‹ Études de théologie de philosophie et d'histoireChapitre 22 sur 70 · ORTHODOXE · texte numérisé non relu

ORTHODOXE

LORSQUE plus haut nous avons dit que nous nous proposions de donner dans cet écrit des explications touchant les points dogmatiques qui paraissent , au premier abord, diviser les Églises d'Orient et d'Occident , c'est à dessein que nous nous sommes servi des termes paraissent au premier abord. En effet, nous sommes intimement convaincu que les difficultés sont plus à la surface qu'au fond.

Cette appréciation est loin de nous être particulière; plusieurs théologiens latins l'ont exprimée et développée avant nous, et nous croyons même que la partie la plus éclairée du clergé et de la nation russe n'est guère éloignée de penser ainsi.

Dans le décret du saint synode de Russie pour la fusion des tiniates de Lithuanie avec l'Église orthodoxe russe, aucune erreur n'est reprochée à ces catholiques. Ce document important , signé par huit prélats de l'Église russe , le 6 mars 1839, et accepté par l'empereur Nicolas le 25 du même mois, porte : < Se livrant à un examen plus approfondi de l'objet qui lui était soumis, le très-saint synode a pris en considération ce qui suit :

« La séparation de ceux que l'on appelle Grecs - unis de l'Église orthodoxe d'Orient a été réellement amenée par

Tinterruption de leur communion hiérarchique , de manière cependant qu'ils ont conservé l'ancien rite oriental de la liturgie» ainsi que les cérémonies sacrées qui , pénétrées de l'esprit des dogmes et des traditions orthodoxes, ont résisté^ par leur puissance intrinsèque , à la destruction totale de l'ancienne unité , quoique à l'extérieur elle fût rompue par leur soumission à une domination étrangère \ »

Ainsi , lorsqu'au xvi® siècle les évêques de Lithuanie se sont soumis au siège apostolique de Rome , la séparation qui s'est produite alors dans l'Église ruthène n'a pas eu pour cause la profession de foi faite selon le formulaire romain ; mais cette séparation a été réellement amenée par Vinterrup* tion de la communion hiérarchiqm a/oec le reste de cette Église.

Aussi ne demanda -t- on pas aux évêques ruthènes-unis d'abjurer d'une manière directe ou indirecte , explicite ou implicite , quelque doctrine que ce fut. Écoutons encore le saint synode : c La solennelle confession , exprimée aujourd'hui dans leur acte synodal : -^ que le Seigneur Dieu et notre Sauveur Jésus-Christ est seul le véritable chef de l'u* nique véritable Église, — et la profession de demeurer dans l'unanimité avec les très-saints patriarches orthodoxes d'O* rient et avec le très-saint synode de Russie, ne laissent plus rien à exiger de l'Église grecquc'-unie pour l'union véritable et essentielle de la foi ^ et , par ce motif, il ne reste rien qui puisse s'opposer à la réunion hiérarchique. D'après ces considérations, etc. »

Il est donc de la dernière évidence que, pour que l'union

^ On trouyera ce document dans TouTrage du P. Theiner : Vicissitudes de l'Église catholique des deux rites en Russie et en Pologne (traduction française. Paris, 1848, Sagnier et Bray), t. II, p. 316, seqq.

3tt imik nMManBUQr

véritable et essentielle de la foi , et partant fnmm hiénr^ chique existât entre TËglise orthodoie rtasè et l'ÉgOse nitbene-unie , le saint synode ne requit pas qoe les nniates fissent abjuration d'aucune doctrine; il reconnut implidtement, mais clairement, que leur enseignement sor la procession du Saint-Esprit , sur le purgatoire et sur la virion béatifique avant le jour du dernier jugement, était paifiitement orthodoxe ; tout ce qu'il demanda aux évoques de Lithuanie, c'est qu'il renonçassent à la siqirémalie du pape, en confessant qoe Notre - Seigneur Jésus- Qirist est seul le chef de l'Église orthodoxe, et qu'ils entrassent en communion avec les patriarches d'Orient et le saint synode de Rus»e.

C'est après un examen approfondi de la matière, que la première autorité religieuse de la Russie orthodoxe fit , dans un acte des plus solennelB, cette déclaration aulhmtique.

