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CHAPITRE PREMIER

L’intensité d’une image comparée à l’intensité d’une contraction musculaire. — Une image vraie et une image intense. — L’idée seule de la suggestion ne suffit pas pour la réaliser. — Expériences à l’appui. — L’association est une ligne de forces. — Influence de la répétition de la suggestion sur son effet. — Influence de l’autorité de l’expérimentateur. — Influence du rapport établi entre l’expérimentateur et son sujet. — Le somnambulisme électif a un caractère sexuel. — Influence de l’attention du sujet. — L’association par ressemblance et l’association par contiguïté. — Chez W..., pendant la catalepsie, ce sont les associations par contiguïté qui prédominent ; pendant la période écholalique, ce sont les associations par ressemblance.

Influence des excitations périphériques sur l’intensité des images. — Excitation de la mémoire par la vue des couleurs. — Renforcement d’une suggestion par excitation périphérique. —Recherche des excitations périphériques par les névropathes.

Surexcitation psychique par une suggestion portant sur les muscles de la région du sourcil.

d. — Le monde d’images que chacun de nous porte dans son esprit a ses lois comme le monde

matériel qui nous entoure ; ces lois sont surtout analogues à celles de la matière organique, car les images sont des éléments vivants qui naissent, qui se transforment et qui meurent. Nous voulons, dans cette courte étude, insister sur une propriété particulière des images, Y intensité.

Pour se rendre un compte exact de ce que c’est qu’une image intense, il faut se rappeler ce que c’est qu’une sensation intense ; une lumière produite par dix bougies donne une sensation plus intense que la lumière d’une bougie unique; un kilogramme de plomb tombant sur une table produit un bruit plus intense que le bruit d’un gramme, quoique le son puisse avoir dans les deux cas même hauteur et même timbre, et ainsi de suite. Donc le souvenir, l’image de chacune de ces excitations fortes est nécessairement plus intense que le souvenir de chacune de ces excitations faibles.

Il faut ajouter à ce caractère subjectif la supposition qu’un caractère objectif l’accompagne nécessairement. Etant donné que toute image correspond à un processus physiologique déterminé comme nature et comme siège, il est probable que le processus de l’image forte diffère grandement du processus de l’image faible *, il y a dans le premier cas désintégration d’une plus grande quantité de matière nerveuse.

Il faut s’habituer à considérer une image comme pouvant passer par les mêmes degrés d’intensité qu’une contraction musculaire. La comparaison

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entre l’image et la contraction musculaire est d’autant plus exacte que ce qui détermine la force de la contraction, c’est moins le muscle que- la cellule nerveuse motrice; on en a la preuve très nette dans le phénomène du transfert; chez une certaine catégorie de sujets, l’application unilatérale de plaques métalliques opère le transport de la force musculaire de la main droite dans la main gauche, qui devient ainsi capable de donner au dynanomètre un chiffre beaucoup plus considérable que si le transfert n’avait pas eu lieu; ce résultat ne dépend pas des muscles du bras gauche, mais seulement d’un déplacement de force nerveuse dans les centres moteurs.

A l’appui de cette comparaison entre le phénomène musculaire et le phénomène d’idéation, on peut ajouter que la plupart des causes qui agissent sur la puissance motrice agissent également sur le pouvoir de visualisation. De même que chez un individu hyperexcitable l’intensité de l’effort moteur s'accroît sous l’influence d’excitations périphériques, telles que la vision du rouge ou la sensation d’une odeur forte, comme le musc% de même, sous l’influence de ces excitations dynamogéniantes, l’image mentale qui est présente à l’esprit du sujet devient plus intense.

Cette qualité de Vmtensité est généralement négligée en pratique, car ce que nous recher-

* Ch. Féré, Sensation et Mouvement, \ vol. in-18.

PSYCHOLOGIE EXPÉRIÏESTALE.

chons dans les images, c’est une qualité tout à fait différente et indépendante de la première, c’est-à-dire la uenYe. Mais la vérité n’est rien sans l’intensité. Quand deux raisonnements sont inégalement forts, c’est le plus fort qui triomphera, qu’il soit vrai ou qu’il soit faux. On ne parle pas de vérité en mécanique; il n’y a que les forces qui agissent; il en est de même en psychologie : toute discussion, toute délibération est au fond un problème de cinématique. En étudiant l’intensité des images, nous étudions en réalité la manière dont, en fait, se fondent nos convictions, vraies ou fausses.

Les expériences d’hypnotisme vont nous servir d’introduction et de guide dans ce sujet, qui présente un grand nombre de difficultés.

