GH. IV. — SYSTÈME MODAL
dire MI pour le dorien et La pour l'hypodorien, en supposant toujours que rhypodorien ou le plagal est un mode grave, tandis que le dorien ou l'authentique est un mode aigu, il s'ensuit naturellement que le mode plagal est situé une quinte au-dessous de l'authentique. On aura donc, pour les quatre modes authentiques sur RE - MI ~ FA et Sol, quatre modes plagaux sur SOL - LA - SI et DO. C'est la seconde manière adoptée parles Grecs modernes; nous avons dit en quoi elle diffère de la première, tout en conservant aux échelles plagales leur constitution essentielle.
Mais cette deuxième manière est moins naturelle que la première. Pour conserver aux tétracordes et pentacordes une constitution semblable dans le mode authentique et dans le mode plagal, il faut nécessairement se servir du grand système conjoint, d'une part, et du système disjoint, d'autre part ; ce sont deux échelles différentes, et nous avons vu qu'elles renferment une modulation tonale en même temps que modale. La première manière est, au contraire, plus naturelle et plus simple : échelle modale, tétracordes, finale et dominante, tout est identique dans le plagal et dans l'authentique, Tordre seul du pentacorde et du tétracorde est renversé. Aussi cette manière est-elle plus ancienne que l'autre, et il est certain qu'elle fut suivie tout d'abord dans les deux Églises, grecque et latine.
IV. — Ainsi les modes grecs actuels ne sont qu'une corruption des modes anciens, corruption due à l'influence de la musique turque sur les musiciens ecclésiastiques, et plus encore à l'ignorance qui envahit le clergé grec, à la suite de son asservissement au joug ottoman. Cette ignorance, les auteurs l'avouent eux-mêmes et dans les parties les plus élémentaires de l'art musical. A propos de l'échelle du deuxième mode, que les Grecs appellent chromatique, bien qu'elle soit simplement diatonique, mais d'un diatonisme bizarre, le Lampadaire se fait demander par son disciple : « Est-ce bien là l'échelle des chants chromatiques et ce qu'on peut y observer de plus exact? — Oui, répond-il, autant qu'on peut l'affirmer, à moins que de plus habiles ne viennent à découvrir quelque chose de mieux. — En combien de genres les anciens employaient-ils le deuxième mode? — Dans les trois genres diatonique, chromatique et
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enharmonique. Mais le temps, qui ronge tout, fait que nous ignorons aujourd'hui leur manière de se servir de ces trois genres et qu'il ne nous reste plus que le genre chromatique. Toutefois le chant diatonique du £■ deuxième mode est bien, ce semble, le vrai mode que nous pouvons
f. regarder comme deuxième mode diatonique. »
|- Quoi de plus simple cependant que de retrouver l'échelle diatonique
l du deuxième mode, lorsqu'on connait tant soit peu les principes qui
ç servent de base à toute théorie modale? Les musiciens grecs y auraient
ty pu réussir d'autant mieux qu'ils savaient, par l'échelle de la page 376, sur
^ quelles toniques les anciens avaient établi leurs modes, RE pour le pre-
à mier mode, MI pour le deuxième, etc.. Eux-mêmes ont conservé dans
£ leur musique la gamme de RE pour le premier mode, celle de FA pour le
•:-: troisième mode, et celle de SOL pour le quatrième; comment n'ont-ils
l: pas vu que la gamme de MI est précisément la gamme du deuxième mode
f, diatonique, caractérisé par les tétracordes naturels MI - FA - SOL - LA
— Si-Do-Re-MÎ, qui le différencient de tout autre mode?Preuve évi-
'", dente que, chez eux, la musique ecclésiastique repose beaucoup plus sur la
routine que sur la science et qu'ils auraient besoin de réapprendre ce que
savaient leurs pères.