‹ Études de psychologie expérimentaleChapitre 11 sur 29 · tome ; ces membranes servent à déterminer dans .g · texte numérisé non relu

tome ; ces membranes servent à déterminer dans .g

l’eau des tourbillons destinés à amener dans la bouchedesparticulesalimentairesflottantes.ee sontlà '1

des modifications du cil vibratile ; cesmembranes sont \| formées, comme les cirres, par des cils agglutinés, J Le flagellum. — L’étude du troisième organe J

locomoteur, du flagellum, nous amène à parler de |

la classe des Mastigophores et plus particulièrement du groupe des Flagellés. Ce sont des Proto- ^ zoaires de très petite taille, beaucoup plus petits dans leur ensemble que les Infusoires ciliés. Ils |

ne présentent point de cils vibratiles, mais ils sont . toujours munis d’un ou de plusieurs appendices | filamenteux qui ont la forme d’un long fouet; c’est : |

le flagellum. Ce fouét a, comme tous les organes |

locomoteurs étudiés jusqu’ici, deux fonctions ; c’est j à la fois un organe de locomotion et un organe de préhension. Le flagellum est le plus souvent simple ou double (voir ci-après la fig. 4 représentantI’E mglena deses avec son flagellum unique); on en compte quelquefois un plus grand nombre, quatre, six, huit, dix et davantage. Sous le rapport de l’insertion, on rencontre les mêmes variations. Quelquefois les flagellums sont très nombreux et paraissent s'implanter sur le même point de la sur

facedu corps, en formaat un pinceau ou uupanache. Chez d’autres espèces, on trouve plusieurs flagelluuis dirigés eu avant, naissant à l’extrétuité antérieure du corps, et des filaments postérieurs ou

Fig. 4. — Euglena deses.

r. c. — Réservoir contractile. — o. = C®il. — p = Plaque de paramylone. ch. = Chroraatophores. — n. = Noyau.

caudaux, qui sont renversés en arrière. C’est ce qui existe dans le genre Trichomonas; les flagellums antérieurs servent à la locomotion de Ranimai, peut-être aussi à la préhension des aliments; au contraire, les fiagellums postérieurs sont unique-

ment des organes de locomotion ; ils ressemblent à une queue traînante et remplissent les fonctions d’un gouvernail.

On peut signaler en passant la grande ressemblance morphologique des Flagellés avec les spermatozoïdes des animaux, les anthérozoïdes et les zoospores des végétaux. Les organes de propulsion de ces êtres sont les mêmes.

Le Protozoaire exécute avec son flagellum des mouvements très variés, s’effectuant tantôt dans une direction, tantôt dans une autre, et dans des plans divers; parfois l’animal le recourbe entièrement; mais le plus souvent, lorsqu’il s en sert comme organe de préhension, il l’étend devant lui tout de son long; la partie basilaire demeure complètement immobile et rigide, tandis que l’extrémité libre exécute seule des mouvements destinés à rabattre les aliments jusqu’à la bouche qui est en général située à la base du flagellum. Ehrenberg donnait au flagellum le nom de trompe; sa singulière mobilité le rend digne de ce nom. Le flagellum est, comme le cil vibratile, une expansion du protoplasma, à travers la membrane d’enveloppe. M. Certes a observé un Protozoaire dont le flagellum rentrait par moments dans la masse du corps avec laquelle il se confondait ; il était remplacé par un pseudopode qui bientôt s’effilait et prenait la forme d’un flagellum,

Bütschli a fait récemment sur cet organe moteur une observation intéressante. Dans certaines cir-

la vie psychique des MÎCRO-ORGAÎîISMES i07 constances, les Péridiaieas (Dino-üagellés) rejettent leur long flagellum et entrent à l’état de repos ; ils le régénèrent tout aussi facilement. Chez le Glenodinium cinctum, Bütschli a vu le llagellum s’enrouler d’abord en tire-bouchon, puis se détacher brusquement de l’animal ; devenu libre, il s agite pendant plusieurs minutes dans le liquide avant de

s’immobiliser’. Cette observation permet de répondre

aux naturalistes qui prétendent que le cil vibratile est une dépendance de la cuticule, en se fondant sur ce fait que lorsqu’on isole de la cellule les cils avec le plateau de la cuticule où ils se sont insérés, les cils continuent à se mouvoir; on vient de voir que le flagellum se meut alors même qu’il est séparé de la cuticule; cette persistance des mouvements s’explique d’ailleurs suffisamment par la nature protoplasmique des cils et du flagellum.

