L^EGLISE RUSSE ET LE MPE
Ces deux considérations, rapprochées Tune dé Tau tre, ont une très-grande importance, et nous pouvons en conclure que si mênîe les Pères grecs, pendant les premiers siècles de FÉglise, ne disaient à peu près rien de la primauté du pape, on ne pourrait pas nous opposer leur silence et s'en faire un argument contre nous.
Quel poids ne doivent donc pas avoir à nos yeux les témoignages que nous fournit, dès les premiers siècles, l'Église d'Orient* Nous aurions voulu pouvoir interroger tous les Pères grecs, siècle par siècle, province par province, et demander aux écrits de chacun d'eux quelle est sa doctrine sur la hiérarchie divinement instituée dans l'Église ; malheureusement les limites de ce travail ne nous permettent pas de donner à nos citations de telles proportions; nous sommes obligé de choisir un petit nombre de textes qui suffiront , pensons-nous , pour porter la lumière et la conviction dans tous les esprits.
Je commence par un passage de saint Grégoire de Nysiàe ^ extrait du second panégyrique de saint Etienne : « On célèbre, dit le frère de saint Basile , la mémoire de saint Pierre qui est le chef des apôtres , et en lui on honore les autres membres de l'Église; car c'est sur lui que l'Église de Dieu s'appuie, puisqu'il est, en vertu de la prérogative qu'il tient du Seigneur, la pierre ferme et solide sur laquelle le Sauveur a bâti rÉglise \ i
xaTa^Êtcpôetcai , itaVTêXtoç u7ro[jL£ivo3(ji t^ç iritrrewç rh vani^iw, (S. Baaj^t Magni. Epist, 243. n. 4. ad Episcopos Italos et Gallàs, Edit. bencd. Pamt1^7^x
t.ni,p. 375.) , ; .
i Mv/jjjLOvetjetat IleTpoç y\ xecpocX^ twv aTuodToXo^v, xal auvSo^pEîeTat iv oOtm ri XotTrà (xIXyj t5)ç IxxXvjcCaç , £iri(jT7ip(^STat $è 4\ l^ùir^iàL tou 6eôu • ôStoç Y^p ^^"^t ^ot^i t:?iv SoôeTcrav otOTw ::apà toîî kupfou Sc^peàv
48 i£8 STAROYÉHEâ)
Saint Épiphane raconte que c'est par Tentremise de son frère saint André- que saint Pierre a été appelé à l'apostolat , et il ajoute qu'il ne faut pas s'en étonner : c André , dit-il, a le premier rencontré le Seigneur, parce que Pierre était plus jeune. Mais ensuite, lorsqu'ils eurent renoncé à tout , c'est Pierre qui se trouve le premier ; il prend alors le pas sur son frère. Ajoutez à cela que Dieu connaît les inclinations des c^ui*s , et il s;iit qui est digne de la première place. C'est pour cela qu'il a choisi Pierre pour l'établir prince de ses disciples, comme cela est très -clairement déclarée p
Écoutons maintenant saint Jean Damascène dans une hymne en l'honneur de sdnt Pierre :
<K Vous avez reçu, des mains du Christ , l'Ëglise qui n'a pas été bâtie par les hommes , mais par le Seigneur luimême , et vous avez bien gouverné cette barque.
« Patron de la ville de Rome, gardien de l'empire, pierre de la foi, fondement inébranlable de l'Église catholique*. »
Ainsi, d'après saint Grégoire de Nysse^ saint Épiphane et saint Jean Damascène , Pierre est la tête et le chef du
fAVicrs. (S. Gregorii Nysseni altéra laudalio S^ Slephani. Apud Galland,, t. Vt. p. 600. A. B.)
* 'EïeX^çaxo Tov Hetpov ^py viyov eïvai twv auTOii (jt.a8Y)Twv , oiç iravr/) ffacpGç àTToSeÔexTat. (S. Epiphan. opéra., t. I ^ p. i40. C. adc. Hœres., lib. \\. haercs. 51; édition du P. Pctau. Paris, 1622.)
* 'Ex Tou XpKJTOÎI cù 7rapaXa6o)v t^v lxxXrj7iav , V)v auToç ô Kupio; xai oux àv6po)7rot iTTY^^axo , xaXwç IxuêspvYjda; y wç ôXxaoa TaùxYjv , cxtto- CToXe. ( fllSy) ô'. )
'Po!)(jt.Ylç 6 TToXtou/oç , xal T^ç padtXetaç ô xafJLiouyroç , ^ ir^xpa x^ç Triffxeo); , 6 oxs^poç ôs{xéXtoç x^ç xaÔoXtxyjç IxxXvidiaç îspoTç OfAVEt^ôu) Iv ^9(AQe(7iv. ( QoY) s') (Apud Gard. Mai. Spicilegium Romanum^ t. I^, p. 724. komœ,i843.]
l'églîsb russe et le pàfe. 49
collée apostolique; c'est Jésus-Christ cpii lui a conféré cette prérogative; il est la pierre solide, le fondement inébranlable sur lequel le Sauveur a bâti son Église; cette Église, Pierre Ta reçue des mains du Christ , et il Ta gouvernée comme autrefois il gouvernait sa barque de pêcheur. N'est-ce pas la primauté? la primauté de juridiction ? n'est-ce pas l'institution divine?
Arrêtons- nous un peu plus longtemps à saint Jean Chrysostome , le grand docteur de l'Orient , le patriarche de Gonstantinople et, de tous les Pères grecs , celui peut-être qui a le plus d'autorité dans l'Église russe.
Pierre est le premier des apôtres, wpwToç ; celte expression se retrouve très-fréquemment sous sa plume.
Quand il parle de sa pénitence et des larmes amères qu'il versa après sa chute , il dit qu'il mérita de devenir le premier des apôtres^; et revenant sur ce sujet dans sa troisième homélie sur la pénitence', il l'appelle le grand apôtre, le premier des disciples, le premier dans l'Église. Dans sa trente - deuxième homélie sur saint Matthieu , énumérant les douze apôtres ', il s'écrie : « Le premier de tous et le coryphée est un homme grossier et sans lettreif . p Souvent aussi il l'appelle la bouche des disciples, des apôtres, de.tous les apôtres*, le chef des apôtres*. Il ne se contente pas de dire que saint Pierre est la pierre qu'on ne peut
^ T. I , p. 829, G. Nous citons la nouvelle édition bénédictine. Paris , Gaume, 1839, 1840.
« T. II , p, 353, D.
s Matth. 1. 2.
* T. VII, p. 417. B.
» T. III, p. 7, E; t. VI, p. 334, E; t. VII , p. 615, A ; t. VHI, p. 598, D, «KetpaX^ T^ç cpairpfaç. (T. VI, p. 334, E.)
pas briser', il revient à h néant pensée aoBB tooleB les
formes.
