‹ Études de psychologie expérimentaleChapitre 19 sur 29 · L INTENSITÉ DES IMAGES · texte numérisé non relu

L INTENSITÉ DES IMAGES

[ENTALES

par ressemblance ou celle par contiguïté. Heidenhain, qui a traité de l’association par ressemblance sous le nom d’automatisme d’imitation, le considéré comme un automatisme du premier degré, plus simple que les cas d’association de mouvement par contiguité, auxquels il réserve le nom d automatisme du second degré. Il semble bien, en effet, que lorsqu’une idée éveille une idée semblable, la suggestion est plus directe que lorsqu’elle éveille une idée contiguë. Dans le dernier cas, remarque M. William James, l’association se fait entre des touts différents, et, dans le premier cas, elle se fait entre des fragments d’un même tout. L’association par contiguïté, pouvons-nous remarquer encore, suppose la mémoire d’une expérience antérieure; l’association par ressemblance se crée instantanément au moment où elle se produit. Une expérience déjà publiée de M. Féré et de moi semble prouver que la ressemblance l’emporte sur la contiguïté comme cause d’excitation de l’image mentale : on obtient d’un sujet une contraction dynamométrique beaucoup plus intense en lui disant d imiter l’acte de serrer que l’on fait devant lui que si on lui donne simplement l’ordre de serrer de toutes ses forces.

Quoique ces faits puissent paraître convaincants, la question posée est très difficile à résoudre ; car la force de la suggestion par ressemblance dépend de la quantité de ressemblance, de même que la force de la suggestion par contiguïté dépend du

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nombre des répétitions; or, on ne voit pas quelle commune mesure on pourrait prendre entre deux éléments aussi hétérogènes. Ce qu’il y aurait de mieux à faire serait de comparer Finfluence d’une ressemblance maxima à l’influence d’une relation de contiguïté qui s’est répétée si souvent qu^elle ne peut plus rien gagner à des répétitions nouvelles et qu elle a aussi atteint son maximum. Ces deux conditions semblent à peu près réalisées dans exemple de la suggestion d’un effort musculaire car, d une part, la ressemblance porte sur l’acte de teriner le poing, c’est-à-dire sur le même acte, elle est donc aussi grande que possible, et, d’autre part, a relation entre le mot : « Fermez le poing de toutes vos forces et le sens de ce mot, est si bien cimen ee par 1 éducation qu’aucune répétition ne pourrait rien y ajouter. Néanmoins, c’est avec outes sortes de réserves que nous disons que l’association par ressemblance est probablement plus lorte que 1 association par contiguïté.

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verbale pour augmenter Fintensilé des images. Les recherches de M. Féré ont montré que chez hystenques et plus généralement chez les hyperexcitahles. toute impression périphérique a pour eliet de produire une dynamogénie générale tem- P raire, 1 effet de cette dynamogénie est surtout l«Z pouvoir moteur, qui a l’avan-

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ypereicitable de serrer un dynamomètre pendant

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qu’on lui fait regarder un disque rouge, le sujet donne un chiffre très supérieur à son chiffre normal; la vision du rouge augmente temporairement 1 intensité de sa contraction musculaire.

J’ai voulu rechercher si cette même exaltation se manifestait dans les images mentales. Après avoir récité des vers à des sujets en somnambulisme, je les réveillai et leur demandai s’ils en avaient gardé quelque souvenir; ils étaient alors incapables d’en dire un mot. Je les priai ensuite de regarder attentivement un disque rouge, et, au bout d’une minute ou deux, ils se rappelaient en hésitant quelques fragments des vers que je leur avais récités. Leur mémoire était donc augmentée par les excitations périphériques. Le même fait s’est présenté à moi sous une autre forme. Après avoir constaté sur trois sujets, les nommés W..., Gr... et Cl..., que la vue de la clef àlaquelle j’avais attaché une suggestion de sommeil était devenue inefficace, je leur fis regarder un disque rouge, puis, sans les endormir, je leur fis reporter les yeux sur la clef; aussitôt, ils tombèrent en somnambulisme. La somniation fut si brusque qu’il était impossible de l’attribuer à une fixation prolongée de la clef. Donc, l’excitation périphérique avait rendu à l’idée suggérée de sommeil son intensité primitive, et la suggestion avait opéré. Ce disque rouge devenait, par la même occasion, un moyen précieux de donner à ces sujets des suggestions à Létat de veille.

