‹ Études de psychologieChapitre 11 sur 19 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

L'asymétrie des fonctions chez l'homme droit et l'homme gauche.

Les mouvements des êtres vivants sont fonctions de leur structure. Un organisme asymétrique diftèrera dans son activité d'un organisme symétrique; l'être humain étant asymétrique, à un faible degré il est vrai, il faudra trouver dans ses fonctions rinfluence de cette légère déformation.

Tout homme normal présente d'un côté du corps un développement plus considérable des os, des muscles, des nerfs; spontanément il se servira davantage du côté favorisé. La prédominance fonctionnelle résultant du développement plus grand des muscles et des nerfs se manifestera du •côté .droit chez les droitiers, du côté gauche chez les gauchers.

Pour les organes des sens chez les sujets tout à fait normaux, cette prédominance d'un des •côtés est bien facile à constater. Un droitier dont les deux yeux sont identiques comme longueur d'axes., 'transparence de cornée etc. et ne diffèrent que p^r l'acuité des nerfs, voit avec ses deux

— io8 —

yeux, mais, et souvent sans s'en douter, il regarde avec l'œil droit. PriezJe de regarder au microscope, par exemple, sans hésiter et spontanément il y appliquera l'œil droit; un gaucher fera le contraire. Si on prie les sujets de faire le geste de viser, le droitier ferme l'œil gauche et regarde le but avec l'œil droit; le gaucher fait le contraire. Il y k des personnes qui savent, sans difficulté,^ tenir fermé aussi bien Tœil droit seul, que l'œil gauche seul; c'est rare et difficile, il faut de l'exercice pour y parvenir; mais presque tout le monde peut tenir fermé sans peine l'un des deux yeux; Toçil qui peut être tenu fermé sans effort est le gauche chez les droitiers et le droit chez les gauchers.

Ce qui est vrai pour les yeux, l'est aussi pour les oreilles. Si on entend avec les deux organes, on écoute avec un seul; ordinairement le tirôit chez les droitiers, le gauche chez les gauchers.

Je dis ordinairement, parce qu'un grand nombre de personnes conservent, à la suite de maladies diverses, des lésions de l'oreille moyenne qui masquent l'acuité du nerf acoustique, et parfois cette cause de surdité siège du côté où le nerf est le plus sensible. L'inégal développement des os et des muscles fait que, naturellement et spontanément, on se sert, du moins pour les mouvements de force, de la main la plus développée. Au point de vue de l'asymétrie des fonc-

— log —

lions, il importe peu de savoir si c'est parce que depuis des centaines de générations on s'est servi de la main droite, que celle-ci est devenue plus forte; ou si c'est parce qu'elle était dès le début la plus forte que naturellement on l'a employée de préférence; quelle que soit l'origine de la différence de développement, une fois que cette différence existe, elle doit se traduire dans les fonctions. Il est remarquable que pour les mouvements qui demandent plutôt de l'adreâse, comme par exemple les çxercices de vélocité dqs doigts et tous les mouvements d'agilité qui s'acquièrent par un long entraînement, il est à peu près indifférent de choisir l'un côté du corps ou l'autre : les violonistes droitiers acquièrent à la longue une incroyable agilité dans la main gauche, et les pianistes, même gauchers, ont généralement les doigts de la main droite plus déliés.

Pour les exercices de force il n'en est pas de même ; un gaucher peut apprendre à manger, écrire et exécuter au piano des traits éblouissants en se servant de la moins développée de ses mains; niais il emploîra toujours la main gauche pour lancer une balle au loin, soulever un poids considérable, etc.; tous les gauchers que j'ai interrogés sont unanimes à reconnaître cette prédominance de la main gauche dans les exercices de force.

La différence de force entre les deux membres supérieurs est souvent liée cependant à une différence d'adresse; c'est tout naturel; spontané-

— IIO

ment le* gaucher se servira dans les exercicesd'entraînement du membre le plus fort. C'est, ainsi qu'on cite l'exemple d'enfants ayant appris à dessiner sans maître, el se servant pour cet exercice de la main gauche. Plus tard à l'école ils sont obligés de réapprendre tout ce qu'ils savaient, parce qu'on les force à se servir de la main droite. Dans les orphelinats où les élèves s'occupent, de travaux à l'aiguille, il y en a un certain nombre qui cousent de la main gauche. Une fois qu'elles ont commencé une couture^ elles seules ou leurs pareilles peuvent l'achever^ elles poussent l'aiguille de gauche à droite.

M.Jobert, dans une thèse présentée en 1885 à la Faculté de médecine de Lyon, et dans laquelle il traite la question des « gauchers comparés aux droitiers au point de vue anthropologique et médico-légal », rappelle « qu'il est certains travaux qui ne peuvent être bien faits que par deà gauchers ou des ambidextres. C'est ainsi que les sapeurs du génie sont divisés en deux groupes : sapeurs de droite et sapeurs de gauche. Or, il est très difficile et surtout très pénible de saper à droite (la force d'impulsion étant donnée par le bras gauche) pour les hommes qui ne sont pas gauchers ou ambidextres. Aussi s'adresse-t-on de préférence à ces derniers dans les régiments de génie, quand on veut obtenir de bons sapeurs de droite, qui sont du reste rares. De mêtxie, certaines professions, telles que celles de piqueuses de gants ou

cardeuses de matelas exigent une égale habileté des deux mains » (i).'

