LA FÉCONDATION
La fécondation chez les Infusoires. — Historique de la question
— Préliminaires psychologiques de la fécondation. — Observations de M. Balbiani sur les Paramécies, les Spirostomes et les Stentors. — L’accouplement. — La fécondation chez les Vorticelies. — Observation d’Engelmann. — Les phénomènes matériels de la fécondation. — Rôle du noyau et rôle du nucléole
— Description du phénomène chez le ChUodon cucuUuliis, chez le Paramæcium bursaria et chez le Paramæcium aurelia. — Observation de M. Balbiani sur des Paramécies dont le noyau est envahi par des parasites.
La fécondation chez les animaux et les végétaux supérieurs. — Le spermatozoïde et l’ovule peuvent être comparés à des Micro-oro-a nismes. Les éléments peuvent vivre pendant un certain temns indépendants de l’individu dont ils dérivent. — Leurs oi-o-anL moteurs. Ces mouvements du spermatozoïde vers l’ovule — Longueur du chemin à parcourir. — Obstacles à surmonter' — Détours et complications du chemin. - Le spermatozoïde' du ver a soie. — Arrivée du spermatozoïde au contact de l’œuf. — Observation de Fol sur la fécondation de l’Etoile de Mer —le cône d’attraction. — Sélection sexuelle qui s’opère entre les divers spermatozoïdes. — Mouvements de l’élément femelle — La fécondation végétale. — Différenciation progressive des deux éléments sexuels. — Reproduction sexuelle de VEctocarpus siliculosus, d apres Berthold. — Recherches de M. Pfefler sur les
cînermatozoïdes des cryptogames.- Action de certains excitants chimiques sur ces éléments. - Spécificité de l’excitant. - Le seuil de l’excitation. — Application de la loi de Weber.
Nous abordons ici un sujet plein d’obscurités ; nous limiterons notre étude aux Infusoires ciliés ; c’est chez ces espèces que la fécondation et les phénomènes psychiques qui l’accompagnent ont été le mieux observés.
Ehrenberg avait accrédité dans la science l’opinion qu’il n‘y a jamais d’accouplement chez les Infusoires, et que tous les faits,'rapportés à cet égard par les anciens auteurs, doivent être considérés comme des phénomènes de fissiparité longitudinale. Cette erreur resta classique jusqu’en 18o8, époque où M. Balbiani adressa àl’Académie des sciences une communication dans laquelle il montrait qu’on observe chez les Infusoires une reproduction sexuelle, précédée d’un accouplement.
Avant de décrire les modifications qui s’accomplissent dans le noyau et le nucléole des Infusoires conjugués, nous tracerons le tableau succinct des phénomènes psychiques par lesquels les Infusoires ciliés se préparent à l’accouplement.
Nous prendrons pour guide M. Balbiani, en lui empruntant librement quelques-unes de ses descriptions, dont l’exactitude a été confirmée depuis par M. Gruber.
Pour bien comprendre la signification des faits qui vont suivre, il faut se rappeler que dans tout le règne animal le rapprochement sexuel ne se fait qu à la suite de préliminaires psychologiques dont la durée peut être fort longue.
La femelle poursuivie par le mâle paraît être animée de deux désirs contraires, celui de recevoir le mâle et celui de l’écarter. Ce refus, qui n’est que temporaire et plus apparent que réel, a pour effet d exciter le mâle à déployer les facultés qui peuvent charmer la femelle. D’après M. Espinas, qui a bien étudié ce sujet, cinq classes de phénomènes servent à préparer 1 union sexuelle : premièrement, des attouchements excitateurs, les plus humbles de tous ces phénomènes, c’est-à-dire ceux qui se rapprochent le plus de l’ordre physiologique ; secondement, les odeurs ; troisièmement, les couleurs et les formes ; quatrièmement, les bruits et les sons ; cinquièmement, les jeux ou mouvements de toutes sortes. Il nous semble que chez l’homme lui-même presque toutes les manifestations de l’amour peuvent être rangées dans ces cinq catégories.
On retrouve chez les formes les p’us simples de la vie les premières traces de ces manifestations esthétiques qui ont pour but de préparer deux auimaux à l’union sexuée.