Prenons la suggestion d’une hallucination; on sait en quoi elle consiste : l’opérateur affirme à son sujet que tel objet existe devant ses yeux, et l’hypnotique le perçoit ; on lui dit par exemple : « Voilà un serpent! » et aussitôt un serpent apparaît. On a déjà remarqué plus d’une fois que la suggestion n’est pas un procédé spécial à l’hypnotisme. Lorsque deux personnes causent, et que l’une des deux affirme un fait, elle se sert en réalité de la suggestion verbale; seulement, quand la suggestion s'adresse à une personne normale, elle ne produit pas une hallucination, elle produit un état plus faible, une idée. Affirmez à une personne éveillée et non suggestible qu’elle a un couteau

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entre les mains, elle ne le verra pas, comme cela arrive chez l’hypnotique, mais elle en aura l’idée, la représentation mentale. D’où vient donc la différence de ces deux résultats? D’où vient que le même mot donne à l’hypnotique une hallucination et à l’individu normal une simple idée?

On pourrait alléguer que l’hypnotique est un sujet hyper excitable et que toute idée qu’on lui suggère devient hallucinatoire parce que cette idée atteint son maximum d’énergie. Mais cette raison n’est vraie qu’en partie. Il ne faut pas croire qu’on ne puisse pas causer avec une hypnotique sans lui donner des hallucinations. Nous avons pour notre part maintes fois échangé des idées avec les sujets, leur demandant ce qu’ils pensaient de tels faits, s’ils se souvenaient de tel événement : les objets que nous nommions dans le cours de notre conversation ne devenaient pas nécessairement hallucinatoires. L’état organique du somnambule n’explique donc pas complètement comment un mot peut l’halluciner, puisque souvent ce mot ne l’halluciné pas.

C’est qu’en effet, lorsqu'on veut produire une hallucination, il ne suffit pas indiquer une idée au somnambule; qui dit suggestion dit affirmation.

L’opérateur, quand il veut que la suggestion réussisse, doit répéter et accentuer la suggestion, absolument comme tout individu qui veut en convaincre un autre doit insister et répéter plusieurs fois les mêmes paroles alors même qu’il ne trouve

2U ÉTUDES DE PSYCHOLOGIE EXPÉP.IMENTALE

aucun argument nouveau. J’ai recueilli plusieurs faits qui montrent que Y idée seule de la suggestion ne suffit pas pour la réaliser. J’endormais habituellement une de mes malades en lui montrant une clef à laquelle j’avais attaché la suggestion de sommeil; cette suggestion avait si bien réussi qu'il me suffisait, tout en causant avec elle, de jeter négligemment la clef sur la table pour qu’elle tombât brusquement en somnambulismeMon sujet eut une après-midi une attaque d’hystérie ; on sait que les attaques ont pour effet de détruire ou d’affaiblir les suggestions antérieures. Le lendemain, je présente la clef à la malade; elle la regarde, et, au lieu de tomber instantanément en somnambulisme, elle sourit. Je lui demande :

« Pourquoi Souriez-vous?

— C’est que je me rappelle qu’autrefois la vue de cette clef me faisait dormir ; et maintenant, cela ne me fait plus rien. » Ainsi cette malade se souvenait delà suggestion, elle en avait conservé l’idée, mais cette idée était devenue inefficace parce qu’elle s’était affaiblie.

Un autre jour, je donne à cette même malade une suggestion compliquée; puis j’ajoute, me parlant à moi-même :

1 La même clef, présentée par une autre personne en mon absence, produisait également le sommeil ; seulement la malade, dans ce sommeil, n’était en rapport qu’avec moi ; elle n’obéissait qu’à mes suggestions, moi seul pouvais la toucher sans qu’elle se défendît et la réveiller. Je note en passant ce mode particulier et tout nouveau de production du somnambulisme électif.

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« Pourvu qu’elle s’en souvienne à l’état de veille. — Si vous voulez que Je m’en souvienne, me dit la malade, il faut que vous me l’ordonniez. » Cette remarque très juste nous montre que le sujet a compris que l’idée de la suggestion n’est pas suffisante pour que la suggestion s’effectue; le sujet a bien le désir de se rappeler à l’état de veille ce que je viens de lui dire, mais il a besoin de mon autorité pour assurer sa mémoire ; il m’indique la suggestion à lui donner, mais il a besoin que je la lui donne, parce que mon affirmation la rendra plus énergique. Je m’explique encore de la même façon comment un de mes sujets qui avait des insomnies, me pria un jour, pendant qu’il était en somnambulisme, de lui donner une suggestion de sommeil pour la nuit suivante.

