DB LA PROCESSION
conséquence» tout ce qui convient à la notion de cause , de père, de source et de génération, doit être attribué au Ph'e seul.
GONGILIATION DB LA TERBflNOLOaaS EMPLOYEE PAR LES OBIEMTATll
AVEQ CELLE DES LATmS.
CETTE doctrine ne répugne aucunement aux Latins. Le P. Petau Ta fait voir depuis longtemps* < Saint Grégoire deNazianze , dit-il \ distinguant les trois personnes par les propriétés qu'on leur assigne» attribue au Përe la cau^e, aÏTtov, au Fils V ouvrage, h[\i,m^h, à TËsprit-Saint Vachéventent , TeXeeoicoibv. Ainsi» en parlant en général et d'une manière absolue, on a coutume d'attribuer la propriété d'être cause et principe au Përe , comme à Torigine et à la source de laquelle toute essence (oMa) et tout être To eTvat) , tant créé qu'incréé, découle. Quoique, selon saint Basile, le Fils soit aussi auteur {<ipx^ï^)et came (aïnoç) de toutes choses , autres que la divinité , et par conséquent des dons qui sont communiqués par le Saint-Esprit , il n'est pas cependant premier principe , ni principe sans principe; la cause de la cause de toutes les choses qui existent est une force qui n'est pas engendrée , mais qui subsiste sans principe. Ailleurs, le même saint docteur, insistant sur la notion propre du Père , l'appelle la fontaine et la cause de tout bien ( -joiy^v xal alT(av twv cIy«ôwv ); et il se refuse à admettre trois subsistences primordiales, à^x^xkç 6i:o<TTdîflrct< ; mais il
i De Trinitate^ I. VII, c. x, n. 14.
Du SAINT-ESPRIT» ^39
pose un principe de toutes choses , principe qui agit par le Fils et achève par l'Esprit -Saint. A la fin de son deuxième livre contre Eunomius , il attribue de nouveau au Père la propriété d'être cause et principe, en soutenant qu'elle est communiquée au Fils et à l'Esprit -Saint. En effet, il redresse cet hérétique qui avait dit que le Fils est l'œuvre de celui qui n'a point été engendré^ et que V Esprit- Saint est V œuvre du Fils ; ce qui revient à établir les deux principes des anciens hérétiques. « Or , dit-il , s'il parle € de la sorte pour établir deux principes opposés entre eux , € il encourt la même condamnation que Jâanes et Marcion. € Si, au contraire, il rattache tout ce qui existe à un seul € principe , ce qu'il dit être fait par le Fils doit se rapporter € àlapre7nihre cause. C'est pourquoi, quoique nous croyions € que toutes choses ont été faites par le Fils, StJc tou 8eoû € Arfyou , nous ne nions point pour cela que Dieu le Père « est la cause de tout, b Ainsi le nom de cause ( aÏTtoçpu akCa) et celui de principe (<^px^) ^st quelquefois donné au Père comme une chose qui lui est propre et caractéristique de sa personne; parce que, comme dit saint Athanase , la nature de Dieu le Père est aussi bien la cause de Dieu le Fils et de Dieu le Saint-Esprit que de toute la création. Or en ce sens, comme Pierre Abélard le dit trèsbien, la seule personne du Père doit être mise au sommet de tout ; et, continue-t-il , si les Grecs entendent que TEsprit-Saint procède du Père seul en tant que celui-ci est au sommet de la sainte Trinité et qu'il n'a pas reçu l'existence d'un autre principe , il n'y a entre eux et nous aucun dissentiment, mais seulement une diversité de langages -^ Si a solo Pâtre procedere Spiritum Grœci
340 i^ LA raoGESSioif
intelligant, eo scilicet quod sic ab ipso sit, quasi a summo et non existente ab alio, nulla est sententiœ controversia , sed verborum diversitas* >
Il n'y a donc aucune difficulté à admettre en ce sens la doctrine des Orientaux^ et à dire avec eux que le Père seul est came et principe.
C'est un langage aucpiel les oreilles latines sont peu accoutumées. Chez les Orientaux eux-mêmes, lorsqu'on parle de la création, on se plaît à appeler le Père principe primordial (akCav TcpoxaTapxTtx^jv), terme dont s'est déjà servi saint Basile» Pour la netteté du discours et Texpression précise du dogme^ il convient de remployer également en parlant de la proces«sion du Saint-Esprit.