L'auteur admet que le véritable gaucher est celui chez qui toute la moitié gauche du corps l'emporte en force et en sensibilité sur . le côté droit. Il est gaucher non seulement des membres, mais encore du thoi"ax, et en même temps droitier du cerveau, si Ton accepte la théorie de Broca (2).

Au fond l'auteur a raison, bien qu'il ait escompté les résultats des expériences et des mensurations qui ont été faites plus tard. Ce qui m'étonne c'est que M. Jobert admette l'existence d'un grand nombre d'ambidextres ; il appelle ainsi les sujets qui se servent indifféremment de Tune ou de l'ai^tre main pour les travaux de force et d'adresse (3).

J'avoue que cette définition ne me satisfait qu'à moitié; parce qu'un sujet se sert indifféremment de l*une et de l'autre main pour des travaux d'adresse, on ne peut nullement conclure que l'une des mains n'est pas plus forte; quant à ceux qur se servent indifféremment de Tune et de l'autre main^ pour des travaux de force, il faudrait les étudier de très près et mesurer directement par le procédé des pesées la force de chaque main, avant de conclure qu'ils ont réellement une force égale dans les deux membres; pour ma part j'ai

(2) Id., id., p. 9.

(3) Id., id., p. II.

de la peine à croire à l'existence de véritables ambidextres et je suis persuadé que chaque fois qu'on mesurera uniquement la force des deux mains, on trouvera une différence.

L'étude de M, Jobert a surtout pour objet d'aider le médecin légiste dans la constatation des crimes ou des suicides commis par les gauchers. Le gaucher qui se donne la mort se frappe de la main gauche; en conséquence la ou les blessures que l'on trouve sur le cadavre siègent en général du côté gauche. Un gaucher qui commet un meurtre, frappe généralement sa victime au côté droit. Les droitiers font le contraire. On voit d'emblée les conséquences au point de vue i des présomptions; un gaucher qui s'est suicidé et porte une plaie au côté gauche, aura l'aspect d'une victime assassinée par un droitier. Et si le médecin et les magistrats ignorent que la victime était gauchère, on pourra soupçonner un innocent!

M. Jobert cite, d'après M. Contagne, le cas d'un ouvrier trouvé étendu sur le sol et portant au côté gauche une large blessure qui avait déterminé la mort, La lame du couteau se trouvait enfoncée profondément dans le cou, le manche était tenu serré dans la main gauche de la victime.

L'idée d'un crime avait été d'abord suggérée et regardée comme probable d'après les premières constatations de la police. Après un examen minutieux les médecins conclurent que le sujet

s'était donné la mort en se frappant de la main gauche. L'instruction apprit que la victime « était un terrassier qui se servait exclusivement de la main gauche pour son travail et pour to€t exercice pénible, bien qu il se servit de la main droite •dans les autres cas >.

La différence de développement des membres doit également exercer une influence sur la marche. En marchant régulièrement, on doit faire à chaque double pas un mouvement plus intense avec le membre inférieur le plus développé; il faudrait donc que l'on déviât forcément de la ligne droite en inclinant du côté du membre inférieur le moins iîéVeloppé. Comment se fait-il que juSqu'eh ces derniers temps on n'ait rien observé de semblable? Comme on le verra plus loin, l'audition et surtout la vision interviennent à chaque instant pour corriger la déviation qui normalement devrait se produire.

Un peintre m'a raconté que, dans les jardins du château de Versailles, les gardiens proposent à certains visiteurs de traverser, en courant, et dans le sens de la largeur, une des grandes pelouses; bien entendu le sujet qui consent à tenter l'épreuve doit la faire les yeux bandés. Dans ces conditions, les coureurs ne parviennent jamais à traverser le gazon; ils dévient à droite ou à gauche. Le peintre qui m'a rapporté ce détail ne sait malheureusement pas si les gauchers dévient dans un sens différent de celui des droitiers.

