‹ Etudes de théologie et d'histoireChapitre 16 sur 31 · MONTAURAN · texte numérisé non relu

MONTAURAN

L'Eglise réformée de Bordeaux était, depuis l'année 1613, en négociations avec l'Église et l'Académie de Saumur, à propos d'un jeune ministre, déjà estimé comme hébraïsant que, suivant l'usage du temps amené par la pénurie des pasteurs, elle avait prêté à cette dernière, Louis CappeP. Philippe de Mornay, gouverneur de Saumur et j)alron de l'Académie établie en cette ville, avait dès lors conçu une grande estime pour notre Ecossais, à en juger ])ar le postscriptum d'une lettre adressée à Gilbert Primerose, au sujet du Synode national de Tonneins : « Je m'étais attendu, y « dit-il, à ce bien de voir M. Cameron. Je salue de toute « mon atfection ses bonnes grâces » -. 11 n'attendait ([u'une occasion pour l'attacher à l'Académie de Saumur. Lorsque la chaire d'exégèse du N. T. devint vacante par suite de l'appel de Gomar à l'Université de Groningue, le Conseil académique de Saumur, exprima le vœu, confirmé i)ar le Synode provincial du Mans (5, 18 mai 1618), ([ue « vu les « grands dons que Dieu a despartis au sieur Cameron, pas- « leur à Bordeaux » il fût prié d'accepter cette charge. Conformément à ce vœu, Marc Duncan, principal du collège, fut député par le Conseil et l'Église à Bordeaux, avec trois lettres : l'une pour les pasteurs et anciens de cette ville, l'autre pour Primerose, la dernière pour Cameron''.

Ce dernier était tout disposé à accepter, car sa situation à Bordeaux était délicate, à cause des démêlés qu'il avait eus avec le Parlement et d'ailleurs il sentait qu'il ne réussissait pas très bien comme prédicateur, ses sermons

1 V. Registre (le l'Académie i-oyale de Saumur. — Séance du 16 déc. - Lettre de Duplessis-Mornay à Primerose, 15 avril 1617. 3 Resistre de Saumur. Séances du 5 et du 18 mai 1618.

étaient d'une longueur démesurée, et il s'y laissait aller à des digressions sur des questions de philosophie, qui ennuyaient le commun de ses auditeurs ^ C'est à ces démêlés que faisait allusion Duplessis-Mornay lorsqu'il écrivait aux pasteurs et anciens de l'Église de Bordeaux : « Puisque (( pour plusieurs raisons vous ne pouvez plus retenir « M. Cameron, consentez à ce qu'il vienne travailler à notre « Académie» -. Mais il fut plus malaisé d'obtenir la décharge du Consistoire, qui était très attaché à son pasteur, à cause de son zèle pour la cure d'âme et de son talent de controversiste. Enfin, l'Eglise de Bordeaux, sur le conseil de Primerose, se rendit aux instances de Duplessis-Mornay et Marc Duncan put emmener à Saumur son compatriote.

Aussitôt le Conseil extraordinaire de l'Académie fut rassemblé au Château, en présence de Duplessis-Mornay, pour cette bonne nouvelle (13 juin); il entendit le rapport du D> Duncan et remercia Cameron d'avoir répondu avec tant d'empressement à son appel. Quelque temi)s après, Duplessis- Mornay en témoignait toute sa joie à ses correspondants. « Pour M. Cameron, écrit-il à M. De la Burte, conseiller « d'État, •' qui vient d'arriver heureusement ici, comme je « ne puis rien dire qu'au-dessous de son mérite, ainsi doi- « vent ses amis attendre que je le servirai de toute mon « affection. » Cameron commença aussitôt à faire des prédications, des leçons et prendre part aux « disputes » dans l'Académie.

Mais la nomination définitive de Cameron comme professeur de théologie ne dépendait pas uniquement du bon plaisir de Duplessis-Mornay et du vœu de l'Académie de Saumur ; il fallait, suivant les règles de la Discipline des Églises réformées, qu'il fût examiné par une Commission

* V. Baj'le, Dictionnaire historique, art. Cameron, d'après P. Dumoulin, Jndicium de Amyraldi libro.

' Lettre du 28 mars 1()18.

' Lettre du 21 juillet 1618.

du Synode des provinces d'Anjou, Maine, elc., afin que ce choix de l'Académie fût confirmé. Il y avait deux candidats pour les deux places vacantes en théologie : de La Coste, pasteur à Dijon, et Jean Cameron, pasteur à Bordeaux. Au jour fixé (8 août), les candidats se présentèrent à Saumur devant le jury, présidé par Fleury, pasteur à Loudun, et composé de deux délégués de chacun des trois colloques de la province, et de quatre pasteurs des provinces voisines (Poitou, Berry, Bretagne, Normandie), M. Bouchereau, pasteur à Saumur fut nommé adjoint au modérateur '. Les candidats eurent à faire deux leçons publiques en latin et à soutenir des thèses, qui avaient été imprimées et distribuées un mois d'avance. De La Coste échoua si piteusement à sa première leçon, faite le 9 août, qu'il en tomba malade ; il insista néanmoins pour soutenir ses thèses, mais ne réussit guère mieux. La Commission d'examen jugea qu'il n'était point propre pour cette profession tant importante.

