ORIGINES CATHOLIQUES
aux religieux ses frères , et infatigable à rechercher des em< plois pénibles.
Quatre ans s'étaient écoulés dans ces exercices, quand sa mère apprit le lieu de sa retraite. Aussitôt elle vole à la crypte d'Antoine , fait appeler son fils et le supplie avec larmes de venir lui rendre sa joie maternelle. Mais Théodose était devenu plus puissant dans la suavité de ses réponses. Il persuada si bien à sa mère de lui laisser la liberté de servir Dieu , que\ désirant pour elle-même cette félicité , elle embrassa l'état religieux, et mena dès lors une vie bienheureuse. Encouragé par cette victoire. Théodose s'enflammait de jour en jour de l'amour de Dieu, soumettait son corps au joug de l'esprit, et, par des prières assidues, par des jeûnes , par des veilles , il surmontait les tentations nombreuses et diverses des démons ^
Quand la sublimité de ses vertus l'eut élevé au gouvernement de ses frères , il rassemblait souvent son admirable communauté pour la nourrir spirituellement comme le troupeau de Jésus-Christ , lui enseignant chaque jour la crainte du Seigneur \ Nestor, dont nous reprenons ici la relation , nous apprend que lorsque le nombre de ses moines se fut élevé , sous sa direction , de vingt à cent», il alla trouver le moine Michel , du couvent de Studium, qui venait d'arriver avec le métropolitain Georges , et le pria de lui donner la règle de son monastère, qu'il fit copier en double. Il établit aussi dans le sien les chants ecclésiastiques , apprit à faire les inclinations , à lire les psaumes, à se tenir debout dans l'église , assis au réfectoire ; de plus , il détermina l'espèce
1 Synaxaire, p. 307.
« Ibid.
3 Chron., p. 184.
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de nourriture qu'on prendrait chaque jour, etc. Aussi tous les couvents de Russie empruntèrent leur règle au sien, qui resta le plus célèbre. Jusqu'en 11591e supérieur ne porta que le titre d'higoumène ; mais depuis ce temps on lui conféra celui d'archimandrite (abbé). Enfin, à partir de 1786, le monastère fut soumis à-la juridiction du métropolite de Kief, qui prend aussi le titre d'archimandrite de la Laure ^
La règle apportée de Grèce fut nommée Théodosienne, en souvenir du soin que le saint abbé avait pris de la mettre en vigueur *. Théodose était le premier à l'observer, pour qu'elle fût plus exactement suivie. Il faisait accueil à tout venant, c ainsi à moi,... > ajoute ici l'humble chroni-* queur •.
Le bienheureux Antoine et Théodose avaient formé le projet d'élever, en l'honneur de la Mère de Dieu , une église en maçonnerie^, entreprise qu'ils recommandaient à cette grande souveraine avec des gémissements redoublés , quand arriva un admirable prodige. À (^lonstantinople, dans l'église de Blaquernes, la Mère de Dieu apparut à des maçons avec la majesté d'une reine. Elle était accompagnée d'Antoine et de Théodose, les entretint de l'érection d'une église aux cryptes de Kief, et leur en traça le plan en leur commandant de partir. Arrivés en présence des deux bienheureux, ils exposèrent leur vision, donnant pour preuve l'or qu'ils apportaient et leur promptitude à se mettre à l'œuvre. Autres pro^ diges : comme on cherchait l'emplacement de l'église, la nuit suivante , il fut désigné par une rosée très -abondante, et,
^ Geschichte der russischen Kircfie, 1. 1, p. 98, note.
s Ibid., p. 99.
> Nestor, p. 185.
