DE LA SOCIÉTÉ DE SAINT-JEAN, A PARIS
(le 28 février 1898)
II y a Irois ans passés, au Congrès musical de Bordeaux, je signalais dans un Mémoire la nécessité de joindre à l'étude de nos auteurs et de nos manuscrits du chant grégorien celle des chants liturgiques en usage dans les Églises orientales, voire dans les synagogues juives. « Séparer, disais-je, notre musique sacrée des systèmes musicaux contemporains et analogues, ne considérer qu'elle et négliger les rapports qu'elle a dû avoir avec ces divers systèmes, constitue un procédé peu scientifique, qui expose infailliblement à beaucoup d'ignorances et d'erreurs.
« Ce qu'il faut, au contraire, c'est de rattacher la musique grégorienne à son origine au moins probable, c'est de la replacer dans son milieu, en l'entourant de tous les systèmes avec lesquels elle s'est trouvée en relations, de les comparer les uns avec les autres, de découvrir en quoi ils se ressemblent, par quoi ils diffèrent, afin d'éclairer par ces rapprochements les points encore obscurs du système grégorien. Telle est, je crois, la vraie méthode scientifique, la seule qui puisse faire la lumière et apporter au problème toute la solution possible *. »
1 Mémoire sur la restauration de la musique yrégorienne, présenté au Congrès musical de Bordeaux, par le R. P. A. Dechbvrens, S. J. — 9-H juillet 1895. — Cf.Revue de musique rcli-
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Ma voix a-t-elle été entendue ? Cet appel à un genre d'études et à des procédés nouveaux d'investigation scientifique a-t-il produit son effet? Je me garderai, certes, de commettre le paralogisme connu : hoc post hoc* ergopropter hoc. Toujours est-il que de divers côtés on s'est mis à l'œuvre depuis lors. Voici qu'on nous annonce, en préparation chez les R. P. Bénédictins, le Recueil complet des chants ecclésiastiques des Maronites et celui également des airs liturgiques en usage chez les Syriens et les Chaldéens ; les Pères Blancs de Jérusalem, les Pères Assomptionnistes de Constantinople, promettent, eux aussi, des travaux considérables sur les chants liturgiques des Grecs.
Rien de mieux, assurément, et nous ne pouvons que bien augurer de cet ensemble d'efforts, tous convergents vers le même but : étudier la liturgie chrétienne tout entière, au point de vue de l'art musical; établir les relations qui ont existé jadis, entre les Églises sœurs d'Orient et d'Occident. Nous sommes persuadé que, grâce à ces études, l'unité d'origine deviendra de plus en plus manifeste entre des systèmes aujourd'hui d'apparence si dissemblable, et que, dans celte communauté de systèmes, notre musique grégorienne retrouvera ce qu'elle a perdu depuis des siècles, l'intégrité et la perfection de sa forme artistique.
En attendant et comme première contribution à ce genre d'études, un Père bénédictin de Ligugé, Dom J. Parisot, nous a donné dans une conférence ! un aperçu sommaire, mais substantiel, de la théorie musicale chez les Arabes syriens. Pour la science comme pour l'art musical, le sujet était intéressant ; mais les étroites limites d'une conférence et ses conditions peu favorables à l'exposition d'une théorie fort embrouillée, même devant un auditoire choisi comme celui de la salle Saint-Jean, n'ont pu que gêner beaucoup l'orateur, en ne lui permettant pas de donner à son sujet tout le développement qu'il eût exigé pour être compris.
gieuse, J. Mingardon, directeur. Marseille, février 1896, p. 80. — Depuis cette époque, les Études annoncées dans le Mémoire ont été publiées; elles forment trois volumes, grand in-8°, et traitent les deux questions importantes relatives à la musique grégorienne: théorie harmonique ou fondamentale, et théorie rythmique. Chaque volume, prix net : 12 fr. 50, à la Typographie musicale des demoiselles Blanc, 4, rue Malebranche, Paris.
4 Prononcée, le 28 février dernier, dans la salle de la Société de Saint-Jean, à Paris. Elle a paru ensuite dans la Tribune de Saint-Genais, et se trouve en vente aux bureaux de la Scola Cantoruniy 15, rue Stanislas, Paris.
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