«Il est curieux, dit M. Balbiani, de rencontrer chez des êtres que la petitesse de leur taille aussi bien que l’extrême simplicité de leur organisation ont fait placer par tous les zoologistes à la limite la
plus reculée du règne animal, des actes qui dénotent l’existence de phénomènes analogues à ceux par lesquels l’instinct sexuel se manifeste chez un
Fig. 10, — Préliminaires de la conjugaison chez le Paramæcium aureha.
(Figure communiquée par M. Balbiani.)
grand nombre de métazoaires. Aux approches de l’époque de propagation, les Paramécies viennent de tous les points du liquide se rassembler en groupes plus ou moins nombreux, comme de petits nuages blanchâtres, autour des objets qui flottent à la surface de l’eau ou sur la paroi du flacon qni renferme la petite mare artificielle où l’on conserve ces animaux à l’état de captivité. Une agitation extraordinaire, et que le soin de l’alimentation ne suffit plus à expliquer, règne dans chacun de ^ ces groupes; un instinct supérieur semble dominer tous ces petits êtres ; ils se recherchent, se poursuivent, vont de l’un à l’autre en se palpant à l’aide de leurs cils, s’agglutinent pendant quelques instants dans l’attitude du rapprochement sexuel, puis se quittent pour se reprendre bientôt de nouveau. Lorsqu’on disperse ces petits amas en agitant le
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liquide, ils ne tardent pas à se reformer sur d'autres points. Ces jeux singuliers, par lesquels ces animalcules semblent se provoquer mutuellement
Fig. 11. — Plusieurs couples de Stentor cœruleus fixés sur un filament de conferve, grossis quinze fois (d’après Balbiani).
à l’accouplement, durent souvent plusieurs jours avant que celui-ci devienne définitif.
« D’autres Infusoires, particulièrement les Spirostomes, gagnent les parties profondes du liquide, ou s’enfouissent même dans le sédiment vaseux du fond, pour ne reparaître qu’après que leur séparation s’est effectuée. Les Stentors ont des habitudes différentes ; fixés en grand nombre par leur pédicule sur les parties végétales submergées, qu’ils
la vie psychique des 3IICR0-0RGAVISMES 175 tapissent souvent comine d’une sorte de petit gazon serré, coloré en vert, en brun, en bleu, suivant les espèces, ils promènent dans toutes les directions la partie antérieure de leur corps allongé en forme de trompette, et cherclient à se rencontrer par l’extrémité élargie qui en représente le pavillon. » Chez les espèces nombreuses qui font partie du
Fig, 12. — Préliminaires de l’accouplement du Stylonychia myiilus. Les deux animaux sont superposés par leur face ventrale (Balbiani).
groupe des Oxytrichines, le rapprochement offre aussi certains préliminaires intéressants. Les deux individus, qui ont en général le corps fortement déprimé et la face inférieure garnie de cils souvent fort développés, se superposent par la face ventrale et enchevêtrent mutuellement les cils qui gar-
nissent cette région, tandis qu’avec leurs cornicules ou pieds-crochets antérieurs ils se font des attouchements répétés sur divers points du corps. Ces préludes durent souvent plusieurs heures avant que l’accouplement commence (fig. 12).
Quant à l’accouplement lui-même, il est aussi très intéressant à étudier pour le psychologue, qui peut admirer la précision avec laquelle les deux individus prennent T attitude nécessaire pour la fécondation.
Pendant la conjugaison, les deux Infusoires ciliés sont toujours réunis par l’ouverture qui forme la houche. On a pensé que cette ouverture devait jouer le rôle d’un orifice sexuel par lequel les deux animaux accouplés feraient l’échange de leurs produits reproducteurs; on a pensé aussi qu’il devait exister une ouverture sexuelle spéciale, placée très près de la bouche ; mais ces questions de structure sont encore douteuses.
L attitude des animaux pendant la conjugaison varie suivant la position de la bouche qui est, dans certains groupes, latérale, et chez d’autres, terminale.