Cameron, au contraire, fit, les 11 et 13 août, deux belles leçons sur Philippiens II, v. 12-13 et Psaume LXVIII, V. 19, et le lendemain 14, soutint avec éclat ses thèses sur la grâce et le libre arbitre. ^I. Fleury, « modérateur de la « Compagnie des examinateurs, ordonnés par le Synode de « ceste province d'Anjou, Maine et Touraine, déclara « publiquement, devant toute l'Académie, M. Cameron très « capable de la profession en théologie, à laquelle il avait « été a})pelé (vendredi 17 août). En conséquence, le mer- « credi 22 août, l'heureux candidat s'est présenté devant le « Conseil ordinaire de l'Académie et a été par ladite Coince pagnie reçu en icelle et prié d'y prendre sa place comme « membre du corps d'icelle comme aussi de se tenir au banc « et rang des professeurs en théologie et de marcher en « ordre, en ceste qualité avec les autres professeurs publics de ceste Académie ^ ».

* Registre de Saumur. Séance du 8 août 1618.

- Registre de Saumur. Actes du mercredi 22 août 1G18, comp. France protestante, 2'= édit., tome III, col. 080-002.

La Commission d'examen décida ensuite que les thèses et les deux leçons de M. Cameron, faites par lui à son examen, seraient imprimées et qu'à la fin serait ajouté l'article de la réception dudit sieur Cameron pour professeur de théologie en ceste Académie, translaté en latin K

Quinze jours après, Duplessis-Mornay rendait compte de l'événement dans une lettre à Primerose, pasteur à Bordeaux.

« M. Cameron s'en va, tant pour prendre congé de « votre Synode, que pour amener sa famille en ces quar- « tiers. Sa modestie l'empêchera de vous dire toute la vérité « et, pour ce, je me sens tenu d'y suppléer. Je vous diray « donc que l'envie et la calomnie n'ont servy que de lumière « à sa vertu ; toute la Compagnie qui s'est trouvée icy estant « demeurée si satisfaite de ses exercices pour la pureté et « profondeur de la doctrine qui y a paru, et d'ailleurs, si « bien édifiée de sa candeur et modestie qu'il n'y a aucun « qui n'ait admiré et embrassé les grâces singulières de « Dieu en luy... Je m'en conjouis donc avec vous comme « avec un autre luy mesme -. »

L'Académie de Saumur avait alors pour recteur L. Cappcl, professeur d'hébreu ; Marc Duncan et Burgersdyk y enseignaient la philosophie et les mathématiques ; Geddes, la langue grecque. Cameron fut seul, pour y enseigner la théologie de 1618 à 1623. Il avait commencé ses leçons le 13 juin, il dut les interrompre en octobre pour aller chercher sa famille qu'il avait laissée à Bordeaux ^. Il revint à la mi-novembre, rapportant la décharge donnée par l'Eglise de Bordeaux, et approuvée par le Synode provincial de Basse- Guienne tenu à Castel- Jaloux et se mit aussitôt à remplir la double charge de pasteur et de professeur en théologie.

* Registre de Saumur. Actes du 29 août, v. Thèses de graiiaet libero arbilrio dlspiilalœ nna ciiin diiobiis prœlecUonibns. Salmurii 1618, in-8". ' Lettre de Saumur, 2 septembre 1618.

' Registre de Saumur. Actes du 20 novembre 1618.

Comme souvenir de son ministère, il nous reste une dizaine de sermons prêches à Saumur en 1620, et qui, s'ils révèlent en lui un bon exégète et un habile controversiste, ne donnent pas une haute idée de son art oratoire ^

Voici, d'après les actes du Conseil de l'Académie, comment était organisé son enseignement : « Bien que les loix « de l'Académie, est-il dit, portent que chaque professeur « en théologie fasse quatre leçons par semaine, M. Cameron « sera pour un temps dispensé d'une leçon par semaine (( pour son soulagement, sauf à lui à commencer à en faire « quatre, quand il voudra. Et, pour les disputes particulières, « il en soutiendra une toutes les semaines, qui durera deux « heures environ. Quant aux publiques, le cours des lieux « communs en théologie aïant été par ci-devant achevé et « disputes qui ont été jusqu'icy faites en ceste Académie, le « susdit cours sera au plus tôt recommencé et disputes pu- « bliqucs, lesquelles seront continuées de mois en mois. « Quant au sujet de ses leçons, il continuera à ex])liquer les « lieux de plus notable et célèbre difficulté, qui se tiouvent (( au Nouveau Testament, depuis le passage par lui ci-devant « expliqué : Tu es Petnis et super hanc peiram, etc., et « commencera lundi prochain sa première leçon"-. » Ce lundi tombait le 26 novembre.

Conformément à cette décision, Cameron fit l'exégèse des passages de l'Évangile selon saint Matthieu XVI, 15-18 ; Matth. XVII, 1-10, XVIII, 1-17, avec une sagacité critique et une sûreté d'érudition qui lui ont valu les éloges de Richard Simon •'. Ces textes l'amenèrent logiquement à traiter, dans le cours de l'année suivante, la question de l'Eglise. Il examine tour à tour, à la lumière des Evangiles, son nom, sa nature et ses conditions, sa dignité, sa durée, sa constance à

' V. Opcra, édit. de Genève 1G42, p. ôOO-ôKi et p. 800 et suiv., « Sermons sur Jean VI »>.