IHerreest la base de h fbî% le fiondeoient solide sur lequel la foi repose', le fondement de h confession*; et, pour ne laisser auran doute sur la falenr de ees eipresmns , le saint docteur dit eu termes formeb que sadnt Keire est la base et le foudemeut de TËglise \ la colonne de TËglise', le fondement qu'on ne peut âmnler*. Or, coounent sûnt lierre peut-il être le fondement et la base de l*Ë^ise , la piore sur laquelle elle est bâtie , la colonne de l*£glise , c'est-a-dire le soutieu de tout Tédifice mystique, â la primauté 'de lierre, Tautorité de Pierre , rattachement inebranbble de Kerre à la foi, ne sont pas ce qu*il va de plus fondamental et déplus essentiel dans la constitution divine de l'Erse , dans l'organisation de la biérarchie qu'elle tient de Jcsu&-€brist? Retournez ces expressions dans tous les sens , vous ne les empêcberez jamais de algmfier que la sodété des fidëles, l'Église, rqpose tout entière sur Pierre; et comment reposet^elle tout entière sur lui, si elle n'est pas tout entière confiée à son autorité? Aussi saint Jean Cbrysostome appelle-t-il saint Pierre le chef de l'univers tout entier •. Il l'est , parce que Jésus-Christ a r^nis entre ses mains tout l'univers*.
* n^Tpav T^iv à^^Y^. (T. II, p. $53, D.)
* T^;v xpr,î:Toa t^ç îrfoTEWç. (T. VI, p. 819, G.)
* Ti CTTEfÊWfXa T^; "ZlTZitùÇ. (T. III, p. 7, E.)
* 'O TTt- baokofiit; ÔcuiXioç. (T. III , p. 7, E.)
* 'O btULÙsioç TTjç lxxkr^oioLç (l. VI, p. 884,E), y\ xçr^zAç t^ç £XxX7)9{Qr(( (T. VI, p. 143, G.)
* 'O ç-ruXo; T^ç lxxXr,<jia;. (T. III, p. 7, E.)
' ï*^,v xpri-ntoa r^jV dcaXeuTOV. (T. II, p. 853, D.)
* 'O TYÎ; olxWJJLSVTjÇ â-TTdCOTjÇ 'TrpooTdtTtiç. (T. VI , p. 334, E.)
* Tr,v oîxov(x£»yr,v lY/eipi^9îvai iTuaaav. (T. l , p. 8Î9, G.)
l'église kimE Kt LE PAPE. H4
C'est pour cela encore que les apôtres qui, ayant d'avoir reçu le Saint-Esprit, se montraient si inquiets et si jaloux de s'assurer à eux-mêmes le premier rang , depuis qu'ils ont été illuminés d'en haut au cénacle, cèdent toujours la première place à Pierre; ainsi, Jean, Jacques, Paul et tous les autres*.
Dans un autre endroit , après avoir insisté sur les prérogatives de Pierre , saint Jean Chrysostome se demande pourquoi ce n'est pas à lui , mais à saint Jacques , que le siège de Jérusalem a été confié, et il répond : € Jésus-Christ n'a pas donné de siège à Pierre , il l'a institué docteur de l'univers tout entier*. »
Après la résurrection et J'ascension de Notre-Seigneur, il montre Pierre se levant au milieu des disciples pour prendre la parole : « Pierre , dit - il , prend toujours le premier la parole , parce qu'il est plein de zMe , parce que c'est à lui que Jésus-Christ a confié le soin du troupeau , et parce qu'il est le premier parmi les apôtres \ » Et un peu plus loin^ parlant de l'élection de Mathias, il se demande si Pierre ne pouvait pas lui-même désigner celui qui devait prendre la place de Judas, c Sans doute, s'écrie- 1- il, il le pouvait, îuais il s'en abstint pour ne pas avoir l'air de faire une faveur à celui qu'il aurait nommé \.. » Pierre a l'autorité, puisque c'est à lui que tous ont été confiés , car c'est à lui que Jésus-
A T. VII, p. 580,E,p. 731, D.
* El Bl X£yot Tiç , irGç oSv ô 'UiuaSoç tov ôpovov (koLSe, twv 'lepoaoXu- |JL(ov ; ixeivo iv eÏTroifit , ^Tt towtov oô toîî 6p({vou , àXXi tr^ç oîxoufxlvriç l^e(pOT(Sv7)(Te 8i8â((ncaXov. (/n/oann., hom. liuyiii, alias lxixvii, t. VIII ^ p. 600, B.]
» T. IX, p. 27, G, In Acta apostolorum, homilia m, iiiitio.
* /6ttf., p. 30, B.
52 lES SIAIOVSUS^
Christ a dit : c Et tm» lorsque tu sens conwrti , confirme tes frères^ »
Parlant de la chute de saint Kerre, il dit : < Dieu a permis qu'il succombât, parce qu'il voulait l'établir prince de l'univers tout entier^ afin que^ se souvenant de ses propres fautes , il pardonnât à ceux qui tomberaient*. »
Il ne peut donc y avoir aucune espèce de doute ; saint Jean Ghrysostome proclame vingt fois , cent fois, dans les termes les plus clairs , que saint Pierre est établi par Jésus-Quîst lui-même le chef des apôtres; qu'il a été investi d'une autorité suprême qui s'étend sur tous les fidèles et sur les apôtres eux-mêmes.
L'Église d'Antioche a eu le bonheur de posséder Pierre pendant quelque temps; elle le reconnaît pour son fondateur, mais elle ne l'a pas gardé *• C'est à Rome qu'il a trans** porté son si^e; c'est à Rome qu'il a reçu la pahne du martyre \ C'est à Rome qu'est son tombeau, à Rome, dans la ville royale par excellence '•
Saint Jean Chrysostome connaît parfaitement les droits et les prérogatives du successeur de saint Pierre , de l'évêque de l'ancienne Rome ; et lorsque lui , évêque de la nouvelle Rome, patriarche de Constantinople , il est dépouillé de sa dignité et envoyé en exil , c'est à Rome , c'est au pape Innocent I^ qu'il s'adresse ; il lui écrit pour lui exposer les faits
1 T. IX, p. 81, D. In Àcta apostolorum, homilia m, initio. — Luc. xxii. S2.
• 'EîretSij xal toutov ^(AeXXev <5fp)^ovTa iroteiv t^ç oîxoufjt^vYiç i-ïtrfcniç. {Hom. I quod fréquenter conveniendum sit, t. XII, p. 466, A.)
» In Inscriptionem actorum., hom. ii, t. III , p. 85, G.
♦ In S. Ignatium martyrem,, t. II, p. 714, A.
» Contra Judœos et gentiles, quod Christus sit Deus, t. I, p. 697, G. — Expositio in Psalm. xlviii, t. V, p. 855, E.
l'éguse russe et le pape. K3
qui ont amené son exil , et il invoque son autorité. Il le prie de soumettre ses ennemis aux peines ecclésiastiques, et, quant à lui , de ne pas le priver de la communion ; afin que ces désordres ne s'étendent pas à tous les temps, il dit au Pape : c Je vous conjure d'écrire que ce qui a été fait avec tant d'iniquité , par une seule des parties , en notre absence , quand nous ne refusions pas le jugement, n'a aucune force ^ . »
Ainsi, une lettre du Pape pouvait casser les actes qui avaient été faits à G)nstantinople , et leur ôter toute force et toute valeur. C'est le patriarche de Constantinople lui-même, c'est saint Jean Chrysostome qui le proclame.