Les espèces les plus nombreuses ont une houche latérale. A ce type appartiennent les Paramécies • ces Infusoires, dont le sillon buccal occupe le fond d’une excavation profonde creusée à leur face ventrale, se superposent dans toute l’étendue de cette face, en laissant exsuder une substance glutineuse qui les colle dans cette situation; leurs deux
la vie psychique des micro-orgavismes 177 bouches sont alors étroitement superposées. L’accouplement dure de vingt-quatre à trente-six heures chez le Paramæcium aurelia; il dure plusieurs
Fig 13 — Coniugaison gemmiforme des Vorticelliens {Carchesium polypmumt. A premier stade : la microgonidie mi s’est fixée par un filament sur le pédoncule delà macrogonidie. B, stade plus aya.ncé. La microgonidie s est bxee
commence a
rogonidie. L,- r
directement sur le corps de la macrogonidie et s pénétrer dans cette dernière. Chez les deux individus, le noyau s petits frao-ments arrondis, et l’on xolt dans la microgonidie les deux segments striés résultant de la dixision de son nucléole. C, dernier stade de la conjugaison. La microgonidie, entièrement xide de son contenu, reste attachée au corps de la macrogonidie sous la forme d’un petit
tomber. — ma, macrogonidie; mi, microgonidie , n, noyau, nu. nucleol , V. c., vésicule contractile. (Figures communiquées par M. Balbiani.)
jours, cinq à six, chez le Paramæcium bursaria. Chez les Oxytrichines les deux animaux conjugués se fusionnent d’une façon plus intime, dans une partie importante de leur individu.
On arrive ensuite au second groupe d’infusoires
qui présentent une bouche terminale; nous avons eu un exemple de ce type dans le Didinium nasutum, ce curieux Infusoire chasseur; on pourrait citerencore les Coleps, les Nassula, les Prorodons. Les deux animaux ne s’accolent point latéralement, ils se placent bout à bout, réunis par leur extrémité antérieure, bouche contre bouche; puis peu à peu, tout en continuant à rester réunis par leur extrémité buccale, ils se renversent sur les côtés de la ligne longitudinale.
Nous avons mis à part, pour en dire quelques mots, les singuliers phénomènes qui accompagnent la fécondation chez les Vorticelles. Plus encore que les précédents, ces phénomènes ressemblent à la fécondation des animaux supérieurs; car la fécondation s’opère entre deux individus différencies dont^ l’un se comporte comme un élément mâle et l’autre comme un élément femelle. Les Vorticelles sont des colonies d’infusoires, dans lesquelles il existe des individus sédentaires présentant la forme d’urnes, et de petits individus libres, appelés Microgonidies, qui se forment par divisions répétées sur l’arbre colonial.
Ces Microgonidies ont tout à fait l’allure de spermatozoïdes. Engelmann^ a suivi leurs manœuvres ; il les a vus nager en tournant sur leur axe pendant cinq à six minutes, puis, arrivés dans le voisinage d’une Vorticelle, ils changent brusque-
'^Arch. de Zoolog. expérimentale, x. V, 1376,
meut d’allure, boudisseut autour de celle-ci, comme un papillon qui se joue près d’une fleur, la toucbaut, puis s’éloiguaut, reveuaut et semblaut la palper; eufiu, après avoir été visiter les voisiues, ils revieuueut à la première, et sefixeut à sa surface. La coujugaison ue se fait pas saus uue certaiue résistauce de la part de la Yorticelle. Ou la voit, dit M. Balbiaui, coutracter rapidemeut sou pédoncule à chaque attouchement de la Microgonidie, et celle-ci, pour ne pas être rejetée au loin par cette secousse subite, et pouvoir se retrouver toujours auprès de l’individu avec lequel elle veut se conjuguer, se fixe par un filament très fin sur le style de la Yorticelle; ainsi attachée, entraînée dans les mouvements de cette dernière, elle finit par se mettre en contact avec elle et pénètre dans sa masse. La Microgonidie se trouve alors réduite à son enveloppe externe, vide et revenue sur ellemême, et celle-ci finit par pénétrer également à l’intérieur de l’autre sujet, où elle disparaît sans laisser de trace (voir l’explication delà figure 13)L Il est temps maintenant de décrire les phénomènes matériels qui se produisent dans 1 intérieur du corps des deux Infusoires et qui constituent l’acte matériel de la fécondation. Les manifestations psychologiques que nous venons de signaler, et qui ressemblent d’une façon si frappante à la
* Balbiani, Sur la génération sexuelle des Vorticelliens, Comptes rendus de l'Académie des sciences, 18 octobre 1875.
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période du rut chez les animaux supérieurs, suffiraient déjà à prouver que la conjugaison est u 4 acte sexuel.
