II. — Les os des membres supérieurs
Ici nous trouvons une grande abondance de travaux presque tous concordants. On a
(i) Hasse, op, cit. p. 123.
déterminé et les dimensions des membres supérieurs et leur poids.
I. Dimensions des os des membres supérieurs, — Les différents opérateurs qui ont tâché de déterminer les longueurs relatives des os des membres supérieurs, ont, les uns mesuré les os isolés du squelette, les autres ont opéré sur le vivant: considérant la longueur totale des bras tendus, ils mesurent donc les principaux os longs avec en plus les espaces interarticulaires.
Quand on opère sur le squelette, le travail de mensuration est d'ordinaire partiel. La plu-^ part des observateurs se sont contentés de mesurer les os longs humérus, ^ cubitus et radius. C'est là un travail incomplet et pouvant plus ou moins fausser les résultats. Chez des sujets dont les os longs sont égaux, l'inégalité peut s'observer pour l'ensemble des membres et provenir du développement différent des os des mains. En étudiant les innombrables résultats accumulés" par les observateurs, j'ai pu constater que ce cas se présente ; plusieurs sujets ont tous les os homologues des deux bras égaux, sauf un seul plus long du côté droit, c'est le développement plus considérable de cet os unique qui détermine l'allongement du membre tout entier. Enfin à moins de connaître parfaitement la provenance et l'histoire des squelettes que l'on mesure, il faut être fort prudent en établissant les rapports de dimensions
entre les os qui les composent; s'il faut en croire M. Manouvrier, il existe dans les musées d*anatomie une foule de squelettes composés avec des os ayant appartenu à des sujets différents (i). Les travaux de mensuration exécutés pour établir les dimensions des os des membres supérieurs sont de deux espèces : les uns, et c'est la grande majorité, déterminent la longueur des os ou mieux la longueur de leur axe principal; les autres mesurent la circonférence.
Harting, un très consciencieux observateur Hollandais, a préféré le dernier procédé/ Il appliquait des bandelettes étroites de papier tout autour des os sur la clavicule au milieu de sa longueur, sur rhumerus à son tiers supérieur et sur le cubitus et le radius, à leur tiers inférieur; chaque fois il opérait sur l'os droit et l'os gauche correspondant en prenant la mesure exactement au même point (2). Il a mesuré les os des bras sur six squelettes d'hom-
(i) « L'on trouve partout des crânes de femmes sur des épaules d'hommes, des crânes d'Athlètes assemblés avec des membres grêles et inversement etc. etc. Il en sera ainsi tant que les squelettes ainsi composés trouveront des acquéreurs plus facilement que des squelettes peut-être moins agréables à l'œil, mais possédant une valeur réelle au point de vue scientifique. » Manouvrier : Recherches d'anatomie comparative et d'anatomie philosophique sur les caractères du crâne et du cerveau, mémoire publié dans le Bulletin de la Société Zoologique de France, 1882, vol. 7, p. 135.
(2) P. Harting, Sur une asymétrie du squelette humain se transmettant héréditairement. Archives néerlandaises de sciences exactes et naturelles 1869.
mes adultes européens et un squelette de nègre. Chez les sept sujets la somme des valeurs des circonférences recueillies à droite l'emporte sur celle obtenue à gauche; les différences sont petites, comprises entre i mm. au minimum et 6 millimètres au maximum.
Les travaux sur la longueur des os sont beaucoup plus nombreux, mais presque tous ont le grave défaut de celui de Harting, le nombre des sujets sur lesquels on a opéré, est absolument trop restreint : partout on a mesuré les os d'un très petit nombre de gauchers. Il est presque impossible de déterminer combien sur cent sujets par exemple il faut compter d'hommes gauches.
Arnold n'a mesuré les os des bras que chez i6 squelettes seulement, Matiegka treize squelettes d'hommes, Guldenberg i6 squelettes d'adultes. Le travail le plus considérable, celui d'Etienne Rolett, n'a porté que sur loo sujets dont 50 hommes (i). La plupart des auteurs cités admettent un certain pour cent de sujets chez lesquels les deux membres supérieurs seraient d'égale Ion gueur; ces cas sont relativement rares d'ailleurs. N'oublions pas que leurs mensurations n'ont pas porté sur l'ensemble des os du membre supérieur, mais seulement sur les principaux, qu'ils ont négligé les os du poignet et de la main; or il y a
(i) La mensuration des os longs des membres {Internationale Monatschrift fUr Anatomie und Physiologie. Leipzig 1889).