Pour apprécier toute la valeur de ce témoignage , il faut le rapprocher du langage que ce même pape Innocent P' tenait au concile de Carthage et à celui de Milève. Il loue ce dernier de demander au siège apostolique, dans les cas douteux, quelle est l'opinion qu'il faut suivre ; c: en agissant ainsi , vous avçz suivi la règle antique que vous savez comme moi avoir toujours été gardée par le monde entier*. » Et dans sa
^ Epistola ad Innocentium, Episcopum Romœ, t. III, p. 620, B.
* Diligenter ergo et congrue apostolici consulitis honoris arcana (honoris, inquam,illiu9 quem praeter illa quœ sunt extrinsecus, sollicitude manet omnium ecclesiarum) super anxiis rébus quae sit tenenda sententia : antiquse scilicet regulœ formam secuti quam toto seinper ab orbe mecum nostis esse servatam. Verum hsec missa facio : neque enim haec vestram credo latere prudentiam. Quid id etiam actione firmastis, nisi scientes qnod per omnes provincias de apostolico fonte petentibus responsa semper émanent ? Prœscrtim quoties fidei ratio Yentilatur, arbitrer omnes fratres et coepiscopos nostros, nonnisi ad Petram,id est, soi nominis et honoris auctorem referre debere, velut nunc retulit Testra dilectio, quod per totum mundum possit eccicsiis omnibus in commune prodesse.
S. Innoc. I ad condlium Milevitanum, epist. xxx, n. 2.
Apud Galiand, t. VIII, p. 602, A.
Philip. Jaffé, Regesla Pontificum Romanorum, Berolini , 1851, fait mention de cette lettre sous la date du 27 janvier 417, et il y joint les indications suivantes : s. Augustini opp. XL. 431 ; Leonis M. opp. 144; Constant. 895; Mansi III. i075. -* a Inter esteras Romanse. n
!U LES fftAMOYiSBXS,
lettre au concile de Carthage , Innocent I** \m exprime sa satisfaction de ce qu*il a suivi les exemples de Fantique tradition , et observé la discipline de TÉglise , en consultant le siège apostolique, c Vous avez gardé» lui dit-il» les décrets des Pères, et vous n'avez pas voulu rejeter ce qui est ordonné» non par une loi humaine» mais par une loi dirâie» à savoir que tout ce qui se fait même dans les provinces les plus éloignées, ne doit pas être terminé sans avoir été porté à la connaissance de ce siège » afin que tout ce qui aura été justement réglé soit confirmé par son autorité » et communiqué de là à toutes les Églises S
Après saint Jean Gbrysostome » interrogeons encore saint Théodore Studite , qui doit être et qui est en effet en grande vénération dans l'Église russe » principalement dans l'ordre monastique. Il faut se souvenir qu'au temps oh vivait ce grand athlète de la foi orthodoxe» l'Église de Gonstantinople se trouvait agitée par deux causes de troubles» l'hérésie des
^ In requirendis Dei rebas, quas omni eu m sollicitudine decet a sacerdotibus, maxime a vero justoque et catholico tractariconcilio, antiquœ traditionis exempla servantes, et ecclesiasticœ memores disciplinée, yestrae religionis vigorem non minus nunc in consulendo, quam antea cum pronuntiaretis,Teraratione flrmastis, qui ad nostrum référendum approbastis esse judicium, scientes quid apostolicec sedi , cum omnes hoc loco positi ipsum sequi desideremus apostolum, debcatur, a qiio ipse episcopatus et tota auctoritas nominis hujus emersit. Qnem sequeutes, tam mala damnare noyimus , quam probare laudanda. Yel id vero , quod patrum instituta sacerdotali officio custodientes , non censetis esso calcanda,quod illi non humana, sed divina decrevere sententia, ut quidquid quamvis de disjunctis remotisque provinciis ageretur, non prius ducerent finiendum, nisi ad hujus sedis notitiam perveniret : ut tota hujus auctoritate justa qu8B fuerit pronuntiatio firmaretur, indeque sumerent caeterœ Ecclesiae (valut de natali suo fonte aqusc cunctae procédèrent, et par dlvcrsas totius mundi rcgiones puri latices capitis incorrupti manarent) quid prfecipere, quosabluerc, quos valut! cœno incmundabili sordidatos, mundis digna corporihus unda vitaret.
S. Innoc. ad concil. Carthag.y epist. xxix. n. 1,
Apud Galland, t. VIII, p. 599, A. B.
Jaflfé, Regesta Pontif. Rom., 27 janvier 417. — S. Augustini opp. XL. 424; Leonis M. opp. 134; Coustant. 887; Mansi. ÏII. 1071. — « In requirendis. »
l'église eusse et le pape. 5«S
iconoclastes» et runion adultère que Tempereur Constantin YI Porphyrogénète avait contractée avec Théodote, du vivant de Itfarie, sa femme légitime. Le patriarche s'était élevé avec force contre cette union, et il avait refusé de la bénir ; mais un prêtre s- était montré plus complaisant que le patriarphe et il en était résulté des divisions et des schismes qui durèrent assez longtemps. Constantin avait été renversé du trône par Jes^n, Jean par Nicéphore ; mais la paix n'était pas rétablie^ L'an 809, un conciliabule, assemblée Constantinople , décréta que le second mariage de Constantin avait été légitime, que les princes étaient au-dessus des lois divines, et fit jeter dans les fers saint Théodore Studite , ainsi que saint Platon son maître. C'est du fond de sa prison que le confesseur de la foi écrivit à saint Léon III en ces termes : < Puisque Jésus- Christ notre Dieu a confié à Pierre , d'abord les clefs du royaume des cieux, puis la dignité de prince des pasteurs , c'est à Pierre ou à son successeur qu'il faut faire connaître toutes les innovations introduites dans l'Ëglise catholique par ceux qui s'écartent de la vérité. C'est ce que nous, humbles et petits, nous avons appris de nos saints Pères : aussi une nouveauté ayant surgi dans notre Église, nous avons cru devoir le faire savoir à Fange de votre suprême béatitude, d'abord par le très-religieux archimandrite Épiphane , l'un de nos frères dans le service de Dieu, et maintenant par nos lettres. 0 chef très-divin de tous les chefs, il s'est formé, suivant l'expression de Jérémie , une assemblée de prévaricateurs, et une réunion d'adultères * ! »
^ Toutes ces citations de S. Théodore Studite sont empruntées au 5« volume des OEuvres du P. Sirmond , Jacobi Sirmondi soc. Jent presbyteri opéra varia, t. V. Veneliis, 1728.
