dent féroce , ni la serre et le bec crochu, la dent n’est que le genre de mort, non la cause qu’il y a mort, qu’elle est balancée pour tous et alimentaire du tout convenablement. Tout animal a pour condition première d’existence ses qualités locomotives propres; il a pour dernier terme naturel de sa
cati à manger et dont tes rapaces seraient friands , comme nous , c'est-à-dire, pour le gibier.
Nombre d'oiseaux doivent traverser de grands espaces pour suivre leur nourriture balancée sur le globe avec les saisons -, ils exécutent ces migrations loiniaincs à travers le* régions de l’air hantées par leurs ennemis affamés. Régie générale : tout gibier fin, gibier de chasse à tir , gibier d'arrêt , voyage de nuit quand l'ennemi dort ; les chasseurs le savent. C'est bien, de fait, une loi générale et l'on ne cite point d'exception , l'observation n'en démontre aucune; exemples : les cailles, oiseaux si diurnes du reste, les bécasses , les bécassines et tout le gibier de marais. La perdrix même se déplace d'ordinaire le soir au vol et tombe ainsi , pour dormir, en un lieu où le renard rôdeur de nuit ne sera point amené par la piste.
Les grives voyagent au crépuscule, surtout à celui du matin , entre chien et loup sur terre , mais pour elles , après le hibou , avant le milan , l'épervier et autres de même appétit.
lats coriaces à ailes puissantes , les rapides même bons à manger, voyagent de jour à découvert : les corbeaux , les grues , les pigeons.
Diverses chairs pins ou moins tendres , plus on moinB blanches, le geai, les bcc-flgues, les petits quelconques, voyagent encore de jour, mais par courtes étapes , d'arbre en arbre, de fort en fort; et s'il se montre d'aventure quelques longues ailes, les petites se cachent ; on croirait qu'il n'y a plus de petits oiseaux , si n otaient les cris d'alarme de quelques-uns ; nous l'avons vu bien des fois, et qu'un superbe équipage peut devenir gênant pour pénétrer dans les intervalles étroits des brandies d’arbres.
Mais l'hirondelle lient le plein air, sous le soleil , sous les yeux de tous ; l'air appar- ■ tient à son aile modèle , à sa queue d'évolution instantanée ; l'air est le domaine de l'hirondelle , cl toutes les mouches lui appartiennent : elle en irait prendre une sur le bec d'un milan, si d'aventure elle s'y montrait.
La perdrix a pour sauvegarde sa couleur et les herbes . les buissons où elle rate : mais il y vient le renard : elle a ses ailes; et du reste la perdrix est féconde.
Le canarda l'eau sous lui, et l'aigle qui l'y voit plonger n'a soif que de sang.
locomotion sur le globe, l'estouiac d’un autre animal; c’est de là que ses éléments dissociés et après avoir encore entretenu la vie commune dans cet individu, retournent à l’atmosphère pour rentrer ailleurs dans un nouveau composé vivant initial.
Ainsi tous ces animaux divers coordonnés par la locomotion vivent ensemble en plein mélange, mais eu plein ordre. Nul ne meurt trop tôt, faute d’un peu d’herbe, d'une graine, d'un fruit, d’une proie variée depuis la larve et l'insecte jusqu'aux cerfs et autres grands quadrupèdes la proie naturelle du lion qui n’a, lui, à craindre que la faim ou le venin; mais nul n'est oisif, il faut prendre tâche et peine à la nourriture ; nul n'a qu'une part chaque jour, et, chaque jour, il la faut gagner. C’est là la vie, le spectacle du monde animé: ordre admirable, doigt de Dieu sur la terre, dans les airs, dans l'eau.
Véritablement, quand ôn voit tant d'ordre institué sur de si belles organisations mécaniques , dont encore nous n’apercevons que le gros, on peut bien dire qu’un animal, quel qu'il soit, est une magnificence physique ; et le règne animal, un puits d'ordre et de science. On est alors étonné que tant d’habiles et savants physiciens ne donnent pas cette direction à leurs travaux, à leurs recherches. Et cependant si la perfection existe quelque part, c’est assurément là qu’elle doit être. Il n’est peut-être pas donné à l’homme d’inventer de certaines beautés, mais il les peut découvrir là; il y peut assister, en quelque sorte, à la pensée créatrice, ou, de quelque manière qu’on le veuille entendre, y remonter à la cause première de l'ordre observé stable autour de nous.
(G) A ces considérations sur le mécanisme de la station et de la locomotion des animaux, relativement auquel l'homme jouit déjà de si grands privilèges, on pourrait ajouter quelques remarques sur les conditions physiques extérieures du sens de la vue, chez les divers animaux: c’est-à-dire, qu’on pourrait comparer les variations que présente, des uns aux autres, leur appareil optique, dans
son mode d'installation , et dans les divers mouvements des yen* possibles.
Le sens de la vue est Hé au mécanisme de la station et de la locomotion des animaux, parce rapport que ce sens est un élément de sécurité pour l'animal en repos ; une condition pour que cet animal, s’il veut se mouvoir, puisse distinguer et choisir sa direction de route ; enfin un guide, un moyen de préciser sa trace et le lieu où ses membres devront porter. L’homme, sous ce rapport, est encore noblement privilégié entre tous les animaux.
La physiologie enseigne et l’observation démontre que le concours des deux yeux nous est nécessaire pour percevoir avec une certaine précision la situation d'un corps, sa distance à nous, ou bien encore la distance de deux corps entre eux. Il faut, pour obtenir au maximum cette sensation comparative, explorer la distance en transportant simultanément les deux rayons visuels, par un mouvement angulaire, du corps éloigné à nos pieds, ou d'un corps à l’autre, .et cela nombre de fuis, la tête demeurant fixe. De là deux ordres de mouvements dans les yeux : les uns de va et vient dans un plan vertical, pour explorer la distance à nous ou la distance verticale de deux corps; les autres de va et vient dans un plan transversal, pour explorer la distance transversale de deux corps entre eux. Si les deux corps sont situés sur le même horizon, nous tenons la tôle droite; et si l’un est plus élevé que l’autre, nous ramenons les mêmes conditions visuelles en inclinant la tête jusqu’à ce que les deux yeux et les deux objets soient dans un même plan ; le mouvement des yeux esi donc alors toujours normalement transversal sur le plan de symétrie de la tète.
Mais si, d’un côté, la convergence des yeux est utile et nécessaire sous le rapport de la perception des distances; d’un autre côté, leur divergence est utile pour la surveillance latérale, ambiante, et nécessaire jusqu’à l’opposition pour la perspective simultanée de tout l’horizon.
Parcourons avec ces données divers groupes naturels d’animaux :
Les oiseaux sont exposés en tous lieux, sans moyens suffisants de résistance en place; timides à bon droit, iis sont rapides et! fugaces par excellence : à eux donc les yeux divergents, supportés même par un cou qui permet jusqucs audeià d’une demi-révolution de la tête, pour la perception complète de tout l'horizon; à eux encore^ les inclinaisons latérales de la tête pour que la vue pût garder du danger dans toute la sphère ambiante : car les oiseaux ont des ennemis partout, dans l’air comme sur terre. Au repos même , quand ils dorment, le bec sous l’aile, leurs yeux sont culminants, et, dés qu’ik s’ouvrent, de suite ils embrassept tout |l’ espace dans leur portée.
D'un autre côté, les oiseaux n’avaient généralement pas besoin de percevoir avec précision la distance des objets : il n’y a pas de distance pour qui possède des ailes; et même, quand les oiseaux veulent prendre pied, l'erreur de portée n’a aucun gravejineonvénient : les ailes sont là pour soutenir en .place ces animaux, jusqu’à prise ou pose assurée. De fait, nous pouvons être témoins, [à choque instant, autour de nous, de ces erreurs de pose chez les'oiseaux, et de la manière dont ils se soutiennent alors de l’aile pendant les premiers instants.
Les oiseaux dont il vient d’être ici question , et e’est la grande majorité, ne peuvent guère que surveiller autour d’eux et sur leur roule; ils le peuvent faire en tous sens, parfaitement.
Mais à mesure qu’un oiseau devient rapace, il faut qu’il puisse percevoir la position qu’occupe, à chaque instant, sa pâture mobile. De là la convergence des yeux caractéristique des oiseaux rapaces; qu’ils soient rapaces de jour ou rapaces de nuit. On voit même apparaître un peu ce caraelére chez les hirondelles, qui ont besoin de poursuivre au vol des mouches, aliment naturel de ces oiseaux.
Mais on n’observe point encore chez ces oiseaux qui peuvent fixer le mouvement angulaire des yeux dans leurs orbites : il leur suffisait de percevoir la direction de situation de leur proie ; sa distance précise n’était point indispensable à connaître : encore moins les
oiseaux avaient-ils besoin d’apprécier la distance respective do deux objets (1).
Chez les quadrupèdes, de même que chez les oiseaux, les plus faibles et partant les plus timides, les plus fugaces, out des yeux divergents pour surveiller en tous sens l’horizon. Exemples extrêmes : les lièvres, les chevreuils, les gazelles.
A mesure que les quadrupèdes deviennent animaux de proie, leurs yeux convergent, ils peuvent fixer celte proie et la suivre. Exemples : les chiens, les chats en général, mais entre tous le chat domestique, à cause de sa souris, de son oiseau qu’il doit guetter. Déjà , en effet, le chat, pour atteindre à coup presque sur et d’un seul bond celte proie si alerte, devait pouvoir sentir une situation ou une direction précise. 11 n’a néanmoins pas encore le déplacement angulaire des yeux dans leurs orbites, et quand la proie remue, joue, insouciante du danger qui menace, le chat la suit des yeux en mouvant la tête entière. Mais si le chat ni les carnassiers ne présentent encore de mouvement angulaire, simultané, notable , des yeux dans leurs orbites, c’est la limite : jusqu’à eux les animaux tournent à peu près exclusivement la tète, la lèvent ou la baissent pour déplacer en direction leur appareil visuel.
Au-dessus des carnassiers, on trouve tin groupe entier d’animaux, les singes, qui peuvent fixer, et mieux encore que les animaux de proie quelconques, car déjà les singes commencent à montrer quelques traces de mouvements angulaires des yeux, de ceux verticaux de va et vient, qui donnent la perception plus précise de la distance d'un objet à l’animal. Les singes n’ont cependant aucune proie à fixer, à poursuivre, et nous n'avions trouvé jusqu’ici que des animaux de proie qui fussent doués de la qualité visuelle de fixer pour le but de poursuivre et d’atteindre cette proie.
