CONSTITUTION DE LA GAMME ARABE
J'ai expliqué, dans la première de mes Etudes de Science musicale, le mode de formation de l'échelle musicale par la résonance harmonique et la génération des quintes ou douzièmes. L'explication n'est pas de moi, on voudra bien le remarquer ; dans tout ce qu'elle a d'essentiel, elle est empruntée aux théories musicales les plus anciennes et les mieux fondées, sous le rapport scientifique ; à la musique des Chinois, deux ou trois mille ans avant l'ère chrétienne ; à celle des Égyptiens et, d'après eux. de Pylhagore et des Grecs, ses disciples; enfin à la musique grégorienne, expliquée par les premiers maîtres du moyen âge.
Tous ces systèmes musicaux, en effet, ont comme base une échelle des sons formée et constituée de la même manière, échelle purement diatonique pour les uns et plus ou moins chromatique pour les autres. Et cette échelle, outre qu'elle repose sur des données absolument scientifiques, satisfait encore les oreilles les plus délicates, les plus musicales, ainsi que l'ont démontré d'une façon évidente les expériences faites, il y a trente ans, par MM. Cornu et Mercadier !. L'art et la science s'unissent donc, à travers les siècles, pour justifier la constitution de cette échelle musicale, qui aujourd'hui encore est nôtre.
Or, l'échelle de la musique arabe ne ressemble point à celle-là; ses degrés sont disposés d'une tout autre manière et avec des valeurs acoustiques pour le moins étranges. « Mais disons tout de suite, ajoute Dom Parisot, avec les théoriciens arabes eux-mêmes, qu'il n'en était pas ainsi à l'origine et que l'échelle arabe fut primitivement une échelle diatonique pure. Les altérations qu'elle présenta dans la suite, sont des importations étrangères dues à l'influence de la musique persane d'une
4 Cf. Comptes rendus de V Académie des Sciences. N°» des 8 et 22 février 1889.