'ËTueiS^Trep II^Tpa) to» [xeYdcXct) ^^dcoxs XpicTTo; 6 Beoç pieTà t^ç xXrcc
LES STÀlOTEUS,
Il expose ensuite tout ce qui s'est passé , puis il continue : c Nous avons lait connaître , avec simplicité et sans artifice , les clioses comme elles sont ; maintenant , les paroles que le prince des apôtres, avec les autres disciples, adressa à Jésus- Christ, lorsque les flots de la mer étaient devenus menaçants» nous les répétons à Votre Béatitude qui représente le Christ : c Sauvez - nous , pasteur suprême de toute TÉglise qui est sous le ciel, nous périssons S »
c Imitez le Christ votre maitre,etcommeilatendusa main à Pierre, tendez la vôtre à notre Église, avec cette différence que Notre-Seigneur vint au secours de IMerre lorsqu'il commençait seulement à enfoncer, et vous, vous soutiendrez cette Église déjà descendue dans Tabime de Thérésie. Nous vous en conjurons , montrez-vous l'émule de ce pape qui porta le même nom que vous , et qui, lorsque l'hérésie d'Eutychès ravageait l'Église , tout le monde le sait, terrible, à son réveil, comme un lion, lança contre elle ses lettres dogmatiques. Et vous aussi, j'ose le dire, digne de votre nom, faites entendre un rugissement inspiré de Dieu , ou plutôt, tonnez contre l'hérésie actuelle, qui usurpe un pouvoir
T^ç PoiaiktloLÇ T(5v oupttvcov , xttl T^ T^ç TtoiyL^toLfjKjioLÇ à^(«u[jia * Ttçhç ni" Tpov -îiTOt Tov auToî» Std^Xoyov , ôxiouv xatvorofjioufiievov Iv ty) xaôoXix^ IxyChidia uapà twv aTto^cpaXXofx^vojv ttîç àXYiôe(aç , àvayxaîov àvaçspe^ôat, TouTO Toiyapouv ^sdiSayiAévoi xal ^[xeTç oî Taireivol xal eXo^j^iarot , Ix twv àv^xaôev ày^wv Tcax^pwv ^[/.wv • èizA uTn^pj^ÔY) t(ç xal vîîv xaivoTO(i.(a Iv TT) xaô'^fASç lxxXY)<r(a • xai Tcporepov [Aèv $ia [xItou tou euXaêsoro^Tou àpj^tixavSpCxou , yjyouv tou àSeXçpou xal auvSouXou -^[/.cov 'Euicpaviou • xal vuv §ii TOU eÙTeXouç :^[jlwv YpafAf^aTfou 6îpsiX^fxevov ^YYj^aixeôa tw à^yéXoi tîJç xopucpaïaç cou fxaxapioTy)TOç TauTY)V àveveyxetv. Féyovs to(vuv , co ôeiOTaTY) TWV ^wv xecpaXwv xecpaX^ , xaTi tov irpocpT^TYiv 'lepsjxiav , cuvoSoç ôç àXr,Ow; àôeTOuvTO)v , xal cuvsSpiov (xot)^o)[xévwv. ( Jerem. ix. 2.) Lib. I. cpist. xxxHi. p. 239, B. G. — * Matth. viii. 25.
l'église EU8SK ET LE PA?E, 8T
qui nehii appartient pas ; ils n'ont pas craint d'assembler un condle hérétique , eux qui , suivant l'usagé antique , ne pouvaient pas en assembler un orthodoxe, sans que vous le sachiez. Combien donc n'est-il pas juste et même nécessaire (je vous su^re cette pensée avec crainte), que votre diyine primauté ccmvoque un concile légitime , afin que le à^e orthodoxe de l'Église triomphe de l'hérésie , afin que votre dignité suprême , et tous les orthodoxes avec elle, ne soient pas exposés aux analhëmes de ces novateurs insensés, 6t afin que ce conciliabule adultère n'entraîne pas les âmes <lans le péché. Voilà ce que nous avions à vous exposer, comme il convenait à notre exiguïté , nous très-petits membres de l'Ëglise, et soumis à l'autorité de pasteur suprême que vous
tenez de Dieu \ »
Après avoir reçu la réponse du souverain pontife, saint Théodore Studite adresse à saint Léon III une nouvelle lettre.
T^V ^vJjV, ^V ô XOpUCpatoç ffl»V TOÏÇ XoiTCoTç 'AtCOTCoXoIÇ TCpOOT^Y^Y* XptffT^,
4v(xa 6 triç OaXdEa(n)ç xXtôcov eizvftif&'zo , Tcpo^cp^pofxev t^ ^^piaTOfiipii^TCt) «u [Jiaxapi(STY)Tc. 2c590v ^[/.Sç, àp)^i7uo([XY)v TTJç ÔTc'oupavbv IxxXYifffaç, aTuoX- XufJieOa. M({xif)9ai aou rbv ^t^à^xaXov Xp(aTov , xal jpe^ov x^^P^ '^^ xaô':^- (aSç èxxky\alc^, &ç èxetvoç IIÉTp(o. '^Ovov 6 [iiiv àp^ofiilva) xaraTcovrO^ea- 6ai Iv TY) OaXdfffffT) • aùxbç S'a3 xaTa7rovTiffôe(<n[i ^B7\ Iv t5> t^ç atpfoewç PdEOee. Zi^X(09^v , crou $£0[xeOa , tov ôfAoSvufAOV noéxav * xal d)ç èxeTvoç TifjvtxauTa T^ç 'EuTuj^iavtxrjç aîpéaeoiç àva(pue(ff7)ç Xe^vTsiov tcioi; §tY)- Y^pOi) tÇ TcveufiLaTi , (bç ïaafft Tcavreç , xaTç SoYp.aTtxaîç aOrou CTuiffroXaïç • oStco xal aÙTOç^ ToXf/.t5 X^y^iv , çspo3VU[AOÇy Ppul^ov de(a)ç ' fiiSXXov $i PpovTTiorov xaxà t^ç TuapouoTiç xaxoSo$(aç ri 6Îx<jTa . El y^P o^'^oi lauxoTç è^auOevTi^cravTeç afpsTtxV ouvo^ov lx7rXY]p<07ai oùx fôet^av , xaiTcep el xal 6pdo8o^ov OUX dfveu t^ç &[ii(ov elSi^^eo^ç Èiou(Tid(l^ovTeç^ (bç tÀ oivwôev xexpa^ TTjxoç ïôo; • ^offtj) ye p.SXXov eSXoyov xal àvayxaîov âv eÏy) , 6iro[iitf/.vi{ffxofiiev f^&j), ÔTci T^ç 6s(aç irpwTapj^Caç aou, ?vvo{iLov xpoTTjô^vai ouvoSov, 6ç àv To 6pW§oÇov T^ç jxxXY}9(aç Sc^Yf^a 9 t^ atpSTixov dTCOxpouoTiTOi • xal
58 LEB STABOViBKS,
dans laquelle nous nous bornons à relever le prange suivant s
< 0 bienheureux Père» un concile publie a été tenu cfaes nqus y ayeç la participation des ma^trats , un concile pour condamner TËvangile du Qbiist dont yoi|s avez le? clefs» les ayant reçues de Jésus-Glirist lui-même par l'intermédiaire du prince des apôtres et de ses successeurs , jusqu'à celui qui vous a précédé» chef très-saint ^ »
En même temps » il écrivait à un de ses an)is» rarcbiman-r drite Basile» qui résidait à Rome» pour l'exhorter à venir au secours de l^Ëglise de Gonstantinople» en intercédant aiq>rès du Pape » qu'il appelle le trls^saint apostolique^
€ Il serait utile » lui dit-il » c'est mon seul but et mon seul désir» que le suprême apostolique fit condamner par un concile ceux qui se sont assemblés pour combattre TËvaiH gile et anathématiser ses défenseurs; c'est toujours ainsi que Ton a fait depuis le commencement *. »
Dans une lettre adressée au nom de tous les abbés au conciliabule des Iconoclastes » il dit encore : c Nous nous
(Ai^Te ^ xopuf at^ç crou vbv éf^aat toTç ôpôo^d^oiç dvaOe[JiaT(Co(TO icapà Twv vfwv xevof (&v(it)v • [xi^T'au ôpfXYiTïipiov dvo[x(aç tJjv [aoc^otuvoSov eup(9X0VTEÇ 01 ^uX^(Ji&voi xaToXiff6a(vti>ffiv euTreTMç Tcp^ tJ|v âp.apT(av. Taura , àç to àv^xov tt) oùôevoTYiTi ^fii5,V , àvTiYYeXxoreç , àç Iki-^nrç^ [iiXri T^ç lxxXYiff(aç, xa\ tyj ôcp'^fxwv Ô7ue(xovT6ç 6e(a icot[xveap*/(f. (S, Theodori Studitse epist., lib. 1 , ep. xxxiii, p. 240, B. G. D. E.)
