MUSICALE GRÉGORIENNE
I. Nature de cette échelle, sa composition. — La musique grégorienne, c'est chose assez connue, fait usage d'une échelle composée de sept sons, à intervalles inégaux de tons et demi-tons. Sous ce rapport, elle ne diffère en rien de notre musique moderne, et elle ressemble également à toutes les musiques de l'antiquité, grecque, égyptienne et chinoise, ainsi qu'on le verra plus tard. Mais il n'est pas inutile de constater, en outre, que cette échelle musicale est formée dans le plain-chant par le même procédé, qui nous a servi pour établir la constitution naturelle de la gamme, je veux dire par la génération des quintes.
L'instrument employé au moyen âge pour fixer les justes intonations de la gamme était le monocorde*; tous les chants étaient réglés d'après lui. Or veut-on savoir comment on obtenait la division du monocorde,
de quelle manière on établissait le canon harmonique ou la véritable mesure de tous les intervalles musicaux? C'est Hucbald de Saint-Amand qui va nous l'apprendre. Il a dans son traité De Harmonica Institutions un chapitre intitulé : « Division exacte et rapide du monocorde, dans le genre diatonique » ; et voici comment il procède :
La moitié de la corde proslambanomène (A ou LA) (longueur totale du
4 « Le monocorde est un instrument de musique oblong, composé d'une seule corde dans sa longueur et divisé, suivant les rapports des consonnances, en parties qu'on appelle cordes ou voix. Au-dessous de la corde, on traçait une ligne, et c'est cette ligne qui portait les divisions ; entre la corde et la ligne se trouvait une espèce de chevalet mobile, appelé magas, qui divisait la corde en deux parties et en rendait le son plus ou moins aigu, selon les différentes longueurs de chaque partie. Le monocorde était en telle estime chez les anciens, que Pythagore, sur le point de mourir, en recommanda l'usage à ses disciples, comme d'un instrument au moyen duquel ils acquerraient la science musicale par la connaissance des nombres, plutôt que par les sens ou les perceptions de l'ouïe. » (Diction, de plain-chant, par J. d'ORTiGUE, art. Monocorde.)