PROCESSION DU SAINT-^ESPRIT
LES Russes et les autres Orientaux, ne rapportant pas la procession du Saint-Esprit à l'acte par lequel il est produit, mais à la source de toute la divinité, et n'appelant pas principe ce par quoi un être forme un acte, mais seulement ce qui est l'origine , le commencement de tout^ disent, en conséquence de cette terminologie, que le Saint-Esprit procède du Père seul, que le Père seul est son principe.
Qu'ils l'entendent véritablement en ce sens, nous en avons la preuve dans la Confession de foi orthodoxe. A l'endroit même où elle enseigne que l'Esprit-Saint procède du Père seul , elle dit * : « L'Esprit-Saint procède du Père seul en tant que le Père est la source et l'origine de la divinité ; To nvsup-a TO ^Y^^^ IxiropsusTat sx p-c^vou tou IlaTpbç, wç 7cy)y^ç
xal àpx^; ttj; 66({ty)to;. Que faut-il de plus pour démontrer que les théologiens russes considèrent la procession du Saint-Esprit, non pas dans l'acte par lequel il est produit, mais dans la source première , dans l'origine primitive de tout ce qui est divin ?
Mais, parce qu'ils ne considèrent pas cet acte comme
* Part. 1 , quest. 71, ap. Kimmel , Libri symbolici Ecclesiœ orientalis^ (léna, 1843), p. 142.
le terme d'où, il faut prendre cette procession , cette émanation divine, s'ensuit -il qu'ils le nient? En aucune manière. Comment peut-on les soupçonner d'une pareille doctrine? n'est -elle pas en contradiction flagrante avec la théologie des Pères qu'ils environnent d'autant de respect que les Latins eux-mêmes ? Jamais ils ne s'écarteront de ce qu'il y a de plus explicite dans saint Âthanase, saint Basile, saint Grégoire de Nysse, saint Grégoire de Nazianze, Didyme d'Alexandrie^ saint Ëpiphane, saint Cyrille d'Âlexan^ drie , Ânasitase le Sinaîte , et tant d'autres docteurs dont les passages ont été recueillis par les théologiens qui ont écrit spécialement sur cette matière.
Non, ils ne nient point cet acte ; mais ils l'affirment en d'autres termes que nous, et, comme nous, ils reconnaissent qu'il appartient au Fils de Dieu. Us disent , avec saint Jean Damascène, que l'Esprit- Saint est non-seulemeat l'Esprit du Père , mais encore l'Esprit du Fils , et que cette relation qui existe du Fils au Saint-Esprit n'existe pas en sens inverse; preuve évidente que cette relation ne se fonde pas sur la simple identité d'essence ou de nature divine commune aux trois personnes, mais bien sur ce que le Fils concourt au souffle divin du Père par lequel l'Esprit-Saint est produit.