- Registre de Saunuir. Aeles du 20 novembre 1(518.

3 Prœlectioncs Saliniirii habilœ. Opcra. I^aI. Genève, 1042, p. 337.

retenir la vérité, sa juridiction, son gouvernement, et terminait par la question du schisme. Il y démontrait le malfondé des prétentions de l'Eglise romaine à avoir le monopole de la vérité et faisait une distinction entre le « schisme », fait par motif d'orgueil, et la « sécession », qui est parfois nécessaire et légitime, afin de préserver la vérité, — comme cela était arrivé à la Réformation du xvi^ siècle.

Après ces sujets, il traita de la Parole de Dieu, étudiant ses marques en général et ses marques en particulier. Cameron, dans ces leçons, se montra supérieur à son temps et partagea la hauteur de vue de son collègue et ami L. Cappel sur la question de l'Inspiration des Ecritures. Il distingue entre la doctrine contenue dans les Saintes-Écritures — celle-ci est divinement inspirée, c'est là l'article de foi essentiel, — et les livres, les mots qui la renferment, c'est la question secondaire ^

Le 13 janvier 1621, Cameron fut élu recteur, à la place du pasteur Bouchereau, qui avait demandé à être déchargé de ses fonctions, avec L. Gappel pourpro-rcclcur. C'est sous son rectorat que Josué de La Place, après un brillant examen, fut nommé professeur de philosophie à la place de Marc Duncan, démissionnaire.

C'est pendant son séjour à Saumur que Cameron eut avec Tilenus, ancien professeur à Sedan, une conférence qui fit grand bruit dans nos Eglises et jusque dans celles des Pays- Bas. Tilenus, après avoir été un champion outré de la doctrine calviniste sur la grâce, s'était converti aux idées arminiennes et mettait à les propager toute l'ardeur d'un néophyte. Les pasteurs de Paris, inquiets du progrès de cette propagande, jetèrent les yeux sur Cameron, comme le théologien le plus capable de la combattre et l'engagèrent à avoir une confé-

^ Prœlcctioiips variœ de Verbo Dci. Oi)era. Hd. Cicnève, 1642, folio 417. Comp. De snpremo conlroversiariun jiidicc. 0])C'ra, p. 597. Comp. Ed. Rabaud, Histoire de la doctrine de l'Inspiration des Saintes-Ecritures, Paris, 1885, p. 137.

reiice amicale avec Tilenus, qui l'accepla. Jérôme Groslot, ancien et notable de l'Eglise d'Orléans, dont le père s'était réfugié en Ecosse à l'époque de la Saint-Barthélémy, offrit son manoir de l'Isle, anx environs de cette ville, pour lieu de rendez-vous. Et c'est là, en effet, que la dispute eut lieu, du 24 au 27 avril 1620. Le sujet en était : « Contribution de la grâce et de la volonté humaine dans la vocation au salut '. — Les thèses soutenues par le professeur de Saumur étaient tirées des articles 21 et 22 de la Confession de foi des Églises réformées. Le nœud de la question était celui-ci : « Pourquoi de deux adultes, également corrompus et injustes, l'un, éclairé par la lumière évangélique, devient-il participant au salut ; l'autre, au contraire, est-il laissé dans les ténèbres et l'ombre de la nuit, donc perdu? »

Cameron soutint que ce sort différent dépend de la seule volonté de Dieu. C'est la doctrine calviniste dans toute sa rigueur.

Tilenus, au contraire, avançait que, depuis la conclusion de la Nouvelle Alliance, c'est faire injure à la grâce de Dieu d'admettre que quelqu'un en fût exclu par la seule volonté de Dieu, sans avoir égard à ses péchés. Dieu en choisit quelqiics-uns par la connaissance qu'il a de quelques vertus cachées. Sans doute. Dieu est l'auteur surnaturel du salut, mais il admet le concours de la volonté humaine dans l'œuvre du salut.

Cameron répliquait, en s'appuyant sur l'autorité de saint Augustin, que le fait que Dieu illumine les uns pour les sauver et point les autres, ne dépend pas des mérites occultes des premiers, et niait que l'efficace de la grâce dans la conversion dépendît du libre arbitre de l'homme.

A la suite de cette « conférence amicale », chacun des champions chanta victoire, comme il arrive en général. Cameron,

' Aiuica cnllnlio d? (jraliœ cl l'oliinlfttis li-iininœ concnrsii in voca tioiic, inslilnla inlrr D. Tilrnnin cl J. (^(imcroncm. Op-ora fol. G12.

de retour à Sauiniir, rendit compte au conseil de l'Académie de ce qui s'était passé à l'Isle. Le conseil, sur l'avis du pasteur Bouchereau, recteur, qui expliqua que l'avis d'aller à cette conférence avait été donné à Camcron par M. le gouverneur Duplessis-Mornay, le remercia « du labeur que volontiers il « avait pris pour la cause de la vérité. Le recteur termina en (( priant Dieu que la conférence eût tel succès que celuy avec (( lequel Cameron avait conféré pût reconnaître la vérité à « son salut et à l'édification de l'Eglise ' ».