A un autre point de vue, l’observation de Bütschli nous donne un curieux exemple de ces phénomènes ^autotomie qui ont été étudiés dernièrement par Frédéricq.

Les pseudopodes, les cils vibratiles et le flagellum constituent les trois organes moteurs les plus répandus dans le règne des Protistes. On a en outre décrit chez les Infusoires des différenciations particulières du protoplasma, que l’on a pu comparer aux fibres musculaires des animaux supérieurs. Les Vorticelles sont portées sur des pédon-

* Morphologisches Jahrbuch, t. X, 1885, p. 534.

cules contractiles. Ce sont des filaments susceptibles de s’enrouler en tire-bouchon quand 1 animal est inquiété. Certains Infusoires peuvent modifier la forme de leur corps par une contraction brusque, on les a appelés métaboliques; tels sont les Stentors, les Prorodons, les Spirostomes. On a appelé, par opposition, amétaboliques, ceux qui ne changent pas leur forme, par exemple les Paramécies. D après desobservations de Lieberkühn, quiremontent à 1857, les Infusoires métaboliques ont le corps divisé en bandes larges, granuleuses, séparées par des filaments brillants. On s’est demandé quel est l’élément contractile : est-ce la bande, est-ce le filament? Oscar Schmidt, Kœlliker, Stein, Rouget croient que c’est la bande qui se contracte. Cette opinion s’appuie sur le fait suivant que M. Rouget a vu le premier : au moment où l’animal se contracte, la bande présente des stries transversales ; cette apparence tient à ce que les bandes contiennent à l’état de repos de petites granulations qui, pendant la contraction de l’animal, se disposent en séries transversales, de façon à rappeler les sarcous

éléments de Bowman.

Lieberkühn, Greef, Engelmann attribuent le rôle actif au filament brillant. Engelmann' a fondé son opinion sur ce fait qu’il a reconnu au filament la propriété de la double réfraction, qui, suivant lui, appartient à toutes les substances contractiles.

* Arch. de Pflüger, 1876.

tandis que la substance qui sépare les filaments ne présente que la réfraction simple.

Quoi qu’il en soit, il y a un de ces éléments qui a la propriété de se contracter, et qui mérite le nom de myophane, que Hæckel lui a donné. Il est très remarquable que les stries fibrillaires sont, chez les Stentors et les Spirostomes, en connexion intime avec l’extrémité basilaire des cils vibratiles. Chez les Vorticelles, on voit nettement les fibrilles converger vers l’axe du style, dont elles constituent l’élément contractile.

Nous ne quitterons pas l’étude des organes moteurs sans dire un mot des mouvements rythmiques que l’on voit se produire dans la vésicule contractile des Micro-organismes tant végétaux qu’animaux. Cette vésicule est une petite cavité qui est creusée dans le protoplasma, et qui alternativement augmente et diminue de capacité. On n’est point d’accord sur sa fonction; Bütschli et Stein la considèrent comme un appareil sécrétoire. Ses pulsations sont très régulières. Leur nombre est constant pour chaque espèce. Chez le Chïlodon cucullulus 'A se produit une pulsation chaque deux secondes; chez le Cryptochilum nigricans, toutes les trois secondes; chez les Vorticelles, toutes les huit secondes; chez les Euplotes, toutes les vingt-huit secondes ; chez VAcineria incurvata, toutes les six minutes. Rossbach dont nous avons cité déjà les expériences curieuses sur les cils vibratiles et les cirres, a fait des expériences analogues sur les vésicules