^ E cœmentis^ Kulcsynskt, Ap. Assemani, t. VI, p. 307,
S78 OMOniIS GÂTHÔLIQtnBS
celle d'après, le feii du ciel consuma les broussailles de ce lieu, en sécha et aplanit les fossés, disposa enfin le terrain où s'éleva bientôt un temple magnifique. Théodose^ reconnaissant envers l'auguste Mère de Dieu , tendait aussi au plus haut faite de la perfection religieuse. Tous les ans , il passait tout le carême dans une cr^^pte étroite sans interrompre son silence et sa prière , et il ne reveiiàit vers ses frères que la veille du samedi de Lazare S Livré aux austérités les plus rigoureuses , à peine accordait-il quelque repos à son corps exténué par les abstinences et les fatigues ; encore le prenait*il assis, jamais couché. Aussi Dieu le comblait-il de ses dons ; ^t quand son monastère était en proie à la disette , aussitôt qu'il priait, de pieuses personnes venaient pourvoir à toutes les nécessités du cloître.
Après de nombreux combats » il fut informé de son trépas prochain , et laissa ces dernières paroles aux pères et frères assemblés : c Dieu vous garde contre l'esprit mé^ chant... Pour vous, restez dans la charité... Dieu m'appelle à lui. Choisissez dans la concorde votre higoumène pour que je le bénisse. > Les religieux ayant salué comme supérieur l'ecclésiarque Etienne , le saint père le bénit et ajouta : c Observez ce signe après mon dernier passage : si j'ai été agréable à Dieu , ce monastère croîtra et prospérera sous tous les rapports. Quant à vous, obéissez à vos supérieurs, et Dieu sera toujours avec vous. » Il s'endormit dans le Seigneur, le 3 mai 1074*, jour où les Russes-unis célèbrent son anniversaire*.
< Qui précède le dimanche des Rameaux.
* Synaxaire^ ap. Assemani, p. 308.
8 Assemani, p. 303 et suiy. — Papebroch, Ephemerides, Acta sanct, 1. 1 maii| iiihiij.
Le P* Papebroch représente le saint dans un cercueil ; sa tête parait ornée de l'auréole, son corps enveloppé de bandelettes jusqu'au cou. Un métropolite l'assiste avec un higoumène et deux moines. D'autres prêtres» un diacre et des re^ ligieux se tiennent aux pieds. Le métropolite tient à la main droite un calice avec un couvercle ouvert et orné d'une croix. L'higoumëne y met une cuiller de la main gauche ^ Pape^ broch conclut de ce dernier trait que le saint a reçu l'euchafistie avant de mourir. Nous retrouvons en effet cette cir^ constance à la fin de son Synaœaire, traduit plus tard *. Le Bollandistè conjecture aussi, de la grandeur de l'image du saint , sa célébrité parmi ceux qu'honorent les Russes.
C'est avec non moins de justesse qu'il commence à repousser une imputation erronée contre l'orthodoxie de Théodose. Le P. Ohilewicz, dit-il, interrogé sur le personnage ainsi représenté, répondit que c c'était Théodose de Kief, dont les blasphèmes virulents contre la foi latine , prononcés en préraence d'Isiaslaf , prince de Russie , étaient consignés dans un manuscrit en possession de ce père et autrefois à l'usage du duo d'Ostrog, schismatique \ > — c Je croirais difficilement, reprend Papebroch, qu'un homme tel que le signale Ohilewicz, eût obtenu un culte si solennel parmi les anciens Busses \ 9 Kulczynski présume que les schismatiques ont supposé ces blasphèmes pour donner de l'autorité à leurs
^ Vi i*image, ibid., avant la page 2t, au iroisième Jour de mai. §amt Thi- •motliés et sainU Maures qu'on honore le même Jour» n'occupent qu'un coin du tableau.
* Assemani, t. tV, p. 30!).
9 On lit cette protestation, dit Strahl, dans un manuscrit du Patericon de Kief, écrit au xVie siècle, fol. 64-66, et conservé dans la riche bibliothèque de Tolstoï à Moscou, yf 196, section 1. On ne retroute Ce passagfe dans nul autre manuscrit. ( Geschichte der russischen Kirche^ p. 99.)
