‹ Études de psychologieChapitre 16 sur 19 · I. — Stimulations auditives (i · texte numérisé non relu

I. — Stimulations auditives (i

Les expériences ont été taites durant Thiver 1892* 1893; elles ont été extraordinairement nombreuses; chaque sujet ayant fait 20 séries de 20 expériences soit 400.

1. Dispositif expérimental. — Les stimulations sonores étaient produites par la chute d'un

(i) Cette première étude a paru en 1893 dans lesf Philosophùche . Studién de M. Wundt. Livre X, fasc. I.

marteau électro-magnétique dont la tête retombait sur une enclume sonore. Cest l'appareil employé au laboratoire de psychologie de Leipzig. Le marteau, le timbre signal, et le bouton que le sujet doit lâcher au moment où il • a perçu le son, étaient disposés dans une chambre spéciale, la chambre de réaction. Le chronoscope de Hipp, le rhéocorde et le bouton qui ferme le circuit du timbre signal, ainsi que les batteries se trouvaient dans une autre chambre, pièce principale du laboratoire.

Chaque semaine, le chronoscope a ^té contrôlé au moyen du grand marteau-contrôle (nouveau modèle) décrit par M. Wundt dans ses « Grùndzûgen der Physiologischen Psychologie (4 Aufl., II, p. 33) ». Les variations du chronoscope ont été très faibles par suite de la régularité avec laquelle on prenait soin de renverser les courants.

Nous avons pris des précautions toutes spéciales pour empêcher que le sujet subisse autre chose que des stimulations auditives pures. Ainsi pendant toute la durée des expériences la chambre de réaction était plongée dans une obscurité complète. Le sujet, toujours placé de la même manière, le coude droit appuyé sur le support où se trouvait le marteau et le bouton mobile, doit s'habituer à réagir sans difficulté dans l'obscurité. Après une période d'entraînement, plus ou moins longue d'après les individus.

tous les sujets en arrivaient à réagir aussi vite et aussi sûrement dans l'obscurité qu'à la lumière du jour. Les réactions faites dans la chambre noire sont bîen nettement et purement auditives; le sujet ne pouvant voir le marteau, et n'étant distrait par aucune image visuelle, prête toute son attention aux stimulations sonores.

Pour assurer la régularité des opérations, j'ai fait moi-même toutes les expériences. J'avais remarqué que le même sujet, travaillant avec des expérimentateurs différents, ne donnait pas ^ toujours des résultats égaux. L'habitude de diriger les expériences, surtout en si grand nombre, donne après quelque temps une telle régularité que l'on agit pour aussi dire rythmiquement. Un assistant inscrivait les indications du chronoscope.

II. Quelques détails sur les circonstances dans lesquelles les expériences se sont faites :

Nombre de sujets : Les étudiants de diverses facultés, qui ont pris part à toutes les séries de recherches, étaient au nombre de onze. Je les ai divisés en groupes; chacun se présentait au laboratoire deux fois par semaine; il y avait 6 groupes en tout.

Momeiîts du jour où se faisaient les expé-riences : Tous les soirs de 5 heures à 7 heures. Chaque groupe réagissait deux fois par semaine, tantôt pendant la première heure, tan-

tôt pendant la deuxième. Chaque sujet faisait ordinairement 66 réactions: 3 séries de 20; et comme chaque groupe (sauf le 6®) se composait de deux sujets, ceux-ci se relayaient, chacun se reposant environ un quart d'heure entre les séries. Parfois, très rarement, certains^ sujets faisaient 4 séries, et d'autres deux seulement. Mais ce sont là des exceptions.

Nombre des réactions. Dans un travail comme celui-ci où Ton essayait d'étudier l'influence de la circulation et par conséquent de ses variations, il était indispensable de faire un très grand nombre d'expériences. Après une assez longue période d'entraînement, quand le sujet était absolument prêt, commençaient les véritables expériences : 20 séries de 20 réactions; en tout 400.

Comment on constatait la rapidité de la circulation : Mon assistant et moi prenions, chacun le pouls radial, l'un du côté droit, l'autre du côté gauche. Nous comptions les pulsations à voix basse et chacun à part pendant une minute entière. En cas de désaccord entre nos résultats, nous recommencions l'expérience, même pour une différence d'une seule pulsation. Pour ne pas influencer le sujet, on se gardait de lui faire connaître le nombre de battements; nous les inscrivions immédiatement avant chaque série de réactions.

Le lecteur remarquera peut-être que les chiffres qui expriment le nombre de pulsations

constatées chez la plupart de nos. sujets, sont relativement élevés. La cause en est double : jo nos sujets étaient tous des jeunes gens d'environ 20 ans; 2** toutes nos expériences ont été faites vers 6 heures du soir.

lïftensité de la stimulation : La tête du marteau, au repos, se trouvait à 2 mm , au-dessus de Tcnclume; la stimulation était donc pour tous les sujets et dans tous les cas, d'une intensité modérée.

Le signal : c'était un timbre électrique donnant un coup sec, 5 secondes avant chaque stimulation. Celles-ci se suivaient de minute en minute.

Nature des réactiofis : Toutes ont été des réactions sensorielles.

IIL Résultats.

Les tableaux suivants donnent les résultats obtenus :

Nombre de Temps de

Variations

Nombre de

pulsations. réaction.

moyennes.

réactions.