En effet, chez les trois sujets sur lesquels nous

avons opéré, nous n’avons rien obtenu au moyen de la suggestion à l’état de veille, soit par défaut d’autorité, soit pour toute autre cause; mais l’adjonction du disque rouge nous a permis de réaliser toutes espèces de suggestions. W... ou Gr... étant éveillée, nous lui disons de pensera aller chercher une chaise au fond du laboratoire. Le sujet y pense, mais reste dans son fauteuil. Nous lui disons de résister à cette idée, et, de fait, il n’exécute aucun mouvement.^ Alors, sachant que la suggestion d actes, si c’en est une, ne s’exécutera pas, nous montrons au malade le disque rouge. Au bout de quelques secondes de contemplation, nous voyons le sujet qui se lève; il paraît hésitant, puis se rassied; sur notre invitation, il regarde de nouveau le disque, puis se lève brusquement, part comme un trait, et revient avec la chaise. Une foule d autres ordres auxquels le sujet n’aurait certainement pas obéi de son plein gré, comme de proférer un juron, ont été exécutés ponctuellement dans les mêmes conditions, pendant l’état de veille. Le sujet protestait de toutes ses forces; une fois même, nous avons attendu un quart d’heure sans rien obtenir de notre suggestion ; ensuite la vue prolongée du disque rouge détermina l’explosion de la suggestion donnée.

L effet était si net, si saisissant, que quelquesunes e nos malades finirent par s’apercevoir de 1 excitation qui leur était donnée par la vue du disque; aussi, quand elles ne voulaient pas accom-

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plir l’acte que nous nous bornions à leur indiquer, avaient-elles soin de refuser énergiquement de regarder le disque. Un etfet en sens contraire se produisit un jour. Une de nos malades désirait nous quitter au milieu de nos expériences ; elle nous en avait fait franchement l’aveu pendant le somnambulisme; mais revenue à l’état de veille, quoiqu’elle eût le même désir, elle n’osait pas nous l’exprimer ouvertement; la timidité la retenait. Cependant elle prend le disque rouge pendant que nous regardons d’un autre côté; et tout en répétant à demivoix : « Comme il est tard ! » elle se met à regarder fixement le disque. Puis, au bout de quelques secondes, elle se lève et nous dit d’un ton décidé que nous ne lui connaissions pas : « Il est tard. Je m’en vais. Bonsoir ! »

Il y avait lieu de se demander si ces résultats n’étaient pas le simple effet d’une suggestion donnée dans des conditions particulières; le malade pouvait s’imaginer que le disque rouge possédait une propriété mystérieuse qui faisait réussir la suggestion. Je dois donc ajouter qu’en employant un disque noir pour dynamogénier l’idée indiquée au sujet pendant l’état de veille, je n’ai rien obtenu ; c’est donc bien le rayon rouge qui est la cause de la dynamogénie; de plus, les rayons jaunes, verts, bleus, produisent des effets analogues, mais beaucoup moins marqués. Au reste, je dois ajouter que chez les trois sujets sur lesquels j’ai opéré, la suggestion à l’état de veille ne m’a rien donné, de

quelque appareil que j’eusse soin de Tentourer, Ce n’est là bien entendu qu’une vérité toute relative; un autre opérateur, avec plus d’autorité ou de persistance, pourrait réussir là où j’ai échoué.

La dynamogénie produite par l’excitation périphérique est un peu différente de la dynamogénie produite par la suggestion. Dans le premier cas, il s’agit d’une force diffuse dans tout l’organisme ; lorsqu’on soumet une hyperexcitable à l’action des rayons rouges, il se produit comme M. Féré l’a bien montré, une excitation dans tous les organes. La suggestion, au contraire, développe un courant qui a une direction unique. En un mot, 1 excitation périphérique correspond à une excitation diffuse, et la suggestion à une excitation localisée.

Beaucoup de personnes recherchent, sans en avoir conscience, les excitations périphériques pour augmenter l’intensité des images mentales. Le goût des névropathes pour les couleurs vives et pour toutes les sensations nouvelles tient en grande partie à cette cause. M. Féré ayant très bien étudié ce sujet, nous n’insistons pas. Nous soulignerons seulement un fait qui ne manque pas d’intérêt. On a remarqué que ceux qui se livrent à des attentats aux mœurs de diverse nature ont souvent le soin de choisir pour cadre à leurs attentats certains lieux où ils risquent d’être arrêtés, mais où ils savent que la dispositiou des objets, ou tout simplement la crainte d’être pris en flagrant délit

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