* 2uvoSoç fé^Q'Jt^ iv toTç xaô'^[itaç , w fiaxapuoTaTe , 7cdtvSifï|xoç ouyxaôe^evTCûV xal àppvxwv tGv Iv t^Xêi • xal ^ (ruvo8oç liu'àôeTi^ffei tou 'EuaYY^Xfou tou XpidTOu , oô <sh ràç xXetç èBéltù iz^hç aÙTOÎî , 8ia fxicrou TOU TWV 'AuodTcJXwv TcpoTOffTc^TOu , xal TWV à|itot6aSov » [A^XP' '^^^ 'ïrpOTj- YTjffafJLevou tV îepWT^TYjv cou xscpaXi^v. (Lib. I, epist. xxxiy, p. 241, E.)
* 2u[xcplpov $'àv eiY) , d)ç ô :?)[jLéTepo; ^xoTcbç xal tuoôoç , iTuiTifiLYjÔYÎvat ouvoSixbSç 8i^ tou xopucpaioToiTou 'ÀTuoaToXixou, SvTrep licl tcov ^vcoôev xal Si apx^^ > "^^^ cuveSpeu^avTa; xaTà tou 'EuayYs^'ou tou XpWTOu , xal ^vaÔeixaT^aavTaç touç àvTsxofA^vouç aÔTou. (Lib. I, epist. xxxt, p. 246, B.)
L'ÉGUflB RUSSE ET LE PAPE. 80
appuyons avec féoimté sur ce siège dont le Christ a dit : Tti es Pierre^ et sur cette pierre je bâtirai mon Église , pt h$ portes de l^enfer ne prévaudront pas contre elleK >
Au pape saint Pascal il écrivait : c C'est à vous que le Christ notre Dieu a dit : c Et vous, lorsque vous serez conc vartiy vous confirmerez vos frères. > Voici le moment, foici le lieu , secourez-nous , vous qui êtes ordonné de Dieu pour cela ; étendez la main vers nous ; vous êtes puissant auprès de Dieu , puisque vous êtes le premier de tous \ >
Et dans une autre lettre au même pontife : < Nous avons leconnu manifestement que le successeur du prince des apôtres gouvernait TÉglise romaine, et nous nous sommes «Mivaiocus que le Seigneur ne nous abandonnerait pas, puis«que dans toutes nos peines jusqu'à présent et depuis le commencement, la providence divine ne nous a &it trouver de secours que par vous. Oui, vous êtes véritablemeut et dès le commencement la source de l'orthodoxie ; vous êtes le port de toute l'Église , la ville choisie de Dieu pour servir de refuge à ceux qui cherchent le salut ; placée dans la tranquillité, elle n'a rien à craindre des tempêtes de l'hérésie \ »
Dans une exhortation adressée aux fidèles , il compare ]a terre de Byzance à j^oab : < Elle a secoué le joug de l'Évangile comme une génisse insensée ; elle a rejeté le frein. Par ses actes et ses paroles, elle s'est écriée ; Je ne veux pas connaître vos voies\ Elle s'abandonne à la fureur des corybantes, elle boit le sang comme une lionne, elle se
^ Lib. II , epist. i , p. 295, A.
* Ë^siç th l^xyuyf Tuapi OeÇ I» tou -jcavrwv 7up(OTsi5eiv * Iv ^ )ial It^- Oy)ç. (Lib. II, epist. xii, p. 815, A.)
s Lib. II, epist. xin, p. Si 6, A. B.
* Job. XXI. 14.
60 LB8 sTABortan,
boqche les oreilles comme un aspic , et quand on la rqiraid, elle regimbe. Un avertissement Im a été adressé, c'était comme une voix qui venait du del ; die venait du siège suprême, du siège de Rome^ »
Et ailleurs : c Le Seigneur n'a pas abandonné son Église ; il a montré qu'elle avait encore conservé des forces; il a excité nos frères d'Occident à reprendre Vivresse des nôtres et à faire éclater la lumifere sur l'hérésie de ceux qui combattent dans Tombre. Ces endurds l'ont repoussée et u'oot pas voulu ouvrir les yeux du coeur. Mais je l'atteste maintenant devant INeu et devant les hommes, ils se sont séparés eux-mêmes du corps de Jésus-Christ et du siège suprême auquel le Christ a confié lesdefede la foi; de ce siège contre lequel les portes de l'enfer, c'est-i-dire la bouche des hérétiques, n'ont pas prévalu jusqu'id, et ne pourront prévaloir jusqu'à la consommation des dèdes ; celui qui ne ment point l'a promis. Qu'il se réjouisse donc le bienheureux , Tapostolique Pascal , digne de ce nom ; il a rempli l'œuvre de Pierre *. >
Dans une lettre adressée à l'empereur Michel le Bègue , il l'exhorte à rendre la paix à l'Église : < Rétablissons l'union avec Rome , le sommet des Églises de Dieu , et par elle avec les trois patriarches , afin qu'unanimement et d'une seule bouche nous glorifiions Dieu le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec le Fils et le Saint-Esprit*. >
Et dans une autre lettre au même empereur : c: S'il est
* '^Hxev auTT) cpa)v^ Ô7rofxvY)(mx^ àç àTu'oupavou, Ix tou xopuçaiordcTou, Ix TOU 'PojfiLaVxou dp^vou. (Lib. II, epist. lxii, p. 385, A.)
s Lib. II, epist. lxiii, p. 386, B.