Tout le monde, pourtant, ne fut pas aussi satisfait de la défense de Cameron. La Faculté de théologie de Leyde trouva quelque chose à reprendre à la manière dont le professeur de Saumur avait représenté le rôle de la grâce dans la conversion et chargea son secrétaire de le lui faire savoir :

« Nous ne pouvons approuver, lui écrivit A. Rivet, que « dans ton écrit tu semblés n'admettre d'autre changement « dans la volonté que cette conversion morale, qui se fait (( par le jugement de la raison, sans aucune action immé- « diate de Dieu sur la volonté elle-même. Ce que nous te « demandons, c'est de déclarer que tu acquiesces au juge- « ment des Eglises qui ont exposé leur opinion au sujet de « cette controverse 2. »

Le professeur WalcEus avait sans doute été un des critiques les plus acerbes de la théorie de Cameron ; c'est à lui, en effet, que Samuel Bochart, alors étudiant en théologie à cette université, adressa sa défense de la doctrine de Cameron 3, Nous y reviendrons dans le chapitre suivant. Notre Écossais fut très sensible à ces critiques: « J'ai receu estant « malade, écrivait-il à Bivel, deux de vos lettres, l'une es- « crite en votre nom, l'autre en celuy de la faculté, de slile

' lU'gislrc (le Saiumir. Actes du 13 iiuii 1()20.

- Epislola faciilUdis theologiœ Liigdiincnsis, Vt'hv., 1G22.

•' S. Bochartii, stud. theol. pro Canierone ad D. Walanim, profcssorein, Epislula, qiia objccliones aducrsiis Caincronisscntciitiam de molli uohintcdis pcr inlelleclnm, solviinliir. ()])era, 410.

« bien différent ; l'une honnête, tant et plus, laulrc un peu « rude. J'ay répondu à celle que m'avez escripte au nom des « Messieurs de la Faculté; je m'asseure tant de leur charité « et prudence qu'ils en demeureront satisfaits; cependant, « Monsieur, ie vous supplie que vous dai<fniez prendre la « peine de leur communiquer la lettre ([ue ie leur adresse...

« J'approuve de tout mon cœur les canons du Synode de « Dordrecht et, au iugement mesme des Adversaires, je ne « suis pas des leurs. C'est grand cas, si aucun des nostres « me le veut faire accroire et, quand tout est dit, i'ose bien « dire que M. Tilenus et les siens vouldroienl que l'afTaire « entre luy et moi fust à recommencer. Je ne dresse point « icy une apologie, je m'attends, suivant votre charité, que « vous la fairiez pour moi '. »

Quand ces lettres furent échangées entre Cameron et la faculté de Leyde, il y avait déjà près d'un an que le premier avait quitté Saumur. A la suite de la deslilulion aussi perfide qu'imméritée de Duplessis-Mornay comme gouverneur de Saumur (17 mai 1621), une vraie panique s'était emparée des étudiants de l'Académie et les deux professeurs de théologie les plus en vue, L. Cappel et J. Cameron, quittèrent la ville précipitamment -. Ce dernier se retira d'abord à Paris, où il séjourna quelque temps avec sa famille. Le 11 juillet, il prêcha au temple de (^harenton pour M. S. Durant. Il s'y trouvait encore le dimanche 25 septembre, jour de la sédition au faubourg Saint-Marcel, où beaucouj) de fidèles revenant du prêche furent maltraités et où il faillit périr luimême =^ Cela le décida à partir pour l'Angleterre : « Je dus « m'enfuir de Paris, écrit-il peu après. En effet, à peine « avais-je échappé à cette 'unesle émeute cpie mon luMe, un

' I^eUre inédite (le Cameron à André Rivet. Londres, 2 mars 1622, communiquée par M. de Vries. l)il)liolhécaire de l'Universitc de Leyde.

■^ Voyez leurs lettres d'excuses lues au Conseil. Uei^istre de Saumur, séance du .')0 juillet 1621.

■' Biillclin du Prolcslantismc français, IV, p. 96 et XXI, p. 323.

ce excellent homme, m'annonça que le lieutenant de police « l'avait averti que le peuple me cherchait pour me tuer. » Ses amis le supplièrent de partir. Deux seigneurs anglais, le comte de Cassilis et Rohert de Harlc}' lui vinrent en aide, le premier en lui prêtant son valet de chambre, le second en lui faisant donner un passeport royal et l'accompagnèrent lui-même jusqu'à Dieppe ^

Il s'arrêta huit ou neuf mois à Londres (octobre 1621), où il se mit en rapport avec l'êvêque de cette ville et avec les pasteurs de l'Eglise française. Le premier personnage lui fit bon accueil et l'autorisa à donner un cours aux Français réfugiés et amateurs de théologie. A propos du passage de l'Apocalypse XVIII, v. 4, il traita la question du droit pour les réformateurs d'avoir fait sécession de l'Eglise catholique romaine -.