Mêmes observations peuvent être faites dans les suggestions à l’état de veille. M. Beaunis rapporte qu’il dit un jour à A. E..., au moment où ils sortaient ensemble de chez M. Liébeault : « A propos, vous savez que le D’ Liébeault pendant votre sommeil vous a suggéré que vous dormiriez cinq minutes à trois heures de l’après-midi. » Cette parole ne produisit aucun effet. M. Beaunis est persuadé que, s’il lui avait simplement dit : « Vous dormirez cinq minutes à trois heures », elle se serait endormie infailliblement, comme il l’a constaté nombre de fois. C’est que, dans ce cas, l’affirmation aurait dynamogénié l’idée.

Petous ces faits ressort une première conclusion,

2i6 ÉTUDES DE PSYCHOLOGTE EXPÉRIMENTALE

intéressante pour la théorie de la suggestion : c est que la suggestion ne consiste pas seulement à introduire dans l’esprit d’une personne \ idee du phénomène à produire.; il faut en outre que cette idée so\i intense. Or, ce qui donne de 1 intensité à l’idée suggérée, c’est la manière dont onia suggère, c’est le ton de la voix, l'autorité de la personne % le mode d’affirmation. Une tournure dubitative, « si vous faisiez telle chose... » produirait un effet bien moins énergique. Il en résulte qu’on ne peut pas expliquer tout simplement le mécanisme d'une suggestion hallucinatoire, en disant que la parole adressée à l’hypnotique éveille, par association d’idées, l'image de l'hallucination; pour être exact, il faut ajouter que l’intensité de l’image suggérée est en quelque sorte en rapport avec l’intensité de l’impression suggestive, parole ou geste. L’association des idées devient une véritable ligne de force; on peut la comparer au fil métallique qui transmet la force d’un moteur magnéto-électrique.

Il est important d’insister un moment sur la conception que nous avons du phénomène de l’association des idées. A première vue, rien de plus simple que ce phénomène; il consiste dans l’éveil d’une idée à la suite d’une autre; on prononce devant moi tel mot; ce mot est le nom d’un objet connu ; je

‘ M. Pierre Janet raconte qu’un de ses amis réussit à faire des suggestions sur une de ses somnambules, en lui parlant eu son nom. Cette expérience est le pendant du fameux mot : mogisler dixit. C’est la même influence qui agit dans les deux cas.

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pense à cet objet. Voilà le fait apparent et grossier, celui qui a frappé les premiers observateurs. Aristote le décrit longuement. Mais sous ce premier phénomène s’en cachent d’autres plus complexes. Les Anglais ont les premiers fait — un peu timidement — la remarque que l'association des idées exerce une grande influence sur le jugement; Stuart Mill dit que nous avons une tendance à croire que les choses sont liées dans la réalité comme leurs images le sont dans notre esprit. Il y a donc dans ce phénomène quelque chose de plus qu’une succession d’images; l’association produit une croyance, la croyance dans la réalité de cette association. A plusieurs reprises, j’ai déjà insisté sur ce fait psychologique, qui me paraît capital. Je crois être arrivé à démontrer, par des expériences hypnotiques, que nous avons une tendance à extérioriser une association d’images comme nous extériorisons une image isolée.

Ici, nous considérons ce même phénomène de l’association des idées à un autre point de vue que celui delà croyance qu’il engendre ; nous l’envisageons comme un phénomène de transmission delà force nerveuse. Nous venons de voir qu’il existe une sorte de solidarité entre les deux termes de l’association; l’intensité du terme suggestif influe sur l’intensité du terme suggéré.

La comparaison que je fais pour expliquer ma pensée est grossière; peut-être ma pensée l’est-elle aussi. C’est que le mécanisme de ces phénomènes

est fort difficile à comprendre. On conçoit jusqu’à un certain point l’effet de la répétition du mot sur l’intensité de l’image suggérée. Si tel mot prononcé donne une image d’une certaine intensité, la répétition dn même mot doit élever cette intensité d’un nombre quelconque de degrés ; il y a ici un effet d’accumulation analogue à l’influence d’une angmentation de l’excitation extérieure sur l’intensité de la sensation. Mais on ne comprend pas aussi bien comment l’autorité de la personne qni parle, l’accent particnlier qu’elle donne à sa voix, et d’autres qualités purement psychiques augmentent l’intensité de l’image.