Le fait des singes conduit à rattacher toutes [ces variations de
(t) L'idée que l'aigle a été doué de fixer le soleil est, probablement, purement poétique.
l’appareil visuel à une loi plus générale que celle d'animaux chas* seurs et animaux fugaces. Le vrai principe de ces variations, c’est le besoin de percevoir variablement la situation des corps dans l’espace, quel que soit l’effet utile à obtenir, ou la relation de cette perception avec les conditions d’existence de l’animai.
Revenons aux singes : outre la qualité de fixer, il commence à se manifester chez eux une condition plus parfaite; celle pour sentir le rapport d’éloignement d’un objet à soi, ou pour explorer et mieux percevoir la distance par un mouvement angulaire des yeux en sens de va et vient : mais l’animal lève encore très-notablement la télé pour fixer haut ou loin ; de même, il la baisse pour fixer bas ou près; et, pour deux objets extérieurs écartés, il tourne encore exclusivement la tête, s’il veut les fixer successivement. Ainsi le mouvement angulaire des yeux dans leurs orbites ne contribue guère, chez les singes, qu’en un seul sens et pour peu aux mouvements en tout sens de l’appareil visuel, c’est encore la tête qui fait la plus grande part des frais.
11 y a là néanmoins un degré de perfection relative : la raison de ce commencement de perfection chez les singes, dans la série d’idées que nous suivons, c’est que ces animaux ne sont plus des quadrupèdes proprement dits, pis plus qu’ils ne sont des quadrumanes rigoureusement. On pourrait à meilleure raison les appeler des quadruserres , si l’on ne veut pas absolument créer un nom pour leurs extrémités prenantes. La patrie naturelle des singes, c’est une * forêt : hors des bois, point de singes. Mais ce milieu de locomotion serait plein de périls pour qui, étant de grande masse et n’ayant pas d’ailes, n’aurait pas extrémités bien prenantes et bons yeux, yeux bien convergents, et même un peu mobiles angulairement, dans leurs orbites, en un plan vertical : car il faut sentir d’avance la distance d’une branche à soi, l’explorer avec soin, et préciser pour les cas difficiles ; afin de sauter juste, ou, au moins, sans grande erreur, et de pouvoir, au pis , saisir la branche , s’y retenir, car la mort est dessous.
Lo singe donc avait réellement besoin de toutes les qualités vif suélles dont il a été doné ; et oes qualités s attisaient pour ses besoins. 0e même encore si ce singe descendu à terre s-'y accroupit en repos, ou s’y meut sur ses quatre membres, il aura sa face relevée en biseau pour la perspective supérieure; il pourra, en taisant convenablement pivoter sa tête, fixer tout ce qu’il lui importo de fixer, ses arbres, leurs fruits, et les singes ses pareils, vers lesquels il pourra encore s’élancer avec toute la précision convenable.
Mais l’homme n’a pas que des qualités d’existence physique : il est doué de facultés morales; et partant l'homme dovail avoir des qualités physiques corrélatives de ces qualités morales dont il se trouve doué initialement. Ainsi l’homme a , par privilège, ht faculté de se replier sur ses perceptions acquises par les sons, de réfléchir et de raisonner ou de comparer. Il convenait donc que ses appareils de sensations prissent des caractères de comparabilité pour lui fournir des éléments de comparaison , de réflexion., et ainsi des sujets de philosophie naturelle.
C’est le privilège que nous allons trouver dans l'installation de son appareil visuel. Ainsi : outre que C homme peut fixer plus franchement qu’aucun autre animai, on observe encore chez lui , amplement, le mouvement angulaire des yeux dans leurs orbites. Il prér sente d’abord celui dans un plan vertical : par suite, l'homme pourra percevoir les distances à soi et celles verticales, sous d'amples angles visuels; jamais, que pour des cas extrêmes, il ne sera réduit à mouvoir la tête de haut en bas : alors même l’homme sent bien . qu'il ne peut comparer, rapporter la distance, et il se recule jusqu'à angle visuel de compréhension suffisamment petit, pour l'immobilité de la tète durant l’exploration. Quant au mouvement angulaire des yeux coordonné au précédent ou horizon lui , ce parait être le privilège de l’homme, exclusivement : bien certainement, au moins, qu’il laisse loin, très-loin de lui, tous les autres animaux, sous le rapport de cette qualité. C'est qu’aussi l’homme seul peut avoir à s’occuper de la distance mutuelle de deux corps extérieurs; 'pour
cela que sent il est doué delà faculté de comparaison. C’est la per* fection visuelle corrélative et dénonciatrice de cette perfection iftoraie. L’homme donc seul peut regarder comparativement les corps de la nature, les observer ; il en a V inspection cl la circonspection.
L'homme, s’il marchait sur quatre membres, son Iront sailli»! masquerait sa vue, comme cm la dit, Cuvier entre au tues : mais Dieu, en le douant de ce front , lui a relevé la face, en lui relevant , et à lui seul , le tronc entier de toute sa hauteur de colonne vertébrale. La similitude lointaine de la face du singe n’est qu’une altération de la face humaine, parla privation de tout ce qu’elle a de dominateur,, par l’endroit de l’organe de la comparaison. Aussi l'altération du front enlraioe-t-elle la suppression du mouvement visuel angulaire transversal, et l'atténuation de celui vertical, toutes qualités vaiues pour qui ne peut comparer. Et encore : Dieu a dégagé le cou de l'homme bien plus que celui de tout animal capable de fixer, et il l’a orné du mouvement noble de renversement allo'idien, qu’on ne rencontre en aucun autre animal à un. degré comparable, c’est-à-dire, dépassant la verticale : îpouvemetU de contemplation d’accord avec les qualités visuelles de l’homme , et avec ses qualités morales, pour que cette tête suprême put communiquer même avec les cieux.
Os hoanini sublime dédit, c «tu roque lucri
tuant, et credo* ad aidera tollerc vuUus.
U» dernier trait enfui , c’est que la télé de l’homme se trouve stable sur son cou, sans contraction musculaire, pour ces deux attitudes ’ extrêmes : d’une part, quand elle est relevée, pour la contemplation; d’autre part, quand elle est abandonnée et retombe, pour la réflexion. L’homme peut ainsi rester à ses pensées, occupé d’elles seules , sans grand inconvénient , pour des temps peu prolongés.
La tête de l’homme est encore stable sur le cou , à frais musculaires infiniment petits dans l’attitude moyenne, passivement instable, mais de plus grande mobilité, quand son centre de gravité tombe entre les deux surfaces atloïdiennes : c’est-à-dire, quand l'homme
fixe vers son horizon les objets, dans sa sphère d’action habituelle (1).
En caractère anatomique, pour ce qui concerne le sens de la vue dans son installation physique : l'homme seul a Y œil fendu ; c’està-dire, qu’il a l’ouverture des paupières elliptique à excentricité telle que nul autre animal n’en montre un degré comparable : c’est pour satisfaire aux excursions latérales de la comparaison dont seul l’homme possède la faculté; et seul, par suite, il montre , à proprement parler, le blanc de l'œil, champ de course de ces mouvements comparateurs.
(//) Ajoutons brièvement l'historique de la station et de la locomotion : nous n’en dirons que deux mots , et seulement au sujet de quelques auteurs.
Borelli a apporté dans l’élude de la locomotion animale des connaissances étendues de mécanique; le premier il y a employé dès méthodes précises. Cet auteur a démontré plusieurs points de fond , ainsi : la dépense de forces minime pour maintenir le centre de gravité du corps sur la base des pieds pendant la station; puis la di- . minution de la charge sur cette base des pieds par suite de l’état de mouvement, etc... il ne lui restait qu’un pas à faire pour voir le plan incliné de locomotion. Il attribue le mouvement à l’impulsion horizontale due à l’extension du membre, sans (varier de la vitesse de chute conservée pour la réascension ; cependant Borelli parle' de vitesse acquise (impelu prœconceplo), et en divers endroits. Si d’ailleurs on se rappelle que le pendule venait d’être découvert par Galilée, et que les esprits se trouvaient alors fixés sur ces idées nouvelles, on sera étonné que Borelli n’ait point vu le mouvement de pendule superposé à celui de translation : il a donc touché au pendule, sans
(1] Au point de tue parement mécanique , cette question de l'équilibre de la tête devrait être reportée à la «latiou , nous l'en atom écartée parce qu’elle nous semble mieux ici.
le voir; il indique même parfaitement la trajectoire ondulée, et dans deux sens , il en donne la forme approximativement , et il prouve le fait par des expériences de règles verticales alignées sur la direction générale de cette trajectoire.
Galilée, à la même époque, démontra, comme il a été dit, l’avantage musculaire qui résulte pour les petits animaux des propriétés géométriques des formes semblables.
Puis Barthex écrivit un traité spécial ; mais Barthez est obscur à un point incroyable pour qui ne l’a lu et essayé de comprendre. On y trouve néanmoins un aperçu juste du but de ce ligament rond inséré sur la tête des fémurs. On y trouve encore développée l’idée «le Gassendi que, pendant la locomotion, les mouvements des bras empêchent les vacillations latérales du tronc; mais Barthez suppose les bras mus par des muscles , il ne voit point le pendule.
Cet effet des bras , et généralement le nombre quatre des membres et les effets croisés, symétriques, d’un côté à l’autre, avaient déjà été vus et généralisés, même pour le cas d’absence de membres, par Aristote , ce génie prodigieux , désespérant, qui semble avoir tout vu ou du moins tout entrevu.
A notre époque, M. Pefletan a estimé l'amplitude verticale des oscillations réelles du corps ( oscillations appareilles du centre de gra vilé) : nous avons indiqué les mesures qu’il en donne. Il a parfaitement senti que ta sécurité de l’attitude verticale de station tenait à la promptitude avec laquelle un membre pouvait être présenté a l'encontre de la chute, lors des écarts hors limites. Mais M. Pelletan a cru ce mouvement tout musculaire, que l'instinct seul en était le moteur, il n’a point vu le pendule, et il ne parle point des conditions physiques d'équilibre mobile.