Il prêcha sans doute aussi plusieurs fois à Austin-Friars. Sa renommée vint aux oreilles de Jacques Lr, qui, en sa qualité d'ancien roi d'Ecosse, avait de la bienveillance pour les Ecossais. Le roi se fit présenter .1. Cameron, l'accueillit avec faveur et le nomma principal du collège de Glasgow, et professeur de théologie en cette ville.

Cameron trouva l'Église presbytérienne de son pays dans une vive agitation provoquée par les actes du roi .Jacques, qui voulait de gré ou de force la conformer à l'Église anglicane. Non content d'avoir nommé trois évêques à Ross, Aberdecn et Caithness, il avait jeté en prison, puis banni André Mclville, le pasteur le plus populaire et par les Cinq articles de Peiih (1017) avait bouleversé la liturgie presbytérienne-'. Boyd de Trochorege, le principal de Glasgow, avait

^ V. la lettre de Cameron à .Tacques I, roi d'Angleterre. De (ilasgow, octobre-novembre 1(521 (en latin).

2 V. Opéra, p. 51.-).

•' Ces articles, entre autres, oi'donnaient (|u'on reçût la communion à genoux et autorisaient radministration de la .Sainte-Cène et du Haptème à domicile.

donné sa démission, plutôt que de s'y conformer. La situation était donc très difficile pour son successeur. Mais Cameron avait le courage de son opinion. Il fit, dès son arrivée (6 janvier 1622) acte de loyalisme en ordonnant que, dans chaque classe, on ferait mention du Roi et de la famille royale, dans les prières du matin et du soir*.

Puis, ayant su que Tilenus avait adressé à Jacques r^ un libelle intitulé : Canons du Synode de Dordrecht annotés, dans lequel lui-même était traité d'homme turbulent et détracteur de l'autorité royale, Cameron adressa une épître au roi, dans laquelle il professait que l'autorité royale était de droit divin et il attestait Dieu, sa conscience et les hommes qu'il n'avait jamais prêché autre chose 2.

Outre la direction du Collège, il fit un cours sur la controverse entre catholiques et réformés au sujet de l'autorité des Saintes-Écritures ^ (novembre 1622). Mais, ni son talent de professeur, ni le zèle qu'il montra dans son administration ne purent lui faire pardonner par ses compatriotes ses concessions à l'anglicanisme. 11 se rendit tout à fait impopulaire.

D'autre part, Cameron s'était beaucoup attaché à la France, où il avait fait jusque là une si brillante carrière et où il avait trouvé une compagne de vie tendre et dévouée. Ses dispositions se reflètent dans deux lettres intimes qu'il adressa de Glasgow à son protecteur, Philippe de Mornay :

« Ayant esté sollicité longtemps par ma patrie et par « l'Eglise de ma patrie de m'y retirer pour y faire ma « demeure ordinaire, j'y ai, grâce à Dieu, résisté constam- « ment, me ressouvenant de ma promesse de laquelle je « vous avais prié. Monsieur, de me faire l'honneur de vous « rendre garant. »

' Miininicnta alinœ Universitatis Glasgnensis, tome II, p. 300.

■ Cameronis ad recjem Magnœ BriUmniœ Jacobum cpistola, Opéra, p. 713.

^ Controvcrsia inler Refonnalos et Pontiflcios agitala de Yerho Dei. Prœlcctiones dalœ Glasciiœ in Scotia. Novembre 1622.

« Enfin, le Roy s'en estant meslé, avec autant ou plus d'affection que nul autre, je n'ai relâché en rien; mais par prière et raison, j'ai obtenu de S. M. qu'il me soit libre de retourner en France, quand il aura plu à Dieu d'y remettre les choses en leur premier état.

« Je ne suis ici que pour un temps, ayant laissé ma famille à Londres, pour estre plus prest de la France, s'il plaît au Seigneur de nous redonner la paix et, tout le moins, vous rétablir. Monsieur, d'où la volonté des hommes vous a dejetté pour un temps'. »

Quatre mois après, la paix étant rétablie en France, l'ancien pasteur et professeur de Saumur écrivait à son illustre protecteur pour lui confirmer ses intentions de rentrer au premier appel :

« Monsieur, puisqu'il a plu à Dieu de redonner la paix à « la France et de mettre sa pauvre Église en repos, j'estime « que vous, qui en faites partie depuis un temps si consi- « dérable, devez y reprendre votre première place. Quant « à moi, j'ai toujours protesté que je ne pourrais demeurer « ici, sans le bon gré des églises de France, et je n'ai jamais « voulu accepter aucune condition qu'à temps et, si les « Eglises de France m'aimaient autant que je les aimais, le « Roi m'a promis qu'il ferait conscience de les en prier -. »

Enfin, le moment tant désiré arriva. Cameron apprit que le Synode provincial d'Anjou avait adressé au bureau du prochain Synode national de Charenton une requête tendant à ce qu'il fût réintégré dans ses fonctions de professeur à l'Académie de Saumur.

Cameron quitta l'Ecosse sans regret et rentra en France, qui était pour lui comme une seconde patrie. Il était de retour à Paris en juillet 1623 et assista au Synode provincial des églises de Picardie, Champagne et Ile de France, qui se

* Lettre à Duplessis-Mornay, de Glasgow, 16 août 1622.