Le premier travail systématique qui, à ma.

connaissance, ait été fait sur la déviation normale et spontanée qui se produit dans la marche, est l'excelîfente étude de M. F. O. Guldberg, frèr^: du professeur d'anatomie de Christiania, que j iii cité dans les deux premières parties de ce travail. M. F. O. Guldberg est « directeur- général du ser-^ Vice des écoles d'Abnormes en Norwège ^> (i), il a publié les résultats de ses nombreuses et très consciencieuses observations 'dans ZeUschriJl fur Biologie, tome 35, fascicule 17. Nous allons les résumer :

Lorsque les animaux adultes sont brusquement séparés de leur progéniture, après un temps plus ou moins long, one^t certain de les retrouver à Tendroit même où ils ont abandonné leurs petits. Pour revenir à l'endroit d'où ils ont été chassés^ ils sont guidés selon toute apparence par l'instinct;/ mais qtïahd ce sont les jeunes qui ont été chassés d'auprès de leurs parents, ils reviennent également à l'endroit où ils les ont laissés; ici sont-ce encore l'instinct ou des sensations élémentaires qui les guident? M. Guldberg a appris par expérience que le jeune gibier, tout au début de la vie, et les oiseaux au sortir de l'cèuf, ne font que de très courtes promenades;^ et que, chose remarquable^ quand ni leurs parents, ni quelqu'adulte ne les guide, le chemin qu'ils parcourent dans leurs

(i) Gustave Guldberg, op, ciL, p. 8.

courtes pérégrinations forme toujours, plus ou moiris exactement, un cercle.

D'après notre auteur donCj les tout jeunes animaux qui à un moment donné, soit spontanément, soit effrayés par un danger, se sauvent instinctivement, s'éloignent de l'endroit où ils se trouvaient, mais au lieu de courir droit devant eux, Courent en déviant d'un côté; ce qui au bout d'un temps très court, pour les plus jeunes, les ramène fatalement à leur point de départ.

Quelle est la cause qui détermine chez les jeunes animaux la marche ou la course en cercle? Ce qui distingue . les tout jeunes sujets c'est le faible développement de leurs organes des sens; de là vient tout naturellement Tidée d'attribuer au sens de l'audition et surtout à celui de la vision une influence sur la direction de la marche.

Of, il se fait que si pour vérifier cette hypothèse, on procède à des observations systématiques et des expériences de laboratoire, on arrive à la rendre de plus en plus probable.

M. Guldberg a observé que les jeunes chiensaveugles-nés commencent par courir en cercle, mais ils finissent par courir en ligné droite lorsque les organes auditifs ont acquis un développement suffisant.

L'expérience enseigne encore que si on jette brusquement à Teau un chien adulte, il commence par nager en décrivant un cercle jusqu'au moment où, la surprise étant passée, il recouvre l'usage normal de ses organes des sens.

X — ii6 —

D'après M. Guldberg il faut donc renverser les idées reçues: il semble que la marche, la course, la nage en ligne droite soient seules normales et résultent des mouvements spontanés des muscles de la locomotion. Eh bien, non, le travail spontané des muscles locomoteurs doit nécessairement produire une progression en forme de cercle, puisque les muscles des deux moitiés du corps sont inégalement développés et produisent un travail inégal; ce qui corrige, redresse la marche suivant la direction rectiligne, ce sont les notions sur l'espace fournies par l'audition, l'olfaction et surtout la vision.

Pour démontrer la justesse de sa thèse, M. Guldberg a fait des expériences sur des chiens, des lapins, des souris, des pigeons, des poissons et quelques grands mammifères.

Pour quelques sujets on s'est contenté de les priver temporairement de l'usage des oreilles, des yeux, des narines; chez d'autres on a extirpé les organes des sens.

Certains opérés refusent de se mouvoir; on a beaucoup de peine à les mettre en train (i).

Les sujets privés du contrôle des sens^ions, progressent suivant une direction circulaire; les pigeons opérés volent, pendant peu de temps, en décrivant deux ou trois cercles très petits;

(i) Guldberg, op. cit., p. 429.

les poissons privés de sensations, nagent en cercle, etc. Tous les animaux mis dans les conditions décrites, progressent en décrivant un cercle plus ou moins grande et qui, chez le même individu, a toujours son centre situé du même côté de la ligne représentant la direction rectiligne habituelle; seulement les uns dévient à droite et les autres dévient à gauche.

L'auteur a fait faire des expériences dans une école d*aveugles; on a observé que tous les sujets ont une tendance à dévier, donc à commencer la marche en cercle; les aveugles se guident dans la marche par l'audition, l'olfaction et les sensations de contact résultant des pressions des pieds sur le sol; ces sensations suffisent pour rendre impossible la marche en cercle, mais elles ne peuvent empêcher une légère déviation. Parmi les sujets observés, les uns dévient à droite, les autres à gauche; malheureusement on ne nous dit pas si ceux qui dévient à gauche sont droitiers et ceux qui dévient à droite gauchers.

D'autres expériences faites sur des hommes dont les yeux étaient recouverts d'un épais bandeau, donnent les mêmes résultats que celles faite^î sur les enfants aveugles.

Si on fait ramer des hommes privés de la vue, l'embarcation décrit un mouvement en cercle; et si l'on rame assez vite, elle fait une suite de cercles dont l'ensemble forme une spirale.

— Ii8 —

Donc chez Thomme aussi bien que chez les animaux, quand le contrôle des sens fait défaut, la progression a lieu non suivant une ligne droite, mais suivant un cercle. De plus, chez le même individu, quand bien entendu il se trouve dans les mêmes conditions et notamment porte la même charge, la déviation se produit toujours du même côté.