M. Pelletan a encore dit que la pesanteur agit pendant la première moitié du pas, mais il ne va pas plus loin, ne parle nullement de vitesse acquise en chute qui ferait remonter le corps ultérieurement, et son estime du travail dépensé est contradictoire à cette idée supposée.
M. Pelleian a, en outre, inséré dans son ouvrage un travail propre à lui sur le saut dont il n'a point été question pour nous.
Enfin, dans ces derniers temps, MM. Weber ont fait, sur la locomotion, un travail bien remarquable dont nous trouvons un résumé dans la Physiologie de M. Muller (1).
Dans ce travail de MM. Weber se trouve l’idée de pefldule, et la discussion est conduite sous ce point de vue, à partir de l’effet de la pression atmosphérique pour maintenir en rapport les surfaces articulaires.
Mais MM. Weber n’ont vu, ni du moins défini aucune des conditions fondamentales de ce mouvement pendulaire, ni sa cause productrice ou qui l’entretient durable. En un mot, MMi Weber n’ont point défini le mécanisme réel dans la locomotion, faute d’avoir connu celui de la station. Ainsi ils n’ont point vu la bande ilio-trochantéro-tibialé, ni le mode de compensation des ondes élémentaires de signes différents, ni les détentes : ils n’ont rien établi clairement, rien discuté à fond. Ils admettent la contraction musculaire comme motrice des mouvements observés, puisqu'ils ne rectifient pas sur ce point : c’est-à-dire qu’ils admettent les muscles avec les autres auteurs, et surajoutent simplement celte idée de pendule. Or, il y a ici une contradiction : si les muscles agissent plus que pour fournir à la dépense des résistances mécaniques, il faut que le mouvement en excès se conserve en vertu de la loi d’inertie, et de deux choses l'une : ou bien d’autres muscles viendront éteindre la quantité de mouvement excédante , fournissant ainsi une nouvelle dépense inutile; ou bien le mouvement du système s’accélérera, ce qui n’a point lieu dans la question.
Et encore MM. Weber n’ont point abordé cette difficulté frappante au premier coup d’œil, contre l’idée de pendules régulateurs; nous voulons dire le synchronisme constant entre les quatre pendules , et la variabilité du temps l pour tous les quatre ensemble. Ils ne di-
( 1 ) Système nerveux, 1. 1 , traduction de M. Jourdan sur l'édition 1837-8.
sent rien non plus de tant d'autres qualités mécaniques que présentent soit l'homme, soit les animaux, en eux, et puis relativement, entre eux.
En deux mots, MM. Weber n’interprètent que superficiellement les faits qu’ils discutent, bien qu’ils en aient eu une clef, mais il leur manquait une seconde clef, les torsions; et pour nombre de faits, ils n’en donnent aucune interprétation.
Us portent à 0“,032 l’amplitude verticale des oscillations du centre de gravité. Il n’est rien dit du travail dépensé. MM. Weber n’emploient, comme force motrice, que l’impulsion horizontale de Borelli : ils n’ont pas vu le travail moteur.
Du reste nous-mêmes aussi avions déjà, et depuis long-temps, la simple idée que les lois du pendule interviennent dans le mécanisme de la locomotion.
Mais il nous a fallu bien du temps encore, et bien du travail, pour éclaircir la question, pour qu’enfin elle pût être généralisée. Ce ne fut même que par un retour à l’élude préalable de la station que nous trouvâmes les torsions des axes ou tractions de ligaments opérées aux articulations, et que, partant de là, nous pûmes enfin franchir le pas et aborder en connaissance de cause la locomotion elle même, à l’aide surtout de la bande ilio-lrochanléro-tibiale que nous venions de gagner, et qui en est la clef. Alors seulement nous pûmes apercevoir toute l’étendue du champ à parcourir , et qu’il était possible d'atteindre à la généralisation.
ÉTUDES DE PI1YM4KUE ANIMALE («cite).
DE LA LOCOMOTION
DE L’HOMME ET DES ANIMAUX
ESSAIS PARTIELS D’UNE CLASSIFICATION DES ANIMAUX D’APRÈS LEURS MOUVEMENTS EXTÉRIEURS ET LES QUALITÉS PHYSIQUES DE L’ALIMENT DONT ILS SE NOURRISSENT.
SOMMAIRE
[j] Introduction, généralité et gravité de ces principes de classification; définition des caractères généraux de classification selon celte méthode , grandes divisions. —
{B) Application à l'homme ; l'homme est physiquement discontinu entre les animaux qui sont tous à distance de lui ; il est seul physiquement constitué noble et dominateur ; caractères singuliers propres à lui. — (C) Partout, autour de l'homme, il y a continuité , fusion , ou au moins contact entre les divers animaux : animaux types , animaux «tri lés , variations extrêmes, bouts de branches naturelles , branches croi- «, sées. — (Z>) Essai pour les oiseaux : tribu naturelle des chasseurs aériens rapides, depuis les nuages jusques au fond des eaux. — E) Estais pour les mammifères : tribus naturelles des chasseurs terrestres de grandes proies et de ces grandes proies ellesmêmes. Tribu naturelle des chasseurs terrestres d'insectes rapides , depuis l’air jusque sons terre et sons l’esu : type les musaraignes: animaux variés pour suivre l'aliment mobile, la taupe, la chauce- sourie, le rat d'eau; discussion comparative : les chéiroptères sont placés trop haut dans les classifications actuelles, ces animaux sont très-loin de l’homme : caractère physique de discontinuité propre b l'homme dans l'acte de la procréation. — (F) Tribu naturelle des mammifères habitants pacifiques des arbres, depuis les plus élevés et les sommets, jusques aux buissons et sous les racines ; locomotion quadrupède redevable pour atteindre sur les arbres l’aliment, leurs fruits ou leurs feuilles. — (G) L’ours est un animal de paix, non un animal de
proie , un carnasrier : sa dent est illusoire , dent défauive . — (//) La dent peut induire en erreur comme caractère , dents défensives diverses.
(A ) Nous avons enlrepris un essai de classification des animaux basée sur des principes tires de ia locomotion et des conditions physiques de l'aliment dont chacun d’eux se nourrit.
Ces principes de classification presque entièrement nouveaux semblent devoir conduire à des groupes fort naturels, et nous venons exposer à l’Académie les résultats de nos premières tentatives. Ce n’est encore qu’une ébauche bien incomplète de ce qu’on peut sans doute obtenir par cette voie que nous poursuivrons : mais auparavant nous venons consulter les autorités compétentes.
Ce qui nous a conduit à pénétrer ainsi dans le domaine naturel de nos maîtres qui seuls possèdent la connaissance complète des animaux, c’est qu’une classification peut être entreprise dans un double but: d'un côté, elle doit précéder l’étude détaillée des objets afin de faciliter cette étude ; et, d’un autre côté, une classification ne devrait être faite qu'après l’élude approfondie des objets à classer, afin d’y procéder avec connaissance de cause, et qu'ainsi la classification fût faite juste, naturelle. C'est tout à la fois un moyen préalable, fort utile, ou même indispensable, pour une théorie qu’on entreprend de découvrir, et un résultat, une expression d’une bonne théorie faite : elle en sera du moins l’expression évidente et exacte, dès que les principes de la théorie auront été mis en regard. Sans théorie, point de classification naturelle; et sans classification préalable, difficultés presque insurmontables d’atteindre à la théorie.
Classer pour comprendre, et comprendre pour mieux classer , ces deux opérations de notre raisonnement se prêtent mutuellement aide l'une à l'autre, alternativement et réciproquement. C’est ici une apparence de cercle vicieux, mais on voit sans peine qu'il n’en est rien au fond : ce sont des procédés d’approximation successive,
et nous procédons de même dans nombre de cas. Ainsi, pour par- * venir à la connaissance de l’appareil locomoteur, nous commençons par étudier les os, puis nous passons aux muscles; puis, une fois les muscles connus, bien qu'imparfaitement, nous revenons aux os ; puis retour aux muscles, aux nerfs, etc... et ainsi, peu à peu, tout se perfectionne successivement daus notre esprit.
De même, classer quelques animaux pour tenter d’en résoudre la locomotion; puis aborder la locomotion; puis mieux classer, et ainsi de suite; ce sont ces idées qui nous ont conduit à coordonner quelques groupes d’animaux sous le point de vue de leur locomotion , pour discuter celle locomotion avec plus d’éléments , et de chances de la comprendre.
Mais nous n’avons pas tardé de nous apercevoir que ces idées pouvaient être généralisées, et qu’elles portaient à coup sûr. Elles portent en effet sur tous les animaux, et sur le fond même de leur organisation : on est donc certain que c’est là une bonne voie; c’est peut être la meilleure?
Si l’on réfléchit en effet sur cette idée principe que la mobilité arbitraire ou au moins instinctive est le premier caractère extérieur par lequel se révèle à nous un animal présent; et si l’on y ajoute cette seconde idée que ces mouvements ont pour but premier l'obtention de l’aliment: on ne devra point être étonné que les éléments du mouvement, joints à ceux de l’aliment , et tous convenablement cltoisis, «, ne coordonnent les animaux par groupes fort naturels , c’est-à-dire, dont les individus jouissent tous d’un grand nombre de qualités communes entre eux, et propres à eux seuls.
Ces mêmes principes de classification peuvent être étendus évidemment à la généralité des animaux : peut-être même portent-ils au-delà, comme il en sera question.
D'un autre côté, les qualités déduites de ces mêmes principes peuvent être assez facilement précisées, et, tout à la fois, graduées ou nuancées pour les groupes successifs, depuis les plus généraux jusque presque aux individus.
C’est-à-dire , en trois mots que ces éléments de classification sont généraux , apparents dés l’extérieur , et susceptibles de graduation , même nuancée.
Les classifications par le système nerveux concordent généralement avec cellc-ci, par le côté des qualités locomotives : ear les qualités résultant d’un système nerveux, l’instinct et la perception des corps à portée d’action , suivent en général, chez les animaux, les dégradations, ou, mieux, les modifications de l'appareil locomoteur. Il y a raison pour qu'il en soit ainsi , puisque ces qualités d’instinct et de sensation doivent provoquer la mise oo jeu de l’appareil locomoteur, et qu’il doit, lui, satisfaire à leurs exigences. Os pour mouvements précis et centres nerveux vont ensemble et en tète, ce sont les vertébrés.