GONTROVEBSES SUR LESQUELLES ^ PAR ESPRIT DE PADC^ IL CONVIENT DE NE POINT INSISTER»

N'exjotat-il que ce décret du saint synode, il nous semblerait déjà que les divei^ences dogmatiques qui séparent ll^Iise orthodoxe de l'Église catholique doivent être plus apparentes que réelles.

Cette conviction pénètre plus profondément dans notre esprit, lorsque nous examinons les écrits qui renferment la doctrine authentique de l'Église russe et que nous avons désignés plus haut.

Étudions dans ces documents ce qui se rapporte au dogme de la procession du Saint-Esprit.

Pti ftAINT-ESPBIT. sis

Le Catéchisme détaillé demande * : < La doctrine de la procession de rEsprit-Sainl du Përe seul peut -elle subir une modification ou addition quelconque? » Et il répond : € Positivement non : l'^Parce que TÉglise d'Orient répète mot à mot, pour appuyer ce dogme, les paroles mêmes de Notre- Seigneùr ; or, il est hors de doute que les paroles de Jésus- Christ suffisent complètement à l'expression d'une vérité quelconque ; ^ Parce que le second concile oecuménique a certainement exposé dans le symbole tout ce qui a rapport au Saint-Esprit de la manière la plus satisfaisante , puisqu'il avait été convoqué nommément pour établir la vraie doctrine touchant le Saint-Esprit. L'Église universelle en était tellement convaincue, que le troisième concile général défendit, par son septième canon, de jamais composer un nouveau symbole de la foi. C'est par cette raison que saint Jean Damascène dit dans sa Théologie : € Nous disons que l'Es- € prit-Saint procède du Père , et nous l^appelons Esprit du € Père ; nous ne disons nullement que l'Esprit procède du € Fils; mais nous rappelons Esprit du Fils'. »

Il serait inutile de faire observer que les théologiens latins n'approuvent pas tous les raisonnements qui se lisent dans cette réponse.

Ils remarquent, en premier lieu, que Notre-Seigneur n'a pas dit t L^Ësprit-Saint procède du Père seul , mais simplement : L'Esprit-Saint |)rocède du Phre, et qu'en ajoutant : Que je vous enverrai de la part de mon Phre^ il a enseigné

i Leçon sur le huitième article de foi. Nous suivons la traduction publiée à Paris, mais il faut observer qu'elle présente une légère variante avec le texte russe. La demande ne contient pas le mot seul, et dit simplement : a La doctrine de la procession du Saint-Esprit du Père peut - elle subir une modification? ïi Réponse : « Gela ne se peut, etc. »

« T^teo/., L I, c. H, § 4.

3U DE lA PA0GE8SI0N

d'une iT)aDifei*e assez claire qu'il procède aussi de lui, pi]i8({ue, selon leur doctrine, la rtiission d^une personne divine par une autre présuppose l'ordre de procession.

Ils remarquent, en second lieu, qu'on ne saurait admettre comme principe d'herméneutique que les paroles de Jésu»- Christ ou de ses saints apôtres prises isolément suffisent complètement à l'expression d'une vérité quelconque. C'est en s'appuyant sur une affirmation semblable que les Ariens protendaient que Notre-Seigneur était absolument inférieur à Dieu son (tère, et que les Luthériens ont enseigné que la foi seule justifie le pécheur : déductions que les Russes n'ad^ mettent pas plus que les Latins.

Ils remarquent, en troisième lieu, que le concile de Constantinople n'a pas été convoqué pour définir tout ce qui a rapport au Saint-Esprit, mais seulement pour examiner la doctrine des Macédoniens, qui soutenaient que l'Esprit- Saint n'est pas Dieu, qu'il ne reçoit pas par communication son existence, sa subsistence\ son essence du Père, mais qu'il est une créature du Fils. Les Macédoniens étaient loin de nier que le Saint-Esprit a reçu du Fils son existence, sa subsistence et son essence ; ils le subordonnaient même tellement au Fils, qu'ils en faisaient une production créée de la seconde personne de la sainte Trinité. Pour détruire cette erreur de fond en comble, il suffisait de dire que le Saint-Esprit procède (lu Père ainsi que le Fils en procède ; qu'il est donc Dieu comme le Fils, etc. Les Pères du concile omirent tout le reste. Ils ne dirent pas que l'Esprit-Saint est consubstantiel au Père et au Fils, ni qu'il est l'Esprit du Père et du Fils;

1 Notons une fois pour toutes que nous traduisons ainsi le subsistentia de la théologie scolastiquc.

doctrines, cependant, tellement essentielles, que les Russes avouent que sans elles l'enseignement touchant la troisième personne de la sainte Trinité est insuffisant et iurcomplet.