' Lettre à Duplessis-Mornay, de Glasgow, 1" décembre 1622.

tint peu après à Charenton. Comme, suivant la rc^^le adoptée au Synode d'Alais on invitait tous les pasteurs présents à à souserire aux décrets de Dordrecht, un certain De Courcelles, pasteur à Amiens, s'y refusa. Avant de le suspendre, le bureau du Synode voulut recourir aux moyens de persuasion et chargea Cameron de le ramener à la doctrine reçue. La conférence eut lieu le 2 août et jours suivants à Paris, chez M. Arbault, docteur en médecine, en présence des pasteurs Mestrezat et Drelincourt, et P. Testard, étudiant en théologie, servit de secrétaire'. Le professeur de Saumur réussit dans cette tâche, à la grande satisfaction des pasteurs de Paris. S. Durand déclara que, en fait de controverse, tous les autres théologiens n'étaient que des enfants en comparaison de Cameron.

Bientôt après, s'ouvrit à Charenton le Synode national (septembre), où devait être confirmé le vœu du Synode d'Anjou qui le concernait. Mais là une amère déception l'attendait. Galland, le commissaire royal chargé de suivre les délibérations, remit au modérateur une lettre de cachet, datée de Saint-Germain, 25 septembre. Par cette lettre, Louis XIII interdisait à MM. Primerose et Cameron l'exercice du ministère ou de l'enseignement dans le Royaume « non pas, disait-il, à cause de leur (pialilé d'étrangers, mais pour des raisons concernant le service du Uoy. »

Personne ne douta que le coup ne partît des Jésuites et du Parlement de Bordeaux, avec lesquels les deux ministres écossais avaient eu maille à partir. La position de notre Cameron était critique. 11 n'hésita pas à faire api)el à la générosité desprotestantsfrancais.il représenta au Synode que bien qu'on lui eût offert des postes avantageux en Grande-Bretagne, il les avait refusés par attachement pour les églises de France. Or, le Roy de France lui fermant

' De elcctionis et oppositœ reprobalionis objcclo inchoala Dispulatio, dans les Oi>era, p. 336.

tout accès du ministère ou des académies, il se trouvait privé de tout moyen d'élever sa famille. Le S3'node, touché de cette requête et ayant égard à ses longs services de pasteur à Bordeaux, ordonna de lui payer une somme de 1.000 livres, en attendant que le Roi levât l'interdiction dont il était l'objet 1.

Cameron, plein de reconnaissance, partit aussitôt pour Saumur, où il arriva dans la première quinzaine d'octobre

Il y donna des leçons particulières sur l'Epitre aux Hébreux et rédigea sans doute plusieurs de ses cours antérieurs -. De là, il adressa à l'Eglise de Bordeaux une épitre consolatrice, qui témoigne du vif attachement qu'il avait gardé pour son ancien troupeau.

« Après avoir été séparé corporellement de vous, écrit « Cameron, j'ai souvent désiré reprendre le ministère « parmi vous et, à défaut, vous exhorter par écrit. Tant que « M. Primerose a été présent au milieu de vous, cela m'a « paru superflu; mais dès que j'ai su que vous avez été « privé de son ministère par l'injure des temps, j'ai cru « devoir le faire.

« Il ne faut pas, dans nos calamités, toujours en accuser « les hommes, mais regarder au Ciel, où siège notre juste « Juge. C'est lui qui nous a châtiés et nous a donné le ver- « tige par son Esprit, parée que nous n'avions pas profité « de la longue paix pour nous avancer en piété et sainteté. « Nous tous, pasteurs et peuples, nous avons mérité ces « peines, qui sont destinées à nous purifier de nos souil- « lures.

« Redoublons d'amour pour le Christ et de soumission au

* Quick, Sijnodicon, Ile volume, p. 117. Cette somme se décomposait ainsi : 700 fr. pour ses appointements de professeur, 200 fr. pour sa portion et 100 fr. pour frais de voyage.

2 V. Registre de Saumur, 14 octobre 1623, Comp. Opéra, p. 365; voyez note avant les Responsiones ad qiiœstioiies super Epistolam ad Hébrœos.

« Roy ; prions Dieu qu'il garde notre Roy, qu'il lui accorde « des sentiments vraiment royaux, l'amour de la paix, le « souci du bien public, le zèle pour la gloire de Dieu, qu'il « incline son cœur et donne à son église de trouver grâce « aux yeux du Roy '. »

Cette lettre, si pleine de sentiments évangéliques et si loyale, parvint-elle à la connaissance de Louis XllI et le toucha-t-elle? Ou bien les députés du Synode de Charenton, chargés d'obtenir la satisfaction des doléances des Églises obtinrent-ils gain de cause? Quoi qu'il en soit, pendant que Cameron était à Saumur en train de dicter ses leçons sur l'Épitre aux Hébreux, il fut subitement mandé à Paris et forcé d'interrompre le cours de ses leçons et peu après, sans doute au printemps de 1624, il fut autorisé par le Roy à remplir les fonctions de professeur à l'Académie de Montauban. En même temps, le Conseil académique de cette ville l'appelait à occuper la chaire de théologie, vacante depuis la mort de D. Chamier.