PSYCHOLOGIE EXPÉRIilEXTALE. 7

contractiles. Il a vu notamment que, sous l’action des alcaloïdes, la vésicule contractile s’arrête en diastole et se dilate énormément; mais l’agent toxique n’agit pas de suite sur les mouvements de la vésicule; il commence par paralyser les gros cils qui sont sous l’influence delà volonté. Les mouvements de la vésicule, comme ceux des petits cils, persistent beaucoup plus longtemps. M. E. Maupas a vu des Paramécies, tuées par une décharge de trichocystes, devenir complètement immobiles, avec leurs cils vibratiles inertes et rigides ; la vésicule contractile continuait à puiser avec la même activité ; cette activité se prolongea pendant une heure.

Nous venons d’examiner sommairement la morphologie des organes moteurs chez les Micro-organismes.

Il est assez difficile de déterminer le processus physiologique des mouvements produits par ces organes. Les mouvements les plus simples et les plus faciles à comprendre sont ceux par lesquels une cellule vivement et brusquement irritée rétracte ses prolongements et prend la forme sphérique ; ce changement de forme peut être expliqué par

une condensationactive du protoplasma, qui devient

le siège du même phénomène que le muscle qui se contracte. Les modifications brusques que l’on voit se produire dans la forme des Infusoires dits métaboliques s’expliquent aussi par un phénomène analogue, d’autant plus évident que les Infusoires qui

LA VIE PSYCHIQUE DES MICRO-ORGAAHSMES 111 possèdent cette propriété, présentent dans la couche corticale de leur protoplasma (ectosarc) des bandes granuleuses qu’on a comparées avec plus ou moins de raison aux muscles des animaux plus éleves. Les déplacements du corps déterminés par les pseudopodes, par les cils vibratiles 'et par le flagellum, sont plus difficiles à interpréter; il est cependant probable que le mouvement provient des contractions du protoplasma, qui se produisent soit dans

l’ectosarc, soit dans l’organe moteur lui-même ; ce

dernier est automobile, comme cela se voit, par exemple, lorsqu’un flagellum séparé du reste du corps continue à se mouvoir dans le liquide.

On sait combien de discussions se sont élevees sur la manière dont se contracte le pédicule sur lequel les Yorticelles sont montées. Plus obscur est le mouvement oscillatoire des Bactéries. Les petits êtres sont très mobiles quand ils se trouvent dans un liquide ; ils présentent souvent un mouvement d’oscillation qui les porte tantôt en avant, tantôt en arrière. On a voulu expliquer ces mouvements parla présence d’organes de locomotion, de filaments très déliés, placés à une des extrémités des Bactéries en bâtonnet; mais l’existence de ces organes n’a pas été mise hors de doute. Plus obscur encore est le mouvement qu’on observe chez certaines Grégarines. Ces animaux présentant une taille souvent considérable, il semble qu’on devrait plus facilement saisir le principe de leurs mouvements que chez des êtres aussi petits que les Bacte-

ries ; cependant il n’en est rien. Les Polycystidés ont un mouvement très singulier de translation totale, rectiligne, uniforme; l'animal paraît glisser tout d’une pièce sur le porte-objet ; il peut aller à droite, à gauche, suspendre son mouvement, le reprendre; il est libre de son allure. Or, pendant ce mouvement, on ne voit rien se passer soit à l’extérieur, soit à l’intérieur du corps. On observe un fait analogue chez les Diatomées. On a voulu expliquer cette mystérieuse translation des Grégarines par une ondulation imperceptible du sarcode ; mais s’il se produisait des ondulations quelconques, on devrait observer un mouvement corrélatif dans les granulations intérie.ures ; or, c’est ce qu’on ne voitjamaisL

Il existe donc encore beaucoup d’obscurité sur le principe du mouvement chez les Proto-organismes. Les théories qu’on s’est faites sur la contraction musculaire, en observant les animaux supérieurs, ne sont point toujours suffisantes pour expliquer la motilité de certains Protozoaires et Protophytes.