Le Catéchisme détaillé lui-même montre combien sont fondées ces remarques des Latins sur le symbole de Gonstantinople. Il demande ^ : c Pourquoi est-il dit, dans le symbole, que Y Esprit-Saint parla dans les prophètes ?» A quoi il répond : « Pour confondre certains faux docteurs qui enseignaient que les livres de l'Ancien Testament n'étaient pas inspirés par le Saint-Esprit. » Puis il continue : « Pourquoi n'est-il pas question des Apôtres dans le symbole ?» La réponse est : « Parce qu'à l'époque où le symbole fut composé, personne n'avait encore osé mettre en doute l'inspiration divine des Apôtres. * Ainsi de même, parce que personne en ce temps ne révoquait en doute que l'Esprit-Saint procède du Fils , le concile ne jugea pas nécessaire de le dire dans son symbole.

Les théologiens latins remarquent , en quatrième lieu, que, si le troisième concile défendit de faire des additions au symbole , cette défense n'était pas fondée sur ce que le symbole était complet, d'une clarté parfaite, condamnant d'avance toutes les hérésies. Nous ne croyons pas que les théologiens russes aient eux-mêmes cette idée du symbole , ni qu'ils veuillent l'attribuer aux Pères de Constantinople ou d'Éphèse. Lorsque les Pères d'Éphèse formulèrent cette clause, ils avaient en vue de réprimer la témérité des évoques , des conciles particuliers et surtout des conciliabules qui , sous des prétextes frivoles , voudraient empiéter sur

* Catéchisme détaillé, p. 56.

3i6 nS U PE0GE8SiQff

les droits de TËglise universelle. Nous le demandoos avec confiance, si les évèques des quatres patriarcats d'Orient et de la Russie se réunissaient en concile , enfrmndraietil' ils l'esprit du décret d'Ëphèse, en disant dans le syiR^ bole : Qui a parlé par lés prophètes, par les apures et les évangélistes , voulant ainsi condamner la doctrine rationaliste qui nie l'inspiration des livres saints du Nouveau Testament?

Mais quelque fondées que soient ces remarques des théologiens latins , nous ne voulons pomt y insister. Ce sont là des controverses qui n'atteignent pas directement et immédiatement les dogmes de foi, et auxquelles , pour cette raison, nous ne nous arrêterons pas^ aimant mieux cherdier ici ce qui unit que ce qui divise.

TERMINOLOGIE DIFFÉRENTE DES RUSSES ET DES LATINS DANS l'exposition DU DOGME DE LA PROCESSION

LES Russes, malgré leur aversion pour le Filioque, admettent, dans leur Catéchisme détaillé, la doctrine de saint Jean Damascène. Rappelons leurs paroles : c Nous disons que l'Esprit-Saint procède du Père , et nous l'appelons Esprit du Père : nous ne disons nullement que l'Esprit procède du Fils; mais seulement nous l'appelons Esprit du Fils. »

Cette doctrine n'est point erronée aux yeux des catholiques , pourvu qu'on veuille la comprendre dans le sens de saint Jean Damascène.

DU SAIlITrESPBIT. 311

En effet , ce savant théologien , après ces mêmes paroles : c Pïous ne disons pas que TEsprit procède du Fils ; mais c seulement nous rappelons Esprit du Fils , » continue en ces termes : c Le divin apôtre dit : Si quelqu'un n'a pas rEsprit du Christ , il ne lui appartient pas\ Nous confessons aussi que l'Esprit-Saint nous est manifesté et communiqué par le Fils : Car, dit l'Écriture , il souffla sur ses disciples et il leur dit : Recevez le Saint-Esprit. Considérons le soleil : le rayon et la lumière sortent du soleil , qui est la source du rayon et de la lumière; par le rayon, la lumière nous est communiquée , et c'est elle qui nous éclaire et qui nous est départie. Nous ne disons pas que le Fils est du Saint-Esprit ou qu'il procède de lui. >

La doctrine de saint Jean Damascène se réduit donc aux points suivants ;

Le Père est la source, i^t^, du Fils et du Saint- Espritt

Le Fils procède du Père; il est le Fils, le Verbe du Père; il ne procède pas du Saint-Esprit, il n'est pas le Verbe du Saint-Esprit, il n'est pas de lui.

