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V. — Considérations générales sur les données qui précèdent

Dans toutes les séries d'expériences que je viens de passer en revue, ce qui à été mesuré, ce n'est pas la sensibilité nerveuse pure de chaque organe, mais cette sensibilité accrue par l'attention volontaire.

La détermination dç la sensibilité des nerfsoptiques et acoustiques présente des difficultés^

(i) L'écartèment des pointes étant en raison inverse de l'acuité, on a pour trouver Tacuité du côté droit représenté par Xj le rapport suivant : î^s-- £, 21 jc= 190, x = 9,05.

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très nombreuses et très spéciales; pour les vaincre, dans tous les cas, il faudrait être à la fois oculiste, otologiste et psycho-physiologiste; quand on ne possède pas les connaissances des spécialistes, il faut nécessairement recourir à eux dans les cas anormaux; c'est déjà une première difficulté que de reconnaître ces cas. Les spécialistes en général s'occupent peu de déterminer avec précision Jes différences d'acuité entre les deux nerfs optiques ou acoustiques ; dans la pratique cela n'importe guère.

Pour l'œil, par exemple, on prie le sujet de lire les caractères de Snellen, mais à une distance (\^ 6 m. à peu près et on ne répète pas les expériences un nombre suffisant de fois pour pouvoir considérer l'attention comme également intense dans la vision droite et la vision gauche. Certains oculistes ne s'occupent même pas de déterminer l'acuité, l'examen ophtalmoscopique les renseigne sur les déformations de l'œil; ils lisent sur l'ophtalmoscope le numéro du verre à prescrire.

En somme, sauf pour les anomalies qui modifient directement l'acuité nerveuse, le psychophysiologiste peut, après correction des déformatioîis du globe de l'œil, arriver à des résultats plus concluants que ceux que l'on recueille chez les spécialistes. Ce qui est vrai pour l'œil l'est davantage encore pour l'oreille. A ma connaissance, les spécialistes n'usent guère d'appa-

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reils de précision ni des procédés, rigoureux pour déterminer directement la sensibilité des nerfs acoustiques. Dans la pratique on se sert pour apprécier l'acuité auditive du tic-tac de la montre ou des vibrations du diapason agissant à- différentes distances.

Il est impossible de corriger les malformations de Toreille comme celles de Tœil; il faut pour les expériences de psycho-physiologie, éliminer tous les sujets anormaux.

En mesurant la force des mains, Tacuité différencielle de la vision, de l'audition et du toucher, j'ai abouti à un rapport constant, le même dans toutes les expériences et qui est de lo à 9 environ. Cest-à-dire que si je choisis arbitrairement le chiffre lo pour représenter la force ou la sensibilité du côté le plus développé, je dois exprimer par 9 environ la force et la sensibilité du côté opposé; le côté fort l'emporte de 1/9 sur le côté faible. Ce chiffre sera-t-il confirmé par les expériences ultérieures? Je crois très sincèrement qu'oui, ou que tout au moins les chiffres qu'on trouvera se rapprocheront beaucoup de celui que je donne. Tout expérimentateur, si scrupuleux soit-il, se laisse jusqu'à un Certain point entraîner par des idées préconçues; plus il multiplie les épreuves, plus il a chance d'atteindre la vérité en dépit des erreurs inévitables; j'ai fait sur 200 sujets environ

17,000 séries d'expériences. Mes sujets sont presque tous pris dans le- même milieu, parmi les intellectuels, et âgés de 18 à 25 ans.

Trouverait-on chez les femmes un rapport différent? Et chez les enfants? J'^ii examiné une «eule femme et deux enfants. Leurs résultats ne diftèrent pas des précédents, mais il est évident que je ne puis hasarder en ce qui les <:oncerne, aucune conclusion.

Parmi les 200 sujets qui ont été observés Jusqu'ici, je n ai pas rencontré un seul cas d'^asymétrie croisée compensatrice, jamais un droitier pour la vision n'était gaucher pour Taudition nu point de vue de l'acuité des nerfs. Existe-t-il des cas différents, c'est possible, je n'en ai pas observé.

Je crois pouvoir affirmer, qu'au point de vue du développement du système nerveux, il -existe deux types humains, l'un droit, l'autre gauche. Le système nerveux de l'homme droit est opposable à celui de l'homme gauche, comme la main droite l'est à la gauche. Les principaux nerfs sensitifs du côté le plus développé l'emportent de 1/9 environ sur leurs homologues du côté opposé; il est à présumer que -ce qui est vrai pour les nerfs optiques, acoustiques et tactiles, est vrai aussi pour les olfactifs (la déviation de la cloison nasale semble -déjà indiquer qu'il en est ainsi), et pour les

nerfs gustatifs que quelques histologistes semblent •considérer aujourd'hui comme une variété des nerfs c^u toucher.