* Acta sanctor.j Boll, 1. 1, maii, p. ,%1,
280 ORIGINES GÀtHOUQUES
erreurs , c tactique autrefois universelle , dit-il , et encore plus ou moins employée. Â l'époque de ce tres-saint homme» on ne songeait pas même au schisme. > Â l'appui de cette dernière assertion» Âssemani rappelle ses propres recherches sur l'orthodoxie des Russes au temps de Théodose \
Nous ne saurions omettre un pieux souvenir que consacre à son ancien higoumëne le père de l'histoire Russe, en se mettant lui-même en scène. En 1091, l'abbé du monastère des Cryptes tint conseil avec ses moines. < Il n'est pas convenable, dit-il, que notre père Théodose demeure hors du monastère, lui qui l'a fondé. » La translation de ses restes fut décidée. L'abbé alla avec Nestor à la grotte de Théodose, sans que personne le sût. Après avoir conjecturé ensemble dans quel endroit on avait pu l'enterrer, l'abbé recommanda de nouveau le secret à son compagnon, lui permettant seulement de prendre quelques hommes pour l'aider, c Je me rendis aux cryptes avec deux frères, continue le chroniqueur, et, après avoir chanté des psaumes , je me mis à creuser ; quand je me sentis fatigué, je cédai la place à mes compagnons ; nous travaillâmes ainsi jusqu'à minuit. Gomme nous ne découvrions rien encore, je commençai à me désoler, pensant que nous ne creusions peut-être pas à la bonne place. Je repris cependant la bêche , tandis que les autres se reposaient. Tout à coup l'un de mes frères s'écrie : < On sonne la cloche des matines. > Gomme il disait ces mots , j'arrivais au corps de Théodose. « Et moi, m'écriai-je, j'ai trouvé ce que je cherchais ! i> Après avoir fait venir l'abbé et deux frères , il acheva avec leur secours de découvrir le corps , qui était entouré de bandelettes liant jusqu'aux cheveux. Ils le
* T. VI, p. 309, t. IV, p. 58-76, 92-98.
DE L^ÉGLtSE ËVâS£. 381
placërent dans le manteau d'un des moines et transportèrent sur leurs épaules ces précieux restes hors des grottes. Le lendemain, les évêques Éphrem de Pérejasiaf *, Théophane de Vladimir, Ivan de Tchernigof, Marin de Jurief, les abbés et les moines de tous les cloîtres accompagnèrent les reliques du saint dans l'église qu'il avait construite, et les déposèrent au côté droit du portique. Cette translation eut lieu le 14 août» à la première heure du matin, et le jour entier fut consacré à la célébrer dignement *.
Une vie aussi sainte que celle de Théodose avait mérité d'être féconde en œuvres utiles. Le pieux soUtaire établit à Kief la première maison de charité. Il nourrissait les prisonniers. Sa réputation de vertu attira le grand -duc dans sa pauvre cellule. Isiaslaf venait souvent partager son pain noir et ses lentilles , préférant cette frugalité à l'abondance de sa propre table. Théodose fut ainsi en position de se dévouer à convertir le frère coupable de ce prince , Sviatoslaf ; et ce dernier savait au moins écouter ses reproches , tout en essayant de se justifier. Quand le vénérable abbé entrait dans son palais , le son des orgues et des harpes , qu'on y entendait jour et nuit, cessait aussitôt. Sviatoslaf et Gleb son fils vinrent recevoir la bénédiction de Théodose à son instant suprême. Le saint leur demanda de son côté leur protection toute particulière pour ses institutions religieuses, et en obtint la promesse *.
Plusieurs moines du couvent des Cryptes cueillirent la
^ Le même qui, comme métropolite, admettra la fête latine de la translation des reliques de saint Nicolas. Ce détail n*est pas indifférent pour confirmer Vov tbodoxie de Théodose.
> Nestor, p. 229-31.
' Slrahl, Geschichte der russiscken Kirche^ 1. 1, p. 9d.