Mais le système nerveux ne s'étend point, évident à voir, à tous les animaux; et, d’autre part, il ne se nuance point, tel du moins que nous le connaissons.
De même, ni les mamelles, ni l’œuf, ni les dents, ni même l'aliment considéré sous le point de vue chimique , qu’il soit végétal , animal ou mixte, ne peuvent fournir des caractères qui soient à la fois généraux , et suffisamment précis, gradués, nuancés. fin un mot, nul de ces principes de classification ne peut porter sur toute la série ou la hiérarchie des animaux (selon l'idée du classificateur), „ s’y distinguer d une extrémité à l’autre, et s’y graduer suffisamment.
Mais le bul premier de la locomotion étattl d’ obtenir ratmient, les mêmes modes de locomotion devront naturellement se rallier autour du même aliment, si par même aliment nous entendons les catégories d aliments, quels qu'ils soient , présentant les mêmes difficultés physiques à l’animal qui doit les obtenir par sa locomotion.
Tout ceci s’éclaircira plus loin par des exemples, s’il restait quelque obscurité sur ces définitions préalables. La classification par la locomotion et par l’aliment physiquement considéré, devra donc conduire à des groupes d’individus ayant tous même aliment, sent-
biablement difficile à atteindre, et mêmes moyens locomolifs pour * l’obtenir. Partant, on voit d'avance que ces groupes pourront être fort naturels.
Ainsi donc, en quelques mots : principes de classificalion, qualités locomotives et qualités physiques de l'aliment.
Les principes jouissent'd’avaniages réels comme éléments de classificalion, comme caractères graves.
Ils sont de plus aussi étendus que possible, puisqu'ils portent sur tous les êtres à classer, sans exception , et qu'ils peuvent aller à la rigueur jusque définir un individu qui aurait un aliment spécial, dans le sens ordinaire du mot aliment.
Les caractères sont, en somme, assez simples à voir, même sans anatomie : ce sont des mouvements à observer, avant tout, et des aliments à découvrir. Il suffira donc d’observer les animaux vivants, mais il les faudra observer, et c’est là précisément que gtt la diffi- 4 culte pour ceux qui vivent resserrés dans les centres d'intelligence; ' il faudrait vivre dans celte heureuse condition, au sein même de la nature. En un mo*, pour classer ainsi les animaux, il faut les voir en action , et observer leur mécanisme en jeu réel : c’est difficile, mais c’est bien encore plus difficile de les deviner par l’anatomie seule. Pour l’aliment on a une ressource, c’est de le trouver reconnaissable dans l’estomac.
Quoi qu’il en soit de ces difficultés, ces principes nouveaux peuvent très-bien être, sur quelques données connues, employés concurremment avec ceux de nos maîtres qu’on suit actuellement, et qui ont fait régie seuls jusqu’ici : ainsi l’exige l’esprit de méthode qui veut que tout concoure pour une classification naturelle. Croyant donc avoir trouvé un élément d’ordre utile, nous l’apportons : chacun dans la série des hommes, comme on l’a dit, apporte sa pierre, et peu à peu l’édifice de la science s’élève.
Ces caractères que nous proposons ici découlent de l’idée-mère que nous avons tous des animaux : êtres arbitrairement ou instinctivement mobiles, cherchant pâture et l’obtenant. La classification * 23
déritée d’eux supporte l’examen des détails , comme nous noos en sommes déjà assuré sur plusieurs groupes; elle concilie même nombre de difficultés actuellement existantes : nous en donnerons bientôt des exemples et nous en exposerons d’autres plus lard. Venons à quelques détails plus précis.
Les animaux sont mobiles : f* arbitrairement ou instinctivement, de mouvements dirigeables, d'ensemble, avec translation continue du centre de gravité de F animal : c’est la locomotion proprement dite, elle est variable par tous scs divers éléments.
2° Les animaux sont encore mobiles, instinctivement, de mouvements angulaires dirigeables, alternatifs, avec repos sur place de leur centre de gravité : soit simplement que l’animal manque de moyens locomoteurs; soit que de pins il adhère snr le sol, ou bien sur on corps quelconque qui peut être mobile cl mu d’autre part, l'anima! adhérent participant alors à un mouvement commun, niais d’origine extérieure et communiqué à lui-mème. Tous ces mouvements angu- * laires on de second ordre sont encore, comme ceux de premier ordre, variables par divers éléments de mode, de vitesse, d’amplitude, etc.
3® Pour suivre cette idée des mouvements extérieurs observables jusqu'ofi elle peut conduire, et u’y plus reveni r an delà du point a* nous en sommes, ajoutons qu’elle peut encore servir de guide ultérieurement, et qu’on peut poursuivre les traces du mouvement extérieur jusque dans les êtres végétaux. En effet, les végétaux euxmémes sont mobiles , non t plus, comme les animaux apodes ou implantés, activement et de mouvements angulaires dirigeables, instinctifs; mais passivement , sans intervention de l’instinct; c’est-àdire que les végétaux sont des êtres mobiles de mouvements angulaires communiqués par Faction variable des vents sur leurs tiges et feuilles, etc. Ainsi, entre ces êtres végétaux, les premiers seraient ceux le plus amplement , le plus richement mobiles, ou les a-bres. Cette coordination des végétaux par les mouvements se rattacherait à leur vie intime et à la science par la théorie de de Eandollesur
la nutrition végétale. Elle se graduerait , se nuancerait insensiblement depuis les arbres les plus élevés, les plus amplement inondés de lumière, les plus symétriques, les plus persistants en état de feuilles qui donnent prise aux vents, les plus élastiques de leurs libres constitutives, etc..., comme sont certains arbres résiueux qui jouissent, et le cèdre, le sapin, entre autres, de toutes ces qualités au maximum ; jusqu’aux plantes herbacées, qui n'en présentent guère plus que des vestiges ; aux mousses, aux lichens, au marchanda de U. de Mirbel, aux champignons, et aux truffes, qui n’en pré- ' sentent plus de trace: dernier terme d’un être, ne jouissant plus que du mouvement intérieur moléculaire dirigé , et môme, pour la truffe, sans influence de la lumière. On atteindrait ainsi, au seul terme commun de nécessité entre les végétaux et les animaux , à la qualité essentielle d’un être quelconque , la translation moléculaire dirigée.
Mais ici, dams les végétaux, se présentent mille difficultés de préciser les qualités de mobilité , et l’aliment propre ne semble plus dépendre que de proportions variables absorbées dans un mélange commun à tous : l’on a, par opposition, d’autres caractères bien plus pratiques. Ce que nous avons voulu montrer surtout, et taire ressortir, c’est la généralité des principes de classification des êtres que nous proposons, lesquels nous guideraient d’abord dans tout le régne animal, à partir du premier animal, et pourraient encore guider dans tout le règne végétal, jusqu'au dernier végétal; tandis qu’on ne pourrait, à l’inverse, remonter des végétaux aux animaux, et remonter entre ces derniers, avec gradation suffisante, en usant des mêmes éléments de classification qui se pratiquent avec succès dans le règne végétal, les organes reproducteurs.
Le mouvement moléculaire intérieur suit probablement de même, dans les deux règnes, des gradations de même ordre, concumitantcs de celles des mouvements extérieurs : depuis la translation circulaire parfaitement continue des animaux supérieurs jusqu'à l’oscillation des humeurs dans les animaux inférieurs; et de même, dans les vé-
gélaux , depuis la translation de la sève dans toute l’étendue des grands arbres jusqu’à son oscillation dans les internœuds des Charagnes , des Conferves.
L’aliment à obtenir par un animal, considéré au point de vue physique, peut varier : 1° par situation ou gisement ; il peut être situé sur terre, dans l’air ou dans l’eau. 2° L’aliment peut encore varier par son état de repos ou de mouvement ; d’immobilité, comme un végétal , ou de mobilUé fugace, comme un animal. L’aliment immobile en place et situé sur terre y peut être simplement à la surface du sol ou à une certaine profondeur, et dans un sol dur ou dans un sol mou, marécageux : il peut se présenter sur un arbre, et là, à des hauteurs variables, jusqu’au bout des branches des arbres les plus élevés. L’aliment immobile situé dans l’eau y est généralement à petite profondeur, il peut être à la surface. Dans l’air, évidemment nul aliment stable : les fruits des arbres pourraient être considérés comme l’aliment immobile dans l'air. Quant à l'aliment mobile, comme une proie fugace, il se peut présenter d’un bout du régne animal jusque presqu’à l’autre bout, depuis la larve jusqu’au cerf; chaque proie avec ses qualités locomotives propres. Ét l’on voit de suite que les rapports de la proie naturelle avec son chasseur naturel vont pouvoir présenter mille nuances; ils pourront même conduire à des cas sirgidiers, à des changements de milieux, par exemple , si la pro'e change elle-même de milieu. On prévoit aussi que ce devra être parfois une grande difficulté que de définir la proie naturelle; mais, à défaut d’observation directement faite pendant la vie, on a une ressource, avons-nous dit, dans l’estomac, pour l’y découvrir, si cette proie s’y trouve encore reconnaissable. 3* Tout aliment, quel qu’il soit de situation et de qualités de mobilité, peut encore varier dans sa constitution physique intime : il peut être dur comme une noix, facile à entamer, à mâcher, comme une pomme, à fragmenter comme un insecte à élylres ; il peut être ténu et admissible tel qu’il s’olfre à l'animal, ou volumineux, etc... On conçoit facilement toutes les variations de cet ordre. 4* Enfin l’aliment peut
être continu ou intermittent, c’est-à-dire, passer par des vicissitudes de latitude et de saisons. De là, d'une part, des migrations lointaines chez les animaux aériens facilement transportables, chez les poissons, pour même cause; et, d’autre part, le sommeil hibernal chez plusieurs tribus d’animaux sédentaires terrestres ou aquatiques.
En résumé, l’aliment, dans l’acception convenue de ce terme, c’est-à-dire Yaliment considéré sous le point de vue des difficultés physiques qui se peuvent présenter à un animal pour l’obtenir, l’aliment, disons-nous, peut varier par quatre ordres divers de qualités variables qui sont : 1° qualités de situation ou gisement; 2° qualités de mobilité; 3* qualités de constitution physique intime ; 4“ qualités de durée continue ou intermittente.