Les modifications matérielles qui s’opèrent dau le corps des Infusoires conjugués ne portent point sur tous leurs organes ; la masse générale du corps, le protoplasma, n’y prend qu’une part tout à fait secondaire ; la modification paraît avoir pour siège unique le noyau et le nucléole.
Remarquons encore que ces modifications ne se produisent jamais, que l’on sache, en dehors de l’accouplement et avant que les Infusoires soient Conjugués. La conjugaison paraît se produire toutes les fois que ces animaux, sous l’influence de circonstances particulièrement favorables, se sont multipliés d’une manière active par fissiparité. On voit alors la fissiparité s’arrêter et la conjugaison apparaître.
Nous n’avons point le temps de tracer l’historique, si intéressant pourtant, de cette grande question de physiologie. Il nous suffira de résumer l’état actuel de nos connaissances, en prenant pour guide 1 opinion actuelle de M. Balbiani, qui, comme on le sait,est le premier naturaliste qui ait étudié les phénomènes matériels de la fécondation chez les Infusoires. Les divergences qui existent entre lui et un autre auteur considérable, M. Bütschli, ne portent actuellement que sur des questions de détail.
Examinons d’abord quelles sont les modifications
qui se produisent chez le Chilodon pendant
'" conjugaison. Chacun des deux Infusoires accolés -ssède un noyau (endoplaste, noyau principal) et, fôté de ce noyau, un organe beaucoup plus petit, nucléole, ou noyau d’attente, ou encore noyau latent (endoplastule, noyau accessoire) ; ce petit corps ne doit pas être confondu avec le nucléole que l’on rencontre souvent dans l’intérieur du noyau, chez beaucoup de Micro-organismes et dans les cellules ; il a une fonction absolument différente.
De ces deux éléments, il en est un qui joue dans la fécondation un rôle à peu près négatif : c’est le noyau. Il prend des contours irréguliers, se chiffonne, son contenu se ramasse en fragments de diverses grosseurs ; il devient de moins en moins net et finit par se résorber. Il disparaît donc par un phénomène de régression et sans se diviser.
La fécondation a pour but de remplacer cet élément vieilli par un noyau de nouvelle formation. Ce dernier se forme aux dépens du petit corps que nous avons décrit sous le nom de noyau d’attente ou de noyau latent. Ce noyau d’attente ne sert pas à constituer un noyau principal dans la cellule dont il fait partie; il émigre dans le corps de l’autre animal et c’est dans cette nouvelle cellule qu’il est destiné à fonctionner comme noyau.
Chez le Chilodon cucullulus, voici quelle est la série de phénomènes qui se produit; la série de figures que nous mettons sous les yeux de noslec-
leurs, et qui nous ont été fournies par l’obligeance de M. Balbiani, servira àéclairernotre description.
La figure A correspond au début de la conjugaison; chaque animal estreprésenté avecsaboucbe (è),ses vésicules contractiles multiples (u. c.), son noyau (w), et son nucléole [nu) ; le nucléole va être le siège principal des modifications qui se produisent dans la fécondation. Dans la figure B, le principal changement porte sur le nucléole; dans chacun des deux animaux,- le nucléole s’est éloigné du noyau et il a commencé à se diviser en deux segments; le noyau commence à présenter des signes de
régression. Entre la figure B et la figure G se passent des phénomènes de la plus haute importance, mais qui jusqu’ici sont encore sujets à contestation. Voici le fait qui aujourd’hui paraît le plus probable ; les deux animaux conjugués échangent une des capsules provenant de la division du nucléole, de sorte que lorsqu’on arrive à la phase du phénomène représenté par la figure G, on est en présence d’un animal qui contient, en outre du noyau, deux segments nucléolaires rapprochés {nu nu) \ il en était de même dans la fig. B; chaque animal possédait déjà deux segments nucléolaires, mais ces segments provenaient de la division du nucléole appartenant en propre à l’animal, tandis que dans la figure G, par suite de l’échange effectué, un des segments nucléolaires appartient en propre à chaque animal, et l’autre provient de son conjoint.
M. Balbiani, qui fit les premières observations sur ces phénomènes d’une étude si délicate et si complexe, supposa d’abord que les deux segments nucléolaires rapprochés qui ont été représentés par la figure G, provenaient de la division longitudinale du nucléole échangé entre les deux conjoints.