d'après mes observations et enquêtes une diffé^ rence constante entre le développement des deux mains. Il s'en suit que les prétendues ambidextres sont tous des droitiers et des gauchers, puisqu*à des longueurs de bras et d'avant-bras identiques; s'ajoutent des longueurs de mains différentes. Matiegka (i) lui opère d'une façon tout à fait particulière. Considérant les os des membres de treize squelettes d'hoqimes adultes il examine d'abord le3 13^ humérus droits et les compare aux 13 humérus gauches : il obtient comme récitât 2 fois égalité de longueur, 2 fois longueur plus considérable à gauche et 9 fois prédominance de longueur à droite. Puis comparant les 13 paires de radius il trouve i fois égalité, i fois prédominance à gauche et ii fois prédominance à droite. D'après la longueur des radius il y a donc sur ses treize sujets 11 droitiers et d'après la longueur comparative des humérus il n'y en a que 9. Il faut, nous semble-t-il, se\ garder de conclure avant d'avoir comparé l'ensemble des os du bras droit à l'ensemble des os du bras gauche chez le fnême sujet. Néanmoins l'auteur conclut : Après avoir additionné les cas d'égalité des os comparé par paires, les cas de prédominance droite et de prédominance
(l) H. Matiegka. Ueber Asymétrie der Exlremiiâlen, am Osieologischen Material gepriift. [Prager niedicinische Woclun^ schriftj 22 novembre 1893.)
gauche; et déclare que 77 fois environ sur 100, les os du bras droit sont plus longs que ceux du bras gauche. Tous les auteurs d'ailleurs arrivent à la conclusion que le bras droit l'emporte presque toujours en longueur sur le bras gauche.
De l'ensemble de tous leurs travaux, on peut hardiment conclure que dans la grande majorité des cas les os du membre supérieur droit sont les plus longs.
11 faut faire -des réserves sur les prétendus ambidextres, on a vu pourquoi, et sur le rapport que les auteurs pensant avoir trouvé entre le nombre des droitiers et celui des gauchers. Un des meilleurs travaux de mensuration de la longueur des os des bras est celui de M. E.
RoUet. D'abord le nombre des sujets mesurés €St ici beaucoup plus considérable. Ensuite ses conclusions s'accordent avec celles des expérimentateurs les plus autorisés et ce qui est, selon moi, très convaincant avec les données que m*ont fournies les tailleurs, tailleuses et gantiers.
Pour l'ensemble des os des membres supérieurs, RoUet ne trouve jamais égalité parfaite des deux côtés, chez l'homme. Il déclare que l'ensemble des os du bras droit l'emporte en longueur chez 98 7o des sujets observés et l'ensemble des os du bras gauche atteint une longueur plus considérable chez 2 7o seulement. 11 n'y a pas d'ambidextres. En moyenne la différence est de 7 à 8 millim. à un centimètre environ.
Voilà les résultats obtenus chez les hommes adultes. En vertu des idées préconçues sur rinfériorité de la femme on a essayé de démontrer que le type gauche, qui lui aussi paraît inférieur^ est plus fréquent chez la femme.
Le travail de Matiegka entre autres, concluant d'après le procédé que nous avons signalé plus haut, prétend que le type gauche se rencontre plus souvent chez les femmes. Sur les 7 squelettes de femmes adultes dont il a mesuré les os par paires, il trouve d'après sa manière d'additionner les résultats, environ 33 7o de gauchères, alors que chez l'homme il ne trouve qu'environ 8""/^ de gauchers. Nous avons dit pourquoi ses conclusions ne peuvent être acceptées. Harting> dans le travail que j'ai cité, donne les résultats de la mensuration des os des bras de 3 squelettes de femmes adultes. Toutes les trois sont droitières, mais chose digne de remarquer, la différence moyenne entre les sommes des circonférence»
obtenues à droite et à gauche est beaucoup moins grande que chez les hommes. La différence de circonférence entre deux os correspondants ne dépasse pas 2 millimètres, tandis que chez l'homme elle atteint jusqu'à 6 millimètres. Il semble donc y avoir chez la femme une dexteritas moins accentuée. Il est vrai que les mesures de Harting, malgré le soin qu y a apporté l'auteur^ sont tout à fait insuffisantes pour conclure. Il a mesuré les os longs des membres supérieurs de 3 sujets.
Pour terminer, voyons les conclusions de.
