‹ Études de théologie de philosophie et d'histoireChapitre 68 sur 70 · NOTICE SUR U^^ ELISABETH GAUTZIN · texte numérisé non relu

NOTICE SUR U^^ ELISABETH GAUTZIN

AU moment où se terminait l'impression de ce Yolume^ nous avons retrouvé dans nos papiers une notice sur la princesse Elisabeth Galitzin, morte religieuse du Sacré- Cœur. Ce récit simple et vrai fait bien comprendre les merveilleuses opérations de la grâce sur un cœur droit ; nous avons pensé qu'il serait lu avec intérêt et avec fruit, et nous nous sommes déterminés à Timprimer.

M""® Elisabeth Galitzin , née à Saint-Péterâbourg , le 22 février 1795,

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perdit son |>èrc à l'âge de quatre ans. Lorsqu'elle en eut quinie> fti mère lui confia, sous le secret, que depuis dix ans elle s'était conyertte à la religion catholique. Elisabeth fondit en larmes à cette ouverture; elle voyait dès lors un mur de séparation élevé entre elle et sa mère, car elle ne pensait pas devoir jamais suivre son exemple , croyant que si le gouvernement avait fait des lois si sévères contre ceux qui abandonnaient la religion grecque, c'est qu'ils commettaient un grand péché. Aussi se retira-t-elle sans pouvoir proférer un seul mot; mais accusant dans son cœur les jésuites du changement de la princesse, elle conçut contre eux et la religion catholique un sentiment de haine qu'elle croyait en conscience devoir entretenir. Obligée de dissimuler sa tristesse pendant le jour, elle passait les nuits à pleurei* le prétendu malheur de sa mèi-c ; et craignant qu'on ne vint à bout de l'entraîner aussi , elle imagina d'écrire une formule de serment de ne jamais changer de religion. Elle se leva donc, écrivit dans l'obscurité et d'une main tremblante ce serment , puis se coucha de nouveau , tranquille et contente, se croyant en sûreté contre toutes les attaques. A dater de cette nuit, elle ne manqua pas, pendant quatre ans, de répéter soûr et matin son serment, en faisant ses prières; et quelque fatigue qu'elle éprouvât, elle ne romettait jamais. Elle vivait au milieu du monde, sans pour ainsi dire le connaître ; sa mise était des plus modestes, et parfois même si négligée, qu'elle lui attirait des railleries.

Elle avait dix-neuf ans lorsque la grâce commença à parler à son cœur. Rien ne peint mieux sa grande droiture que ce qu'elle raconte elle-même de la manière dont s'opéra sa conversion. « Je prenais , ditelle, des leçons d'italien qui m'étaient données par un prêtre romain; il était gai et ne me parlait jamais de religion, aussi cette étude me plaisait infiniment. Il tomba dangereusement malade et mourut : ma mère profita de cette circonstance et me proposa d'aller à l'enterrement ; j'y consentis volontiers, pensant que je devais à cet ecclésiastique cet hommage de respect et de reconnaissance^ A peine fus -je entrée dans l'Église, que je seiitis comme une voix intérieure qui me dit : Tu hais la religion catholique , eh bien ! lu en seras toi-même un jour ; et cette voix me fit pleurer tout le temps que je restai à l'ofGce; mais je ne savais pas définir si c'était l'abbé que je pleurais ou si c'était par suite de cette voix intérieure. Il me vint ensuite cette pensée : Mais d'où vient que tu hais la religion catholique et ses ministres? la haine est un péché; Si c'est uti péché , repris-je , je ne dois plus le commettre, je

dois prier pour les jésuites. Eu effet, à dater de ce moment , je me suis mise à prier pour eux régulièrement tous les jours, aussitôt après avoir prononcé mon serment , et je renonçai à toute haine. Sur ces entrefaites , nous partîmes pour la campagne ; c'était une terre éloignée de Samt-Pétei*sbourg, où je demeurai tout Tété, seule avec ma mère dans une parfaite solitude. Là, le bon Dieu me donna de grands sentiments de contrition, et, mes fautes me revenant constamment à la mémoire, je passais toutes les nuits à pleurer amèrement devant le Seigneur. Le jour^ il n'y paraissait plus; je ne m'ouvrais à personne^ et à ma mère moins qu'à qui que ce fût. Il m'est arrivé plusieurs fois, pendant ces nuits consacrées à la douleur, qu'indignée contre moi-même je me disais : Est-il possible qu'une grande pécheresse comme moi couche dans son lit? et m'élançant à terre, j'y demeurais jusqu'à ce que la fatigue^ m'obligeât à me remettre au lit. Je sentais le désir de devenir pieuse , mais le devenir à dix -neuf ans m'effrayait. J'aurais voulu pour cela être un peu vieille ; je craignais le sérieux de la piété et les austérités des saints, parce j'étais persuadée que je devais les pratiquer. J'arrivai dans ces dispositions à Saint-Pétersbourg, à la fin de septembre : à peine dans ma ville natale , j'appris qu'une de mes cousines venait de se faire catholique , et elle avait été une schismatique obstinée tout comme moi. Cette nouvelle me fit une peine extrême; je fus encore une fois tentée de haine contre les jésuites. Je me retins pourtant et redoublai de prières pour eux; mais je me promis de ne point parler à ma cousine de la découverte que j'avais faite de sa conversion ; néanmoins je n'y échappai pas, car elle voulut me la confier ellemême sous le sceau du secret. Je l'écoutai bien à contre-cœur, et me mettant à fondre en larmes , je lui dis : « Ma cousine , si vous croyez c< que la religion catholique est la vraie religion, vous avez parfaitement « bien fait de l'embrasser; quant à moi, je ne le crois pas et nelecroi- <( rai jamais. » Elle me donna bien des raisons qui ne nie convainquirent pas; alors elle me dit : « Si vous vouliez lire un petit manuscrit « composé par maman, qui traite du schisme des Grecs, vous verriez c( clair comme le jour que les catholiques ont raison et les Russes tort. » Ma tante, en effet, écrit depuis sa conversion des ouvrages uniquement de controverse , qui ont eu l'approbation de plusieurs saints et savants jésuites, a Vous pouvez, lui répondis-je, me donner ce manuscrit et « trente -six autres si vous voulez, mais tenez pour certain qu'ils ne « m'ébranleront pas; je suis trop sûre que la religion russe est la vraie

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