‹ Études de théologie de philosophie et d'histoireChapitre 45 sur 70 · LETTRE I · texte numérisé non relu

LETTRE I

A Paris, le 2 août 1730.

Monsieur ,

Avant que ma réponse à la lettre que vous m'avez fait riionneur de m'écrire soit allée jusqu'à vous , je crois que vous avez lu le Mercure de juillet ; et comme on y a fait l'extrait du projet que j'ai donné au public, il serait inutile de m'élendre beaucoup sur l'idée du Théâtre des Grecs. Vous me faites bien de la grâce , Monsieur , de vouloir bie vous intéresser à cet ouvrage ; il s'en faut beaucoup que j'ai et croie avoir les talents que vous m'attribuez, mais le cou rage et les soins y auront peut-être suppléé en partie. J'ai senti depuis longtemps toute l'importance et la difficulté d l'entreprise que je me suis proposée , aussi n'ai-je rien épar gné pour l'exécution ; mais je ne me flatte pas assez pour n pas attendre le jugement du public et le vôtre , afin de juge moi-même du succès. Je me trouve heureux d'être entré ce dessein de la manière à peu près que vous l'avez conçu. Je tâjîhe, par des discours préliminaires et fort étendus, d mettre tout le monde à portée de connaître les idées et d sentir le goût du théâtre ancien, et cela en établissant desj

^ Nous avons supprimé trois ou quatre lettres d'un médiocre intérêt et quelques longueurs.

principes, en discutant des faits, et en tirant des conclusions pour faire suivre la marche de Tesprit humain dans l'invention et les progrès des spectacles tragique et comique. Les traductions qui suivent sont elles-mêmes suivies de réflexions et de parallèles ; j'ai même eu en vue de lier toutes mes idées et de ne faire qu'un corps de tant d'œuvres différentes, afin qu'il en résulte une espèce de poétique par les faits. Les recherches des points curieux de l'antique tendent au même but. La confrontation des quatre poètes entre eux, avec Sénèque et avec nos illustres modernes , servira enfin, suivant mon projet, à faire connaître les uns par les autres, et à former un tout de diverses parties, pour mettre le lecteur en état de prononcer ( ce que je ne fais que timidement) sur le degré d'estime que méritent les anciens, sans intéresser l'admiration due aux grands maîtres de notre scène. Voilà une ébauche de mon dessein ; si le bonheur voulait qu'il contentât autant le public qu'il excite sa curio-^ site, je profiterais volontiers des lumières qu'on voudrait bien me donner et particulièrement des vôtres , Monsieur, pour perfectionner un ouvrage que je me suis efforcé de rendre le moins imparfait qu'il m'a été possible. A l'égard des souscriptions, comme elles m'ont toujours déplu, le libraire les a proposées sans ma participation et contre mon gré, alléguant pour raison la crainte des contrefaçons étran* gères pour son livre.

Les Transactions philosophiques ^ auxquelles j'ai véritablement quelque part, languissent un peu par le refroidissement des traducteurs et des libraires ; ceux - ci se sont trop pressés de les annoncer au public ; cela viendra pourtant, mais il faut du loisir , du soin et quelques années lu 28

iSi LETTRES DU P. BRUMOT

afin (le ne pas faire un mauvais ouvrage d'un livre si pré-

cieux V

Des que je trouverai le P. Castel , je lui ferai part , sous votre bon plaisir , du mot qui le regarde dans votre lettre ; il est en effet le seul que je sache qui ait eu cette distinction parmi nous *•

J'ai Thonneur, etc.

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