HêH ûEianns cktaoïâQots
palme du martyre dans le champ de l'apostolat ; tels fiirent Léontiiis, massacré par les païens deRostof, etRoukcha.par les Yiatitches (gouvernement actuel de Kalouga). On vit des seigneurs renoncer à la plus brillante fortune pour devenir les frères d'Antoine et de Théodose. Barlaam, qui succéda aux deux abbés , était venu trouver le premier avec une suite nombreuse, qui conduisait des chevaux chargés de richesses. Il était d'une famille illustre. Le jeune boyard, mettant pied à terre près du bienheureux , se dépouilla de ses somptueux habits en s'écriant : c Voilà les vanités du monde. Disposez à votre gré de mes biens ; je veux vivre dans la solitude et dans la pauvreté ^ > Le fils du prince de Tchernigof, surnommé Sviaiocha ou le Pieux, voulut, à la fin du xi"" siècle, devenir portier, puis valet dans le couvent des Cryptes. Travaillant sans cesse au jardin ou dans sa cellule , il joignait les plus rudes mortifications aux plus pénibles exercices , et distribua ses biens aux pauvres» Il eut la plus grande part à la formation de la bibliothèque qui fit de cette sainte retraite un foyer de lumières *. De là sortirent des artistes, des savants, des médecins habiles*.
Autant, dit Stralil, se trouvaient, dès cette époque, de princes et de boyards prêts à renoncer au faste et aux joies enivrantes du monde, autant, dès la fondation des premiers monastères de femmes, il se trouva de dames illustres prêtes à dire adieu au siècle. Irène, veuve du grand prince laroslaf, en donna le premier exemple, en 1054. Elle fit bâtir un monastère qui porta le nom de son auguste époux ,
i Karatnsin, t. Il, c. vi, p. 111-12. «-* H fut tonsuré vers 1056» Patericon de Kief, ap. Strahl, 1. 1, p. 97.
* Karamsin, t. II, p. 183, fin du c. vi, et Strahl, p. 101» 3 Slrahl, Beitrœye Mur rutsischen Kirchengeschichte^ p. 123, an. 1096»
DS L^ÉGLISS HOttn. 283
afin d'y embrasser la vie contemplative. Peu après, des trois filles du grand prince Vsévolod , deux prirent le voile, Anne oulanka etEupraxie^ En 1086, la première fonda à Kief et sous l'invocation de saint André , un célèbre monastère où trois cents jeunes filles nobles étaient soigneusement élevées ; elles s'exerçaient à la lecture, à récriture et aux travaux de leur sexe *•
Pour revenir aux cryptes de Kief , on y conservait encore sans corruption , au temps où écrivait Godescard * , les corps de plusieurs saints qui avaient vécu avant le triomphe définitif du schisme. Quelques-unes de leurs légendes sont rapportées dans le calendrier d'Assemani ^ et les Vies des pires des Cryptes ont été écrites par Polycarpe, qui mourut en 1182 • , époque peu différente , on le verra , de celle d'un saint dont le nom seul est déjà une preuve en notre faveur , Antoine le Romain^ appelé ainsi par les Russes eux-mêmes.
Deux saints latins furent vénérés par leurs contemporains en Russie, où ils séjournèrent au xi* et au xu® siècles, saint Olaùs, Olaf ou Olof II , roi de Norvège , et saint Antoine.
Pour comprendre l'influence du premier , il ne faut pas oublier celle toujours croissante des Northmans latins. Quand Olof V, avec le secours des Russes , eut chassé Éric du trône de Norvège, ce dernier compensa pour ainsi dire cette perte par l'occupation momentanée d'AIdeigabourg^ la vieille
1 Geschichte der russischen Kirche, p. 102.
s Tatistchef, Russische Geschichte^ t. II, p. 138-89, 215, 284, t. III, p. 172, cité ibid.
• T. VI, p. 384.
^ T. y, dernière partie et t. VI. Ainsi au 11 août (p. 523-25}, celle des martyrs Basile^ et Théodore, moines.
s Elles comptent parmi les principaux documents qu^emploie Kulczynski.
* Aldoga, Âldeiga-bourg. Karamsin, 1. 1, p. 398, note 218.