L'édit de Montpellier (novembre 1622) avait mis fin à la dernière guerre de religion mais non pas à l'agitation des esprits dans le Midi. Une scission profonde s'était produite entre les classes aristocratiques et le gros de la population protestante. La plupart des seigneurs et la haute bourgeoisie, effrayés des progrès de l'esprit républicain, étaient partisans de l'obéissance quand même au Roi. Le peuple au contraire, qui aspirait à prendre part au gouvernement municipal et aux j^eux de qui le duc de Rohan était le vrai « protecteur », voulait qu'on résistât au besoin les armes à la main, aux violations de plus en plus fréquentes de l'Edit de Nantes. A Montauban, surtout, tout fier encore d'avoir résisté victorieusement aux troupes de Louis XIII qui l'avait assiégé en personne, les deux partis étaient si ardents, qu'ils en

' V. Opéra. Litterœ consolatoriœ ad Ecclesiam Burdigalenscn, p. 800 et suiv.

vinrent plusieurs fois à des rixes à main armée et que les rues de la ville furent ensanglantées par ces luttes fratricides 1. Le corps pastoral lui-même était divisé, des cinq pasteurs, trois : P, Charles, Ollier et Delon étaient du parti des modérés et soutenaient que, « tant que l'empire de Dieu restait en son entier et que la li])crté de conscience était sauve, il fallait s'abstenir de toute violence ». Pierre Bérand, au contraire, à la léte du parti populaire, prétendait que la cause protestante était perdue si Ton n'opposait pas une vigoureuse résistance à la politique réactionnaire de Louis XIIL

Telle est la situation troublée, dans laquelle Cameron inaugura son enseignement à Montauban. Ajoutez à cela de tristes circonstances domestiques ; il perdit sa femme quelque temps après son arrivée (11 mars 1(324). Sur le vœu du conseil de l'iVcadémie il fit l'exégèse des passages les plus célèbres du Nouveau Testament; mais pour satisfaire son goût personnel, il consacra au commencement de chaque trimestre plusieurs leçons à son sujet favori, la question de l'autorité de l'Eglise. Nous avons sans doute le résumé de ses cours dans l'opuscule intitulé : Du juge souverain des controverses en matière religieuse -. Il y réfutait la thèse des catholiques revendiquant cet office d'un titre pour le Pape. « Catholiques et Protestants y disait-il, nous sommes chré- « tiens nous croyons avoir dans les livres canoniques des « deux Testaments, la déclaration de la volonté divine. « A quoi bon vouloir un vicaire ou légat de Jésus-Christ? » Le souverain juge des controverses n'est ni à Rome, car rien ne prouve que le Pape ait été préservé par le Saint- Esprit de toute erreur ; ni dans le Concile œcuménique car

' V. Scliybergson, Le duc de Rohan cl la bourgeoisie proleslanle. Bullelin d'histoire du Proleslanlisme fntnçais, 1880, p. 97. Compurcz: Histoire véritable de tout ce qui s'est fait dans la ville de Montauban. Montauban, 1G27, in-8".

2 De suprenw in religionis negotio controversiarum judice. Opéra, édit. ant>laise, Oxford 1618.

eux aussi ont souvent erré. Il est dans les Saintes-Écritures, puisque de l'aveu des docteurs catholiques nous y possédons une révélation du Verbe divin. Il protestait, en terminant, contre l'emploi de la contrainte pour imposer ses interprétations. « Dans l'Église de Dieu, disait-il, en matière « de conscience, il ne faut fermer la bouche à personne ; (( mais il est besoin d'obtenir la persuasion ou du moins la satisfaction du cœur et de la conscience. »

Tel fut l'enseignement hélas ! trop court de J. Cameron à l'Académie de Montauban, oii il ne professa guère qu'une année. Cameron a pourtant laissé un autre souvenir dans les annales religieuses de cette ville ; peu de temps après son arrivée il eut avec la maréchale de Thémines une controverse théologique, dont les éditeurs de ses œuvres nous ont conservé la curieuse relation ^ On sait que P. de Lauzières, marquis de Thémines, était un des seigneurs catholiques qui, dès la mort de Henri III s'était prononcé pour Henri IV. Fait maréchal de France par Marie de Médicis régente, il avait assisté Louis XIII dans le siège de Montauban. Marie de la Noue, fille d'Odet, avait épousé en troisièmes noces le maréchal, âgé de 72 ans, qui l'avait décidée à abjurer le protestantisme. Elle avait alois trente ans, était belle et passait pour d'humeur douce et généreuse -. La réputation du professeur Écossais était venue à ses oreilles, elle exprima le désir de le voir et d'avoir un entretien avec lui. M. Arnault, un protestant notable, otTrit sa maison pour l'entrevue.

Au jour dit (14 mai 1()24), Cameron s'y rendit el bientôt après arrivait la maréchale accompagnée de son frère La Noue, comte de Chabannes. Les principaux assistants étaient

yEoniin qiiœ in innliio iiUcr imireschitllam Tcminidiii et C(tmcronciu colloquio (UjilaUi siiiit iili-iiiqnc narvalio. Opéra, p. .Tiô.