Tous ces éléments variables devront influer sur l’installation mécanique de l’animal, par rapport nécessaire: rapport d« fait, puisque ranimai pratique l’aliment; ou ràpport d’ordre, pareequ’il a été créé pour le pratiquer. Comme que l’on conçoive la chose , chacun selon ses idées propres, ce rapport est certain, c’est un fait d’observation; nous ne mettons pas en question sa cause : le sentiment et le goût naturel de chacun restent libres.
11 faudra donc que l’animal puisse traverser l’air, parcourir le sol, le fouiller, escalader les arbres, aborder les marais, pénétrer dans l’eau , y flotter, y plonger, chasser partout ou vaguer partout en sécurité convenable, réglée, mesurée pour l’ordre qui régne de fait. Pour toutes ces causes, la machine animale, l’animal physique, observable, concordant, devra varier, et se nuancer dans ses qualités observables, soit à l’extérieur, soit môme dans ses organes intérieurs.
De ces quatre ordres de qualités physiques de l’aliment que nous avons considérés, un seul a trait à la dent, celui de la constitution physique intime. Ces quali'és de la constitution physique de l'aliment qui ont trait à la dent laquelle doit l’atténuer, sont assez précises et môme nuancées ; mais le caractère tiré de la dent n’a peut-être pas néanmoins la précision et partant toute la gravité qui
lai est imputée actuellement : ee point sera discuté, précisons donc bien les caractères des dents relativement à l’aliment.
- t* Incisives. L’aliment peut être mou, peu tenace, volumineux et facile à entamer, comme une pomme ; de là des incisives tranchantes, entamantes, comme chez l’homme, chez les siBges. L’aliment peut être mou mais difficile àenlamer, corn me des- chairs' crues: de là des incisives aiguës en pointe , incisives pénétrantes , comme celles du chien , des carnassiers. S'il ne s’agit que de pincer pour rompre ou arracher, comme de l’ herbe ou même des feuilles d’arbres, il sera mieux mécaniquement que sur une mâchoire se trouve un bourrelet comme du euir, pour pincer l’herbe contre ce bourrelet avec des dents planes et bien de niveau sur la mâchoire opposée; c’est le cas de certains herbivores et d'autres animaux. Ces dénis incisives pinçantes peuvent exister aux deux mâchoires, comme chez le cheval. Si l’aliment est contenu dans une noix à perforer, etc., ou aura les incisives de rongeur.
2* Canine. C’est une dent intermédiaire disponible pour la prise, une arme d'attaque, mais qui pourra aussi bien devenir une arme de défense; nous le discuterons, et encore si le» incisives elles-mêmes ne peuvent point devenir dents d’attaque et de défense.
3° Molaires. Les molaires peuvent se présenter cariées- en : f* molaires pour couper des chairs, pour concasser des os; molaires à pointes coupantes des carnassiers , très-solidement enracinées ; 2° moktires simplement pour écraser, pour casser des noix ; molaires à tubercules, bien enracinées, d'homme , de singes ; 3° molaires simplement pour fragmenter des corps peu résistants, comme sont des ély très, des thorax d’insectes; molaires crénelées faiblement enracinées, de musaraignes, de taupe, de chauve-souris, de làcerta, d’iguane; à" enfin molaires pour broyer, dents vraiment molaires , hétérogènes , planes, profbn démenl enchâssées, d’herbivores, de rongeurs, etc ..
Remarquons que les molaires seules, à cause de leur situation profonde, ne sont applicables qu'à l’aliment. Il est rigoureusement possible que les incisives , comme les canines, deviennent des dents
d'attaque, ou même de défense; mais tes molaires, jamais. La molaire est donc la déni qui a les rapports les plus rapprochés avec la constitution physique intime de l’aliment , et la seule qui ne puisse en avoir d’autres.
Les qualités de constitution physique intime de l’aliment peuvent conduire, a a delà des dents, à des rapports divers avec d’autres organes. Ainsi : l’aliment peut s’olfrir peu pénélrable à la salive et en même temps peu volumineux, comme une graine, un insecte; wu bien encore déjà divisé, comme de l'herbe; et susceptible d’ètre avalé presque tel quel, eo masse entière, sans grande atténuation préalable: de là, d’une part, des becs privés dexlcnts mais accompagnés d’un jabot pour l'insalivaiion lente de la graine par imbibition prolongée et préalablement au broiement; et, d’autre part, pour l'herbe, une panse d’insalivalion lente préalable à la trituration. L’atténuation de l’aliment, devenue ainsi plus facile, se fera dans l’estomac chez les oiseaux , dans la bouche chez les ruminants.
Les poissons ne pourront jamais atténuer l’aliment dans leur bouche, qui doit livrer incessamment passage à l’eau de la respiration.: chez ceux qui sont frugivores, comme la carpe, les dents molaires sont reculées jusque dans le pharynx, où l'aliment peut séjourner sans intercepter la respiration et sans être entraîné par son courant.
Chez certains crustacés qui, comme l'écrevisse, n'ont point de cavité buccale, mais un simple orifice où est dépecé l’aliment, les dents molaires sont reculées encore plus loin, dans l’estomac même. On reconnaît toutes ces molaires, déplacées ainsi dans le pharynx ou dans l’estomac, pour être bien de vraies dents, à la structure intime qui est identique, comme nous nous en sommes assuré par des lames préparées très-minces et mises sous le microscope (dans le laboratoire de M. Duvernoy plein de bienveillance pour nous).
Ces préliminaires posés, la première grande division naturelle qui se présente à l'esprit dans cet ordre d’idées, c’est la division des trois milieux dans lesquels les mouvements des animaux peuvent s’observer: sur le sol, dans l’air, dans l’eau. Division bien ancienne
puisqu’elle remonte à la Genèse, à Aristote, à tous les peuples peutêtre : ce qui prouve en sa faveur, et qu'elle est naturelle.
Il y aurait peut-être moyen d’accommoder ces divisions, si naturelles qu’on les subit presque malgré soi, avec la précision scientifique : ce serait de considérer des animaux types , et des animaux variés [mur chaque type; c’est-à-dire, de définir dans l'ensemble des animaux une hiérarchie, puis des troncs, des branches majeures (types), et d'en suivre, pour chacune, les rameaux, les ramuscules, jusqu’aux extrémités qui peuvent rester flottantes ou isolées dans l'espace. C'est ce à quoi nous avons été conduit par les idées-principes ci-dessus émisés, "et nous en citerons bientôt plusieurs exemples. C’est ici un cas analogue à ce qui se passe, mais en continuité parfaite, dans la lumière, dont on ne peut définir que les couleurs élémentaires de la série ou de l'ensemble du spectre.
Quoi qu’il en soit, en ajoutant aux trois groupes de l'air, du sol, de l’eau, un quatrième groupe, un groupe d’animaux intermédiaires, vivant entre deux milieux, sous la surface du sol et jusque dans l’eau, les reptiles, groupe d’animaux pareillement intermédiaires pour leurs qualités animales; on retombe d’abord, entre les animaux supérieurs ou à mouvements précis, sur les quatre classes des vertébrés : oiseaux, mammifères, reptiles, poissons. Les amphibies et cétacés seront discutés plus loin.
On distinguera généralement, et peut-être toujours, un animal de la surface et qui se serait enterré , comme le font plusieurs , d’un animal intermédiaire, en ce que les premiers, ou les mammifères, se creusent eux-mêmes leurs demeures souterraines; tandis que les intermédiaires, ou les reptiles, sc retirent dans les anfractuosités naturelles du sol préexistantes à eux.
De même successivement, en descendant vers les animaux inférieurs ou de moindres qualités locomotives dans les quatre milieux, on parviendrait, par nuances de la locomotion, qui devient de moins en moins précise et rapide, jusqu’aux animaux immobiles en place, et entre eux jusqu’au dernier degré des simples mouve-
ments angulaires. En tout ceci encore on ne s’éloignerait pas beau coup des classes admises actuellement dans la science, puisque les caractères les plus généraux de ces animaux , et qu’ils portent inscriu dans leurs noms actuels de classes, sont tous essentiellement liés à la locomotion : mollusques, articulés, zoophytes. Mais on pourrait préciser davantage, et couper chaque classe pour les divers milieux dans lesquels vivent ces animaux, et encore pour l’aliment physiquement variable.
Quant aux animaux microscopiques : ceux de ces êtres qui, dans leur petit monde , jouissent de mouvements de translation dirigeables avec instinct, remonteraient dans la]classilication des animaux à des hauteurs variables avec leurs qualités locomotives, et de môme des autres. Tous les savants sont actuellement d’accord que cela devient nécessaire par suite des connaissances acquises sur ces animaux dans nos temps modernes.
La mise enjeu de tous ces mécanismes animaux proviendrait initialement du besoin de l’aliment ou de la faim. La faim pousse el Faliment attire, dirige, par les yeux , par les oreilles, par le nez, par les palpes : tout le reste suit ou concorde de fait. L’installation mécanique rapproche de l'aliment pratiqué, depuis l’hirondelle qui suit ses mouches sous le soleil, de distance en distance, jusqu’à l’huitre qui palpe sa pâture dans la bouc ambiante. Tout I animal joue pour obtenir l’aliment. C’est le principe général, et notre compatriote de département , Brillat-Savarin , en avait vu un câs sensuel excessif, quand il diten parlant de manger : « Dieu nous y force par la douleur, et nous en récompense par le plaisir ». Douleur el plaisir, guides des animaux: la faim pousse, mais aveuglément, F aliment attire el dirige chaque animal par attrait spécial, natif, instinctif, donné à lui pour fil directeur de sa loconwtion sur le globe : telle est la loi , et c’est tout l’animal.
Au milieu de tous ces mouvements qui se croisent en tous sens, la sécurité de chaque animal, dans les limites qu’on observe de fait, résulterait des rapports que leurs mécanismes divers ont entre eux
respectivement, et avec l’aliment; c’est-à-dire, des rapports qui existent de fait, d’une part, entre chaque animal et son aliment animal ou végétal; d’autre part, entre chaque animal aliment et son animal chasseur. Car enfin puisque les populations singulières restent sensiblement proportionnelles, sauf les variations dues à l’homme qui intervient, il faut bien une cause qui règle ainsi la population de chaque espèce qu’elle ne change. Et puisque chaque animal court, à chaque instant, le danger de la faim et le danger de la mort violente, il faut bien une cause d’ordre pour maintenir un état d'équilibre qui existe de fait. Ce n’est point la mort par maladie, ou par l’âge, qoi règle ainsi ; l’observation attentive démontre bien généralement que la mort violente est la mort commune pour tous animaux , sauf l’homme : c’est facile à voir partout : et les (bits de cet équilibre constituent le spectacle du monde animé où l’homme seul meurt en paix naturellement : c’est l’exception et la seule.