Dernièrement, M. Maupas a proposé une autre interprétation qui paraît du reste corroborée par la figure même donnée autrefois, il y a plus de vingt ans, par M. Balbiani. Selon M. Maupas, le segment échangé vient se fusionner avec le segment non échangé pour former un segment mixte;
les deux segments rapprochés que Ton voit dans la figure G ne seraient donc pas le résultat de la division d’un segment unique, mais le premier stade de la conjugaison de deux éléments, ayant des origines différentes. Ce qui paraît plaider en faveur de cette opinion, c’est l’aspect présenté par les deux segments ; s’ils provenaient d’une division, on retrouverait là quelques-uns des phénomènes de la karyokinèse, qui étaient d’ailleurs complètement inconnus à l’époque où M. Balbiani fit ses premières observations.
Quoi qu’il en soit, on voit dans la figure G, que la régression de l’ancien noyau {n) s’accentue.
Dans la figure D, les deux segments nucléolaires se sont fusionnés et ont constitué un segment mixte qui se segmente à son tour ; les deux nouveaux produits de cette segmentation deviennent de grandeur inégale ; la plus grosse capsule atteint jusqu’à 40 millièmes de millimètre; c’est elle qui constitue le noyau nouveau du Chilodon. La seconde portion se rapetisse et secondense, elle vient se placer à côté de la première, et constitue le nucléole nouveau.
La figure E représente le dernier stade du phénomène; l’animal est en possession de son nouveau noyau et de son nouveau nucléole ; l’ancien noyau est réduit à une petite masse pâle et chiffonnée, qui ne tardera pas à disparaître.
Ainsi, en résumé, si on admet l’opinion de M. Maupas (qui n’a point étudié cette espèce, mais
des espèces voisines), le nucléole se divise en deux capsules : l’une, Jouant le rôle de l’élément mâle, est échangée entre les deux conjoints, et va se fusionner avec une des capsules provenant delà division du nucléole de l’aulre animal; l’autre capsule, qui Joue le rôle de l’élément femelle, se fusionne pareillement, avec l’élément mâle qui provient de l’autre conjoint. Le résultat de celte fusion est une capsule mixte, qui en se divisant produit le nouveau noyau et le nouveau nucléole de l’animal fécondé.
Nous pouvons nous borner à l’étude de ce type de fécondation; c’est le plus simple de tous, et on peut y ramener les autres sans trop de difficulté. Ce qui complique le processus chez d’autres espèces, ce sont d’abord les modifications successives par lesquelles passe l’ancien noyau avant de se résorber. Chez le Stentor cœruleus, le noyau a la forme d’un long chapelet; au moment de la fécondation, les grains de ce chapelet se séparent et se répandent dans le protoplasma où ils finissent par se résorber. Chez les Paramécies, le phénomène se présente encore autrement; le noyau, d’abord ramassé, s’allonge en un très long cordon qui se brise, et ses fragments, éparpillés dans le protoplasma, se résorbent.
On voit que dans tous les cas la fécondation comporte une fragmentation et une disparition de l’ancien noyau qui est remplacé par un nouveau noyau résultant de la transformation du noyau d’attente émané d’un autre organisme.
Les modifications diverses présentées par ce noyau d’attente contribuent aussi pour une large part à la complexité du phénomène. Nous avons vu que chez le Chilodon le noyau d’attente se segmente en deux globules, dont l’un constitue le noyau nouveau et l’autre le noyau d’attente nouveau. Les choses se passent différemment chez les Paramécies. Chez le Paramæcium bursaria^ par exemple, le noyau d’attente se divise en deux, puis en quatre capsules; une de ces capsules se résorbe, une seconde devient le noyau d’attente, et les deux autres se fusionnent avec ce qui reste de l’ancien noyau pour former le noyau principal. Chez le Paramæcium aurelia^ la division se fait en huit capsules ; trois sont éliminées ; parmi les cinq capsules qui survivent, il en est quatre qui sont destinées à former le noyau principal nouveau; en effet, chaque Paramécie se segmente d’abord en deux, puis en quatre, et chacun des quatre individus acquiert une des capsules. Quant à la cinquième capsule, elle est destinée à former les noyaux d’attente de ces organismes; aussi se divise-t-elle en deux, puis en quatre, c’est-à-dire autant de fois que le corps de l’animal.