Système nerveux. — On n’a pas trouvé jusqu’ici dans un seul Proto-organisme le moindre rudiment d nn système nerveux central. La fonction nerveuse, chez ces êtres inférieurs, reste dévolue au protoplosma^, qui est irritable, qui sent et qui se

* Balbiani, Leçons sur les Sporozoaires, 1884.

2 Nous entendons ici par protoplasina le corps cellulaire tout entier; nous chercherons plus tard à établir une distinction de fonctions entre le protoplasina proprement dit et le noyau.

LA VIE PSYCHIQUE DES 5IICB0-0RGAXISMES 113

meut, et qui même, chez certaines espèces, comme nous le verrons plus tard, est capable d’accomplir certains actes psychiques dont la complexité paraît hors de proportion avec la petite quantité de matière pondérable servant de substratum à ces phénomènes. Il n’y a pas d’ailleurs lieu de s’étonner qu’une masse indifférenciée de protoplasma puisse exercer les fonctions d'un système nerveux véritable; tout élément nerveux n’est en somme qu’un produit de différenciation du protoplasma ; ce dernier résume en lui toutes les fonctions qui, par suite d’une division du travail ultérieure, chez les êtres pluricellulaires, ont été réparties entre des éléments distincts.

On a donc dit avec raison que, s’il n’existe point de système nerveux anatomiquement différencié chez les organismes inférieurs, il faut admettre cependant que leur protoplasma contient un système nerveux diffus. Parmi toutes les observations qui appuient cette idée, il faut en citer une sur laquelle M. Gruber, professeur à Fribourg en Brisgau, a récemment appelé l’attention. Cette observation a été faite sur un gros Infusoire cilié, le Stentor, dont il sera si souvent question par la suite qu’il est utile d’en donner par avance la diagnose sommaire.

Le Stentor a un corps allongé, élargi en avant en entonnoir, et pouvant se fixer par son extrémité postérieure. Le bord de son péristome est recouvert d’une zone de cils vibratiles disposés suivant

une ligne spirale. La bouche occupe le point le plus enfoncé du péristome.

Le corps de l’animal est strié par des bandes longitudinales ; au niveau du péristome, ces bandes affectent une direction différente ; elles deviennent

transversales et spirales. Dans l’intérieur du protoplasma on remarque une vacuole contractile et un noyau en chapelet, formé d’un grand nombre de grains. Cet infusoire se multiplie, comme tous les Ciliés, par fissiparité; on voit se produire au mil ieu de son corps un étranglement ; le segment qui se trouve

LA VIE PSYCHIQUE DES JIICRO-OKGANISMES

au-dessous de rétrauglement régénère un péristome semblable à celui du segment supérieur; puis il se forme une seconde vacuole contractile, et bientôt les deux segments représentent deux animaux complets, qui possèdent tous leurs organes. Cependant, les deux Stentors continuent à se trouver réunis pendant un certain temps par un pont de substance, situé au niveau du point où s’est fait l’étranglemeiit; ce pont de substance s’amincit peu à peu, et devient aussi ténu qu’un fil. (Fig. 5.) Or, Gruber a observé que les deux Stentors réunis par ce pont de protoplasma montrent une parfaite harmonie dans leurs mouvements; ils se dirigent toujours en même temps dans le même sens; et cette harmonie est nécessaire, car la moindre contrariété dans leurs mouvements suffirait pour briser le faible lien qui les réunit. Déplus, leurs cils vibratiles battent à l’unisson. Pour expliquer cette concordance entre les mouvements des deux animaux, Gruber suppose que toute la masse de leur protoplasma Joue le rôle d un système nerveux diffus, qui a pour effet de régulariser leurs mouvements et de les faire concorder.

On pourrait ajouter que les Infusoires ne possèdent pas seulement un système nerveux diffus, mais qu’ils doivent posséder des centres nerveux spéciaux et doués de propriétés différentes.