A la vérité , on lit dans les théologiens russes que l'Esprit-Saint est appelé l'Esprit du Fils parce qu'il est consubstantiel au Fils. Mais il faut prendre garde que, dans la théologie orientale, la consubstantialité considérée dans lés personnes divines suppose Tordre de procession . C'est ainsi que saint Basile, dans sa lettre lii% dit que « ceux-là se troippent qui croient que la consubstantialité existe entré
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deax frëres. Les dioses, ajoute-t-il , ne sont tieiles qne lorsque le priocipe et ce qai est da principa sont d'une même nature. > Saint CyriHe d'Aleiaiidrie, dans son premier dialecte sor h sainte Trinité, raisonne d'après le même fondement : € Si le Fib, £t-il, est eonsnbstantiel au Père, il existe donc de lui et en hn sdon la nature et substantiellement. » Aussi, il n'est pas reça dans le langage de dire : le Père est consubstantiel an VSs, et le Fils au Saint-Esprit; mais on dit que le Fils est consubstantiel au Père, et le Saint -E^t au Père et au Fils. Nous avons, dans saint Jean Damascène, dont les Russes ont consigné la doctrine dans leur catédnsme, un argomait tout à fait péremptoire pour prouver que rexpression : VEsprit-Sainl est VEspril du Fik, ne signifie pas seulement que Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit OQt une même nature commune. Ce saint docteur, à la fin du chapitre xn du livre l*' de la Foi ùrlhoioœe, dit : € L'Ësprit-Saint est l'Esprit du Père , parce qu'il procède du Père ; car il n'y a pas de mouvement sans souffle ; il est aussi l'Esprit du Fils , non pas parce qu'il procède du Fils, mais parce que, par le Fils, il procède du Père. —
Ilvcu(jux Tou IlaTp^ , êiç èx Ilarpiç ^xiMpeu^ocvov, Ou$e[ii{a fkf 6pp.A jvev IIvciSfiLaToç. Kai Ytou Bl Ilveufiia, oO^ ^? ^ a&rou, iXX' à<
Bi* aùTot> tx Tot> Ilarp^ lx?copeu(SfiLevov. » Nous expliquerons un peu plus loin cette locution $c' «ùreti , par lui, opposée h cette autre ^ «ôtou , de lui. Pour le moment , nous ne citons ce passage que pour faire voir que la locution : VEsprit^ Saint est V Esprit du Fils, ne suppose pas seulement, dans la théologie orthodoxe , que la seconde et la troisième personne de la sainte Trinité ont une même nature , mais
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encore qu'elle a pour fondement Tacte de production du Saint-Esprit , acte auquel le Fils a eu part , ô)ç èC «ùrou ik Totî II«Tpiç IxwopsutîjAtvav. Lorsque le Père et le Fils forment cet acte par lequel ils produisent le Saint-Esprit , toute Tessence divine qu'ils communiquent à cette troisième per^ sonne doit être conçue comme existant d'abord^ nonseulement dans le Père , mais encore dans le Fils. C'est ce que saint Jean Damascène nous fait comprendre par les comparaisons dont il se sert.
Nous avons déjà dit qu'il compare le Père au soleil , qui est la source du rayon et de la lumière; le Fils, au rayon par lequel la lumière vient jusqu'à nous , et l'Esprit-Saint, à la lumière qui vient du soleil par le rayon.
Dans le même livre I** de la Poi orthodoxe \ dans lequel il propose cette comparaison, il se sert d'une autre similitude tirée de l'intelligence humainCé II représente le Père par l'intelligence humaine , le Fils par la parole intérieure que forme l'intelligence , l'Esprit - Saint par le souffle que produit l'intelligence en exprimant sa parole intérieure* Cette expression extérieure est d'abord tout entière dans Tintelligence, puis elle est dans la parole intérieure qu'elle doit exprimer é C'est ainsi que l'Esprit- Saint , qui n'est pas une simple modification comme notre souffle ou comme l'expression extérieure de notre parole , mais une force substantielle aya^t sa propre subsistence , procède du Père , se repose dans le Verbe divin et le manifeste. 'Evvooufiiev... Siiva-
(Atv ovmcd^, aoT^jv êautviç Iv fôia^ouat) ÔTtoaràaei Oe(opou[xlvy)v , xai tou n«^p^ Tcpoepp^^Ofx jvviv , xal Iv tÇ \6f(f dva77atlO(xlvt)v , xal auTOu o3(xav ixf avTixi^v ^
^ S. Joann. Damasc. De Fide àrth.y 1. 1, c. yn.
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Dans le Dialogue contre les Manichéens^, il emploie la même comparaison et l'expliqae par deux autres encore plus saisissables. Il compare la sainte Trinité à un rosier : le Père est figuré par la plante» le Fils par la fleur, TEsprit- Saint par le parfum que répand Tarbuste. La même substance est dans tout le rosier, et tout doit être primitivement conçu dans la plante , puis dans la plante et dans la fleur. La plante produit la fleur , et la fleur, ou plutôt la plante et la fleur, par une force qui leur est commune , produisent le parfum.