L'Esprit -Saint procède du Père; il n'est pas le Fils du Père, mais il est du Père ou l'Esprit du Père; il ne procède pas du Fils, mais il est du Fils ou l'Esprit du Fils.

Il est donc évident que, selon saint Jean Damascène, le Père a, par rapport au Fils et au Saint-Esprit, une propriété que n'a aucune des deux autres personnes : c'est celle d'être source; et parce que le Fils n'est pas source, le saint théologien se refuse à dire que le Saint-Esprit procède du Fils; mais il affirme en même temps qu'il existe du FUs au Saint-Esprit une relation qui n'existe pas du Saint-

M iA nOCESBMMI

Esprit m Fils, car le Saint-Esprit est l'Esprit da Fib, et le Fils n'est pas le Veriie dn Saint*Eqprit.

Développons nn pen ces assertions , et cbercfaons û, sons une phraséologie qui s'éloigne de celle des Latins, ne se cache pas tout le mystère de h procession du Saint-Eqprit, tel que l'entendent les Latins.

La notion de procession , lorsqu'on parle de la sainte Trinité, désigne la sortie, F émanation d'une personne, de son principe. Cette définition s'accorde tant avec la théologie des Orientaux qu'avec odle des Latins.

Sur la signification des termes de sortie, à^émanation, il ne saurait y avoir de contestation. Ce sont à la vérité des figures grossières, empruntées au monde physique; mais, corrigées par les notions d'éternité et d'indivi»hilité inhérentes à l'idée de Dieu, elles nous donnent une connaissance suffisante du mystère. Des deux côtés, on est d'accord sur ce point. De même le terme : personne, est reçu dans un sens identique en Orient et en Occident. Toute la difficulté vient du mot principe; on n'y attache pas le même sens de part et d'autre. Lorsque les Latins parlent du jonncipe de la procession du Saint-Esprit, ils ont en vue le principe de l'acte par lequel TEsprit-Saint est produit. Qu'ils parlent des principes qui agissent ou du principe par lequel les divines personnes agissent, tout ce qu'ils disent se rapporte au principe de l'acte immédiat par lequel l'existence , la subsistence et l'essence divines sont données à une personne.

II en est tout autrement dans la théologie orientale. Là, on entend par principe le commencement, pour ainsi dire, de tout, à^yii ; l'origine, la source dans laquelle tout se trouve

DU SAWT-BSPBIT. 349

primitivement^ m^Y^i; la came sans cause dans toute son

extension; la cause, la cause première, primitive , primor-

diale, aWa, afTtov dfvap;^ov, TrpoxaTapxTix^ aWa*, CtC.

n nous importe surtout d'établir que telle est la terminologie de saint Jean Damascène, dont les Russes font profession de suivre la doctrine. Ce saint , dans son Dialogue contre les Manichéens *, dit d'abord qu'un principe en général est ce qui est sans principe, c'est-à-dire n'a pas de principe ; puis il donne différents genres de principes ; mais il nous suffit de rapporter ce qu'il dit du principe ou de la cause naturelle , puisque, selon lui , ' « le Père, étant cause naturelle du Fils et du Saint-Esprit, est leur seul principe , fitfav oîv ipx'^lv ôfiioXoYW, &ç aÏTtov cpucrtxbv, tov IlaTspa Arfyou xal IIveufiiaToç. »

n dit donc : € Le principe se prend enfin pour la cause , "kiytwi xal àfx^ xaxi th aÏTtov, et ccla de trois manières : pour la cause naturelle, ?1 yip cpuatxiv, et le Père est ainsi le principe du Fils ; pour la cause efficiente , ^ 7roi7)Tixbv, et le Créa* teur est ainsi le principe de la création ; ou pour la cause exemplaire , i^ (iwfiiioTixov, et l'objet représenté est ainsi le principe de l'image. > Il conclut en disant : € Le mot principe,

1 En parlant du mystère de la très-sainte Trinité et des relations entre les personnes divines , les Pères et les théologiens grecs ne font aucune difficulté de se servir du mot catise, ahioi, ; les Latins, au contraire, dans ce cas, se servent exclusivement du mot principe, et n*emploient le mot cause que lorsqu'il s'agit d'un effet créé. Ainsi, Dieu créateur est la cause du monde , Dieu le Père n'est pas la cause, mais le principe qui engendre le Verbe. Dans la terminologie latine, le mot cause suppose toujours une certaine inégalité entre la cause et Teffet, tandis que le mot principe laisse intacte la notion d'égalité. En reproduisant les raisonnements des Grecs, nous ne faisons aucune difficulté d'adopter leur terminologie; il suffit d'en avoir averti le lecteur.