RoUèt (i). Cet auteur qui a rencontré un seul gaucher sur 50 sujets masculins, a trouvé deux gauchères sur 50 sujets féminins. Ceci ne suffit pcis encore pour trancher la question.
Puisque les caractères qui différencient rhomme droit et l'homme gauche sont si profondément marqués dans le squelette, on doit s'attendre à les trouver chez les jeunes sujets et déjà dès l'âge le plus tendre. Mais ici les mensurations rigoureuses et précises deviennent extrêmement difficiles. Les os des nouveau-nés sont de dimensions si petites, que les différences que Ton pourrait constater sont en dessous de la ' limite des erreurs inévitables. Le membre droit supérieur d'un adulte l'emporte en moyenne de I centimètre sur le gauche, cette différence se réduira à i ou 2 millimètres pour l'ensemble des os longs des deux bras d'un nouveau-né, et sur chacun des os, humérus, cubitus et radius mesurés à part, à une fraction de millimètre. Or les mesures faites avec le plus grand soin ne peuvent être exactes dans ces conditions. Aussi la grande majorité des expérimentateurs qui ont mesuré la dimension des os des membres chez les tout jeunes enfants déclarent-ils ne pas avoir constaté de différences, Harting lui-même,
(l) Op. citaL p. 347.
malgré tous ses soins, a dû renoncer à mesurer la circonférence des os longs des nôuyeau-nés. Il croit cependant que dès l'époque de la naissance il existe un développement plus considérable des os du membre supérieur droit ou gauche.
Nous verrons plus Ipin comment il a pu établir son affirmation. Déjà aussi W. Krause (en 1879) a dit que chez les nouveau-nés il semble n*y a,voir aucun écart sensible entre le côté droit et le côté gauche, mais quil en existe cependant un (i).
M. Etienne RoUet écrit : « Voici une série de sept enfants dont nous avons mesuré, les os. Ces mensurations sont bien^ peu nombreuses pour en tirer des conclusions formelles; toutefois elles montrent que chez les nouveau-nés, il n'y a pas d'inégalité de longueur des os des membres, mais que chez deux enfants âgés de . quatre et douze mois il existait de la dissymétrie des radius tantôt à droite, tantôt à gauche. Chez l'enfant de six ans tous les os, sauf le péroné (c'est l'os le plus symétrique d'après nos tableaux), présentaient une inégalité de longueur. » (2) Matiegka, toujours d'après son procédé spécial, a mesuré les os de 26 squelettes ayant appartenu à des jeunes gens dont l'âge variait de 1 2 à 2 1 ans. Le nombre des droitiers est relativement moins
(1) GuLDBERG. Etudes sur la dissymétrie morphologique etc. (Christianiay p. 32.) J'ai souligné les derniers mots.
(2) Et RoLLET. op. cit. {Monatschrift p. 349).
grand que chez les hommes faits (i); par contre il y a moins de gauchers que chez les adultes. Le nombre des ambidextres serait plus considérable . chez les jeunes gens que chez les adultes : 30 % environ.
. De la mensuration des squelettes de 7 jeunes filles de 9 à 19 ans, Maliegka croit pouvoir conclure qu'il y a moins de gauchères que chez les femmes adultes et, chose plus singulière, plus de droitières; car le nombre des prétendues ambidextres est à peu près le même chez les jeunes filles et chez les femmes.
Somme toute les résultats recueillis sont trop peu nombreux pour qu'il soit permis de formuler une conclusion définitive. Il convient de remarquer avec Harting que si Ton admet que nous sommes homme droit ou homme gauche en vertu de notre hérédité, il n'est pas nécessaire que l'asymétrie se dessine dès la naissance; le savant observateur fait remarquer que les pleuronectoïdes, par exemple, sont tout à fait symétriques au moment de la naissance. Ils viennent au monde avec la prédisposition au développement asymétrique (r).
Je termine cette revue de travaux spéciaux
par le résumé des recherches faites sur un très
grand nombre de sujets par deux Allemands,
* Hasse et Dehner (2). Les auteurs ont opéré sur le
(i) Harting, loc. cit., p. 52.