284 OftlGINES GATHOUQUES
Ladoga , ville russe peuplée de navigateurs Scandinaves K ■ Les Varègues l'avaient fondée pour communiquer libremen^ . par le golfe de Finlande avec la Scandinavie *• Quelle rout^ ouverte à ces guerriers si hardis^ si actifs, qui pénétraiea i dans l'intérieur de toutes les contrées de l'Europe ! Quelle route frayée par eux à l'apostolat de l'Église latine , qui les gagnait eux-mêmes de plus en plus ! En 1045, le prince Vladimir, fils du grand -duc laroslaf, vient épouvanter Gonstantinople à la tête de cent mille hommes , recrutés en partie dans les Ues arctiques et portés sur des monoœyles \ Ragnvald larl, cousin de réponse d'Iaroslaf, et d'autres auxiliaires suédois des îles arctiques , affluaient en Russie jusqu'à la mort d'Iaroslaf. Â cette époque les Yar^ues cessèrent de transporter vers le lac Mœlar , au nord -ouest de Stockholm \ des monnaies arabes frappées du vm* au ix^ siècle en Perse, en Boukharie et dans le Khorazan. Jusqu'alors cet argent arrivait par la voie du cx)mmerce ou des expéditions militaires ^ C'est sur cette route battue par la Northmannie latine que s'exerça le zèle envahissant d'Olof IL
Le saint roi venait , suivant les sagas de Norvège et de Gothland , de commencer la conversion de cette île , quand il se dirigea vers la Russie , où il séjourna assez longtemps pour laisser gravés dans le cœur des habitants le souvenir de ses enseignements religieux et l'exemple de sa vie*.
1 p. 284, c. IX.
• M. de Murait, Chronogr, Byz., p. 627. — Karamsin, t. II, p. 32.
^ Il communique avec la Baltique et renferme mille cinq cents îles.
^ M. de Murait, ihid. — Celle , par exemple de Mstislas à Tmoutarakan. (Cf. Karamsin, t. II, p. 22.)
6 Jllic non parvo tempore demoratus, honestam vitœ formata et Suce relU gionis monumentum incolU reliquit. (Scriptores rcrum Danicar. Langebek, t. ni, p. 641.)
Saint Olof (c'est ainsi que Karamsin le nomme), chassé du trône ^ fut accueilli avec des égards particuliers par laroslaf*, qui lui offrit le gouvernement d'une grande province de ses Ëtats. Mais ce prince, entraîné par l'espoir de triomplier de Canut, conquérant de la Norvège, serait parti malles prières d'Iaroslaf et de la grande-duchesse Ingégerde, vtrefois sa fiancée, maintenant sa belle-sœur , laissant en ussie son fils Magnus , qui depuis devint roi de Norvège. endant son séjour parmi les Russes , ajoute l'historien ' , lof ne pensait qu'au salut de son âme, guérissait les imalades et faisait des miracles. Mais , par malheur, ayant -v"ii en songe l'ombre d'Olof Triggveson , qui lui donnait 1* espoir de remonter sur le trône de Norvège, il résolut de -srctoumer dans sa patrie où il périt.
Nous n'admettons pas ce que Karamsin avance sur Yimagimtion trompée de saint Olof*. L'histoire de Norvège nous apprend que le courageux monarque allait sciemment braver le martyre, et qu'il en reçut la couronne des mains de ce même parti païen de Norvège qui l'avait expulsé *. Le caractère d'Olof, tel que le représente Karamsin , ne permet pas d'attribuer son retour aux illusions de l'ambition même la plus légitime. Son office, conservé parmi les monuments de l'histoire danoise , nous le représente en Russie comme « enseveli avec Jésus-Christ par son baptême encore récent.»
^ Honore amplissimo, Langebek, t. Il, p. 542, t. III, p. 640. — Acta sanctor.^ julii, t. VU, p. 105, A, 115, A. — Les sagas appellent le grand-duc larisleifr.
* S'appuyant, comme précédemment, sur Stourleson, t. II, p. 47, c. ii, et P' 408, note 20.
' Karamsin, t. Il, p. 47.