* Lib. II , epist. lxxiy, p. 402, A.
l'ÉGUSS russe et le ^JU'E. 61
quelque chose que Votre Majesté ne croie pas pouvoir être résolue par le patriarche , qu'elle ordonne de demander à ranâemie Rome une décision, suivant Tancienne coutume qui nous a été transmise dès le commencement par la tradi-tion de nos Pères ; car c'est là TËglise suprême dont le siège a été d'abord occupé par Pierre, à qui Notre-Seigneur a dit : < Tu es Pierre, et sur cette pierre je hâtirai mon Église , et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle \ >
Nous terminerons ces citations nombreuses empruntées à saint Théodore Studite, par un fragment dans lequel les rapports du Pape avec les quatres patriarches orientaux sont précisés d'une manière remarquable.
L'empereur Michel le Bègue voulait forcer les orthodoxes à faire la paix avec les iconoclastes. Saint Théodore Studite démontre qu'une affaire de cette nature ne relève pas de l'autorité impériale, mais de l'autorité ecclésiastique, et indique la marche à suivre : c II ne s'agit pas ici d'affaires temporelles et mondaines dont le jugement appartient à l'empereur et à la justice séculière ; il s'agit des dogmes divins et célestes qui n'ont été confiés qu'à ceux à qui Dieu le Verbe a dit : c Tout ce que vous aurez lié sur la terre y € sera aussi lié dans le ciel ; et tout ce que vous auresi c délié sur la terre , sera aussi délié dans le ciel *. » Or, qui sont ceux à qui s'adresse cette parole ? les apôtres et leurs successeurs. Et qui sont les successeurs des apôtres? celui qui occupe aujourd'hui à Rome le premier siège; celui qui occupe le second siège à Gonstantinople ; puis viennent Alexandrie, Àntioche, Jérusalem. Voilà les cinq
A Lib. Il, episi. LXlXYiy p. 414, A. B. « Matth. lYi. 19.
M LB8 8TÀB0VBEE8,
sommets de la puissance ecclésiastique. C'est à eux à juger des dogmes divins ^ Quant aux empereurs et aux gouver* neurs , il leur appartient de leur prêter main-forte et de soutenir ce qu'ils ont décidé, ainsi que de ramener à la concorde ceux qui» écoutant les suggestions de k diair, s'en sont écartés. Tout ce qui se ferait en ddiors de oda , ne serait pas appuyé sur la tradition divine et n'aurait aucune force. C'est en vertu de ces principes qu'on a rejeté ce qu'un conciliabule , placé sous la pression des empereurs Constantin et Léon» avait osé dire contre le culte des saintes images. C'est à cause de cela que notre Ëglîse de Constantinople a été séparée des quatre autres, et liée par des ana^ thèmes perpétuels que le Saint-Esprit a confirméSi Plus tard» par un effet de la miséricorde divine» la foi orthodoxe a relevé le fi'ont» lorsque le grande impératrice Irène occupa le trône avec son fils » et alors ce qui avait été divisé fut réuni. Mais sous Léon » notre Église fut encore séparée et de nouveau frappée des mêmes anathèmes; par conséquent» il est tout à fait impossible de mettre sur la même ligne le jugement divin et le jugement séculier. Il est impossible que celte Église soit réunie sans le consentement des cinq patriarches. Si Ton demande par quelle voie on peut y arriver» je réponds : Que les hétérodoxes sortent de l'Église de Dieu » et que le très-saint patriarche Nicéphore remonte sur son siège. Il convoquera alors ceux qui ont
i T£veç oè oStoi ol IvTexaXfxévoi ; 'Aic^oXot , xal oî toutwv Siotôoj^oi. Tiveç o'oSv oî Bii^oypif ô ty)? 'PcofxaCwv vuv\ TcpwT^ôpovoç, ô TÎjç KovffTavTtvouTToXeo^ç oeuTepeuo3V » 'AXE;av$pe(aç Te xal ^XyxioyeloLÇ » xal ô 'Ispo^o-
XufXWV. TOUTO TO TCSVtaXOpUtpOV XpaXOÇ T^Ç IxxXYJffCoç • TtOLfk TOUTOlÇ TO
TW^ ôeiojv ooYtitaTcov xpiTr^piov (Lib. Il, epist. cxxiï, p. 461, G. D.)
L'ÉGLIbA RUSSE ET LE PAPE. 63
partagé ses combats (s'il ne peut se faire que les autres patriar'ches asaurtent au concile par leurs délégués ; mais il est certain que cela est possible, puisqu'il dépend de l'empereur que celui d'Occident y assiste, lui auquel est déférée la puissance d'un concile œcuménique) ; il fera la paix et la réunion , puis enverra les lettres synodales au premier siège. Si l'empe-^ reur n'accqpte pas cette marche, et si, comme il le croit, Nicéphore a dévié de la voie droite , il faut que les deux partis envoient une ambassade au pontife de Rome , et c'est de là qu'il faut recevoir la certitude de la foi \ car c'est ainsi que les choses sont établies. Si l'un des patriarches vient à s'égarer , il faut qu'il soit corrigé par ceux du même ordre que lui , comme le dit saint Denys ; mais il ne doit pas être jugé par les empereurs , quand même tous les empereurs orthodoxes qui ont jamais existé viendraient à ressusciter*. » L'argument de saint Théodore Studite revient à ceci : Le patriarche de Gonstantinople convoquera un concile local qui aura besoin de la confirmation du Pape; ou bien le concile sera œcuménique : pour cela , il faut que les cinq patriarches y soient représentés par leurs délégués , ou au
* El il Tiç lftùx^y\ , xai irwç èyBéyttcti touro Ysviaôai ; tw Ixdr^val Touç lTepoS<5ïouç Twv Toîl ôeou lxxX7]7((ov • xai à-ïroXa&îv tÀv oixeîov ôp^ vov Ntxifj^pov riv îspiv TcaTpidtpj^Tjv • 8ç ^uvsSpeuaaç [iLeô'Sv auvi^ôXYi^ev , t\ o&x év$^}^eTat Ix tSv ^Xo3V TcaTptapj^wv itapeîvai dfvTiTrpocoiTrouç. ''OTrep $uvaTèv ^OTTiv , s! SiXoe paortXei^ç t^v Ix Audscoç TcapeTvai * ^ xal to xpciroç dvaç^peTat t^ç oixou[iievix^ç ^uvoSou • àuoTcepdtvoi àv xh ttjç elpi^vriç , xal tb T^ç Qruvaç6(aç ppa&UTi^piov , SrjXovoTt St'oîxeJojv ^uvoSixwv àTTO^TeX- Xofxivoiiv tÇ irpooToOp^vcp. El Bï ou touto xaraSexTfov tw paaiXei , xal <3ç yjr|fft TcapeTpdtTnf) (rl>v :?)fxTv t9)ç àXY)6e(a<; NtX7i<p<Jpoç ô TcprfsSpoç , IÇ IxaTepou {A^pouç dTCOaraXTéov wpoç t^v 'PoSfxriç • xaxeïôev Ôe^^^côo) tb ^ïcpaXiç t^ç TcCaT&coç. (Lib. II, epist. cxxix, p. 462, A. 6.)