■^ Après la mort du maréchal, elle fut ramenée au protestaulisnie par le pasteur Du Moulin et, après l'aveu de sa faute, reçue au temple de Cliarenton.

M'ie de la Moussaye, Mm« du Laver, M'™ de Caslun, et MM. Arnaiilt, baron d'Arsy, de Brassac, de Champenon, de Chandolan, de Turce, de Montferrier, de La Noue et Saint- Georges de Nérac. Le comte ayant prié Cameron de lever quelques doutes qu'il avait au sujet de la religion, le prudent Ecossais refusa d'engager la controverse avec un inconnu. On décida alors qu'il discuterait directement avec la marquise, qui serait assistée par son frère.

La maréchale : « Est-ce que l'Église est toujours visible?» — Cameron : « Oui, si l'on entend par Eglise, la congrégation des fidèles ; seulement celle-ci est plus ou moins visible, suivant qu'elle est plus ou moins conforme à l'idéal divin. » — La maréchale : « Où donc était l'Église réformée avant l'année 1517 ?» — Cameron : « L'Église évangélique a existé, sous l'ancienne comme sous la nouvelle Alliance, partout où quelques-uns ont cru au Messie et annoncé purement la parole de Dieu. » — La maréchale : « Mais la promesse faite par Jésus à saint Pierre et à ses autres apôtres (Matth. XVI, V. 18-19) ne s'étend-elle pas au Pape et aux évêques, qui leur ont succédé ?» — Cameron : « La promesse du Christ avait une valeur absolue pour les apôtres ; mais elle n'a qu'une valeur relative pour leurs successeurs, ils ne peuvent s'en prévaloir que pour autant qu'ils sont fidèles à la doctrine des apôtres, » — Le frère de la maréchale entra alors en scène et cita Jean XVII, v. 19 et s'efforça de prouver par ce texte qu'il y avait toujours eu dans l'Elglise un magistère enseignant la vérité sans mélange d'erreur. — Cameron : « Je le nie, car la condition sine qiia non pour avoir la vérité, c'est la sainteté, or, de très bonne heure, il y a eu des prêtres et évêques corrompus. » — Lanoue : « La promesse faite (Jean XVI, v. 13) ne nous estelle pas garant qu'il y a eu et y aura toujours dans l'Église des prédicateurs de la vérité pure ?» — Cameron : « Non ! la promesse s'est réalisée pleinement au jour delà première Pentecôte, mais, depuis, il faut, afin qu'une doctrine soit

reconnue pure d'erreurs, prouver qu'elle est conforme à l'évangile de Jésus-Christ. » L'histoire ne nous dit pas quel fut le résultat de la discussion, mais elle dut, en tout cas, prouver aux catholiques assistants, que les Réformes avaient, en Cameron,un champion aussi habile dialecticien que profondément versé dans les Ecritures.

Ainsi la prédication et l'enseignement de Cameron à Montauban, faisaient concevoir les plus bellese spérances ; il venait lui-même de se remarier (26 février 1625) et, par sa seconde femme, Jeanne de Thomas, il s'était allié aux premières familles de la ville. Cependant, il souffrait des divisions politiques de l'Eglise et du pays. Malgré son caractère très indépendant, Cameron était sincèrement monarchiste et il prit nettement parti, avec la majorité des pasteurs, contre les partisans de la guerre. Ces derniers, ayant voulu provoquer l'explosion des hostilités en allant attaquer une propriété de l'archevêque de Toulouse, à trois lieues de Montauban, Cameron ne craignit pas de condamner du haut de la chaire cet acte de violence. Et, comme quelques-uns de ses auditeurs murmuraient, il s'écria : « Ne me troublez pas, méchants ; car, si vous continuez, je grossirai ma voix comme un tonnerre ! » Dès lors, il fut l'objet de la vindicte des radicaux ; il allait bientôt être la victime de son royalisme.

Le 13 mai 162."), une émeute populaire éclata aux luilles ; il accourut avec ses trois collègues pour tâcher de l'apaiser, par leurs exhortations. Mais les énergumèncs, sans égard pour leur qualité qui eût dû les rendre inviola])les, les chargèrent à coups de hallebardes. Charles, Delon et Ollier se réfugièrent dans une maison voisine ; alors Camei'on, faisant front contre l'un de ses agresseurs, s'écria en découvrant sa poitrine : » Frappe, imdlicureu.v ! » Aussitôt entouré, il fut terrassé, foulé aux pieds et frappé avec tant d'acharnement qu'il eût péri sur-le-cliamp, sans le dévouement d'une pauvre femme. La veuve Petit se jeta sur lui.

le couvrant de son corps. On l'épargna. Il fut rapporté mourant chez lui, où sa jeune épouse (il était remarié depuis deux mois et demi) lui prodigua les soins les plus assidus ; on le transporta à la campag^ie à Moissac, espérant lui rendre des forces. Mais, atteint d'une maladie de langueur, aggravée par le chagrin que lui causait le triste état des Eglises réformées de France, il mourut quelques mois après (27 novembre 1625).

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