‹ Études de théologie de philosophie et d'histoireChapitre 38 sur 70 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

Au début du quatrième acte , Stefonio déploie une richesse de poésie et une magnificence de spectacle supérieures encore à tout ce qui précède. C'est la grande fête militaire ordonnée par Tempereur en Thonneur des nouveaux césars et de leur père. Le préfet de la milice chante avec les soldats un magnifique péan approprié à la circonstance. Le cliorége célèbre d'abord, en quatorze strophes harmonieuses, les gloires les plus éclatantes , les plus beaux souvenirs de Rome depuis Ënée jusqu'à Domitien. A tous les couplets, les soldats répondent par un refrain d'une mesure très-rapide, et qui, au moyen de légères modifications, s'adapte sans effort à chaque idée nouvelle. Puis on exalte les vertus et les exploits de Clémens ; les qualités naissantes, la candeur et la piété de ses deux fils, déjà la douce espérance et bientôt les délices du genre humain. Dans tout ce magnifique chant, qui n'a pas moins de cent cinquante-deux vers en dehors des refrains, la délicatesse des sentiments, la grâce des images et la hauteur des pensées le disputent à l'élégante pureté du langage et à la convenance de l'expression.

Les chants sont suspendus. L'empereur, en présence

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d'Apollonius et de Flavius Clémens, interroge les deux césars sur les principales obligations de l'autorité suprême. Us répondent tour à tour avec un à-propos qui ravit Domitien. Apollonius glisse adroitement quelques questions insidieuses sur le culte des dieux; mais par des réponses évasives ils échappent au piège tendu à leur simplicité. Enfin l'empereur charmé les déclare tous deux également capables de faire face aux exigences de la paix et aux nécessités de la guerre, et conclut en ces termes :

Princes , vos grandes qualités me sont assez connues ; oui, votre main est digne de porter le sceptre du monde. Vous savez les devoirs d'un empereur ; soyez les modèles de ceux qui gouverneront à jamais. Je suspends à votre côté le glaive des césars; que la force de votre bras contienne les nations. Mais, ne Toubiiez pas, leur salut vous est confié : gardez la justice. Puisse le dieu du Capitule sanctionner nos desseins ! Et vous, soldats, interprètes des vœux de Rome, renouvelez votre péan ; que les échos des sept collines en redisent les sons joyeux !

Les chants recommencent.

Bientôt arrive l'heure où , pour détourner les menaces de Diane et de la Fortune , l'empereur doit offrir un sacrifice à Pallas, sa divinité chérie, dont même il se prétend le fils. Sur le conseil perfide du magicien, les césars sont invités à y prendre part; mais le jeune Domitien s'empresse de répondre qu'ils doivent leurs hommages à un Dieu plus puissant encore , au Dieu très-bon et très -grand qui règne au Capilole. Abusé par cette innocente équivoque, l'empereur leur permet de s'éloigner. Le sacrifice s'accomplit avec des rites et des hymnes d'une fort belle poésie. Mais tout à coup Apollonius, habilement secondé par l'infernale troupe, fait

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remarquer d'eflfrayaDts présages : la flamme s'élève entourée d'un nuage de fumée et offre les couleurs nuancées d'Iris ; le sang de la victime coule au milieu du brasier ardent qui devait l'absorber ; le cœur n'occupe point sa place naturelle ; dans les fibres arrachées , l'œil cherche en vain des palpitations; des lignes sanglantes sillonnent les entrailles. .., et cent autres prodiges inouïs qui épouvantent Domitien et le plongent dans d'étranges perplexités. 11 somme le devin d'expliquer tous ces augures. Apollonius oppose d'abord une hypocrite résistance qui ne fait qu'irriter les désirs impatients de l'empereur ; puis, cédant peu à peu , combinant avec une adresse diabolique les réponses des oracles, les prédictions de la sibylle et les signes envoyés par Minerve, il conduit le prince d'incertitude en incertitude, de terreur en terreur, d'abîme en abime, jusqu'à recevoir de lui cette révélation aussi grave qu'inattendue :

Le salut de l'empire exige la mort de Clémens et de ses fils :

Cum proie gemina Numen exposcitpatreni.

Ils sont tous les trois chrétiens, ajoute Apollonius, et avant que la nuit couvre la terre, celte accusation n'aura plus besoin de preuves.

L'empereur indigné s'abandonne à tous les transports de la fureur. — Cette importante scène est conduite avec art, et l'intérêt parfaitement gradué. Trouverait-on, n'importe en quelle langue, beaucoup de conceptions dramatiques plus capables d'exciter la (erreur, l'étonncment, la pitié?

A la fin de ce quatrième acte, les chrétiens prient le Seigneur de ftiire retomber sur les infidèles les funestes présages do leurs dieux. Inspiré par la Cité de Dieu de saint

A ROME l'an iliOO. , :)9N

Augustin , cet hymne sublime résume à grands traits les premiers livres de cet incomparable chef-d'œuvre.

On le voit, le dénoûment se précipite; tout a changé de face en un moment. Apollonius est maître de la situation ; on tremble pour les princes chrétiens.

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