* S. Joannis Damasceni opéra, éd. Lequien, 1. 1, p. 430, Dialog. contra Manich.y c. m.

* Ibid.y c. IV.

330 Jmik PBOGESSION

s'employant donc de tant de manières , cela est véritaUeiment principe qm est lui-même sans principe, êxeTvo ivA t& jvTcoç Jvvpx^^ XeY(S(Aevov; > puis, appliquant cette notion de principe à la sainte Trinité, il demande aux Manichéens qu'il réfute : < Comment pouvez-vous dire que nous admet* tons deux principes qui sont sans principe? USk o3v atio à^ xàç cru f 9iç àvdEpxo^ ; > et il contiuue à raisonner dans la sup* position que ce qui est sans principe doit seul être appelé principe.

Est -il donc étonnant qu'on ne s'entende pas sur le principe de la procession du Saint - Esprit, lorsque par le mot principe on entend des choses si différentes ? lorsque les uns le prennent ou pour les personnes qui agissent , ou pour la chose qui est en elles et par laquelle elles agissent ; les autres pour la source première dans laquelle tout se conçoit d'abord, pour le (principe sans principe , àfx^ <v«px^ ' pour la cause qui n'a ni principe ni cause , «Ma i^fx^f i^%^

Voyons maintenant cette différence de langage se traduire dans l'exposition du dogme selon les deux terminologies.

Les Latins disent que le Père , en engendrant de toute éternité son Fils par un acte dont la nature et la fin essentielle et directe rend ce Fils égal à son Père, communique à ce Fils toute sa substance ou essence divine , de sorte que cette substance soit commune à l'un et à l'autre. Tout est donc commun aux deux personnes, sauf, d'une part, la paternité, qui est l'attribut exclusif du Père, et d'autre part, la filiation, qui est propre au Fils. Jusque-là nulle divergence dans les termes avec les Orientaux.

Le Père et le Fils , n'ayant qu'une nature ou essence ,

W SAIKT^SgPBIT. 331

a^ssent ensemble ; ce que &it le Père , le Fils le fait , de sorte qu'il n'y a qu'une volition^ qu'un acte, que l'acte de l'un est l'acte de l'autre, ou plutôt que l'acte est commun aux deux. Agissant ainsi , ils forment un acte qui n'est pas assimilant par sa nature et sa fin directe , et qu'on appelle ^rtUion , «poSoX^, ixit^umç ; par cet acte , ils produisent la personnalité de l'Esprit-Saint et lui communiquent la nature divine , qui devient ainsi commune aux trois personnes de l'adorable Trinité. Or, comme les logiciens demandent quel est le principe par lequel l'homme comprend une chose , et qu'ils répondent que c'est par sa nature qui est intelligente et par la faculté qu'il a de comprendre , ainsi de même , les théologiens demandent quel est le principe par lequel le Père et le Fils produisent l'Ësprit-Saint , et ils répondent que ce principe est l'essence divine , qui est commune au Père et au Fils^ et la faculté qu'ils possèdent en commun de produire l'Esprit-Saint.

n est donc évident que, quoique le Père agisse et que le Fils agisse en produisant l'Esprit-Saint , il n'y a étendant qu'wn seul principe par lequel cet acte s'accomplit, savoir; la faculté de le former, qui est commune aux deux personnes agissantes , et qui se confond avec l'essence divine qu'elles possèdent l'une et l'autre. De là il suit que, puisque les Latins considèrent la procession du Saint-Esprit comme l'effet immédiat de l'acte unique par lequel le Père et le Fils produisent cette troisième personne divine , ils doivent dire que TEsprit-Saint procède du Père et du Fils , qui , par un seul principe, ou par une seule essence et faculté commune aux deux, produisent la subsistence ou personnalité, et lui communiquent leur propre nature.

332 I>E JJL PROGESSiœf

Passons à l'exposition du même dogme par les orthor doxes.

GOMMEM* LES RUSSES^ SOÏÏS UNE TERMINOLOaiE DIFFÉRENTE^

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