La cause de cette déviation c'est l'asymétrie des organes de la locomotion ; M. Guldberg a mesuré et pesé les organes locomoteurs du côté droit et du côté gauche chez les animaux dont il s'est servi dans ses expériences ; chez tous il y a, d'un des côtés, prédominance de volume et de poids (i).

L'auteur distingue deux sortes de mouvements ou mieux progressions en cercle : Tune physiologique, artificielle, provoquée, telle qu'on peut la réaliser dans un laboratoire, mais qui ne se réalise pas dans la vie ordinaire; c'est la locomotion circulaire physiologique que nous venons de décrire; les hommes ou les animaux privés de. l'usage de tout ou partie de leurs organes des sens progressent suivant une* direction circulaire; le cercle parcouru dans les expéri^ces de laboratoire est relativement petit; ou, si on -veut, la déviation produite par' la suppression

(i) Guldberg, op. cit. p. 431.

— lîQ —

OU l'obnubilation de certains organes des sens est relativement considérable.

Mais à côté de Ja déviation physiologique artificielle. M* Guldberg distingue une progression circulaire normale et qu'il appelle biologique; celle-ci se manifeste dans certaines circonstances, lorsque les organes des sens, tout en demeurant intacts, se trouvent néanmoins dans les conditions telles que leurs indications deviennent confuses.

Pour servir de transition entre les progressions physiologique et biologique, l'auteur cite les mouvements des poissons et de certains oiseaux dans des circonstances particulières : les poissons, lorsque Ton pêche à la lumière électrique, nagent en tournant autour de cette lumière; de même certains oiseaux volent en cercle autour des phares; sont-ce là, se demande M. Guldberg, des déviations physiologiques? Il croit qu'oui, en faisant' observer que les poissons et les oiseaux éblouis par une lumière intense, sont comparables aufc animaux momentanément aveuglés, observés au laboratoire.

Les déviations que M. Guldberg appelle biologiques s'observent nettement dans certains cas. L'auteur cite plusieurs exemples. En voici un : Monsieur S. part en traîneau de la localité qu'il habite, sur la rive gauche d'un lac pris par là glace; il s'avance en ligne droite pour atteindre une autre ville située sur la même rive, plusieurs kilomètres plus bas. Le bord du lac étant presque

droit, il suffit d'aller devant soi. — Survient une tempête de neige; impossible de voir à un pasj le conducteur maintient le cheval dirigé du côté gauche pour ne pas s'éloigner de la rive qu'il croit suivre. Après une marche de quatre à cinq heures, il approche d'une ville, se croit arrivé,, constate à sa profonde stupéfaction qu'il est revenu à son point de départ! Il avait cru avancer en ligne droite, s'efforçant niême de corriger les écarts possibles du cheval, et le mouvement exécuté a été circulaire et déviant à droite. Notez que le conducteur croyait maintenir le cheval contre la rive qu'il avait à main gauche.

Un exemple à peu près analogue est celui d'un cheval à qui l'on veut faire traverser la glace en ligne droite pour atteindre une localité située en face de celle d'où l'on part et qui n'est distante que de 3 1/2 kilomètres. Le cheval guidé suivant une direction que le conducteur estime être rectiligne, tourne deux fois en cercle et aboutit presque à son point de départ; il décrit deux fois un cercle de 1,5 kilomètre de rayon ou 3 kilomètres de diamètre; il est donc arrivé deux fois à un demi kilomètre de l'endroit qu'on voulait atteindre.

Le travail de M. Guldberg renferme des tracés représentant le chemin parcouru par le gibier et le chasseur, i) dans une chasse au lièvre, 2) dans une chasse au renard.

On n'en finirait pas de citer les nombreux exemples que l'auteur a recueillis et observés lui-même pour démontrer la justesse de sa thèse : il existe donc, à côté de la dévia!tion physiologique artificielle obtenue dans les laboratoires^ en enlevant au sujet l'usage d'un ou de plusieurs organes des sens, il existe une déviation naturelle qui se produit toutes les fois que les organes des sens se trouvent dans des conditions spéciales, qui les empêchent d'agir pleinement; le brouillard, l'obscurité, la neige, en privant les yeux de points de repère empêchent ceux-ci d'intervenir efficacement dans la direction de la marche; dès lors, le sujet livré uniquement aux sensations musculaires, et qui croit faire des efforts égaux avec des muscles en réalité inégaux, avance en déviant du côté où les muscles sont les plus faibles. Donc naturellement et spontanément, conclut M. Guldberg, les animaux progressent non suivant une ligne droite, mais suivant un cercle, et la marche normale est non pas rectiligne, mais circulaire.