Et cette même comparaison , il la confond avec une autre employée , comme la précédente , par les docteurs anciens ; c'est celle de la racine , de la tige et de la fleur^ qui ne sont qu'une seule plante. Tout est d*abord dans la racine qui produit la tige , et qui , lui communiquant toute la force productive qu'elle possède , produit la fleur par une action qui lui est commune avec la tige*
Le saint docteur se sert de ces comparaisons pour prouver contre les Manichéens que , bien qu'il y ait trois personnes dans l'adorable Trinité, il n'y a pas cependant plusieurs principes ; mais en même temps, elles nous font comprendre sa doctrine touchant les relations qui existent entre les trois personnes divines. On s'explique ainsi comment on peut dire que l'Esprit -Saint procède du Père par le Fils, Ix toïï IlaTpoç $ti Tou Ytou; c'est commc si on disait que la fleur
* El xai Tpetç ÔTTOcrTadeiç, dXX'eTç ©ebç, xal ou Tpetç. *0 yip vouç, xal Xo'yoç, xal T^ irvsufxa auTOÎî , -eï; vouç, xal où Tpetç vo'eç, wç to cpurov tou ^ou, xal TO avôoç, xal ^ suwSfa éxofcrrou cîutwv, fo'Sov XéyeTat, xal e(TTf xal où Tp(a p<{8a X^yovTat Iv t9î auvaptôfi-i^ffet , àXXà fo'Sov ^ ^O^ol, xal ô xXo(5oç, xal to ofvôoç. {DiaL contra Manich,^ c. viii*)
proyient de la racine par la tige^ et le parfum qui embaume les jardins^ du rosier par la rose.
Cette manière différente de caractériser l'action du Père et l'action du Fils n'abaisse aucunement celle-ci. C'est saint Jean Damascène lui-même qui en fait la remarque au chapitre vitf du livre premier de la Foi orthodoxe. « Lorsque nous disons que le Père fait tout ce qu'il fait par son Fils unique , ce n'est pas pour dire qu'il le fait comme par un instrument servile , mais comme par une force qui a sa nature et sa SUbsistence ; — X^y^fiiev tJv TcaT^pa TcàvTa &a ?coieT, ^tà too Movo^evouç auTou Ytou TcoteTv , ouj^ àç tC 6pYcxvou XetTOupYtxou, èCÙk
f u<»xv)ç xal lvu7ro(rrdETou ^uvâ^ecoç ; — et comme uous disons tantôt que le feu éclaire et tantôt que la lumière du feu éclaire, ainsi tout ce que fait le Père , le Fils le fait ; — xal ôaTuep
XfjfOfXEV T& Tutip ftorCCeiv, xal TcdEXcv t& cpcoç Tdu Tcup^ ^ (oxC^eiv, o8t(o ?cd[vTOt idtt. icoieT ô IlaT^p, ô^oCcoç xal ô Tt^ç TtoteT *. » .
Mais s'il en est ainsi ^ pourquoi le saint docteur se refuse^ t-il à dire que le Saint-^Esprit procède du Père et du Fils, et tient-il ferme à n'admettre que la formule : le Saint-Esprit procède du Père par le Fils ? C^est, comme il l'a dit immédiatement après le passage que nous avons tiré plus haut du chapitre xn® du premier livre de la Foi orthodoxe, « parce que le Père seul est cause; fiwJvoç yàpaÏTtoçôIIaTijp ; » non pas qu'il soit seul la cause immédiate et prochaine de l'acte de production du Saint-Esprit , mais parce qu'il est seul cause en tant qu'il est < le soleil superessentiet , la fontaine de la bonté , Tabîme de l'essence, de la raison, de la sagesse, de la puissance , de la lumière , de la divinité ; la source engendrante et productrice du bien qui est caché en lui, ^ et qu'en
i Opp., 1. 1, p. 136.