Ainsi , en résumé de ces idées générales : habitants naturels de l'air, habitants naturels de la surface du sol, habitants naturels des réduits intermédiaires, et habitants naturels des eaux : voilà pour les milieux divers de la locomotion.
Puis coordination , pour chaque milieu, par les qualités de locomotion et par les qualités physiques de l’aliment.
On peut dire que les êtres alimentaires par excellence , uniquement alimentaires, c’est-à-dire les végétaux , sont aussi exactement intermédiaires , ou participent aux trois milieux à la fois, par leurs tiges , par leur nœud ou collet radical et par leurs racines. C'est un aliment qui s’étend partout et pour tous.
(Il) Considérons l’homme sous le point de vue que noos venons de proposer.
L’homme est interposé entre les divers milieux, exactement, entre air et eau* sur le sol, dans ta plaine et sur le bord des eaux, comme un souverain au milieu du règne. Tons ses sujets sont distribués autour de lui dans ces divers milieux, à distance, partout à distance.
Ce «ont bien des sujets, et il y a bien distance physique entre l'homme cl eux, comme il y a distance métaphysique entre un être moral et une brute. La distance physique, mécanique, existe de fait et primitivement en ceci que l'homme seul se meut relevé , par droit natif, en vertu d'une constitution mécanique propre, comme nous l’avons démontré d'autre part, et relevé de toute sa hauteur de taille possible, la colonne vertébrale verticalement dressée, ses quatre membres fonctionnant alors comme pendules synchrones, dont deux locomoteurs, et les deux autres purement harmoniques, libres, toujours libres. C’est donc son altitude naturelle ou de moindre action, de moindre fatigue; et l’homme se meut ainsi autant qu’il le veut, c’est-à-dire, en pratique habituelle, long-temps soutenable. La dtscontinuité mécanique résulte partout autour de lui, nécessairement, de ceci que : se mouvoir debout, comme l'homme , ou se mouvoir prosterné comme tous autres; il n'y a point de moyen terme entre ces deux états : il n’y a plus que des nuances diverses dans un même degr è de subjection , selon les divers modes de s’y mouvoir.
L’hommeseul marchant redressé debout en praliquesoutenable, et seul se reposant debout, seul ila une main; et, comme nous l’avons dit, une vraie main, qu’il porte libre, toujours arbitrairement libre et indéfiniment perfectible, pure quelle reste ainsi de souillures de roule ou de callosités; une main à dépenser pour son intelligence, puisque ses pieds suffisent à sa locomotion. Le singe, au contraire, a besoin pour son estomac de ce qu’on appelle de même chez lui, il en a besoin pour sa locomotion sur les arbres et pour atteindre à leurs fruits.
L’élément anatomique auquel sc rattache initialement cette propriété caracU'r i»ii(,i < d< ommg de tenir sur membres en moindre fmtiguo, seul dans l’attitude redressé debout, est la bande iiio-lrochautéro-libiale, que seul il possède à ce degré de développement, réunie en faisceau, et fibreuse tout du long, du tibia à l'épine iliaque.
De plus, abstraction faite de toutes autres qualités de forme et de tète parfaitement connues, pour ne considérer ici que ce qui est mouvements extérieurs directement observables, rappelons le mouvement
pendulaire des bras,* élément physique d’origine de la faculté noble des beaux arts, ou au moins corrélatif de cette faculté.
Ajoutons qu’à son attitude bipède ainsi redressée, l'homme joint déporter seul des yeux transversalement mobiles d’un grand écart angulaire, pour sa faculté noble de la comparaison judicieuse des distances; qualité marquée au repos par un ample blanc de l’œil, champ de course de. ces mouvements.
Seul encore l’homme a la tète renversable sur l’atlas, mouvement noble de contemplation.
Et même, à l’arrière-bouche, l'homme seul porte au voile du palais une vraie luette, bien suspendue et interposée verticalement sur la voie de l’air, quand sa bouche reste béante et cette voie de l’air libre. C’est là un instrument de sécurité, en rapport avec sa main, et donné à l’homme pour le garder de l’introduction des coqis dans le larynx, quand il se les présenterait trop vivement à la bouche avec sa main, et aspirerait sur eux pour en assurer l'introduction (t).
Homo déambulons sub sole : c’est ainsi que le caractérisent partout les auteurs bibliques, Salomon entre autres. Le propre de l'homme est la promenade contemplative, deambulatio; seul il en est doué avec le caractère redressé pour l 'inspection lointaine et l’œil fendu pour la circonspection; seul il la pratique sans crainte à cause de son bras libre armé de son intelligence; seul il la goûte, seul il comprend le spleil : Dulce est oculis et delectabile videre soient ; les autres animaux ne font qu’y rechercher do la chaleur qu'ils sentent. L’homme se promène en .plaine, mais il peut atteindre partout, habiter partout, grâces à l'intelligence dont il est doué et qui est pour lui non-seulement une source de moralité, mais encore une condition dexistence physique, ce que, par exception pour
(1) On voit souvent des accidents survenir quand on pratique ce moyen en attitude de «te inclinée latéralement ou renversée. Dans l'inclinaison latérale, la luette se trouve déviée , et dans le renversement de la tête, elle se trouve reculée de sa position utile, qu'elle a parfaitement quand on aspire dans la main , comme pour y boire ; pratique naturelle.
l’homme, il ne faut jamais perdre de vue dans son histoire naturelle, comme insiste à le développer un professeur d’hygiène distingué, homme d'un sens exquis.
Toutes ces qualités distinctives, caractéristiques de l'homme, ayant été développées par nous précédemment, laissons-le, lui unique, homoprinceps, dont la prééminence reluit partout sur sa personne, comme elle existe de fait sur la terre; et prenons les animaux qui l’entourent, pour les comparer entre eux, selon nos mêmes idées précédemment émises.
Mais auparavant, remarquons bien, et c'est important, que ni la mamelle chez l’homme, ni la dent ne montrent rien, ni sa main même, si on ne la suppose coexister avec des membres inférieurs suffisant, à eux seuls, pour transporter l’homme sans l'aide de sa main : celle-ci restant ainsi libre pour l’industrie intelligente , et pour la toute-puissance sur les animaux.
( C ) Partout, autour dcl’liommc,enlreles animaux, il y a continuité, fusion, nuances dans les groupes majeurs, et même parfois transition entre ces groupes d’un milieu à un autre.
Ainsi il y a passage des aériens vers les terrestres par l’autruche, le casoar, qui ne quittent plus le sol et qui appartiennent à une tribu aérienne de caractères: ailes courtes et pieds coureurs, aliments graines et insectes : type la caille. La caille habite les herbes hautes ; l’autruche est la caille du désert : des herbes hautes à la plaine nue et au désert, par les buissons, on trouve sommairement à partir de la caille : perdrix, pintade, outarde, autruche, casoar; nul de ces oiseaux ne perche , comme nous nous en sommes assuré pour la pintade, auprès de M. Rochet, qui les a observés par milliers dans les terres nues de l’Abyssinie; et l'autruche, le casoar ne quittent plus la surface du sol. Cette tribu des plaines, à ailes courtes et pieds coureurs, a des communications vers l'intérieur du groupe principal des oiseaux : elle en a du côté de ceux qui fréquentent les arbres, par notre coq domestique, le dindon, les tétras; et
du eêlé des oiseaux aquatiques, par les râles et les poules d’eau. Mais l’autruche, le casoar, sont des rameaux extrêmes, un dernier bout de branche naturelle, si on classe les oiseaux eu hiérarchie arborescente.
Réciproquement, il y a transition des lerreslres vers les aériens par les chauves-souris qui n'ahandonneal plus l'air et qui sont enoore un bout de branche naturelle. La chauve-souris part de la branche majeure des chasseurs lerreslres d'insectes rapides, sauteurs, de scarabés, etc. : type la musaraigne qui chasse sur le sol; grands sauteurs le desinan , le macroscélide : si l’insecte s’enfouit ou terre, la musaraigne l’y suit variée en taupe qui fouille sur sa trace et chasse encore à ses larves : si l'insecte pari le soir pour voler autour des arbres, la musaraigne l’y suit variée en chauve-souris : peut-être même que si l’insecte plonge dans l’eau, comme le dylisque, la musaraigne y plonge après lui variée en rat d'eau muni de dents de rongeur pour l’attaque, ou pour pratiquer ses voies de chasse entre les raciues baignées des arbres du rivage , séjour des insectes aquatiques qu’il poursuit et dont il se nourrit. Il se peut faire aussi que le rat d’eau ronge et mange réellement les raciues féculentes de quelques plantes aquatiques , l'aliment pour lui devenant mixte; comine cela a lieu pour les gallinacés qui, de leur nature, mangeurs de graines, sont néanmoins friands d’insectes.
Quoi qu'il en soit du rat d’eau , tous ces chasseurs d’insectes : musaraigne, taupe, chauve-souris, desman, macroscélide et autres sont il’un même groupe, tous réunis par l’aliment, variés à l’extrême en mode de locomotion , par suite même des variations locomotives de la proie aliment semblablement extrêmes. Tous sont de même appétit et ont les mêmes dents molaires crénelées jiour fragmenter les insectes à enveloppe dure dont ils se nourrissent, initialement de tout, comme nous l’avons dit, la faim |>ousse’et l’aliment attire, dirige , et toute l’orgaiiisatioq s’en suit, ou par coordination première, ou par nécessité do fait observé, de quelque maniéré qu’on le veuille entendre.
