‹ Études de science musicaleChapitre 65 sur 220 · MI - FA -SOL- LA MI - FA -SOL- LA - SI · texte numérisé non relu

MI - FA -SOL- LA MI - FA -SOL- LA - SI

4 C'est là, j'en conviens, un point délicat dans la théorie des modes. Les Grecs, ce semble, pratiquaient autrement leur mode hypolydien, dont la tonique est FA. Le SI fi fait partie essentielle de l'échelle modale, avec FA tonique finale et Do dominante.

Le plain-chant lui-même, dans la formule psalmodique du V* ton et dans un assez grand nombre d'antiennes, fait entendre ce même SI tJ en opposition avec FA. Dans ce même Ve ton, l'ascension de la tonique à la dominante, de FA à Do, par degrés conjoints — FA - Sol -La- Si - Do ou FA- La- Si - Do — assez rare, il est vrai, se fait d'ordinaire par SltJ.

L'échelle de FA tritonée a donc existé comme échelle modale non seulement chez les Chinois les plus anciens, mais aussi chez les Grecs et dans la musique ecclésiastique, cela paraît incontestable. Il n'en est pas moins vrai que celle échelle, à cause de son triton presque inévitable, est dure à notre oreille et que, d'instinct, nous tendons à restituer au premier tétracorde sa forme normale, nécessaire, en abaissant le Si et en procédant par synemmenon au lieu du diezeugmenon. Le fait s'est produit en Chine aussi bien qu'en Europe et, sans doute, les Grecs eux-mêmes ont obéi à cette tendance instinctive, qui vient de notre organisation musicale naturelle ; mais la perte de leurs œuvres ne nous permet pas de le constater comme nous pouvons le faire pour le chant ecclésiastique.

Chantez l'un après l'autre ces différents tétracordes et pentacordes, et vous constaterez sans peine, qu'au point de vue de l'effet caractéristique, il n'y a entre le tétracorde et le pentacorde correspondant d'autre différence, sinon que le premier laisse plutôt un certain sentiment de repos, lorsqu'il est pris en dehors de toute tonalité déjà déterminée, tandis que le second fait pressentir un retour et le repos sur le premier son du groupe.

C'est pour cela que Pythagore et les premiers musiciens grecs ont fait du tétracorde l'élément principal de toute leur musique et qu'ils L'appelaient la syllabe musicale, c'est-à-dire le plus petit système de sons formant un tout harmonique, celui qui sert à composer tous les autres systèmes, comme en grammaire la syllabe forme les mots et des mots on compose les phrases et les discours.

Les théoriciens de la musique grégorienne n'ont pas ignoré non plus la valeur musicale et les propriétés particulières du tétracorde. Toute leur échelle était divisée par tétracordes, ainsi qu'on peut le voir dans Hucbaldde Saint-Amand, copié ensuite par tous ceux qui l'ont suivi '.

SOh-LA-SÎ-bO — RE-M1-FA-SOL — LA-SI-DO-RE - M-FA-SOL-LA

La théorie des quatre modes authentiques n'a même chez eux d'autre base réelle que cette propriété spéciale du tétracorde de renfermer tous les sons, qui peuvent commencer une gamme et constituer un mode distinct. De là dans leur échelle le tétracorde qu'ils appellent des filiales, parce qu'il contient, en effet, les notes finales des quatre modes authentiques.

Nous reviendrons, d'ailleurs, sur ce sujet, pour montrer comment chaque mode participe réellement du caractère de ses tétracordes et reçoit d'eux sa puissance d'expression musicale. Ce que nous venons de dire suffit à bien établir que la division par tétracordes est de l'essence d'un mode et que, par conséquent, toute gamme où cette division harmonique n'existe pas doit être retranchée du nombre des modes ou corrigée et ramenée à quelque autre mode véritable.

1 Hucbald de Saint-Amand, Musica enchiriadis, cap. I.

142 IIe ÉTUDE : MUSIQUE GRÉGORIENNE. — Ier TRAITÉ : HARMONIQUE

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