ACTE V
Les artifices d'Apollonius ont obtenu un premier triomphe : saint Jean est relégué à Pathmos. A l'annonce de cet arrêt tyrannique, l'auguste vieillard ne montre aucune émotion. Il soutient par sa magnanimité le courage ébranlé de Clémens et se dispose à partir. Mais, vaincu à la fin par les sollicitations de son hôte , il consent à demeurer caché dans le palais , jusqu'au moment où l'on aura fait appel à la clémence de l'empereur.
Cependant le magicien poursuit toujours son entreprise , et, dans un entretien confidentiel avec son ami Valens, il se promet une complète victoire. Déjà le trouble et l'épouvante régnent dans Tâme de Domitien ; les jeunes césars lui sont devenus suspects; le peuple les aime trop , et ils ont fait trop de largesses; enfin il est décidé à les dépouiller de leur dignité , et à nommer à leur place le protecteur d'Apollonius , le consul Fulvius lui-même avec Sérénus. Mais ce n'est pas assez de ravir le sceptre aux fils abhorrés de Clémens ; il faut leur arracher la vie. Pour les entraîner plus sûrement à leur perte, le magicien révêtira les f rails vénérés de leur vieux père, et les enlacera dans ses conseils insidieux. Il invoque Satan, la métamorphose s'accomplit.
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Dans la scène suivante , on le voit , sous la Tonne menteuse de démens, s'entretenir avec les deux césars, qm ne soupçonnent pas encore leur subite disgrâce. Par des discours perfidement habiles, Timposteur leur persuade que Domitien lui-même vient d'embrasser la foi chrétienne; qu'ils doivent les premiers se rendre auprès de sa personne pour s'applaudir avec lui d'un si heureux changement. Étonnés, saisis d'abord d'une frayeur involontaire, présentement, hélas ! trop véridique , ils finissent par bannir toute inquiétude sur les assurances réitérées du feux Clémens , et partent avec une croix et d'autres présents destinés à l'impérial néophyte. Abusé comme eux, le chœur célèbre cette nouvelle et merveilleuse conquête de l'Évangile.
Nous voici parvenus au moment décisif. Apollonius , qui plus que jamais règne en maître sur l'esprit de Domitien , lui annonce que les césars et leur père vont paraître en sa présence et lui donner d'irrécusables preuves de leur infidélité aux dieux de Rome. En ce moment, le jeune Vespasien s'avance et félicite l'empereur d'avoir enfin reconnu la vérité. Au même instant , le jeune Domitien lui présente une croix. Étonnement, douleur, désespoir de Flavius Clémens, qui, par un élan spontané, invoque le Christ. Joie infernale d'Apollonius. Colère de l'empereur, qui ordonne sur-lechamp de jeter le père en prison et de garder à vue les deux fils. Désordre au palais , tumulte dans la ville. Le préfet des soldats refuse obéissance. Nouvelles fureurs de Domitien. Apollonius est au comble de ses vœux , et dans l'ivresse du triomphe il proclame sa divinité.
Un dialogue touchant et rapide entre le messager et le
A ROME l'an 4600. 397
chœur des chrétiens apprend au spectateur que les ordres du tyran sont enfin exécutés : Clémens est chargé de fers ; après Tine profession généreuse de sa foi et d'horribles tortures , il a été plongé dans un sombre cachot , où il languit en attendant la mort.
L'empereur somme à leur tour les jeunes princes de renoncer au Dieu du Calvaire; ils refusent avec indignation. On apporte une statue de Jupiter ; Yespasien la saisit , la brise et la foule aux pieds. Menacés de perdre les insignes de leur dignité , les deux intrépides confesseurs s'empressent de les déposer ; c'est pour eux un bonheur , une gloire de ne porter que les livrées du Christ. Le magicien accuse alors le fils de Zébédée de leur avoir inspiré celte invincible obstination , et révèle en même temps que ce chef des chrétiens est caché dans la demeure de Clémens, où il compte échapper à la sentence qui le frappe. L'empereur se retire vaincu mais courroucé.
Apollonius, lui, n'est pas à bout d'artifices. Prenant cette fois la figure de l'apôtre, il reparaît devant les deux césars. D'abord , il les plaint , les console , les encourage. Puis il leur insinue adroitement que peut-être , vu la gravité des circonstances, le véritable intérêt du christianisme leur impose un léger sacrifice aux désirs de l'empereur : si , par exemple, ils rendaient hommage à Jupiter seulement de de bouche, sans blesser leur conscience , ils sauveraient à la fois leur vie et leur religion. A ces lâches conseils, les héroïques fils de Clémens conçoivent des soupçons : cet homme qui leur parle ainsi est -il bien le saint apôtre? Mais quand Apollonius, se démasquant peu à peu, veut les eff*rayer par le tableau des tourments qui les attendent, leur doute devient
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cerlitudQ; ils laissent éclater leur indignation et mettent en fuite rinfânie séducteur.
APOLLONIUS (en s' éloignant).
La ruse est impuissante : eh bien ! il nous reste la force.