{2) Hasse et Dehner. L/nsere TiUppen in Korperlichet Beziekung. Leipzig i8çj. (Arckiv fur Anatomie und Physiologie (Anat AbtheiL)
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vivant, mesuré les os du bras en prenant la longueur totale du membre. C'est là à ma connaissance le seul travail où Ton trouve la mensuration des os du poignet et de la main. Ils ont opéré sur un très grand nombre de sujets, tous militaires^ mais appartenant à différentes armes : artilleurs^ cavaliers, fantassins, en tout 5 141 sujets. La conclusion de leur travail est que sur cent sujets il y en a 75 qui ont les os du bras droit plus longs- La proportion des droitiers sur cent est néanmoins fixée par eux à 99 7o- H y a i % de gau-. chers. Ils admettent 18 7o d'ambidextres. Ils concluent que chez leurs 5 141 hommes la longueur moyenne du bras droit est de 77 cent, du gauche 76 cent Remarquons que le fait d'avoir les os des bras égaux en longueur, n'empêche pas d'avoir une prédominance de l'un des côtés sur l'autre. La longueur n'est qu'une des dimensions des os longs. Il faut tenir compte aussi de leur circonférence. Ordinairement les os du brcis droit sont plus épais que ceux du bras gauche, le C(intraire a lieu chez les gauchers. Divers travaux, et surtout celui de Harting, l'ont démontré (i).
IL — Poids des os des membres supérieurs.
Beaucoup mieux que leurs dimensions le poids renseigne sur le développement des os.
(l) GULDBERG, Op, cit, p. 4I.
Malheureusement on n'a fait jusqu'ici qu'un nom-^ bre très petit de pesées. Ainsi Bischoff, le premier d'après Guldberg (i), a fait des pesées exactes des os des membres. Mais il n'a opéré que sur deux sujets : un homme et une femme, adultes tous deux. Il trouva que le poids des os du membre supérieur droit l'emporte de 1/18 environ sur le poids des os du membre gauche. Harting a pesé les os des épaules et des bras d'un squelette ayant appartenu à un homme adulte, il trouva que le côté droit l'emporte de 1/6 environ. Liebig a opéré sur 2 sujets, adultes masculins. Il trouva également une prédominance de poids à droite, très caractérisée surtout chez le deuxième sujet, ly'io environ. La seule observation faite à ma connaissance sur les os des membres supérieurs d'une femme adulte est celle de Bischoff. Il a trouvé que les os des deux membres supérieurs avaient chez ce sujet exactement le même poids, 600 grammes (2).
Les pesées entreprises pour déterminer le poids' des os des enfants et des nouveau-nés ont été plus nombreuses. Les travaux de Bischoff, Theile, Gaup et Harting sont fort intéressants. Malheureusement à cause de la faiblesse de poids des os comparés, les déterminations sont fort difficiles.
(i) Voyez Harting, op, ciL (2) Voyez Harting, op, çiL
Dans plusieurs cas, ces auteurs ont trouvé des poids égaux à droite et à gauche. Dans quelques-unes de leurs observations, et ce sont peut-être les mieux conduites, ils trouvent une différence nette quoique faible entre les poids des os longs des deux membres supérieurs.
Ainsi Theile chez un enfant nouveau-né, observe une différence de poids sensible, puisque les os du côté droit l'emportent de 4 ^/o sur ceux du côté gauche. Ainsi encore Harting : deux isquelettes d'enfants nouveau-nés ayant été choisis, les deux membres antérieurs furent détachés dans leur totalité, c'est à dire y comprisses omoplates et les clavicules, puis nettoyés de toutes les parties adhérentes et séchés.
La pesée donna les résultats suivants :
Droit. Gauche.
N^ I 10,68 10,11 différence ^ environ.
No 2 12,28 12,04 différence ^ environ.
Les différences accusées par ces nombres sont si grandes, qu'il ne peut y avoir de doute BM moins pour le cas dont il s'agit, que le poids du bras droit ne surpasse lors de la naissance celui du bras gauche (i).
L'auteur se hâte d'ajouter qu'il faudrait multiplier les observations avant de conclure avec certitude que Tasymétrie des membres supérieurs existe dès la naissance.
(i) Harting, op. ciL p. 54.
En résumé les os du membre droit remportent en général comme dimension et comme poids sur les os du membre gauche. Chez quelques sujets, I ou 2 7o environ, le développement est plus considérable à gauche. A en croire quelques auteurs, le développement prédominant à gauche serait plus fréquent ou du moins la différence entre les deux côtés serait moins accentuée chez la femme. La femme droite et la femme gauche seraient moins déviées du type symétrique; chez les enfants, même très jeunes, l'asymétrie des membres supérieurs existe selon toute probabilité; mais elle est très peu accentuée.