I. — Le tempérament musical
Bien loin d'être pour notre gamme moderne une condition essenti justesse, le tempérament ne fait, au contraire, que la fausser un pc toute son étendue,
Qu'est-ce que le tempérament? Une moyenne entre deux sons pi ment justes l'un et l'autre et distants de la valeur d'un comma py thagt Do\, par exemple, et Re \> sont, en réalité, deux degrés distincts gamme, qui forment intervalle de demi-ton diatonique, Re\? avec De rieur et Do$ avec RE^ supérieur. Au contraire, il y a intervalle de dt chromatique entre Do^ et />ojj, en montant, entre RE§ et Rey, en < dant. Or quel musicien ignore que le demi-ton diatonique est naturel moindre que le demi-ton chromatique ? La différence entre eux est préci le comma pythagoricien.
Que fait donc le tempérament ? Il supprime cette différence, crée moyen entre lejj et le }, et identifie ainsi en un son unique deux sons ment distincts dans l'échelle musicale. Pourquoi? Est-ce pour rendre la \ juste, de fausse qu'elle serait naturellement? Loin de là; mais 01 contraint, dans la pratique, par deux raisons faciles a comprendre.
La première, à cause des instruments à sons fixes, comme l'orgue, le les instruments à clefs ou h pistons, flûtes, hautbois, cornets, etc. Il impossible, dans ces instruments, de multiplier les notes et de complii mécanisme autant qu'il le faudrait pour conserver partout la diffère] | et des p. On a donc recours au procédé du tempérament, qui, d l'intervalle d'octave en douze demi-tons égaux, permet de réduire à tn vingt-deux notes de l'échelle chromatique naturelle et vraie. Les instn à sons variables, comme le violon, le violoncelle, le trombonnea coulis: n'offrent pas cette difficulté, les intervalles entre les sons ne dép
que de la position des doigts ou de la main. Aussi le tempérament n'y est-il point nécessaire; les artistes ne le pratiquent qu'autant qu'ils y sont obligés pour se mettre d'accord avec les instruments à sons fixes.
Une autre raison du tempérament, et celle-là plus impérieuse, plus universelle que la première, provient de l'harmonie moderne. La théorie démontre et l'expérience a confirmé qu'en musique les intervalles des sons, certains intervalles du moins, savoir les tierces et leur renversement, les sixtes, ont une valeur différente, suivant qu'ils sont employés mélodiquement ou harmoniquement, c'est-à-dire suivant que les sons se font entendre successivement et séparément, ou qu'ils résonnent ensemble et forment un accord. Le fait est curieux et des plus importants pour la science musicale; mais il est aujourd'hui incontestable, après les expériences qu'en ont faites MM. Cornu et Mercadier et dont le rapport a été lu à l'Académie des Sciences. Nous en dirons quelque chose tout à l'heure.
Or ce fait bien constaté a comme conséquence l'impossibilité absolue, ce semble, de pratiquer autrement l'harmonie qu'en égalisant tous les intervalles de demi-ton de l'échelle musicale, c'est-à-dire en recourant dans la pratique au tempérament égal. On supprime de la sorte la différence qui existe naturellement entre les tierces mélodiques et les tierces harmoniques, et Ton rend facile la succession des accords sur toutes les notes de la mélodie.
Mais il est clair aussi que, par ce procédé purement conventionnel, on ne saurait obtenir ni des accords parfaitement justes, ni une succession d'intervalles mélodiques conservant tous leur valeur exacte et naturelle. C'est un procédé que la nécessité justifie et auquel, d'ailleurs, l'oreille des musiciens ne répugne pas absolument, parce que de fait l'écart est minime, presque insensible, un demi comma, entre les sons vrais de l'échelle musicale ou do *a résonance harmonique et ceux que leur substitue le tempérament. Rien n'autorise cependant à dire que le tempérament est essentiel à notre gamme moderne. Certains instruments peuvent en avoir un besoin pratique ; la gamme y perd toujours quelque chose de sa justesse.