On se rappelle en effet que, sous l’influence de certains agents toxiques, la mort n’est pas simultanée pour toutes les parties de l’organisme. Ce

qui meurt le premier, ce sont les mouvements volontaires des gros cils; les mouvements des cils fins peuvent persister plus longtemps; et enfin, quand tous les cils sont devenus immobiles et rigides, on a vu encore la vésicule puiser pendant uneheure. Cette mort successive rappelle ce que Ton observe chez les Vertébrés; sous l’influence des agents toxiques, le cerveau meurt le premier, puis vient la moelle et en dernier lieu le bulbe, qui est Vultimum moriens.

Les organes des sens. — Tous les Micro-organismes sont doués de sensibilité; quelques-uns même, comme les Infusoires, ont une sensibilité exquise. Mais on n’a trouvé jusqu’ici que dans un petit nombre d’espèces des organes sensoriels anatomiquement différenciés. On considère en général les expansions protoplasmiques que nous avons décrites plus haut sous le nom de pseudopodes comme remplissant la fonction d’organes rudimentaires du tact qui avertissent le Micro-organisme de la présence des objets qui se trouvent sur sa route; mais ces pseudopodes, qui servent en même temps d’appareils moteurs, ne présentent aucune structure les destinant spécialement à la réception des impressions sensitives. Stein considère également les cils vibratiles comme des organes du toucher. Comme ce sont là des organes qui n’ont subi aucune difl'é-

reuciation, nous ne nous y arrêterons pas. Les Infusoires appartenant au genre Bryptochilum (Maupas) portent à leur extrémité postérieure unelongue soie rigide, que M. Maupas considère comme un organe tactile, destiné à avertir l’animal de l’approche des autres Infusoires.

Nous parlerons plus longuement de l'organe visuel, quia été l’objet de nombreuses études, dont quelques-unes sont toutes récentes et intéressent au plus haut degré la physiologie et la psychologie générales. L’œil est de tous les organes des sens celui qui s’est différencié le premier. Onle rencontre chez des organismes appartenant tant au règne végétal qu’au règne animal. Tandis que ces petits êtres ne paraissent posséder aucun organe spécialement adapté par sa structure à la réception des impressions tactiles, olfactives ou gustatives, un grand nombre présentent déjà une tache oculaire, c’est-à-dire un organe différencié, servant à la vision et ne servant qu’à cela.

Occupons-nous d’abord de l’œil des Protozoaires.

C’est surtout dans le groupe des Flagellés, et principalement chez les espèces colorées en vert par la chlorophylle (par ex. les Euglènes), que l’on trouve des taches oculaires; ces taches, qui sont colorées en rouge vif, se présentent très nettement à l’observation, car elles tranchent sur le plasma incolore de la partie antérieure du corps, où elles se localisent en général. On rencontre aussi des

taches oculiformes dans des espèces à chlorophylle jaune f£/ro^/e?^a volvox, etc.). En général, il n’existe qu’une tache, placée à la base du flagellum. C’est ainsi notamment qu’elle se présente chez l’Æ't^ÿ/ewa viridis, petit infusoire flagellé, très abondant dans les eaux douces qu’il recouvre parfois d’une épaisse couche verte.

Chez le Synura uvella, flagellé colonial, il existe

Fig. 6. — Extrémité antérieure de {Euglena Ehrenbergii (d’après Klebs . b. = Bouche et œsophage. — o. = OEil. — v. c = Vésicule contractile. r. c. — Réservoir contractile.

sur chaque individu, à la partie antérieure du corps, des taches nombreuses, variant de deux à dix.

Nous donnons ci-joint une figure représentant l’extrémité antérieure de VEiiglena Ehrenbergii, d’après Klebs. On y voit une grande tache oculaire adossée au réservoircontractile. Ehrenberg, trompé par l’apparence de ces deux organes, avait pris le réservoir contractile pour un ganglion nerveux.