Les expériences et les observations de M. Guldberg sont, comme on voit, fort intéressantes, mais au point de vue qui nous occupe elles sont incomplètes. L'auteur a bien observé que les hommes et les animaux dévient tantôt à droite et tantôt à gauche^ il remarque que le lièvre poursuivi par le chasiseur et dont la fuite est décrite à la

page 446, fait des cercles dont les centres sont tous situés du côté gauche, et que par conséquent ce lièvre est droitier, mais on n'a pas fait d'observations systématiques en prenant à part des droitiers et des gauchers avérés. M. Guldberg dit que ]es divers individus dévient plus ou moins fort, c'est-à-dire décrivent des cercles plus ou moins grands, mais que chez chaque individu le sens de la déviation (à droite ou à gauche) est constant (i).

J'ai refait une partie des expériences de M. Guldberg en séparant mes sujets en deux groupes : les droitiers d'une part, les gaucher3 d'autre part. Tous les sujets qui ont pris part à ces expériences ont déjà subi toute la' série des mensurations précédentes, ce sont donc de vrais droitiers et de vrais gauchers, chez lesquels la prédominance nerveuse a été constatée et mesurée; ils étaient au nombre de quarante: vingt gauchers et vingt droitiers.

La première condition à remplir pour que les expériences fussent concluantes, c'était de trouver un terrain aussi uni que possible et

(i) II cite néanmoins une exception, un sujet, qui en ramant dans le brouillard dévie à gauche, et. qui, une fois marchant dans les ténèbres dévie à droite; ce serait là un cas qui confirmerait l'existence d'une asymétrie croisée, seulement il faudrait l'étudier de près et ne pas conclure d'après un seul sujet, qui une seule fois a dévié à droite.

parfaitement horizontal ; il va de soi que sur un terrain en* pente les sujets dévient tous plus' ou moins du côté de la déclivité.

Uatrium de notre université- est à peu près •dans les conditions voulues; comme il est dallé, on peut très facilement déterminer les directions en ligne droite, même eh partant de différents points. Les sujets étaient privés complètement de Tusage des yeux par l'application <i'un bandeau épais et suffisamment large pour recouvrir également .le nez et les oreilles. On plaçait chaque sujet oien d'aplomb, de façon que les deux jambes appuyassent par derrière à unç surface plane perpendiculaire à la ligne droite qu'il .iaUait suivre. A quinze mètres environ en ^vant du sujet et sur la ligne droite se trouvait un. objet désigné comme but; le sujet regardait longuement le but, puis on lui serrait le bandeau sur les yeux; au signal convenu il partait et faisait un nombre de pas, fixé à l'avance, en proportion inverse de la longueur de ses jambes.

La façon de marcher des sujets est fort différente; les uns marchent posément, les autres vite, tous dévient, mais la déviation n'est pas également accusée pour chacun. Enfin, tous nos gauchers dévient à droite, tous nos droitiers dévient à gauche.

L'intensité de la déviation me semble dé-

Digitizad by VjOOQIC

pendre avant tout de la rapidité de la marche;: des sujets qui dévient extrêmement peu quand on leur permet de marcher à Taise, s'écartent considérablement de la ligne droite lorsqu'on les force à hâter le pas. Le maximum de déviation s'obtient dans la course. Aussi lorsque M. Guldberg déclare que les cercles formés dans les cas de déviation physiologiques observés par lui sont plus ou moins grands d'après les individus, je me demande s'il a tenu compte de la vitesse et surtout de la vitesse relative, j'entends par là le chemin parcouru dans l'unité de temps par un individu de longueur de jambes déterminée. En faisant faire à mes sujets l'expérience un peu modifiée, j'ai entrevu la possibilité d'établir un rapport fixe. Si on demande à chaque sujet de faire un nombre égal de pas durant le même temps et bien entendu en ligne droite, on observe alors que la déviation en pas est à peu près identique chez tous les sujets; pour la vitesse atteinte dans mes expériences, la déviation a été de un pas environ à droite ou à gauche pov^r six pas en avant

Le nombre des expériences faites jusqu'ici est insuffisant pour établir si oui ou non il y a une déviation constante pour chaque degré diffé-rent de vitesse. Dans tous les cas, il est constant que la déviation, qui est toujours de même sens chez le même individu, se produit à gauche chez les droitiers et à droite chez les gauchers. Si les

expériences ultérieures établissaient que l'intensité de la déviation, non seulement dépend de la vitesse, ce qui est démontré, mais ne dépend que de la vitesse rapportée à l'individu, c'est-à-dire du nombre de pas faits durant l'unité de temps, cela confirmerait l'existence, au point de vue du développement osseux et musculaire, d'un rapport constant entre les deux moitiés droite et gauche du corps de tout homme normal.

L'asymétrie fonctionnelle sur laquelle nous avons donné quelques aperçus, est une asymétrie normale telle qu'on la trouve chez des sujets sains et normalement développés, avec prédominance du côté droit ou du côté gauche. L'asymétrie fonctionnelle est, selon toute apparence, plus marquée chez les sujets qui, par suite de maladie ou de travaux de force souvent répétés, sont devenus plus asymétriques que les sujets ordinaires. Les cordonniers que j'ai interrogés m'affirment, que chez les sujets qui marchent beaucoup, on constate entre les deux pieds une différence de largeur beaucoup plus accentuée que celle que l'on observe chez la généralité des clients. La même chose se constate chez ceux qui font régulièrement de l'escrime; le pied le plus développé (droit ou gauche) diffère de largeur d'avec l'autre, et cette différence peut «atteindre un centimètre, même davantage.