De 70 a 80 130

» 100 » iio 117

Nombre de

Temps de

Variations

Nombre de

pulsations.

réaction.

moyennes.

réactions.

De 70 à 80

Nombre de

Temps de

Variations

Nombre de

pulsations.

réaction.

moyennes.

réactions.

De 70 à 80

Nombre de

Temps de

Variations

Nombre de

pulsations.

réaction.

moyennes.

réactions.

De 80 à 90

» 100 » IIO

M. G. Th.

Temps de

Variations

Nombre de

pulsations.

réaction.

moyennes.

réactions.

De 70 à 80

Nombre de

' Temps de

Variations

Nombre de

pulsations.

réaction.

moyennes.

réactions.

De 80 à 90

Les résultats obtenus chez ces six premiers sujets sont absolument concordants. Il est regrettable que les variations moyennes soient si élevées; malgré tout il apparaît que le temps de réaction diminue quand le pouls s'accélère. Chez les deux premiers sujets, les temps de réaction diminuent de ^ quand le nombre des pulsations passe de 70 à 100, chez le premier, de 70 à 90, chez le second.

L'influence de la circulation est encore plus évidente chez les sujets E. B. et P. v. d. H.; chez l'un, le temps de réaction diminue de près de g quand le nombre de pulsations passe de 70 à 90; et chez l'autre de i quand on a 100 pulsations au lieu de 80.

Chez les cinq sujets dont nous avons à parler maintenant, les résultats sont conformes à ceux qu'ont donnés les six premiers, sauf quand le pouls est très lent ou très rapide ; bref, chez ces sujets apparaissent une limite inférieure et une limite supérieure au delà desquelles la vitesse de la circulation n'agit plus favorablement sur la cérébration.

Nombre de Temps de

Variations

Nombre de

pulsations. réaction.

moyennes.

réactions.

De 60 à 70 174

M. L. Da.

Nombre de Temps de

Variations

pulsations. réaction.

moyennes.

réactions.

De 80 à 90 146

Les deux sujets suivants ont également quelques réactions qui sortent de la règle, mais c^est quand le pouls était exceptionnellement rapide.

Nombre de

Teràps de

Variations

Nombre de

pulsations.

réaction.

moyennes.

réactions.

De 70 à 80

» 80 » go

» 100 » IIO

' M, Z. Do.

Temps de

Variations

Nombre de

pulsations.

réaction.

moyennes.

réactions.

De 90 à 100

» 100 )> IIO

» IIO » 120

Enfin voici un sujet extraordinaire dont le nombre de pulsations n'a jamais été en dessous de cent, sans que le sujet eut le moindre symptôme de fièvre. Pour 20 réactions il a même atteint le nombre extraordinaire de 1 24 pulsations

à la minute. Chez ce sujet le temps de réaction augmente à mesufe que le pouls s'accélère.

M. Bra.

Temps de

Variations

Nombre de

pulsations.

réaction.

moyennes.

réactions.

De loo à iio

'» no » I20

Conclusion : Les résultats de ces 4400 réactions, faites dans des conditions identiques, montre que la rapidité de la circulation sanguine influe sur le temps de réaction. Sauf pour 720 réactions placées aux limites extrêmes de vitesse, donc pour 3680 réactions il est légitime d'admettre que : eu dessous d'un ?naximu7n et au-dessus d'un minimum de vitesse, variable pour chaque individu, d'une manière générale, le temps de réaction pour les stimulations auditives diminue quand la circulation sanguine s'accélère.

IL Stimulations visuelles.

Dans la précédente étude nous avons recherché quelle est l'influence de la rapidité de la circulation sanguine sur la durée du temps de réaction pour les réactions auditives. Nos résultats ont montré que, d'une manière générale, la durée du temps de réaction diminue à mesure

que le sang circule plus rapidement. Il s'agissait de voir si cette loi était vraie pour toutes les espèces de réactions et pas exclusivement pour les réactions auditives.

Nous avons donc soumis un certain nombre de sujets à des séries de réactions visuelles.

Un mot, dès l'abord, sur le choix des sujets» Nous avons expérimenté sur deux catégories de sujets: les uns ayant travaillé déjà dans la première étude, les autres n'ayant pas encore réagi. Les seconds ont nécessairement dû subir un^ entraînement plus long que les premiers déjà habitués à la technique psycho-physiologique,: Cela a coûté un certain temps, mais il nous a paru bon d'expérimenter sur des sujets nouveaux, non prévenus, pour contrôler la parfaite sincérité des sujets habituels.

Nous avons opéré sur douze sujets. Six ont fait des réactions visuelles, six des réactions tac^ tiles. Chaque sujet a fait deux cents réactions. J'ai éliminé chez les nouveaux venus les "réactions de 1^ période d'entraînement; et chez tous les sujets, les réactions s'écartant par trop des moyennes arithmétiques.

Les réactions visuelles se sont faites dans mon laboratoire, pendant les mois de Janvier, Février et Mars de l'année 1894. Nous passerons

(i) Cette deuxième partie a paru en 1895, dans les Fhil&m sophische Studien de M. Wundt, vol. XI, fasc. I.

successivement en revue la technique des expériences, les conditions dans lesquelles se sont faites les recherches, les résultats obtenus.

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