Ce n’est pas seulement dans le groupe des Protozoaires qu’on rencontre des taches rouges; elles sont tout aussi répandues parmi les Micro-organismes végétaux. Un grand nombre de zoospores colorées en vert présentent à l’extrémité antérieure et généralement incolore de leur corps, un petit point

LA VIE PSYCHIQUE DES IIICRO-ORGAÎHSMES 119

rouge qui paraît avoir exactement la même structure que la tache rouge desEuglènes. Stein se fondait sur çe fait pour soutenir que Ja tache des Euglènes n’est pas un œil ; il lui semblait impossible d’admettre que des Proto-organismes végétaux fussent en possession d’un organe visuel. G est là un bel exemple d’idée a ■prion. Nous verrons plus loin que l’idée de Stein est aujourd’hui complètement abandonnée; on en prend même la contre-partie^ car on considère l’œil des Protistes comme destiné principalement à diriger une fonction végétale.

Klebs a pu étudier la structure des taches oculaires ense servant d’uningénieuxartifice. Lorsqu on traite les Euglènes par une solution à 1 p. 100 de sel marin, on détermine une dilatation énorme delà vésicule contractile creusée dans le protoplasma de l’animal ; or, comme la tache rouge est pour ainsi dire collée sur la vésicule, elle subit la même dilatation, ce qui facilite l’observation. On a reconnu ainsi que la tache est une petite masse discoïde ou triangulaire, à contour irrégulier, déchiqueté; elle est formée de deux substances; elle a pour base une petite masse de protoplasma réticulé, et dans les mailles de ce protoplasma se trouvent des gouttelettes d’une substance huileuse, colorée en rouge.

Ce pigment rouge, auquel on a donné le nom d’hématochrome, n’est pas sans analogie avec le pigment vert de la chlorophylle, car ce dernier rougit sous certaines influences. Par exemple, le pigment chlorophyllien qui remplit tout le corps de

YHaematococcus pluvialis devient rouge, quand ranimai passe à l’état de repos; de même les spores dormantes des algues prennent une teinte rouge ; de même aussi, chez beaucoup de végétaux, les parties de la fleur destinées à devenir rouges sont vertes lorsqu’elles sont enfermées dans le bouton. Il est donc probable que la pigmentation rouge des Euglénoïdiens dérive d’un pigment vert.

Quelle est la signification physiologique de ces taches? Ehrenberg les considérait comme des yeux ; de là le nom de Euglena (mot à mot, bel œil), qu’il avait donné à une espèce de Flagellés munis de taches oculaires. Cette interprétation avait été révoquée en doute par tous les auteurs de son époque, notamment par Dujardin. Aujourd’hui les naturalistes y reviennent, par suite des observations qui ont été faites sur d’autres Micro-organismes qui possèdent un œil complet.

M. Pouchet a décrit chez le Glenodinium polyphemus, qui appartient au groupe des Péridiniens (ou Dinoflagellés, suivant la dénomination de Bütschli), un œil sur la signification duquel on ne peut pas se méprendre*.

Cet œil occupe, dans la cellule du Péridinien, une place constante ; il a une orientation et une disposition uniformes. Il est constitué de deux parties, l’une un véritable cristallin, et l’autre une véritable choroïde. Le cristallin est un corps en forme de

' Comptes rendus de l'Acad. des Sciences, 2 nov. 1886, n° 18.

massue, hyalin, très réfringent, arrondi à son extrémité libre, laquelle est toujours tournée en avant, l’autre extrémité plongeant dans la masse pigmentaire qui représente la choroïde. Celle-ci est nettement limitée *, elle forme une sorte de calotte hémisphérique, enveloppant l’extrémité postérieure du cristallin. Dans une des deux formes de G. polyphemus, le pigment choroïdien est rouge, dans l’autre il est noir.

M. Pouchet a pu constater que, sur les individus jeunes, le cristallin est formé d’abord de 6 à 8 globes réfringents, qui se fondent les uns dans les autres pour finalement constituer une masse unique. De même, la choroïde résulte du rapprochement de granulations pigmentaires, d’abord éparses, qui se groupent et finalement dessinent la calotte hémisphérique coiffant l’extrémité postérieure du cristallin.