Lés tailleurs ont observé également une exagération de Tasymétrie chez les amateursd*escrime. Certains métiers, celui de coupeur paf exemple, développent outre mesure la main dont on -se sert; tous les travaux de force qui se font avec Tune des mains (la plus développée) finissent par produire une différence plus considérable que celle qui s'observe chez lea sujets ordinaires, différence que j'exprime par le rapport lo à 9. Toutefois, avant de pouvoir fixer cette influence du travail de force inégalement accompli par deux organes homologues, il faudrait faire des mensurations sur des artisans; il serait très intéressant et relativement facile de faire des mensurations sur tous les membres d'un cercle d'escrime, ou encore de prendre les dimensions de3 pieds chez les facteurs de la poste^ par exemple ; les cordonniers qui travaillent pour ces fonctionnaires "doivent être renseignés sur ce point; mais je n'ai pas encore eu l'occasion de faire une enquête.

L'asymétrie exagérée ne se produit pas seulement par l'usage habituel des travaux de force exécutés de préférence par Tun des membres supérieurs ou inférieurs; certaines maladies laissent des traces dans certains organes des sens; les lésions de l'oreille moyenne, par exemple, ne siègent pas toujours du côté de l'oreille la moins fine; je dois cependant observer que sur les douze sujets que j'ai examinés et qui avaient

une lésion de l'oreille moyenne, deux seulement portaient cette lésion du côté de Toreille la plus fine; chez les dix autres, l'oreille la moins bonne au point de vue nerveux était également celle que la maladie >avait altérée. Voilà donc un sujet chez lequel l'asymétrie des oreilles est accidentellement beaucoup plus intense que chez la moyenne des sujets, bien que l'asymétrie exagérée soit ici simplement apparente. Pour tous les organes on peut trouver des cas d'asymétrie exagérée; seulement, et c'est ce qui caractérise cette asymétrie anormale, on trouvera une différence beaucoup plus grande que 1/9 entre les deux mains d'un coupeur, par exemple; mais cette différence n'existera que pour les mains, et le rapport normal se retrouvera entre l'acuité des oreilles, des deux yeux, etc.

L'asymétrie anormale ne porte que sur une partie de l'organisme, tandis que l'asymétrie normale s'étend absolument à toutes les parties paires du corps, toujours dans le même sens et selon toute probabilité dans un rapport constant, ,

L'asymétrie exagérée et partielle n'est, selon toute vraisemblance, pas héréditaire, ou si elle Test c'est à un degré extrêmement faible, puisqu'elle n'a existé que chez un seul ascendant et encore par accident; son. influence ne saurait, au point de vue héréditaire, contre-balancer des tendances contraires * accumulées dans une race depuis plusieurs générations.

Ceci nous amène à examiner la question de l'origine de l'asymétrie normale.

Les opinions les plus diverses ont été émises sur ce sujet. Les auteurs se partagent ein deux g^roupes. Ceux qui admettent une origine physiologique résultant de l'exercice, de l'usage établi volontairement et ceux qui admettent une origine simplement anatomique.

Tant qu'on a considéré uniquement comme droitiers ceux qui sont plus forts et plus habiles de la main droite, et comme gauchers ceux chez qui la main gauche l'emporte en force et en adresse, et cela sans s'inquiéter de la différence d acuité entre les nerfs sensitifs droits et gauches, on a pu soutenir la théorie de l'origine volontaire de la droiterie et de la gaucherie. L'homme trouvant le côté droit plus noble que le gauche {pourquoi?.... les partisans de l'origine volontaire seraient bien embarrassés de le dire) s'est habitué à développer la main et le bras droit. Les nerfs sensitifs et moteurs du membre préféré, aboutissant en majeure partie à l'hémisphère gauche, il s'est fait^ que cet hémisphère s'est développé davantage et plus vite que l'hémisphère droit, que par conséquent les centres visuel, auditif, tactile, gustatif, etc., se sont trouvés mûris plus tôt du côté gauche; or, comme ces centres formés plus vite se trouvent reliés, à l'oreille, à l'œil droits, à la peau du côté droit, nous voyons plus vite avec l'œil droit, nous entendons plus vite avec l'oreille droite, etc.

