CH. VI
GENRE CHROMATIQUE
d'employer les intervalles chromatiques. Les uns el les autres, évidemment, ne se font pas des intervalles et du chant la même idée que nous, et la distance est grande, l'opposition complète entre leur pratique et les prescriptions sévères de nos maîtres dans l'art de la composition classique. Si loin pourtant qu'on veuille étendre la liberté mélodique quant à l'emploi des intervalles musicaux, il y a des limites que l'art ne permet pas de dépasser, des règles qui s'imposent bon gré mal gré au musicien, parce que le sens les réclame et que la science les consacre. On peut s'en affranchir, sans doute, mais ce sera toujours au détriment de l'art, sans profit pour la mélodie qui en deviendra beaucoup moins expressive, moins idéale et, en quelque sorte, moins spirituelle et intelligente, pour ne s'adresser plus qu'aux sens et n'agir que sur les nerfs.
Les exemples cités plus haut en sont la preuve. Les meilleurs, à tout prendre, ne sont-ils pas ceux qui s'écartent le moins des règles de l'art dans l'emploi des intervalles musicaux, qui observent le mieux les lois de l'affinité" dans les sons et dans les gammes? Sous ce rapport, n'y a-t-il pas une différence notable entre les mélodies du système turc, la seconde arménienne et la mélodie des Juifs serbes, par exemple, et celle de l'Hymne à Apollon? C'est que, dans les premières, il y aurait peu à corriger pour que la composition en fût irréprochable, au lieu que l'autre est pleine d'irrégularités et d'impossibilités musicales qui la rendent pour nous inintelligible, alors môme que par beaucoup d'efforts on parviendrait à l'exécuter passablement. Aristide Quintilien avait, certes, raison de dire, en parlant du chromatisme et de l'enharmonisme grecs : « Le genre chromatique est ce qu'il y a plus recherché, de plus artificiel dans l'art musical ; les doctes seuls peuvent l'exécuter. L'enharmonique est extrêmement délicat, il faut avoir l'oreille fine pour le saisir, et beaucoup n'en sont pas capables. Aussi, nombre de musiciens ne comptent-ils pas l'intervalle du dièze enharmonique parmi les intervalles musicaux, parce que, disent-ils, on ne le peut chanter. » (Arist. Quintil., de Musica, ap. Meybom., p. 19.)
•ri
■fA
Chose remarquable et qui démontre, ce semble, clairement à quel point les musiciens grecs ont subi l'influence de la musique turque et