Parmi ces qualités purement psychiques, il faut signaler le rap'port établi entre le magnétisé et le magnétiseur. Dans certains cas, ce rapport est si étroit que le sujet ne reçoit de suggestions que du magnétiseur seul. Ce phénomène curieux d’électivité a certainement, à notre avis, un caractère sexuel, prouvé, dans certains cas, par le manège du sujet, par la façon dont il cherche son magnétiseur pour se presser contre lui. Tous les sujets, bien entendu, ne se conduisent pas de même; les uns, dans le somnambulisme, ont le caractère réservé de leur état de veille; d’autres sont plus passionnés. Mais chez tous ceux que j’ai observés j’ai pu constater très nettement l’existence d’une attraction sexuelle pour le magnétiseur. D’ailleurs, ce fait n’est pas nouveau; il était déjà signalé en 1784 par les commissaires de l’Académie des sciences

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dans leur rapport secret sur les dangers de l’hypnotisme relativement aux mœurs.

Le caractère sexuel du somnambulisme électif nous paraît devoir expliquer, dans une certaine mesure, la plupart des effets du somnambulisme. A notre avis, si le sujet fuit les autres personnes, redoute leur contact et n’écoute pas leurs suggestions, c’est par suite du caractère exclusif des affections sexuelles quand elles sont portés à leur maximum. Le magnétisé est comme un amant exalté pour qui rien d’autre n’existe au monde que la personne aimée. Nous avons souvent interrogé des malades en somnambulisme pendant que d’autres personnes leur adressaient la parole; elles entendaient fort bien ce que ces personnes leur disaient, mais elles ne voulaient pas leur répondre, par suite d’un sentiment de répugnance ou même de dégoût : c’est ce sentiment qui empêche souvent de réussir, les suggestions venant d’une autre personne que du magnétiseur.

Remarquons à l’appui que la sensibilité élective se développe surtout à la longue, par la répétition des expériences faites par une seule et même personne. Un nouveau venu qui endort un sujet n’arrive parfois qu'à se faire supporter à grand’peine; le sujet le boude et peut même lui résister avec toutes les marques du dégoût. — Enfin, quand plusieurs personnes ont l’habitude d’endormir un même sujet, ce sujet, quoique endormi par l’une d’elles seulement, garde une certaine sympathie

pour les autres, et même il reçoit leurs suggestions quand elles sont présentes. Je me rappelle avoir endormi plus de vingt fois de suite G... Un jour, mon ami M. Féré l’endormit en ma présence; une fois en somnambulisme, avant d’obéir à une suggestion de son nouvel hypnotiseur, elle me jeta un regard à la fois interrogateur et éploré, qui m’a complètement édifié sur la nature du somnambulisme électif. Rien n’est plus instructif, à mon avis, que de considérer le somnambulisme électif comme une sorte d’amour expérimentais développé sous l’influence du contact animal.

On comprend dès lors pourquoi celui qui est en rapport avec le sujet peut seul, dans certains cas, lui donner des suggestions. C’est qu’il est Yètre aimé. De sa bouche, on accepte tout.

Nous voyons donc ici par une nouvelle complication l’affection du sujet venant s’ajouter comme un élément important aux causes d’excitations des images. Il est donc impossible de considérer la suggestion comme une simple association d’idées. L’association d’idées est comme le dessin du phénomène; il n’en est pas la couleur. Il faut tenir compte et de l’autorité de celui qui parle, et de son ton de commandement, et de l’affection qu’il inspire au sujet. Ces différentes influences ne sont-elles pas, d’ailleurs, celles qui agissent sur nous à l’état normal? Nous croyons

' On a même des exemples de femmes qui se sont éprises, à l’état de veille, de leur magnétiseur.

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régler notre conduite sur la justesse d’une idée; nous ne nous doutons pas que ce qui fait la force de cette idée, ce sont ces influences inconscientes qui l’entourent, et que notre vie, qui paraît réglée par notre logique, dépend en réalité de ces petites impressions que nous ressentons sans nous en rendre compte.

Une autre condition augmente chez les hypnotiques l’intensité des images qu’on leur suggère; c’est leur état d’hyperexcitabilité psychique. Cet état existe aussi pendant la veille d’une certaine catégorie de sujets, mais il est souvent amoindri. C’est ce qui explique pourquoi la suggestion à l’état de veille ne réussit pas indistinctement chez tous les sujets hypnotisables. Il faut, de plus, y ajouter certains procédés de renforcement pour réussir. Pendant 1 hypnotisme, un mot prononcé d’une voix sans accent peut être suffisant. Pendant la veille, il faut y ajouter un accent d’autorité, répéter ces paroles et bien fixer Xattention du sujet en faisant précéder la suggestion d’un avertissement quelconque, d’un signal, comme lorsqu’on dit : « Prenez garde à ce que je vais vous apprendre, » ou simplement : «Tenez! » L’interjection a aussi pour but d’augmenter l’intensité de l’idée suggérée afin de la rendre plus efficace.