C'est une excellente manière d'exprimer l'ordre et l'enchainement qui existe entre les personnes de la très-sainte Trinité. Car, en parlant ainsi , on montre que le Père est principe sans principe, qu'il est au sommet de la Trinité» que rien n'est dans les autres personnes sans avoir été auparavant en lui. De la sorte , on fait voir que tout ce que possède le Fils, il l'a reçu de son Père , et, par conséquent , que le Fils , lorsqu'il produit avec son Père seul l'Esprit- Saint , ne concourt pas à cette produclion comme un principe à part , comme une cause indépendante , mais comme n'ayant avec son Père qu'une seule force, qu'une seule énergie , qui est primitivement tout entière dans le Père. C'est sur quoi saint Grégoire de Nysse insiste lorsqu'il dit : Nous distinguons dans la sainte Trinité « ce qui est principe < (to aÏTtov) et ce qui est de principe (Ix tou akfou) ; et dans ce a qui est de principe^ nous faisons une nouvelle distinction ; « c^r une personne (le Fils) est immédiatement de la première
DU SAINT-ESPBIT. 341
(le Père), to (niv yip -irpode^Sç Ix tou TrpciTou, et une personne (TEsprit-Saint) est par celle qui est immédiatement de la « première, th Si BA tou TtpoaexSç Ix Totî irpwTou 5 de sorte que la « propriété d'être Fils unique demeure réservée au Fils , et « que l'Esprit-Saint procède du Père, parce que Tinterven- « tion du Fils conserve à celui-ci la propriété d'être seul en- « gendre , et n'empêche pas la relation naturelle qui existe « entre le Père et le Saint-Esprit ; ty)ç tou Yîoî; [xe^tTeiaç xal
« auTto) TO [AovoYEvèç çpuXaTT0t5<nf)ç , xal Ti TrveufjLa tyj; çpufftx9iç itpoç tov « TuaT^pa cjiaetaç [xij ^TcstpYOUffYiç *. »
En effet , cette intervention du Fils dans la production de l'Esprit-Saint est la raison pour laquelle il n'y a pas deux Fils, ainsi que les théologiens le font voir longuement; et elle n'empêche pas le Père d'être le principe du Saint- Esprit ; car si le Père ne produit pas le Saint-Esprit immédiatement comme il produit le Fils , c'est-à-dire sans l'intervention d'une autre personne, et s'il le produit par un acte qui lui est commun avec le Fils , cependant toute la puissance nécessaire au Fils pour qu'il produise cet acte lui a été communiquée originairement par le Père. Ainsi tout est ramené au Père.
C'est comme dans la création. Les trois personnes divines sont principe ou cause de la création ; mais le Père l'est d'une manière spéciale ; c'est ce que les Orientaux expriment de différentes façons. Nous avons déjà vu qu'ils appelaient le Père la cause primordiale, atT(av TcpoxaTapxTtxV. Ils disent aussi que le Père a créé le monde par le Fils.
Cette expression , remarque saint Basile *, n'indique en
1 Greg. Nyss. Quod non sint très dii, ad Ablab., opp., t. III, p. 27. A, B. Paris, 1638.
2 DeSpir, S.,c. viii, opp., t. III, p. 14,sqq. (éd. Garnier.)
341 DE LA PaOGESSION
aucune manière ni imperfection dans le pouvoir créateur du Père, ni faiblesse dans Faction du Fils ; mais elle démontre deux choses : l'unité de l'acte de volonté et la cause primn tive. Ainsi donc, le Père, le Fils et le Saint-Esprit créent le monde par un seul acte ; le Père y concourt par un pouvoir qqi ne lui a point été communiqué ; le Fils et le Saint-Esprit^ par un pouvoir qui leur a été communiqué et qui e3t numériquement le même que celqi du Père. Le Père est donc cause primitive, quoique les trois personnes ne soient qu'une cause, parce que leur pouvoir créateur est un* De la même manière, le Père produit l'Esprit parle Fils; mais il ne s'ensuit pas que dans la part que le Fils prend à cet acte il y ait quelque défaut ou imperfection, La force productrice est la même dans les deux, l'acte est commun; c'est même une façon d'exprimer cette unité d'acte et de force ; mais c'est en même temps un moyen dont se sont servis les Orientaux et quelques Latins pour indiquer que le Père est la cause primitive, le principe primordial du Saint-Esprit. Les Latins acceptent complètement cette doctrine.
Ils disent 1® que, si l'on entend par les mots jonndpe, causCy auteur y le principe primitif, le principe sans principe, la source de la divinité, alors le Père est seul principe du Saint-Esprit , tout comme le Père est seul appelé créateur dans le Symbole des Apôtres; parce que, dît saint Thomas dans sa Somme *, quoique la puissance de créer soit commune aux trois personnes, elle leur convient cependant dans un certain ordre ; car le Fils la tient du Père et l'Esprit-Saint la tient du Père et du Fils ; ainsi la qualité de
1 Part. I, quœst. ïlv, art. 6, ad 2.
su SAmi'DSPBlT. 343
préateur est attribuée au Père^ en tant que lui seul ne tient pas la puissance créatrice d'un autre.
Ils disent 2^ que, si Ton se renferme dans ce sens exclusif du mot principe, alors, assurément, on ne pourra dire que le Père et le Fils sont principes de TEsprit-Saint, sans établir l'existence de deux principes premiers, distincts, indépendants , opposés à l'unité de la nature divine , et sans tomber dans une espèce de manichéisme : doctrine que les Latins détestent autant que les Orientaux, et que le métropolite de Kief, Jean II, n'aurait jamais imputé aux premiers dans sa lettre à Guibert de Ravenne , connu dans l'histoire des antipapes sous le nom de Clément , s'il ne s'était imaginé qu'ils faisaient procéder le Saint-Esprit du Père et du Fils comme de deux sources originelles de la divinité.
Ils disent 3® que, si l'on comprend le terme de procéder dans le sens absolu des mots français prendre sa source, et, par conséquent, si on réfère la procession du Saint-Esprit , non pas à l'acte par lequel le Père et le Fils produisent le Saint-Esprit , mais à la source première dans laquelle il faut concevoir d'abord toute la sainte Trinité ; c'est-à-dire si l'on parle du Saint-Esprit comme de l'eau d'un lac, dont on dirait qu'elle provient de la fontaine, sans tenir compte du ruisseau par lequel cette eau a passé, alors le Saint-Esprit procède du Père seul , parce que seul le Père est cette source première, ce principe sans principe, qui, engendrant un divin Fils, communique à celui-ci toute son essence et sa force , et qui , de concert avec ce Fils et par un acte commun à tous les deux , produit le Saint-Esprit. De sorte que le mot procéder, pris dans ce sens absolu , peut être assimilé à ces paroles de Notre-Seigneur : a Ma doctrine n'est pas ma doctrine ,