^ Acta sanctorum^ inliï, t. VU, p. 115, A. Quelques auteurs racontent qu*il réussit cette fois à reprendre son trgne et l'occupa avec autant de sainteté qu'auparavant, ibid,, p. 105, G.
286 ORIOINEB GATHOUQUES
Il ne songeait , dit M. Maurer, qu'à faire un pèlerinage à Jérusalem pour s'y renfermer dans un monastère ; mais les grands de sa suite voulaient revenir dans leur pays; ils s'étaient même opposés à ce qu'il acceptât une portion des États de Vladimir. Ils accueillirent avec joie sa résolution, et laroslaf l'aida dans ses préparatifs d'armement^ loin d'y mettre obstacle. Tel fut le vrai rôle du saint roi à la cour d'Iaroslaf.
Nous devons insister sur les miracles opérés en Russie par l'intercession de saint Olof , sur le culte dont il y fut honoré, enfin sur l'église latine qui lui était dédiée à Novogorod. « Dans une ville de Russie nommée Holmgarder, éclata un incendie qui menaçait de la dévorer tout entière. Les habitants effrayés recoururent à un prêtre latin qui servait dans l'église de Saint-Olof. Le prêtre , prenant l'image du saint, alla Topposer aux progrès du feu, qui respecta le reste de la ville. » Â cette relation empruntée à deux documents différents * par les Bollandistes , un troisième ajoute : ^ En mémoire de ce miracle, cette cité commença à professer la plus vive dévotion pour le martyr saint Olof ^ »
Quelle est maintenant cette ville d'Holmgarder? Elle est souvent appelée, dans les monuments islandais, la ville royale des Russes ; c'est évidemment Novogorod *.
1 Scriptores rer. Danicar. Langebek, p. 641, t. lîl. — Maurer, Die Bekeh^ rung des norwegischen Stammes, t. I, p. 624.
* Ex Breviario Nidrosiensi et ex Ms, Bodecensi, ap. Acta sanctor., julii, l.VII, p. 117, D, 118,A.
8 Ex ms. Ultrajectino, ap. Acta, ibid. p. 117, B, et note H.
♦ Cette supposition des Bollandistes est appuyée par l'affirmation positive de Kararasin,t. ll,p.4il, note 23. JlblâmemêmeTalistchef d'avoir cherché Holmgarder aux environs de Novogorod, « ignorant que les écrivains Scandinaves appellent de ce nom Novogorod elle-même et quelquefois toute la Russie septentrionale. » Nous trouvons en effet dans les Annales royales des Islandais et les Monuments de ^histoire Danoise, recueillis par Langebek, laroslaf appelé roi
DE l'Église russe. 287
Un affranchi russe , qui était muet , vint dans la même ville*; il demeura chez une dame très-dévole au bienheureux martyr Olof , et qui, à toutes les heures, allait se prosterner « dans son église. » Elle eut l'inspiration d'y mener un jour son hôte, qui obtint, par l'intercession du saint , l'usage de la parole.
Le culte de saint Antoine le Romain , perpétué jusqu'à nos jours parmi les schismatiques , est encore plus remarquable. Ce fut vers 1117 ou 1118, à l'époque où le patriarche Nicéphore jetait les premières semences de division entre l'église russe et le saint-siége^ qu'il arriva sur les bords du Volkof ; là, à deux verstes de Novogorod, il fonda un monastère qui est encore florissant aujourd'hui , et qui a pris de lui le nom de Saint-Antoine-le-Romain *.
c Le gouvernement pastoral de Nicéphore, dit Karamsin, fiit signalé par l'arrivée de saint Antoine le Romain, auquel le gouverneur de Novogorod et l'évêque Nicétas donnèrent des terres avec un village, pour y fonder son monastère, l'un des plus anciens de la Russie^. » Les historiens du monastère disent que , pendant les troubles engendrés par la querelle des investitures entre les papes et les empereurs d'Allemagne, Antoine avait quitté une retraite qu'il avait sanctifiée pendant vingt ans, et, qu'après avoir erré cà et là , il avait vécu une année entière sur un rocher au milieu de la mer. De là une puissance irrésistible l'aurait entraîné au pays de
cTHolingardie, t. 1IT, p. 39. V. aussi Schafarik, Slavische Alterthùmer, t. II, après la p. 75. Le miracle raconté est consigné de même que le suivant dans Toffice du saint, ap. Scriptores rerum Danicarum, 1. 11, p. 549-50.
i Aeta sanctor,, ibid»y p. 116. Elle est appelée ici Holin^ard, par corruption.