Il n est pas douteux, à notre sens, que la conjugaison est un phénomène sexuel; ce qui l’atteste tout d abord, ce sont les manœuvres singulières que les animalcules exécutent avant de se s’y livrer; ces manœuvres sont absolument comparables au rut chez les animaux supérieurs. Mais nous revien-
droHS plus loin sur la signification physiologique de la conjugaison, quand nous essayerons de définir, d’après les expériences les plus récentes, la fonction du noyau dans la cellule.
On peut se demander quel est le point de départ, l’excitant de ces phénomènes sexuels, la cause qui les met en jeu. Bütschli pense avec raison que la conjugaison dépend de causes internes; elle se produit en effet à la suite de périodes très actives de division spontanée, comme M. Balhiani l’a montré. Si l’on songe que la conjugaison a pour but le remplacement de l’ancien noyau, qui est devenu un élément usé et vieilli, on peut supposer avec quelque vraisemblance que l’état physiologique du noyau constitue l’excitant sexuel qui détermine les Infusoires à s’accoupler.
Quoi qu’il en soit, une curieuse observation faite sur le Paramæcium aurelia a fait connaître une des conditions anatomiques de l’instinct sexuel chez cet Infusoire. Depuis longtemps J. Müller avait constaté dans le noyau et même dans le nucléole des Paramécies des filaments qui avaient Fapparence de spermatozoïdes. Ces observations se sont multipliées depuis, et l’on sait maintenant que ces filaments sont des Schizomycètes, des Bacilles parasites qui s’introduisent dans le noyau et le nucléole et se multiplient suivant leur mode ordinaire de segmentation, par désarticulation. M. Balhiani a établi d’une façon définitive la nature de ces filaments par des faits morphologiques et micro-chi-
migues; il a vu par exemple que ces filaments ne se dissolvent pas dans les solutions alcalines concentrées, On sait que les Bactéries présentent ce caractère particulier d’opposer une grande résistance aux agents destructeurs.
Ces parasites déterminent dans le noyau qu’ils ont envahi un état pathologique qui a pour résultat de détruire chez l’Infusoire les manifestations de l’instinct sexuel : l’animal ne s’accouple plus. On trouve, au milieu d’une foule d’animaux de la même espèce qui sont accouplés, des individus isolés, qui présentent un noyau et un nucléole absolument remplis de Bactéries; quelquefois, ces organes subissent une dilatation énorme, le noyau est réduit à une membrane d’enveloppe qui, comme une vaste poche, est pleine de parasites. L’animal continue à vivre, mais il ne cherche plus à s’accoupler.
Nous n’avons pas l’intention de faire une étude complète de la fécondation chez les animaux et les végétaux supérieurs; il n’y a dans ce phénomène qu un seul point qui puisse rentrer dans une étude générale sur les Micro-organismes : c’est l’histoire des éléments sexuels, de leur forme, de leurs mouvements et enfin de leur conjugaison.
Nous décrirons successivement, en nous plaçant surtout au point de vue de la psychologie, la fécondation animale et la fécondation végétale.
La fécondation, chez les Métazoaires, peut être subdivisée en deux actes bien distincts ; le premier, le plus apparent, consiste dans le rapprochement des deux individus ; nous n’avons pas à en parler ici; c’est un phénomène qui sort du cadre de nos études. Le second, plus intime, est celui qui se passe, après la copulation, entre le spermatozoïde et l’ovule.
Il existe un grand nombre de raisons pour faire entrer les éléments générateurs dans une étude générale sur les Micro-organismes.
Tout d’abord il faut noter que ces deux éléments sont représentés chez les animaux par une cellule unique.
L’ovule se présente sous l’aspect d’une petite sphère microscopique, entourée d’une enveloppe (membrane vitelline), formée d’une masse de protoplasma granuleux (vitellus) contenant un noyau (vésicule germinative) et un ou plusieurs nucléoles (taches germinatives). Les spermatozoïdes ont, chez les vertébrés, un aspect bien différent ; ce sont des filaments plus ou moins longs, munis d une partie renflée, la tête, et d’une partie effilée, la queue.
