CHAPITRE VI
LE GENRE CHROMATIQUE
Le chromatisme, dont font usage les Grecs modernes dans leur musique ecclésiastique, mérite que nous nous arrêtions à le considérer, car il offre des particularités intéressantes.
On pourrait croire, de prime abord, que c'est là pour eux un héritage de l'ancienne musique grecque, et ce serait à la rigueur assez naturel. Il n'en est rien cependant, car leur manière de former l'échelle chromatique diffère absolument de ce que nous avons vu chez les Grecs anciens. Au Keu que ceux-ci composaient toujours leurs tétracordes chromatiques par le rapprochement à l'intervalle de demi-ton des trois premières cordas, et qu'ils plaçaient ainsi le trihémiton incomposé entre la troisième et la quatrième corde :
MI - FA - SOL? - La — Si - Do - Re}> - Mi
les Grecs modernes placent le trihémiton de la deuxième à la troisième corde, et les deux demi-tons occupent les extrémités du tétracorde :
Ml - FA - SOL% - La — Si - Do - Be\ - Mi
Autant le système chromatique des anciens était irrationnel, défectueux, autant celui des modernes est juste, conforme à la loi de formation
des échelles musicales. L'échelle ci-dessus reproduit exactement celle du premier mode chromatique, que nous avons obtenue nous-même en suivant un procédé régulier (V. p. 100). Ici toutes les notes attractives FA - 8ol\ -Do- Re\ sont tellement disposées qu'elles se reposent comme d'elles-mêmes sur les degrés principaux du mode, la tonique, la quarte et la quinte ; elles ont ainsi leur résolution naturelle et doivent servir à accentuer en quelque sorte le mouvement de la mélodie vers ses points de repère, jusqu'au repos final qui a lieu sur la tonique.
Rien n'empêcherait, par conséquent, qu'on se servît d'échelles semblables pour composer des mélodies dans le genre chromatique, à la condition néanmoins d'y observer les lois de l'attraction dans les sons, c'està-dire de ne laisser jamais les notes attractives, dissonantes au .premier chef, sans les résoudre d'une manière suffisante. Malheureusement ces lois de l'attraction, les Grecs modernes semblent les ignorer complètement, tout comme leurs ancêtres de la Grèce classique. Voici, par exemple, deux mélodies du genre chromatique, citées par M. Gevaert dans son Histoire de la Musique grecque, t. I * :
4 La première de ces deux mélodies est écrite dans le livre de M. Gevaert une quarte plus bas, avec l'armature à la clef fa #, tafc> et mty, c'est-à-dire :
Sa vraie place, avec cette armature, serait à l'octave supérieure. L'échelle complète du deuxième mode, qui est de deux octaves (du SOL grave au Sol aigu) a cela de particulier qu'elle procède par tétracordes semblables, séparés par le ton disjonctif ou, comme disent les Grecs modernes, par une proslambanomène :
Échelle modale
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Par conséquent, les mélodies écrites dans le diapason inférieur doivent porter une armature à la clef différente de celle qui convient au diapason supérieur. L'armature Fa% - Mi\j - Lafy appartient au diapason supérieur; celle du diapason inférieur ou de l'échelle normale est .St't] -Lafy - flc^, comme on le voit dans la deuxième mélodie. Toute la première mélodie devrait donc s'écrire à l'octave supérieure, si on voulait la conserver telle que la donne M. Gevaert, c'est-à-dire du deuxième mode authentique transposé une quinte plus haut. J'ai préféré la transcrire ici dans l'échelle propre du mode, avec finale sur le Sol; on jugera mieux ainsi de quelle manière les Grecs se servent de leurs échelles modales pour
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Deuxième mode
Deuxième mode
On remarquera que l'échelle du deuxième mode qui a servi à ces deux mélodies n'est pas l'échelle diatonique nommée ch par les Grecs, mais bien l'échelle corrigée par Et. le Lampadai rendre plus conforme aux vrais tétracordes chromatiques. Sau assignée aux intervalles, valeur trop forte pour les demî-toi faible pour les trihémitons, c'est bien l'échelle qui convient au mode chromatique.
Les Grecs n'ont fait que l'emprunter aux Turcs. La musiqi en effet, possède des mélodies du même genre, composées sur u identique à celle-là. M. Gevaert en cite un exemple, que je pour la curiosité du lecteur. Sa gamme est la suivante :
La-Si\?-Do\-Re — Mi-Fa-8ol\ - Im ou plutôt, car le mode est ici plagal :
Ml - FA - 8ol\ - La - &> - Do\ - Re — Mi.
composer un chant. La deuxième mélodie est du même mode, mais plagal et < Biologique, c'est-à-dire empruntant l'échelle du mode authentique, avec fli (V. p. 366).
aune, bien qu'elle ait une liturgie toute différente de et un genre de musique à part, n'en a pas moins subi isique turque. Elle aussi a introduit dans les mélodies iromatique imité des Turcs. Voici, comme exemples, 'extrais des Chants liturgiqxies de V Eglise arménienne, régation des PP. Mékhitaristes (Venise, 1877). — La la Préface et au Sanctus de notre Liturgie romaine; ie sorte d'antienne à la très sainte Vierge, pour le nation.
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Autant que j'en puis juger, en l'absence de toute théorie mo les Arméniens, ces deux mélodies sont composées sur la mon de RE à Re, mais cette échelle est authentique dans la second< et plagale dans la première, du genre mixte, c'est-à-dire moitié d et moitié chromatique, à l'instar de notre gamme du mode mil septième sensible et sixte naturelle.
• I. RE - Ml'- FA -Sol - TaÇ - Siij - Do — Re II. RE -MI\r ~FA$-SOL — La - Si> - Do - Re
Les tétracordes diatoniques diffèrent d'une échelle à l'ai mélodies appartiennent donc à deux modes distincts, dont lei tiques correspondent aux deux gammes suivantes :