^ Lib. II , epist. CXXTI , p. 460, G; 461, G.
64 LES STÀROTiBES,
moins que les légats du Pape y asûstent» pinsqae le Pape est revêtu d'une puissance équivalente à celle d'un concile œcuménique; ou enfin il n'y aura pas de condle, les deux partis enverront des délégués à Rome , et le Pape prononcera en dernier ressort. Sa réponse aura la certitude d'un article de foi.
Je crois que ces textes suffisent pour démontrer que saint Théodore Studite admettait la primauté du Pape , primauté de juridiction aussi bien que d'honneur, et cela de droit divin , parce que le successeur de saint Pierre [sur le siège de Rome est investi des pouvoirs que le prince des apôtres a reçus de Jésus-Christ lui-même.
La preuve qui ressort de tous ces témoignages des Pères grecs n'est donc sujette à aucune espèce de doute ; et nous pouvons passer au troisième ordre de preuves , à celles que fournit FÉglise russe.
LE premier de tous les témoignages que TËglise russe nous présente eii faveur de la primauté de Pierre, c'est le soin avec lequel elle se prépare tous les ans à solenniser la fête du prince des apôtres. On sait que^dans TÉglise orientale» outre les abstinences ordinaires dti mercredi et du vendredi , il y a quatre époques dans Tannée , pendant lesquelles l'usage de la viande et de tous les aliments gras est interdit , et parmi les aliments gras on compte les œufs > le beurre , le fromage et toute espèce de laitage.
L'abstinence du carême et de l'avent, qui précèdent la fête de Pâques et celle de Noël , n'a rien de particulier. Qu'on
L'ÉGLi6£ llUSSii ET LE TAPE. Ch
mette quinze jours à se préparer à la fête de l'Àssoiiiption > la plus solennelle des fêtes de la sainte Vierge ^ nous y voyons une nouvelle preuve de la dévotion des Russes envers la mère de Dieu , et nous n'en sommes pas surpris. Mais il est permis de se demander pourquoi, dans l'Église russe, saint Pierre, seul de tous les saints, entre en participalion de ces honneurs inaccoutumés, réservés d'ailleurs à Notre-Seigneur Jésus-Christ et à sa sainte Mère. Cette exception unique ne peut |)as s'expliquer par le hasard. Il faut qu'il y ait un motif, et ce motif, quel qu'il soit, suppose nécessairement une prééminence de saint Pierre sur les autres saints. Saint Pierre n'est pas le patron particulier de la Russie , il n'a pas été davantage le patron de Tempire grec ; en quoi consiste donc cette prééminence de saint Pierre que l'Église russe proclame d'une manière si significative? N'en faut-il pas conclure que l'Église d'Orient a voulu rappeler tous les ans à tous ses enfants la primauté de Pierre? Et pour rendre cet enseignement plus durable , plus populaire, pour le graver plus profondément dans toutes les mémoires, elle est entrée dans le foyer domestique, elle a proscrit de la table du riche comme de celle du pauvre tous les aliments gras , elle a prolongé cette privation pendant plusieurs semaines , de sorlé que tous les hommes qui réfléchissent et qui obéissent aux prescriptions de l'Église russe , ne peuvent s'empêcher de se demander : « Qu'a donc saint Pierre au-dessus de to\is les autres saints pour qu'on nous impose une si longue et si dure privation comme préparation à la solennité de sa fête? » Et ne pourraiton pas dire que le peuple russe , qui observe consciencieusement ce que l'Église lui commande , fait de cette façon n. S
i(>6 L£S STA|U)ViR£S^
tous les ans un acte de foi dans la primauté du prince des apôtres?
Mais le temps de rabstinence est passé ; le jour de la fête est arrivé ; le russe se rend à TËglise ; son attention est éveillée par la longue préparation qui a précédé, et par la solennité du jour. Il écoute ce qui se lit et ce qui se chante à TÉglise , et à chaque instant son oreille est frappée par des expressions qui affirment la primauté de saint Pierre. C'est le premier des apôtres * ; c'est le prince des apôtres * , il occupe le premier siège dans l'Ëglise'; il est le docteur * , le fondement ^ et le giûde ' des apôtres ; il est le pasteur des apôtres, il exerce sur eux l'autorité''. Il est la source et le principe de l'orthodoxie ^ ; c'est de lui que vien^ nent tous les chrétiens * ; il est le fondement , la colonne de la foi , la pierre sur laquelle elle s'appuie ^^ ; il est la pierre sur laquelle Jésus-Christ a bâti son Ëglise , et contre laquelle les portes de l'enfer ne prévaudront pas. C'est à Pierre que Jésus-Christ confie ses brebis , c'est Pierre qu'il établit pasteur de son troupeau. Saint Jacques a reçu le siège de Jérusalem, saint Pierre a reçu le soin de tout l'univers. C'est à lui le premier qu'a été confié le gouvernail de l'Église.
Nous avons rapproché les expressions les plus frappantes ; celles qui font le mieux comprendre que, dans la pensée de l'Église russe , saint Pierre a été investi par Jésus-Christ luimême d'une dignité qui le rendait supérieur aux autres apôtres, non par un simple droit de préséance ou quelque
* nepBuii anocTOJOBT.. — « BepxoBHuB anocian.. — s nepBonpecT(ui.HMH. - * HacTaBUHKi anocTOJOBT». — » OcnoBanie. — 6 BoayB. — 7 HacTupi. Bja4uqHUH anocTO^OBT». - s Haia.io npaBowaBbi. - » Hanaio xpecTiani. - lo KaMeub vipu.
L^£6LI࣠iàuSSE ET Le TAPE. 07
jprivitége honorifique , mais par une véritable autorité qui le constituait pasteur suprême ^ des autres apôtres , et par conséquent de toute l'Église.
Maintenant nous allons reproduire dans leur ensemble quelques-uns des morceaux les plus remarquables , en nous servant partout où elle ne nous fera pas défaut de la traduelion du comte Joseph de Maistre ^ et ayant soin de citer au bas des pages le texte slavon.
Commençons par les passages de saint Jean Chrysostome qui se trouvent dans les traductions russes du grand docteur, imprimées avec l'approbation du synode de Saint- Pétersbourg.