D'après cette théorie les gauchers sont ceux qui accidentellement ont été forcés de développer la main gauche avant la droite ; les nerfs de cette main aboutissant à l'hémisphère droit, c'est de •ce côté que le cerveau s'est formé d'abord et que les centres ont mûri; d'où développement plus hâtif de l'œil, de l'oreille, de la main, du côté gauche. ^Cette théorie plus ou moins soutenable tant' qu'on ne considère que le développement inégal des mains, perd singulièrement de sa vraisemblance, quand on constate que la même différence qui se manifeste entre les membres supérieurs existe aussi entre les deux yeux, les deux oreilles, etc. Quand on constate que l'œil droit l'emporte de 1/9 en acuité sur l'œil gauche et la main droite de 1/9 en force sur la main opposée, de quel droit peut-on soutenir que c'est la main qui a commencé à se développer davantage à droite et a produit le développement plus hâtif du centre visuel de l'œil droit! Bien longtemps avant d'apprendre à se servir de préférence de l.i main droite, le nouveau-né a les yeux et les centres visuels déjà formés. Ne pourrait-on soutenir avec tout autant de' vraisemblance que l'œil droit de l'enfant se développe plus vite que l'œil gauche et que c'est delà que résulte dans l'hémisphère gauche une maturation plus hâtive des centres moteurs de la main droite?

Si l'on prétend que l'exercice seul est la cause •de la droiterie et de la gaucherie, on doit admettre

qu'avant que la sélection d'un des membres supérieurs ait produit ses effets^ l'organisme était parfaitement symétrique et que c'est l'exercice prépondérant d'une des deux mains qui a produit l'asymétrie. Cette opinion est en contradiction avec toutes les données les plus sérieuses recueillies par les savants qui ont fait des mensurations sur les nouveau-nés, Harting, Gaup, etc. Enfin^ si l'exercice seul est la cause de l'asymétrie des membres et des organes des sens, il faut bien admettre que le deg^ré de cette cisymétrie devra être différent d'après la durée et l'intensité de ces exercices. Or, nous constatons que chez tous lés sujets normaux, le rapport qui exprime la force d'une part, l'acuité nerveuse d'autre part,, est rendu par un chiffre unique et constant, aussi bien pour les mains que pour les yeux, les oreilles, etc. Que si les partisans de la théorie répondent qu'en effet l'exercice seul ne peut produire une déformation aussi profonde, mais que cette habitude a une si puissante influence, parce que son action est renforcée par l'hérédité, j'objecterai que si l'hérédité a fixé dès la naissance une différence fixe entre les deux moitiés du corps ou du moins une tendance à l'asymétrie, il devient impossible ^'expliquer le cas du gaucher qui lui, accidentellement ,. développe tout le côté gauche de son organisme en se servant davantage de la main gauche. L'on constate chez le gaucher le même rapport entre la force des deux membres, l'acuité des organes

Digitjzed by

des sens, 1/9 comme chez le droitier. Voilà donc d'une part un droitier descendant de droitiers et dont le côté droit l'emporte de 1/9 sur le côté gauche, par suite de Texercice et des tendances héréditaires; en regard un gaucher descendant également d'une série de droitiers, qui exerce de préférence sa main gauche et par ce simple exercice enraie toute l'influence de -l'hérédité au point de devenir un type d'homme rigoureusement et mathématiquement opposable au premier! Il n'y a qu'une manière, à mon sens, de ne pas se mettre en opposition avec les faits, si l'on veut défendre la théorie de l'origine physiologique ; c'est d'admettre qu'au commencement il existait des types humains parfaitement symétriques.

De toute façon, quand on considèrç l'exercice comme unique cause de l'asymétrie, il faut en arriver là. Donc, il y a trè3 longtemps, les hommes^ étciient symétriques : la grande majorité de ces types symétriques guidés par des idées philosophiques, ou religieuses, ou esthétiques, a préféré la main et le côté droits, et les a systématique-, ment développés; comme conséquence s'est produit le développement plus considérable de l'œil droit, de l'oreille droite, etc.; ainsi s'est formé petit à petit le type de l'homme droit. L'usage persistant en vertu des idées transmises d'abord, et plus tard Phérédité, déterminant une prédominance congénitale, ont créé le droitier. Par usage continu et transmission héréditaire ce type doit

nécessairement se renforcer de plus en plus et devenir de siècle en siècle plus caractéristique. Il faut bien aussi dans cette théorie admettre, qu'au temps des hommes symétriques, une minorité a préféré la main et le côté gauches; et de même que la majorité des hommes créait, par l'exercice constant et l'hérédité, le type toujours plus accusé de l'homme droit, les gauchers, par l'exercice et l'hérédité, créaient le type toujours plus marqué de l'homme gauche. Comment se fait-il qu'aujourd'hui la différence entre les deux côtés de l'organisme s'exprime chez l'un et l'autre type par un ^ chiffre identique ! Est-ce que les droitiers et les gauchers auraient commencé à se déformer environ à la même époque, de manière que la somme d'exercices faits par les deux espèces d'hommes serait à l'heure actuelle tout à fait égale?

Il me semble beaucoup plus raisonnable de se rallier à la théorie opposée. Les hommes ne sont pas devenus en majorité droitiers parce qu'ils trouvaient cette attitude plus noble, plus belle; ils ont considéré le côté droit commtî plus noble, parce que chez la grande majorité de leurs semblables ce côté se trouve être prépondérant.