Quant aux nerfs moteurs,, ceux du côté le plus développé sont parcourus par des courants nerveux plus intenses, par des quantités de mouvements plus considérables et doivent par conséquent, d'une façon ou d'urne autre, accuser dans leur structure une supériorité sur ceux du côté faible.

D'après tout ce que je viens de dire, il serait légitime de conclure que chez l'homme droit, l'hémisphère cérébral gauche et chez l'homme gauche, l'hémisphère cérébral droit l'emporte en volume et en poids 3ur l'hémisphère opposé.

Or, quand on consulte les conclusions auxquelles ont abouti les divers physiologistes qui ont pesé les deux hémisphères, on est surpris de constater qu'il y a pour amsi dire deux écoles en présence : Si d'une part Luys et Boyd soutiennent que c'est l'hémisphère gauche qui ordinairement est le plus pesant des deux, d'autres : Giacomini, Gaglio, Mattei, etc.. se rangent à l'avis opposé • et déclarent que c'est ordinairement l'hémisphère droit qui l'emporte en poids (i).

On va même jusqu'à fixer la valeur de la

(l) M. DebieRre, € La moelle épinière et V encéphale », Paris, Alcan, 1B94.

prédominance du côté droit; l'hémisphère droit pèserait en moyenne 4 grammes de plus que le gauche (i). D'après MM. Morselli, Gaglio et di Mattei, chez les individus sains d'esprit aussi bien que chez les aliénés, le poids de l'hémisphère droit est généralement prédominant.»

Si, d'an autre côté, on veut bien se rappeler les conclusions de Hasse sur l'asymétrie de la face et de la boîte crânienne, conclusions parfaitement confirmées par les résultats que donnent les mensurations de la tête au moyen du conformateur, on se demande coniment il se fait que l'hémisphère gauche ordinairement le plus développé, logé dans la partie la plus large de la boîte crânienne^ pèse moins que l'hémisphère droit qui fonctionne moins et est enfermé dans une enveloppe osseuse plus petite?

On pourrait répondre tout d'abord que les expériences faites jusqu'à ce jour ne suffisent pas pour établir une conclusion définitive; on peut opposer les travaux de Luys et de Boyd à ceux de Morselli, Gaglio, etc., d'autant plus que les pesées entreprises par ces derniers ont été faites surtout sur des cerveaux d'aliénés, sur des cerveaux anormaux, peiit-être atrophiés précisément du côté gauche.

Je crois cependant qu'il n'est pas impossible

(i) M. Jules Soury, Les fonctions du cerveau; 2"^« édition, Pans, 1892.

d'accorder les conclusions de MorselH et Gaglîo avec les données psycho-physiologîques.

Les mensurations de Hasse semblent démontrer que rhémisphère qui agît le plus, est le plus développé en volume. Si la substance cérébrale des hémisphères était parfaitement homogène, le développement en volume entraînerait l'augmentation du poids. Mais il n'en est nullement ainsi. Dans chaque hémisphère il faut distinguer, au point de vue fonctionnel, la substance blanche et la substance grise,, cette dernière constituant les centres sensitivo-moteurs. De nos conclusions il ressort que les centres dans l'hémisphère gauche doivent, chez le droitier, l'emporter sur les centres de l'hémisphère droit. Supposons que les droitiers aient dans l'hémisphère gauche une quantité supérieure de substance grise et proportionnellement moins de substance blanche. (Cianini a noté que chez ses sujets l'écorce était plus forte sur l'hémisphère gauche que sur le droit.) (i) D'après les travaux de M. Baistrochi (2) et d'autres, la densité de la substance blanche dépasse toujours celle de la substance grise.

On pourrait donc admettre que l'hémisphère gauche tout en étant plus développé, pèse moins

(i) Cité par M. Soury, op. cit,^ p. 540. 11 est vrai que M. Cianini admet que l'hémisphère gauche est le plus pesant des deux.

(2) Id. id., p. 337.

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que rhémisphère droit, ce dernier serait plus petit, mais constitué par une plus grande quantité de matière dense (substance blanche) et une moindre proportion de matière moins dense (substance grise). Les recherches ultérieures infirmeront ou confirmeront cette théorie.

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