Ainsi on lit dans les Homélies sur la Pénitence , publiées par ordre du synode à Moscou, en 1779 :
€ Pierre, le prince des apôtres , le premier dans TÉglise, cette pierre solide , fondement inébranlables >
« Pierre pleura amèrement : quelle est donc la vertu de ces larmes? L'événement le montre clairement; puisque après cette lourde chute, le Seigneur lui accorde le même honneur qu'auparavant , et lui confie le gouvernement de l'Église universelle, ^ >
Et dans les Homélies sur les Actes des Apôtres publiées en 1 768, également par ordre du synode :
€ Pierre est plein d'ardeur, il reçoit de Jésus-Christ l^assurance que le troupeau lui sera confié ; il est le premier
1 nacTbipb iua4UHHu&.
« Cb. loaBHa 3jaToycTa, BecfeAHonoKaaHiH, H34an. CHH04ôMTi. MocKBa <7T9.
neiprb , OHUâ BepxoBHuii anocTOJb , nepsuH bi i^epRBn , TsepAutt OHuit KaiHeab , ocHOBanie HenoABHstHoe. — Bec. 3. cTp. 49* na oôo^otè,
8 neTpi luaKacfl IroptKo : BaKaii me cjcst. ohbixt» cH.ia ? coÔtiTie X^n ABCTBeHHO OHy» AOKasuBaerB : noneHce no tbjreomi odomi na4eHiH naim nepBoio neCTiio noTTiLrb ero rocno4bt h iipaBjeaie Bce^eHCRifl i^epKBii BpyHHjB eMy. — Bec. (.
CTp. 29. Ha OÔOpOTt.
68 USS atAB0\ÈAE6,
de l'assemblée , c'est pourquoi il est toujours le premier à prendre la parole ^ >
< Pierre ne pouvait-il pas choisir lui-même (un apôtre à la place de Judas) ; très-certainement, mais s'il ne le fait pas, c'est pour qu'on ne pense qu'il agit contre la grâce '• »
< Ils étaient cent vingt , et il ne s'adresse qu'à un. En effet il est' le premier à faire acte d'autorité, parce que tous lui ont été confiés; car c'est à lui que Jésus -Christ a dit : < Et toi, lorsque tu seras converti, ccmfirme tes « frères \ p
C'est encore saint Jean Chrysostome qui parle dans le livre intitulé Prologue, sous la date du 29 juin :
< Pierre est la source de l'orthodoxie, l'Ëglise de Dieu , le docteur des apôtres. Que dirons-nous donc à Pierre? Pierre , objet des complaisances de l'Ëglise , flambeau de l'univers, guide des apôtres, salut ; Pierre, rocher de la foi , pasteur souverain de tous les apôtres. . . Dieu dit à Pierre : c Tu < es Pierre, » et il lui donna ce nom parce que sur lui Jésus- Christ a bâti l'édifice spirituel de son Église , contre laquelle les portes de la mort ne pourront pas prévaloir ; car le Créateur lui-même en a posé le fondement, il en a affermi les murs par la foi , qui donc pourrait s'opposer à elle ? C'est à cette Église , frères, qu'il faut courir ; c'est là que nous trouverons la rémission de tous les péchés ; car c'est à ce prince
1 ncTpi flRO TenJbiS, H flRo yFfipeni 6uvb on Xpacra o craji^, h aro nepBBiii on» .iHKa npQCHO npc»tnili cuii uaHHHacTb ciOBO. — loan. 3jaT. ôQCtuu na J^tRRia
AnOCTCIOBT., H3A. CHHOAOM'b El 4768,6CCtAa 3. Cip. 48.
^ Le mot grec ^api^scOai est traduit ici dans iin sens bien différent de celui
que nous lui avons donné page 51. Voyez la note 4.
'Ito yOo HsOpaiii Ueipy caMOMy no bosmojrdo .m 6t? h 8tJ0; no 4a ne mhI^thca OyjierbnpoTHByôiaro^aTHTBopHTHcie, ucTBopHTbcajTB. — TaMaie, cip. 55.
3 Cto u ^Ba^ecflTb ôaxy, h e^nHaro npocHTb otb bccfo MHoatecTBa. Rrtnory, nepBuii BomiH) ccH) B.iacTe.ibCTByerb, aKH 60 loli 0 bc*xi Bpyqeni ôbibi ; Kb ceiiy Oo pêne XpitcTocT»: « n TH n-ÊKor^a oOpamcfl, yTBep;^H ôpaTlio tbok). » — TaM »e, cip. 56.
l'église eusse et le pape.
des apôtres , k Pierre> que le Seigneur a donné la puissance en lui disant : < Je te donne les clefs ^ »
Après saint Jean Ghrysostome , nous citerons Théophylacté de Bulgarie , qui , en expliquant le xxf chapitre de l'Ëvangile de saint Jean , s'exprime en ces termes :
€ Pasce oves meas. — A la fin du repas, Jésus-Christ confie à Pierre les brebis , rétablissant pasteur de l'univers : ce n'est pas à un autre , c'est à Pierre qu'il les confie comme au meilleur et au plus sage, et comme au chef du collège apostolique. Le Seigneur a confié à Pierre le soin de tous les fidèles. — Car si Jacques a reçu le siège de Jérusalem, Pierre a reçu l'univers tout entier*. »
Et en expliquant, danslexxu® chapitre de l'Évangile selon saint Luc , ces paroles : Et tu aliquatido cojiversus, confirma fratres tms, il fait ainsi parler Notre-Seigneur à saint Pierre : < Il faut que tu comprennes bien qu'ayant la primauté sur les disciples , tu me renieras , puis tu verseras des larmes et tu te repentiras de ta faute ; et cela est bien , car tu es après moi la pierre et le fondement de l'Église, r Puis Théophylacte ajoute : « Il faut bien comprendre que le Sauveur ne parlait pas seulement des apôtres, mais de tous
i nerpi Ha^SLio npaBOCiaBlii, I^epRbBb Eo»iA; Ilerpi nacTasHHR'b AnocTOioei. Htoxo H Kl nerpy pe^eirB? Herpi cja^Koe I^epKsn BH,i[*nie , CBtTHJO Bce^cnnufl , Boac.ii. AnocToiorb. Pa,TyâCfl, Herpe, BaHeHio Bl^pu, nacrbipio Bja4BiHHiii ncfbTb AnocTOJOBi...H KaMeHB HapeRma, na newb me eoApysnTH I^epROBb, pe'ic. Ilerpi ôo KaiieHb nape'ieTCfl, Ha HCMi Jfie C034a XpHcroci i^epKOBb AyxoBnyio , eii )Ke spaia cMepTHUH ne Moryn» o40i'1^H : HA'fiace caMi TBopeqii ocHOBaflie no^oaîH n crfenu B03rpa,in Btpoio, kto bo3mo- Hserb ett npoTHBffracfl? KiTottCo b*poh) BCHK-b npHTeKi cnaceicff. Ki toH, Cpaiie, npnôtacHMi, ly BCÉx-b rptxoBi oraycrb nplaMCMi». CoMy Co BepxoBHOMy AnocTo.ry lïcrpy a^AC BjacTb rocnojb warojfl : «Coa3T>4aH) leô* kjioïïii... «Eroaîc cïobo bi Hpo.ior*