Aucun psychologue ne s'étonnera de constater une fois de plus que l'homme se fait un titre de supériorité d'une manière d'être qui lui a été fatalement imposée; au fond « dans

son composé » personne « ne trouve à redire »; les faits dirigent nos jugements bien plus fréquemmemt que nos idées ne dirigent les faits. On se demande quand auraient vécu ces hommes symétriques qui eurent l'idée de se déformer eux et leurs descendants uniquement poussés par une considération esthétique! Comment serait-il possible que tant de races, si diverses de religion, de mœurs, d'idées, eussent eu toutes le même sentiment sur la valeur du côté droit?

Parcourons les monuments littéraires et artistiques les plus anciens chez les Grecs, les Romains, les Juifs, les Germains, partout nous trouvons exprimée la supériorité du côté droit.

Selon nous, l'homipe a dès le principe été asymétrique, Tun des côtés Ta toujours emporté en force et en sensibilité; chez les diverses grandes races qui ont tour à tour dominé l'Europe, le type droit était de loin le plus fréquent Cette prédominance du côté droit existet-elle dans toutes les races? D'après le docteur Wilson Johnstone, de Loodians, on rencontrerait che? les habitants du Pend-Jad 70 % de gauchers (i).

La prédominance d'un des côtés sur l'autre a-t-elle toujours été aussi marquée que de nos

(i) Cité par M. Jobert, op, cit. p. ri.

jours? Ce n'est pas sûr. — Je ferai néanmoins observer que, d'après les proportions de la tête de U Vénus de Milo, le rapport entre les deux moitiés de l'organisme est de nos jours identique à ce qu'il était à l'époque des chefs-^ -d'oeuvres de la statuaire grecque.

En disant que l'homme naît avec une prédominance tantôt du côté droit, tantôt du côté gauche, art-on indiqué la véritable cause de la droiterie et de la gaucherie?

On pourrait supposer que tous les gauchers descendent d'un archétype, la gaucherie serait due à l'atavisme. Mais comment ce premier archétype lui-même s'est-il formé? — Dans les ^exemples que l'on donne pour appuyer la théorie de la gaucherie héréditaire, Delaunay cite entre autres « un gaucher dont le père et la grand' mère maternelle étaient gauchers, et qui avait deux' garçons dans le même cas et deux filles droitières » (i). — Je ne nie pas que la gaucherie puisse être héréditaire, mais je suis très porté ' à croire qu'elle l'est par une influence mécanique. Les ingénieuses expériences de M. Dareste (2) sur l'influence qu'a la position de l'embryon sur son développement, me paraissent de nature à jeter un certain jour sur la cause mystérieuse qui produit les droitiers et les gauchers. Ce

(i) M. JoBERT, op, city p. 31.

(2) Id., id., p. 30.

serait la position du fœtus dans Tutérus qui déterminerait le développement prédominant de l'un des côtés de l'organisme. Je disais tantôt que la cause héréditaire de la gaucherie pourrait bien être une cause mécanique. Chacun sait que le bassin de la femme est en rapport, par sa forme et ses dimensions, avec le développement de la tête des nouveau-nés, et que dans l'espèce humaine « le volume de la tête du fœtus augmente de siècle en siècle » (i). Nous savons que la femme droitière a la hanche plus développée à' droite, la gauchère la hanche plus forte à gauche, le bassin est différemment développé à droite et à gauche, cette structure du bassin ne pourrait-elle influer sur la position de l'embryon? ou du moins /avoriser le développement prépondérant du côté gauche?

En admettant que la gaucherie résulte de la position anormale du fœtus, position anormale qui se produirait plus souvent dans le bassin développé à gauche, ne fût-ce qu'en vertu des mouvements de locomotion de la femme gauchère, comment débuterait le développement à gauche? — Avec un certain nombre d'auteurs, je suis très porté à croire que c'est dans le développement du système vasculaire qu'il faut chercher la première cause de la droiterie et de la gau-

(i) Delaunay, Etudes de Biologie comparées, Paris, 1878, I® partie, p. 201.

cherie; très tôt chez l'embryon le développement des anses vasculaires se ferait dans un sens ou dans Tautre, suivant la position de Tovule féconde? Je me hâte de dire que ce n'est là qu'une hypothèse, mais à tout prendre la théorie qui domine comme cause unique, l'exercice, n'étant pas soutenable; et d'autre part, la théorie de l'hérédité ne suffisant pas pour expliquer l'apparition du premier type gaucher, ni à rendre compte de ce fait bien constaté qu'une gauchère a à la fois des enfants droitiers et d'autres gauchers; je crois^ dis-je, probable que la gaucherie comme la droiterie ne sont pas directement héréditaires; qu'elles résultent de causes mécaniques inégalement opérantes dans les divers cas. La droiterie et la gaucherie sont congénitales. On naît droitier ou gaucher : aucun entraînement ne fera d'un gaucher un droitier; la constance des rapports entre la force et la sensibilité des deux côtés de l'organisme prouve que la cause de l'asymétrie est anatomique.

Page 1