Dans l’état de suggestion post-hypnotique (nous appelons ainsi la condition du sujet réveillé du sommeil hypnotique et conservant la suggestion qu’on lui a donnée), dans cet état, la suggestibilité ne

252 ÉTUDES DE PSYCHOLOGIE EXPÉP.IMEYTALE

nous a pas paru augmentée chez nos sujets. Alors même que nos affirmations étaient dans le cercle d’idées de la suggestion persistante, elles n’avaient aucun succès

Dans les pages précédentes, quoiqu’il ait été question de l’association des idées en général, nous n’entendions parler que de l’association dite de contiguïté; l’association du mot à la chose signifiée en est le meilleur exemple. Nous voulons parler maintenant de l’association par ressemblance, qui opère, par exemple, lorsque le portrait d’une personne rappelle le modèle. Bien que toute association d idées soit formée à la fois par ressemblance et par contiguïté, comme je l’ai montré ailleurs, après les auteurs anglais % il n’en est pas moins certain que, comme le moment important du processus peut être soit une ressemblance, soit une relation de contiguïté, il est légitime de distinguer deux espèces d’associations.

L hypnotisme, d’ailleurs, nous permet de faire une analyse entre ces deux espèces d’associations. Il est une période hypnotique, pour la première

* Nous n’avons pas pu, pendant l’état de suggestion post-hypnotique, développer des contractures somnambuliques chez nos sujets, ce qui prouve au moins que chez eux l’aptitude aux contractures pendant cet état moindreqne pendant le somnambulisme. Ce qui nous a paru le plus caractéristique dans cette période, c’est, chez un de nos sujets, l'inconscience qui accompagne certaines suggestions. Pendant qu’il accomplit un acte suggéré, il n’entend pas nos demandes, et quelques secondes après l’avoir accompli, il ne se souvient de rien.

- Psychologie du raisonnement, p. 130.

l’oteN-SITÉ des IMIGES 5 IESTALES 253

(Ois décrite par Berger (de Breslau), et encore peu connue, dans laquelle la suggestion par ress™-

guïîres?'™’ 1» «“«gestion par conti¬

gu te est a peu près complètement suspendue Ce te période est celle de l’écholalie. Si l’on presse fortement, avec la main, le Yertex d’un suL en somnambulisme, on change son état; le sujet ne répond plus aux questions, il les répète comme un

gestes tous les mouYemeuts que l’on fait deYant lui, en un mot, il est devenu un automate imitateur Ceci roYientàdire, en termes psychologiques

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jet une image semblable, laquelle se dépense aussi-

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que l echolahque a le poing fermé, soit par l’effet

de imitation, soit par suite d’uneposition commuiquee, qu ou examine son Yisage : on Yoit qu’il reste impassible; c’est, du moins, ce que n\us ^serYons chez certains sujets, par exemple chez W. ; 1 association habituelle entre l’expression de la physionomie et l’attitude du corps ne se fait pas De meme, si on lui dit impérieusement : ,< Le^z- Yous », ilreste assis dans son fauteuil en se contentant de repeter ces deux mots; l’association par

PSYCHOLOGIE EXPÉRIMEXTALE.

contiguïté entre le mot et l’idée de l'acte est interrompue.

Par un contraste cnrieux et bien intéressant pour un psychologue, il existe une autre période hypnotique, chez quelques sujets, où ce sont seulement certaines associations par contiguïté qui survivent, les associations par ressemblance étant à leur tour suspendues. Chez W..., pendant la catalepsie, par exemple, Fattitude des membres se réfléchit sur l’e-xpression du visage, et une expression imprimée artificiellement au visage au moyen des électrodes se réfléchit sur 1 attitude du corps. Ici, c’est l’association par contiguïté qui opère; si on ferme le poing delà cataleptique, aussitôt son sourcil se fronce. Or, si au lieu de fermer le poing du sujet, l’opérateur lui montre son propre poing, comme il le faisait pendant la période écholalique, aucune suggestion ne se produit; le sujet reste complètement impassible, l’association par ressemblance est brisée; la vue du poing de l’opérateur ne rappelle pas à la malade, par ressemblance, l’image de son poing à elle; rien ne se fait. Chez d’autres sujets, ces deux espèces de suggestions opèrent également. Mais nous avons cru qu’il était intéressant de constater que chez quelques malades il y a une période exclusive de suggestion par ressemblance et une période exclusive de suggestion par contiguïté.

11 y aurait lieu de rechercher, lorsqu’on considère l’association des idées comme une ligne de force, quelle est l’associatiun la plus forte, celle

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