Nous reviendrons sur ce groupe des chasseurs terrestres d’insectes rapides : disons ici qu’on peut aller plus loin que nous ne venons de le faire : il y a, par cette même branche des chasseurs d’insectes, transition ou point de contact, des animaux de la classe terrestne aux animaux de la classe intermédiaire, par le lacerta agilis qui est la musaraigne des intermédiaires. Si donc, l’insecte aliment se réfugie dans les anfractuosités naturelles du sol, il y est pourchassé et happé en course par le lacerta agilis dont c'cst la patrie; il y est surpris par la couleuvre qui s’y glisse ou qui l’y attend ; si l’insecte pratique la fange des marais, il y existe la grenouille, la salamandre, et l'on se trouve ainsi en pleine classe à sang-froid des intermédiaires (si l’on veut les conserver en classe propre; mais peut-être ne sont-ils tous ensemble qu’une transition des aquatiques vers les terrestres, pour les raisons que nous allons dire ci-après).
Il y a transition directement des vrais terrestres vers les aquatiques par les rats d’eau chasseurs d’insectes, par les loutres chasseurs de proie charnue, par les castors animaux de paix. Tous ces animaux sont des bouts de branches naturelles; et la transition ne va pas plus loin sur le bord des eaux à niveau non périodique; tous ces animaux reviennent sur le sol pour s’y reposer, et n’ont perdu aucun de leurs caractères terrestres.
Mais, sur le bord des eaux à niveau périodiquement variable par constitution physique du globe, comme sont les mers à marée, la transition pourra aller bien plus loin, vu l'abondance de l’aliment emprisonné dans les flaques d’eau périodiques et la constance de cet état périodique. Il se fait là transition par les amphibies et les cétacés qui perdent de plus en plus leurs membres, et qui, de même, ne reviennent sar terre que de moins en moins, jusqu'aux derniers qui n’ont plus de membres, qui ne rentrent plus, et nagent comme des poissons, dont ils ont toute la forme et toute la stupidité marquée anatomiquement par la tête continue au tronc, sans cou mobile. Il ne leur fallait, du reste, pas plus d'instinct pour se procurer
la pâture dans la mer qui est si féconde qpè les poètes en ont fait sortir Vénus.
Mais la baleine, c’est bien là un terrestre embarqué : la transition garde pour traces d’origine terrestre, outre les mamelles, outre le sang chaud, les caractères physiques suivants : 1° la queue horizontale qui conserve les mouvements dans un plan vertical d’ascension et de descente, comme chez les terrestres, et pour venir à la surface respirer, comme eux , l’air libre. 2° Le caractère terrestre se prolonge encore par le pannicule graisseux, huileux, exclusif à ces aquatiques, et qui isole le centre chaud de l'animal du milieu ambiant, réfrigérant au maximum entre les milieux divers. Ce caractère d’isolement du centre chaud est une condition d’existence et analogue ici au poil qui isole les autres terrestres, et aüx plumes qui isolent les aériens, dans leurs conditions respectives de refroidissement.
La baleine n’aborde plus, comme la chauve-souris ne marche plus, comme l’autruche ne vole plus : tous ces animaux sont des bouts extrêmes de branches naturelles; il s’en présentera d'autres plus loin en suivant ces idées.
Nous venons de parler des mouvements locomoteurs des amphibies et cétacés qui se passent dans un plan vertical d'ascension et de descente, par suite des mouvements angulaires de leur queue qui ont lieu dans un plan vertical; et nous avons dit que c’était là un caractère d’origine terrestre. Remarquons, en effet, que si l'on mène par l’axe vertébral horizontal chez tous les animaux, sauf l'homme, trois plans coordonnés rectangulaires pour définir des mouvements quelconques relativement à cet axe, nous aurons tous les mouvements angulaires des ailes des oiseaux généralement situés dans le plan vertical qui coupe (axe vertébral; ions les mouvements angulaires locomoteurs des terrestres situés dans le plan vertical qui contient l’axe; et tous les mouvements locomoteurs des poissons ou des reptiles situés dans le plan horizontal qui contient pareillement l’axe vertébral. Les deux premiers ordres de mouvements locomoteurs peuvent donner des effets résultants de sustentation du corps:
le troisième ordre suppose celte sustentation fournie par le milieu même où les mouvements sc passent, ou bien le tronc rampera, frottera sur le sol.
Mettons maintenant, en regard des amphibies et cétacés, les reptiles ensemble : c’est à dire , d’une part, les animaux terrestres embarqués ; et, d'autre part , les reptiles : ces derniers ou les animaux intermédiaires ne seraient-ils point des aquatiques montés sur terre ? Les serpents, qui tous nagent fort bien, 'et dont quelques-uns ne s'éloignent point de l’eau, au fond de laquelle on en voit même explorer sous les pierres de petites proies, ens’y insinuant, pour les y surprendre; les serpents, disons-nous, seraient-ils par les lam-i proies et les anguilles une transition de sens inverse des aquatiques aux terrestres? et généralement même tous les intermédiaires, tous les reptiles, ne seraient-ils pas un prolongement plus ou moins terrestre des aquatiques purs dont ils ont conservé pour caractères, outre ceux connus, lo sang froid, etc... ceux-ci physiques : 1° les mouvements latéraux ; 2° la peau squameuse, peu perspirable, peu isolante de la chaleur ; 3“ l'œuf à enveloppe molle jusqu'au lacerta et à la tortue, l’enveloppe opaque qui conduit è la coque de l’œuf dôre et opaque apparaissant déjà depuis les batraciens. Comme les amphibies et cétacés ont conservé les mamelles , le sang chaud et l'enveloppe isolante, et enfin les mouvements verticaux, bien que certains d’entre cnx ne reviennent plus sur terre; de même certains reptiles no reviendraient plus vers l’èau. I.cs reptiles recherchent le soleil pour s’y réchauffer, et y séjournent immobiles; de même certains poissons, les brèmes entre autres, représentent parfois, réunies immobiles par milliers, comme des Iles à fleur d’eau, pendant les chaleurs de la canicule (1). A l’extrémité des intermédiaires
(i) Quand on peut parvenir à cnceindre un de ces Ilots d'un Blet , il se trouve plein, et le danger c'est qu’il ne soit trop plein. Chaque année, dans notre pays de l'Ain , il se donne un ou deux dcccs coups de filet merveilleux dans le petit tac deSilan.où la brème abonde.
considérés ainsi se trouveraient la tortue et lç lacerta agilis à cou mobile, et rusés comme les terrestres, faisant pendant avec la baleine à cou immobile et stupide comme les aquatiques; un maximum et un minimum de taille.
Ces deux grandes branches croisées de terrestres embarqués et A' aquatiques échoués ou ayant pris pied, se croiseraient de toute leur longueur (1).
Revenons au détail des animaux variés à l’extrême, bouts de branches, écarts au maximum des types : à partir des aériens, nous pouvons trouver, en suivant ceux flotteurs, chasseurs ou plongeurs rapides, à l’extrémité de la branche, le manchot. Le manchot, comme l’autruche, le casoar, ne vole plus; mais, au lieu de ne conserver plus, comme eux, que la marche rapide, c’cst la natation rapide que le manchot conserve , et il plonge au milieu des vrais aquatiques qu’il ne quitte plus. C’est donc un autre bout de branche à l’extrémité d’une autre branche de transition mécanique entre les aériens et les aquatiques.
Le manchot vient, en origine première, des aériens chasseurs de proie fugace ; en tête les chasseurs rapides à locomotion puissante : les grands martinets et les frégates, les plus rapides animaux du globe, qui se repaissent au vol, qui ont des nids et des sites de sommeil , mais qui n’ont point de patrie circonscrite. Les frégates se voient à plusieurs centaines de lieues de toutes terres, et les martinets de la grande espèce, ceux à poitrine blanche, ne s’aperçoivent guère qu’en l’air, comme des arcs qui parcourent le ciel bleu et les
(1) I.'orniihorynque serait-il une transition encore plus avancée? Est-ce un prolongement extrême des aquatique * échoué* , ou des terrestre t embarqué* ? Estce une tortue extrême? Est-ce une loutre-fourmilier, une loutre-insectivore ? Il est bien difficile de se (aire une idée juste d'un animal si localisé , qu'on n'a point observé en pratique naturelle de mouvements et d’aliment. On peut présumer que c'est un bout de branche : mais de quelle branche vient-il? Que dirions-nous d’une cbauvesouris, si on nous en présentait une venue de pays lointains et qu'il n'y en eût point d'autres dans nos pays? De même pour l’échidné.
nuages, où l’on entend sur le soir leur sifflement vibrant, à sons roulés.
(D) Nous allons commencer, par ce groupe d’oiseaux de grandes qualités locomotives, l’essai de quelques groupes ordonnés selon les principes émis précédemment, pour nous assurer s’ils sont naturels.
Tous ces chasseurs aériens rapides de proie alerte et fugace:
Martinet , hirondelle, engoulevent pour les insectes ailés diurnes ou nocturnes :
Accipitrcs diurnes et nocturnes pour des proies aériennes peu rapides, ou pour des proies terrestres :
Frégate, albatros, goéland, hirondeliedemer pour les proies aquatiques fugaces :
N’usent plus de leurs pieds que pour se poser par instants sur terre ou pour flotter sur l’eau, sans jamais marcher, sans jamais nager, en pratique de quête de l’aliment.
Les derniers happent au vol le poisson à fleur d’eau : à leur suite, le cormoran fait la transition, et volant encore bien, nage, plonge déjà rapidement :
Puis les grèbes perdent de la puissance d’ailes, mais gagnent du pied nageur :
Puis les plongeons suivent les grèbes variés comme eux mais davantage :
Puis enfin vient le manchot qui plonge à perfection, mais qui ne vole plus :
Tous ces oiseaux chasseurs aquatiques prolongent ainsi la série des chasseurs rapides, au fond de l’eau, à la suite de la proie, qu’ils avalent à flot comme les plus rapides aériens l’avalent en l’air.
Tous ces chasseurs , généralement , ont la même physionomie : tous, sans exception, portent, avec un bec de prise convenable pour chaque proie, l'œil de chasse , Vœil convergent, pour iixer et suivre la proie : qualité de l'œil qu’on ne retrouve à un certain degré, chez des oiseaux, que dans une tribu contiguë, celle des chasseurs aériens
de surprise : type le héron: à aile forte pour les transports lointains, mais sédentaires sur membres pour attendre la proie, ou ambulants pour la quêter : ces rapaces de surprise saisissent la proie à pied et jamais au vol : inversement des chasseurs rapides, qui saisissent en vitesse l’aliment mobile, et jamais au repos.