La ressemblance des spermatozoïdes avec les Protistes les fit considérer au début comme des animalcules vivant en parasites dans la liqueur spermatique. Ehrenberg les plaça parmi les Infusoires polygastriques. Kœlliker et Lallemand sont les premiers qui repoussèrent ces idées, et considérèrent les spermatozoïdes comme des particules élémen-
taires des tissus vivants ayant la valeur morphologique d une cellule. On les compare aujourd’hui à des éléments cellulaires libres, comme le sont les globules du sang.
Quelle que soit leur forme, les éléments sexuels vivent comme de petits organismes indépendants de l’individu dont ils dérivent. Le fait est frappant en particulier pour l’élément mâle, le spermatozoïde, qui conserve sa vitalité un certain temps après son expulsion. Ce temps varie selon les espèces. Tandis que chez la truite, les spermatozoïdes expulsés de l’animal perdent dans l’eau leurs mouvements au bout de quelques secondes, ceux de l’abeille, dans le réservoir séminal de la femelle, continuent à vivre pendant plusieurs années. Les éléments séminaux des mammifères demeurent pendant assez longtemps dans les voies génitales de la femelle. M. Balbiani a trouvé des spermatozoïdes vivants dans les trompes d’une lapine vingt heures après le coït. Ed. van Beneden, Benecke, Eimer, Fries ont vu que le sperme conserve ses propriétés dans l’utérus des chauves-souris pendant plusieurs mois.
Ou autre fait bien dig-ne de remarque, c’est que 1 accouplement des deux éléments sexuels nlst pas sans o ffnr une grande analogie avec l’accouplement des deux animaux dont ces éléments dérivent •
n peut ce que font les deux individus en grand. Ainsi, c est le spermatozoïde qui, en sa qualité
d’élément mâle, va à la recherclie de la femelle. Il possède, en vue du chemin à parcourir, des organes locomoteurs qui manquent et sont inutiles à la femelle. Le spermatozoïde de l’homme et d’un grand nombre de mammifères est muni d’une longue queue dont l’extrémité décrit un mouvement circulaire conique, ce qui détermine la progression du spermatozoïde, avec rotation autour de son axe. On observe ce même mode de progression chez les zoospores des Algues, et chez les Mastigophores, qui sont munis d’un flagellum : on a comparé avec raison les mouvements du spermatozoïde à ceux d’un Flagellé.
D’autres spermatozoïdes, comme ceux des Tritons, de l’Axolotl, sont munis d’un appareil locomoteur différent; il consiste dans une membrane ondulante qui fonctionne comme une véritable nageoire; le spermatozoïde s’avance sans tourner sur son axe.
On a beaucoup discuté sur la nature des forces qui expliquent les mouvements des éléments fécondateurs. Les anciens observateurs qui en faisaient des animalcules leur attribuaient naturellement des mouvements spontanés et volontaires. Depuis que l’on ne considère plus le spermatozoïde que comme un élément histologique, on a admis des actions endosmotiques, hygroscopiques, etc. M. Balbiani, à qui nous empruntons les détails précédents, remarque que cette explication n’en est pas une; car, en dernière analyse, toute espèce de mouvement
peut se ramener à une action chimique ou physique, le mouvement sarcodique ou ciliaire tout aussi bien que le mouvement volontaire. « Pour ma part, ajoute le savant auteur, je pense que les spermatozoïdes ne se meuvent pas aveuglément, mais quais obéissent à une sorte d’impulsion intérieure, de volonté qui les dirige vers un but déterminé h ^ Des expériences de M.Balbiani ont démontré qu’avec des solutions faibles d’éther et de chloroforme on peut ralentir et faire cesser les mouvements des spermatozoïdes assez lentement pour qu ils puissent encore féconder les œufs.
En résumé, l’élément spermatique, en se dirigeant vers l’ovule qu’il doit féconder, est animé par le meme instinct sexuel qui dirige l’être complet vers sa femelle.
lesmouvemenls du spermatozoïde qui cherche à se rapprocher de la
uud ü particulier sur le-
quel 11 est utile d insister : ces mouvemeuls ne paraissent pas, comme ceux des Micro-orsauismes provoqués directement par un objet extérieur Te
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rirez les animaux à
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Coste admettait autrefois que la rencontre de l’ceut
‘ Leçons sur la génération des vertébrés, 1879, p. 159.