‹ Études de théologie de philosophie et d'histoireChapitre 16 sur 70 · BB L^ÉGLTSS RD8SB · texte numérisé non relu

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Pour comprendre toute la portée de celte protestation contre le schisme grec, il faut connaître la dévotion des Russes pour saint Nicolas de Bari. Car c'est bien lui y ainsi que le remarque Herberstein^ qu'ils honorent d'un culte tout spécial : Nicolaum Baremem inter sanctos in primis venerantur, deque ejus plurimis miraculis quotidie prœdicant. Cette dévotion, partagée par les autres peuples slaves S était si fervente, qu'elle se communiquait à leurs voisins , même infidèles. Herberstein parle d'un seigneur tartare qui, invoquant le saint à leur exemple, lui dut la vie et envoyait tous les ans des dTrandes à son sanctuaire*; deux grands kans^ convertis par son intercession, prirent son nom au baptême ', et les Turcs eux - mêmes le vénéraient *.

Consultons un autre écrivain du xvi® siècle ^ qui fait autorité % malgré l'exagération de son langage : < Les Russes ne sortent jamais de leur maison sans saluer un tableau qui réprésente saint Nicolas en pied. Dans le sanctuaire des églises, il n'y a qu'un autel consacré à saint Nicolas et surmonté de son image. À l'office divin, quand le peuple est assis , on lui met entre les mains plusieurs livres

i Sans parler des rois polonais ( Beatillo , p. 554-56}, Etienne, empereur de Romanie, Slavonie et Albanie, rappelle, dans une charte octroyée à la ville de Raguse, en 1346, la dévotion des rois de Rascie, ses ancêtres, au confesseur mi' rifique. ( Ibid,, p. 332.) Un d'entre eux, Vrosc, était venu en pèlerinage à Bari avec sa famille, comme le rappelait une inscription qui vantait la richesse de ses présents (p. 549-53).

* Ret'um Moscov. commcntarii, édit. Starczcwstki, 1. 1, p. 29.

8 Tangadoret Carbanda, peu avant 1800. (V. Beatillo, 1. VII, c. i et xvi.)

* Le P. Serrarius, ibid.

* Alexandre Gaguin , de Vérone. Omnium regionum Moscoviœ monar» chiœ subjectarum morum et religionis descriptio et gesta tyranni J, Basilidis. Spirx, 1581. Recueil de Starkzcwski, 1. 1.

* Ibid.j préf.

)06 ORIGIRES GATHOUOITES

remplis d'histoires relatives aux actes de saint Nicolas, et tous les dimanches on en lit une à haute voix pour la consolation du peuple si affectionné à ce saint. Dans les églises» on ne voit que deux statues, celle de saint Nicolas et celle de Notre-Dame la bienheureuse Vierge. Deux fois Tan, on va en procession laver ces statues dans la Di^na '. Us n'enseignent aux enfants d'autres prières que les psaumes de David, le Symbole des Apôtres , où ils changent quelques mots , et une infinité d'oraisons à saint Nicolas et à la sainte Vierge... Ils ensevelissent avec les morts ce qu'ils ont possédé de précieux pendant leur vie... et prient le défunt de les recommander avant tout à saint Nicolas, leur patron. L'inhumation achevée, avant de rien toucher, ils portent un cierge allumé devant l'image du saint qui se trouve là , le priant pour le salut du défunt \ >

Le P. Possevin nie que les Russes égalent saint Nicolas à Jésus - Christ , ou fassent même de lui le plus grand des saints, ce qui serait tout au plus le fait d'une ignorance

^ Nom commua à deux grands fleuves de Russie. La Dwîna occidentale se Jette dans le golfe de Livonie, après un cours de 750 kil.; la Dwina orientale, dans la mer Blanche, après un cours de 6i0 kil. — On comprend que Tautcur nomme ce seul fleuve.