En deux mots, tous les oiseaux de celte tribu des chasseurs rapides ont un appétit de proie et jouissent des plus puissants appareils locomoteurs dans l’air ou l’eau : ils portent l'œil convergent pour y suivre partout la proie : les plus qualiüés d’entre eux se repaissent au vol, en vilessc conservée : nul ne se sert de ses membres pour 'marcher en pratique de quête, cl ce sont les seuls oiseaux.de celte dernière qualité (1).
(E) Venons aux terrestres proprement dits. Nous avons donné, dans un précédent mémoire, un exemple de chasse eutre chien et lièvre.
Le chien appartient à la, puissante tribu des chasseurs terrestres de grande proie , de proie charnue , tribu des carnassiers. Elle so compose de deux branches partielles contiguës.
La. première est la branche des carnassiers coureurs, chasseurs coureurs, chasseurs de longue haleine, dont le chien peut être pris pour type : le loup, le chacal , le renard en ressortent. Le renard est un chien varié pour suivre sous terre l’aliment fugace, le lièvre varié lui-même et enfoui, c'est-à-dire, le lapiij, que suit encore naturellement le furet.
(1) Il n'y aurait d'exception que pour le martin-pêcheur qui uc marche jamais : nul martin-pêcheur n’a peut-être fait un seul pas dans sa vie : il y a raison pour cela : le martin-pêcheur est mi cas singulier, c'est un petit bout de branche, un clrasseur guetteur, un héron perché sur uns branche avancée du rivageati lieu d'être monté sur set propres jambes, i lui martin-pêcheur, trop petit pour en aroir.de telles qu'en réclame ce procédé de chasse , outre la difficulté d'un cou assez long , dont il se tire en piquant , du corps entier sur la proie , comme une flèche. OEit de héron , stabilité de héron , appétit de héron , bec de héron, estomac de héron , chair de héron , e’est bien lé véritablement un héron varié , un petit héron , m petit rapace de surprise.
La seconde branche des carnassiers est c«Ue des carnassiers de surprise, carnassiers bondissants, mais qui ne peuvent fournir une longue course, chasseurs; guetteurs.
La proie naturelle de tous ces chasseurs, abondante pour tons , c’est lo groupe naturel cerfs , mais étendu plus loin,, au genre lièvre, comme s'étendent elles-mêmes les qualités locomotives do grande vitesse, de membres susceptibles d’etrè croisés, et de piste brisée. Ainsi on pourrait prendre pour type ta gazelle rapide et preste par excellence, pour échapper au lion ; puis la tribu deces pacifiques s’étendrait jusques au lièvre qui ne diffère que par sa dent de rongeur. Or cette incisive de rongeur n’est pas accompagnée de variation dans les molaires qui sont seules, comme il a été dit, en rapport exclusivement avec l'aliment, et semblables de part et d’autre. II y a d’ailleurs raison pour que la dent incisive ait varié dans le lièvre : c’est que, au-dessous d’une certaine taille, pour s'obtenir l’ herbe, il faut qu’un animal la ronge ; il ne peut plus la tondre par arrache* ment, la rompre, comme le pratiquent les grands herbivores, faute de force et d’étendue , dans les mouvements du cou , suffisant pour l’arrachement. Observons brouter les chèvres, les moutons : ils arrachent la feuille, l'herbe; mais il leur faut opérer, pour cet effet,' un mouvement du bout des mâchoires anguiairement , comme pour relever la tète , et ce mouvement produit par eux est plus étendu que n’en pourrait fournir un lièvre ou tout autre < animal encore plus petit.
Toutes ces proies des chasseurs terrestres carnassiers' ont des caractères communs, bien que la dent diffère. Ainsi, tous restent tapis eu place, le jour durant, et, la nuit, ils vaguent pour leur nourriture , alors que le moindre bruit parvient facilement à leur oreille si fine.
Tous ont l'œil de fugaces , divergent, à l’extrême.
Tous bondissent et marquent leurs empreintes sur le sol, celles des membres postérieurs en dehors, de part et d’autre, et en avant de celles des membres antérieurs.
Tous , par suite, peuvent briser leur piste pour éviter leurs chasseurs.
Tous sont rapides initialement, mais de courte haleine, et doivent enûn naturellement être forcés par le chasseur coureur : s’ils ne sont saisis en place, et par surprise, sous la griffe terrible du chasseur guetteur, du chat.
Passons à une autre tribu , sur laquelle nous avons dit devoir revenir, celle des chasseurs d’insecles. Ce sont de petits chasseurs de petite proie, à carapace croquante et qu'ils fragmcntentavec des dents molaires spéciales , crénelées , qu’ils possèdent tous. Reprenons et complétons ce que nous avons dit précédemment sur ce petit groupe naturel , auquel appartiennent encore peut - être les gerboises , pour des raisons qui seront dites dans une question plus générale. Le type est la musaraigne, avons-nous dit : la musaraigne poursuit l’insecte partout sur le sol et sautille après lui vive et rapide : l’œil convergent.
Si l’insecte saute très-loin , le desman, le macroscélide , la gerboise sautent très-loin , selon les insectes sauteurs qu’ils doivent naturellement chasser.
Si l’insecte pénètre en terre, et s’y creuse des pertuis, pour chercher pâture, cacher ses œufs, ou chasser lui-même d’autres insectes; le chasseur terrestre le suit varié en taupe qui fouille après lui et dévore encore ses larves.
Si î insecte aliment part le soir pour voltiger autour des arbres dont il doit ronger la feuille, comme le hanneton, etc., le chasseur terrestre s’envole après lui varié en chauve-souris.
Si l’insecte aliment plonge dans l’eau, comme fait l’hydrophile, Je chasseur terrestre l’y suit varié en rat d’eau. Si le rat d’eau a pris des dents de rongeur, ce peut être pour suivre sa proie aliment à travers les racines des plantes riveraines où elle se retire d’ordinaire; et par la même raison que la chauve-souris a sa peau variée pour voler après l'aliment, que la taupe a ses membres antérieurs variés pour fouiller après l’aliment; peut-être aussi le rat d’eau mange-t-il
les racines féculentes des plantes aquatiques, bien qu’il soit, en nature, insectivore; de même que, à l’inverse, le gallinacé, que nous reconnaissons tous pour granivore, est néanmoins friand d’insectes, de vers surtout , comme chacun sait. Nous renvoyons encore plus loin, à l’occasion d’un cas spécial plus grave, de pousser plus avant cette discussion générale que, sauf les molaires, les dents peuvent varier sans que t aliment change pour cela nécessairement.
Tous ces chasseurs terrestres , qu’ils restent tels avec de légères variations, ou qu’à l’extrême ils se trouvent enfouis , .envolés , embarqués , tous sont de tnéme appétit et ralliés en tribu naturelle par l'aliment naturel insecte physiquement considéré.
L’insecte chassé est parfois dur, croquant, à carapace, comme un coléoptère; tous ont, pour le briser, le fragmenter, des dents spéciales, crénelées, engrenées, comme simplement posées sur l’os maxillaire, ou peu adhérentes par racines. Tous ces animaux chasseurs s’irradient du sol comme l’insecte aliment , des mêmes lieux, sur les mêmes traces, aux mêmes heures diurnes ou nocturnes et aux mêmes époques annuelles. Car tous hibernent alors que l’insecte manque dans leur pays : tous ont la même robe fourrée, à poils serrés en houppes, très-fins, pour les isoler,- l'hiver durant, des causes réfrigérantes. Tous ont des organes subtils : œil convergent, oreille fine, moyens locomoteurs prestes, pour chacun selon son milieu propre, et d’une manière appropriée à ses besoins spéciaux. La taupe elle-même est rapide sous terre, et il est difficile de la surprendre aux soupiraux de ses galeries, sous la poussée de terre qu’on a vue soulevée à l’instant même. On trouverait à faire une remarque de chasse entre la chauve-souris et l’insecte chassé : c’est que la piste de la chauve-souris, des petites espèces, est brisée, renversée, variable, en un mot, comme celle des phalènes qu’elle chasse probablement ; tandis que la piste des grandes chauves-souris est presque rectiligne comme celle des gros scarabées quand ils filent au vol, et quelles sont probablement encore destinées à chasser en pratique habituelle. Les petites chauves-souris sortent même les premières au printemps.
si nos souvenirs son» précis, et sortent en plein jour pour chercher les premiers petits insectes ailés apparus et qui ne vaguent pas encore de naît , sans doute à cause du froid trop intense durant ces premières nuits printanières. Si, du reste, les insectes s’accumulent autour des arbres, pour les dévorer; comme alors ils s’y maintiennent presque immobiles, toutes les chauves-souris auront beau jeu.
Comparons enfin, pour justifier nos vues, ces deux, termes extrêmes variés en sens opposés, taupe et ckauve -souris, en regard du type musaraigne auquel nous demandons qu’on les rattache par l'aliment insecte considéré du point de vue physique.
La taupe est claviculéc pour fouir la terre meuble. Elle a des membres antérieurs d’un développement extrême, parfaits pour ce
but.
De même la chauve-souris est elaviculée pour voler, et de même elle a des membres antérieurs d'un développement extrême, parfaits aussi pour ce but propre.
Cri de musaraigne , cri de chauve-souris, cri de taupe, cri de nrtd'cau , cris identiques, si nos souvenirs ne nous trompent: pour ce qui est de la chauve-souris et de la musaraigne, ils sont trèspréeis, nous garantissons l’identité de leurs cris, et c’est facile à vérifier.
Les taupes, dans leurs galeries souterraines, ne peuvent copuler par superposition, comme les musaraignes sur le sol, et comme c’est la régie entre tous animaux, l’homme excepté,
Nous disons que c’est là une règle générale. Mais il faut entendre ici par le inol superposition, simplement que les animaux en copulation, supposés couchés latéralement ensemble sur un plan, auraient chacun le même côté, droit ou gauche, en contact avec ce plan idéal: los deux animaux pouvant toutefois présenter un écart angulaire quelconque, jusque* à ISO”, comme il en est pour les hannetons. La chose étant ainsi entendue, nous disons que la règle ci-dessus est générale. Nous n’en avons jamais trouvé d’exception , et les auteurs, dans le peu qu’ils disent là-dessus, n’en citent aucune, que