* Strahl, p. 129.
8 T. II, c. VI, p. 183,
288 OEIGUYES GATUOUOUES
Novogorod. On y montre encore , dans son monastère < des vases sacrés d'or et d'argent, qu'il avait apportés e^j qui sont couverts d'inscriptions latines. Sa mort arriv»^ vers 1147*.
Là-dessus, Strahl fait la réflexion suivante : c N01&.. n'avons rien trouvé dans Nestor ni dans ses continuateurs sur cet Antoine , et cela nous sufiit pour révoquer en dout^ son histoire , telle que la racontent les écrivains que nous avons cités. Comment , au reste , Antoine aurait - il pu être honoré à la fois à Rome et en Russie , à une époque où les deux égUses étaient séparées ? > Objection que nous avons cent fois réfutée. < Comment, dit encore Strahl, aurait-il pu sans danger faire une si longue route, chargé de tant de vases précieux, à travers des peuples livrés au brigandage? On montre encore aujourd'hui , au porche du monastère, une grosse meule avec une image du saint portant un bâton vert, signe de son pèlerinage ; telles sont les erreurs oii l'on plonge les peuples que ne détrompe pas la critique appliquée à leurs croyances. > Nous ne défendrons pas l'authenticité de tous les détails de la légende ; mais, quant au fait en lui-même , rien d'impossible , et nous ne voyons pas pourquoi le saint personnage n'aurait pas éprouvé d'une manière sensible la protection du Ciel. « Pourquoi, dit enfin Strahl, fixer son choix sur Novogorod pour le lieu de sa retraite , et non sur une autre cité du nord où le christianisme ne fût pas encore connu , ou bien sur une autre cité plus renommée que ces républiques slaves dont il ignorait le langage? > A cela nous répondrons : Novogorod n'était ni inconnue ni étrangère à l'Allemagne. Bientôt elle devait prendre place,
* Geschichte der russischen Kirche, p. 129.
DE l'taUSE RUSSE. 289
avec Pskof , sorte de république comme elle , parmi les cités les plus célèbres delà France teutonique ; elle était déjà, par son commerce , en rapport avec les Allemands comme avec les Northmans latins \ Nous ne sommes donc pas étonnés d*y trouver une église latine. D'ailleurs, il est inutile d'argumenter contre les faits ; ce qu'il y a de certain , c'est que les Russes vénèrent ce saint Romain , comme ils l'appelent , et qu'ils voient en lui un des fondateurs de la vie monastique. On raconte que son corps ayant été trouvé, le 1" juillet 1537, dans un cercueil fermé d'une serrure d'argent , la pieuse tzarine Élizabeth le fît déposer dans une châsse de cyprès qu'elle fit aussi fermer avec une serrure du même métal*. Ces honneurs rendus par les Russes schismatiques à des saints latins et, d'un autre côté, ceux que les Russes calholiques rendent encore aux premiers saints sortis de leur nation, voilà des preuves de l'antique union de la Russie avec le saintsiége, auxquelles il serait difficile de rien opposer de sérieux, et qui nous mèneraient , si nous n'avions résolu de ne point dépasser cette limite, bien au delà du xn* siècle.
Il nous reste à parler d'une fête toute latine adoptée par les Russes , celle de la Translation des reliques de saint Nicolas à Bari. Ce sera le couronnement de tous les faits que nous venons de rapporter, en même temps que la fin de cette étude.
1 Schlœzer, Livland^ p. 53.
9 Strabl, p. 130.