* Sur ce dernier point, une coutume très-curieuse est mentionnée dans la Re» lation des trois ambassades de Mq^ le comte de Carlisle.,.^ commencées en Van 1663 et finies sur la fin de 1664. (Paris, édit. elzev. de Jannet, 1857, p. 340.) «En cas que le défunt ait vécu en bon chrétien, le prêtre lui laisse entre les mains un certificat qui s^adrcsse à saint Pierre ou au patron saint Nicolas. » Le prince Galitzin, qui a revu et annoté cette édition récente, emprunte au British MU' seum Toriginal d*un semblable certificat, daté de 154i, ou Tarcbevêque de Rief enjoint « à son seigneur et ami saint Pierre dMntroduirc directement le défunt au ciel. » — Le passage de Gaguin , que nous avons extrait , est rapporté en entier par le P. Beatillo , p. 323-25. Si nous ne le retrouvons pas ainsi, nous rencontrons d^autres détails conformes à ceux qu'il renferme dans le recueil de Starkzewâki, t. 1er, p. 19, 25, de la Description^ et ces assertions contestables: « In quihusdam solemnioribus festis, prœcipue vero Nicolai, quem Divino fere cultu prosequuntur^ Bacchum advenissse gratulantur, e^c, » p. 1 de la Description*

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individuelle ' ; > mais il insiste sur la profonde vénération qu'ils ont pour lui. Ils jeûnent pendant les quinze jours qui précèdent sa fête. Dans beaucoup d'endroits , ils le représentent une épée à la main. Â Mosciaisk^ à quinze milles de Moscou, s'élevaient deux chapelles en son honneur; la première , située à la porte du château y renfermait une statue ainsi armée ; la seconde , bâtie dans la grande église de la forteresse y une autre statue avec l'image d'une belle cité : symbole de son patronage dans la guerre et dans la paix.

Plusieurs Pères de la compagnie de Jésus , qui rapportent ce dernier fait , signalent aussi la confiance des Russes, qui ne leur permettait de cesser leur prière à saint Nicolas qu'après avoir été exaucés, sans s'adresser jamais à d'autres patrons, s'ils avaient commencé par lui.

Un ambassadeur de l'empereur d'Allemagne à la cour de Moscou écrivait : « L'image de saint Nicolas reçoit des Moscovites les plus grands honneurs. Le grand -prince lui fait offrir tous les matins une grande quantité de pain , viande, etc., distribuée ensuite aux ministres de Téglise. Ces prêtres y officient et psalmodient incessamment pour la félicité du grand-prince *. p

11 est évident que les Russes avaient une sorte de religion propre à l'égard de saint Nicolî^ de Bari , et qu'elle était excitée par des bienfaits tout particuliers, souvent même miraculeux. Au commencement du schisme , la Providence

* Nisi quis, minus veritatem edoctus, in ea re erret. Moscovia, 1. 1, Com» menlar., p. 980.

s Cité par le P. Bcatillo, p. 425-26 et 428-443, p. 477-78. Cf. Mathias de Michovie, de Moscovia, ap. Starczewski, t. II, p. 4 du fragment empruaté au Corpus historiœ Poloniœ, Pistorii, 1588. Cet écrivain appartient aussi au xvt« sièclef

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donnait à leur foi simple et pen éclairée les agnes visibles dont elle avait besoin pour se dégager des subtilités grecques. En Térité , si elle a permis plus tard que , par la faute de quelques-uns, ce peuple si pieux se soit séparé du corps plutôt que de l'âme de Tï^lise, elle a voulu mettre là une lumière éclatante pour Ty rattacher.

L'autre point qu'il n'importe pas moins d'établir, c'est que les Russes durent admettre les dédsions du concile de Bari sur tout ce qui nous sépare des Grecs , en particulier sur la procession du Saint-Esprit.

Parmi plus de cent trente évêques qui composaient cette assemblée \ on comptait plusieurs prélats grecs. La perte des actes du concile nous empêche de savoir â c'étaient seulement les évêques de la grande Grèce , ou s'il n'y en eut pas quelques-uns appartenant à l'Orient.

D'autre part , le roi de Danemark était venu, en 1098, à Bari , visiter les reliques de saint Nicolas et le pape Urbain Il \ Ce fait fortifie une conjecture importante d'Âssemani; il regarde comme vraisemblable la présence d'un envoyé russe au concile : c II est à croire que, sur Texposé que faisait ce représentant de la Russie des miracles de saint Nicolas , Ephrem adopta la fête de la Translation , telle qu'Urbain ordonnait dé la célébrer à Bari. Autrement on ne concevrait pas comment les Russes non unis la soleunisaient aussi bien que les autres '. i» De quelque manière qu'elle leur ait élé transmise, ils la reçurent certainement alors ; et nous en concluons de plus qu'ils ne la reçurent pas

1 Giaconius, etc., cités par le P. Beatillo, p. 503.

« Anselm von Canterbury, par liasse. Leipsigf , 1848, 1. 1, p. 5!i4 et note,

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