En somme, l’organe visuel de ce Péridinien est composé exactement des mêmes parties que l’œil d’un Métazoaire, sauf un point, l’absence d’élément nerveux. Celui-ci n’est point différencié, mais reste diffus, ainsi, du reste, que l’ensemble du système nerveux. M. Pouchet fait remarquer l’intérêt que présente son observation au point de vue taxinomique. Les Péridiniens ont été parfois rapprochés des végétaux ; la présence d’amidon et de cellulose dans leur protoplasma a déterminé Warming à les classer à côté des Diatomées et des Desmidiées. On constate aujourd’hui que certains Péridiniens pos-

122 ÉTUDES DE PSYCHOLOGIE EXPÉRIME^îTALE

s'edent un œil, organe considéré jusqu’ici comme attribut exclusif de l’anima]. Rien ne fait mieux sentir le caractère tout à fait artificiel de la distinction des animaux et des végétaux, lorsqu il s agit de Micro-organismes.

Avant de quitter les Péridiniens, disons que ces petits êtres présentent un fait intéressant au point de vue de l’histoire des Protozoaires-; ils sont munis d’un long flagellum ; ils présentent de plus une ligne équatoriale sur laquelle on avait cru autrefois reconnaître une couronne de cils vibratiles ; cette coexistence supposée d’un flagellum et de cils avait déterminé les naturalistes à former un groupe de Gilio-flagellés, servant de transition entre les Flagellés proprement dits et les Ciliés. On a découvert depuis que les Péridiniens ne possèdent pas de cils vibratiles ; ce qui avait donné lieu à cette erreur, c’est la présence d’un second flagellum au niveau de la ligne transversale que nous venons de signaler; les mouvements de ce flagellum ont l’aspect des cils vibratiles en mouvement.

Quelque temps avant le travail de M. Pouchet, M. Künstler (de Bordeaux) a constaté, dans un Flagellé du genre Phacus, un œil rouge qui est également formé de deux parties ; il se compose d’un globule homogène, jouant le rôle de cristallin, et entouré d’unpigment rouge, jouant le rôle de choroïde.

Antérieurement à M. Künstler, Claparède etLachmann, dans leur important ouvrage sur les Infusoires et les Rhizopodes, avaient décrit chez la

Freia elegans^ Infusoire cilié de la famille des Stentorinés, un organe visuel semblable. « Immédiatement en arrière de la troncature, disent-ils dans leur description, se trouve une tache semi-lunaire d’un noir intense, rentrant évidemment dans la catégorie de celles que M. Ehrenberg nomme, chez les Ophryoglènes, par exemple, un œil ou une tache oculaire. La signilication de cette tache nous est restée complètement inconnue. Elle était souvent plus compacte que celle des Ophryoglènes. et parfois on distinguait derrière elle un corpuscule très transparent, qui faisait naître involontairement dans l’esprit l’idée d’un cristallin. Nous ne pouvons cependant pas ajouter trop d’importance à cette idée, puisque les fonctions d’un appareil réfringent restent nécessairement problématiques, aussi longtemps que nous ne connaissons pas en arrière de lui un appareil nerveux susceptible de percevoir les impressions. »

Cette dernière conclusion nous paraît être d’une prudence exagérée. La coexistence d’un pigment et d’un cristallin suffit amplement pour caractériser un organe visuel. Quant à l’appareil nerveux susceptible de percevoir les impressions, il est remplacé par le protoplasma, qui est, comme on sait, sensible à la'lumière.

Antérieurement encore, en 1836, Lieberkühn a décrit chez un Infusoire cilié, le Panophrys flavicans^ une tache oculaire, composée d’un cristallin convexe, avant la forme d’un verre de montre.

12i ÉTUDES DE PSYCHOLOGIE EXPÉRIMENTALE

enveloppé de pigment et placé sur le côté concave de la fosse buccale. Chez une autre espèce, 1 0phryoglena atra, il a trouvé du pigment noir, mais pas de cristallin.

