CH. V. — LES TONS DE LA MUSIQUE GRÉGORIENNE
voix, et qu'on transposait tous les chants trop graves ou trop aigus pour être bien exécutés sur leur échelle propre.
N'est-ce pas ce qui se pratique aujourd'hui encore dans toutes les églises, où l'on n'a pas la ressource de disposer de voix spéciales, de ténors pour exécuter les mélodies authentiques et de basses pour les mélodies plagales ? Les chantres n'ont pas à se préoccuper de ces transpositions de gammes, l'organiste accompagnateur fait le travail pour eux, en changeant de ton presque à chaque mode.
Mais il faut avouer aussi que ce procédé si habituel à nos chantres affaiblit singulièrement la force des mélodies et leur enlève beaucoup de leur caractère propre. Ne doit-on pas lui attribuer en grande partie l'absence de couleur, la teinte uniforme et vraiment monotone que présentent les mélodies pourtant si variées du répertoire grégorien ? N'auraient-elles pas souvent une tout autre expression, plus de vie et de sentiment, si elles étaient chantées avec leur rythme primitif et en leur conservant leur position naturelle sur l'échelle musicale ?
Qu'est-ce à dire ? Les mélodies du plain-chant doivent-elles être toujours exécutées sur une même échelle tonale ? Loin de là ; j'estime, au contraire, qu'il y a lieu d'apporter ici de grandes modifications à la théorie et à la pratique des musiciens du moyen âge. Les plain-chantistes ne connaissaient la théorie des modes que d'une manière très imparfaite et ils ont ignoré totalement celle des tons. Pour eux, je le répète, il n'existe qu'une seule échelle des voix, celle de Pythagore et des anciens, à laquelle ils avaient ajouté une corde, le r (gamma), au-dessous de la proslambanomène. Elle leur avait été transmise avec le monocorde ; ils l'ont conservée intacte, et ils y disposaient leurs huit modes, toujours représentés par les mêmes lettres et les mêmes signes musicaux.
Il s'ensuit que, dans nos livres de chant, les mélodies grégoriennes sont invariablement notées dans un seul et même ton, celui qui ne comprend que les notes naturelles, sans jjni^, sauf la trite dutétracorde des conjointes, le Sty. Dès lors aussi, les mélodies authentiques occupent nécessairement la partie supérieure de l'échelle des voix : celles du premier ton de
RE à RE, celles du troisième ton de MI à MI, celles du cinquième ton de 1 i
FA à FA , et celles du septième ton de SOL à SOL. Les mélodies plagales,