Il est impossible de douter que ces organes soient des yeux, car ils ont la même structure que l’œil d’animaux comparativement supérieurs, tels que certains vers, turbellariés, rotiferes, crustacés inférieurs, etc. ; l’œil de ces derniers animaux est formé semblablement d’un petit globule cristallin enchâssé dans une petite masse de matière pigmentaire. L’identité de structure conduit naturellement à admettre l’identité des fonctions.

L^’œil des Euglènes est le plus simple de tous; il est même réduit à son maximum de simplicité, puisqu’il se compose d’une tache de pigment. Ce qui détermine à croire que cette tache est un organe visuel, c’est la présence de ce pigment. On trouve en effet du pigment dans les organes visuels les plus élémentaires. Un second argument pourrait être invoqué ; le pigment rouge de l’Euglène présente les mêmes réactions qus la matière colorante qui imprègne les bâtonnets de la rétine, chez les Vertébrés. Parmi ces réactions communes, nous citerons la décoloration sous l'inlluence de la lumière (Capranica).

Quoi qu’il en soit, ce qui est certain, c’est que les Euglènes sont très impressionnables à la lumière. Lorsqu’on les conserve dans un vase, on les voit tapisser constamment le côté éclairé.

M. Engelmann ^ a constaté que la lumière agit très vivement sur ce petit animal ; elle n’agit pas directement sur la tache pigmentaire, ni, comme on l’avait pensé, sur le flagellum, mais sur le protoplasma qui est placé en avant de la tache. L’ohjectif micro-spectral spécial qui a été construit par M. Engelmann, permet de constater que les Euglènes s’accumulent surtout entre les raies F et G du spectre.

En ce qui concerne les Micro-organismes végétaux, nous avons déjà dit qu’un grand nombre de zoospores d’algues présentent, à la partie antérieure du corps, des taches'oculaires d’une belle couleur rubis : ce sont des organes qui ont probablement la même structure que les taches rouges des Euglènes. De plus, il est probable que certains Microphytes possèdent des organes visuels plus complexes, composés de pigment rouge et d’un cristallin. M. Balbiani m’a récemment rendu témoin de ce fait sur le Pandorina morum, colonie sphérique de Micro-organismes verts ; dans chaque colonie, il existe un certain nombre d’individus qui possèdent une tache rouge dont le contour est régulièrement circulaire ; si l’on examine cette tache avec un fort grossissement (avec le 18® à immersion homogène, de Zeiss), on constate facilement qu’elle est formée d’un petit globule sphérique, entouré, sur une portion de sa surface,

* Bot. Zeitung, 1881 , 1883 , 1884 , 1886 .

par une couche de matière rouge. Cette observation est d'autant plus intéressante quelle est faite sur un être dont la nature végétale n’est plus mise en doute aujourd’hui ; les Pandorina sont des Volvociniens que les botanistes modernes placent parmi les algues. Nous sommes heureux de donner la primeur de ce fait à nos lecteurs.

En décrivant l’œil des Protistes, nous avons dit que l’œil est le seul organe des sens qui se soit nettement différencié chez ces êtres inférieurs. Mais cette assertion est peut-être trop absolue. Quelques espèces se présentent à l’observation munies de petits organes qui pourraient bien avoir reçu une fonction sensorielle. Tel est par exemple le Loxodes rostrum, superbe infusoire cilié, remarquable par son rostre et par le voile musculaire qui ferme sa bouche. Cet animal présente le long de sa face dorsale une rangée de petits organes qui paraissent destinés, par leur structure, à jouer un rôle dans l’audition. Ils sont formés d’une vésicule dont le centre est occupé par un globule réfringent ; on les appelle des vésicules de Müller, du nom de Jobannes Müller, qui les a découverts. Les organes auditifs qu’on a décrits chez les Yers et les Cœlentérés se composent semblablement d’une capsule vésiculiforme renfermant une concrétion solide, appelée otolithe. Il est donc possible que les vésicules de Müller soient des vésicules auditives ; on n’a rencontré jusqu’ici cet organe chez aucune autre espèce de Protozoaire.

Page 1