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UNE BIBLE

La vie intellectuelle ne semble pas avoir été, au moyen âge, très animée dans nos pays'. L'histoire littéraire de l'abbaye de Belchamp et du chapitre de Saint-Maimbeuf serait bientôt écrite, et nous n'avons pas conservé un seul manuscrit ni un document quelconque qui puisse nous faire penser que, dans ces établissements religieux, on s'adonnait au culte des lettres, à la théologie ou à l'étude de la Parole de Dieu. Il est vrai que les bibliothèques de Besançon et des autres villes de notre voisinage ne sont, en général, pas très riches. Peut-être s'est-il perdu plus d'un manuscrit qui aurait relevé la réputation des religieux de notre pays, peut-être auronsnous quelque jour la satisfaction d'en retrouver un. Mais, pour le moment, nous ne pouvons pas nous vanter de l'activité littéraire de nos pères. Nous irons donc aujourd'hui chercher à quelque distance de notre patrie (sans nous en éloigner beaucoup), le souvenir d'un homme qui s'intéressait à la Bible et à l'art de copier les manuscrits. Nous le trouverons à Porrentruy, dans la jolie petite ville qui fut la seconde capitale des évéques de Bâle. Il se nommait Henri Monnier et vivait après le milieu du quinzième siècle.

Tandis que, dans l'automne de 1886, je parcourais, sous la conduite de mon ami Auguste Castan, les rayons de la biblio-

(') Il s'agit, dans la pensée du regretté historien, de Montbcliard et des contrées voisines.

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thèque de Besançon, je remarquai une bible assez différente du plus grand nombre des manuscrits de même contenu. C'est un assez fort volume de grand format. La main qui a décoré le volume est peu exercée : les grandes initiales sont peintes fort lourdement en bleu et en rouge ; le copiste a eu soin de marquer dune touche jaune le commencement de chaque verset. On reconnaît facilement un manuscrit écrit pour l'usage personnel de l'écrivain*.

Au folio 318 V', on lit ces mots : Explicit Vetiis Testamentiim scriptiim per maïuis Heiirici Monnerii miniini presbiteri et in scriptura consiimmatiim die veneris aille festiim Beale Marie ; aniw Domini miW CCCC"" Ixvip. H. Monnerii. C'està-dire : « Ici finit l'Ancien Testament, écrit par les mains de Henri Monnier, humble prêtre, et achevé d'écrire le vendredi avant la fête de Notre-Dame, l'an du Seigneur 1467. » A la fin du volume, au feuillet 409, on lit, en rouge, une note plus longue qui se termine ainsi : « Et hoc opus totiim Dei auxilio in scriptura iiti jacet inceptiimfuit die quinta mensis maii, anno Domini ni^ CCCO Ixu' per me Henricum Monnerii de Porrentruto indignum presbiterum et per memet fmitum et completum décima die mensis decembris anno Domini mo CCCC° Ixuip. Valeant in Cliristo qui viderinf et orent pro me Henrico Monnerii. » En français : « Cet ouvrage fut, avec l'aide de Dieu, commencé d'écrire le 5 mai 1465, par moi, H. Monnier, de Porrentruy, indigne prêtre, et il fut achevé par moi le 10 décembre 1467. Je salue en Christ ceux qui le liront et je leur demande de prier pour moi. H. Monnier. » Il n'a donc fallu à l'infatigable prêtre que deux ans et sept mois pour copier toute la Bible; le Nouveau Testa-

* Description du manuscrit. — Bibliothèque de la ville de Besançon, no 12. 330 millim. sur 2ô5, 410 ff., 2 col. de 52 à 53 lignes, titres courants et chapitres rouges ; initiales alternativement bleues et rouges ; réclames enfermées dans un cartouche,

Fol. 1 : Testamentiim dicitur a testor... Fol. 3 : Frater Ambrosius... (préface de saint Jérôme). Fin : ... personaliter.

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ment aurait été écrit en quatre mois, si la « fête de Notre- Dame » dont il est question était la Notre-Dame d'août, l'Assomption. Une telle hâte parait dépasser les forces humaines; il est donc probable qu'il s'agit de l'Annonciation (25 mars). De toute manière Henri Monnier a travaillé comme un agile et diligent écrivain.

Notre bible, avons-nous dit, n'est pas exactement semblable à toutes celles qui, depuis le milieu du treizième siècle, formaient l'édition courante de la lii)rairie parisienne. Je dis : l'édition. Jamais, en effet, on n'a vu des exemplaires plus semblables les uns aux autres que ne sont les milliers de bibles manuscrites que les libraires parisiens ont envoyés dans toute l'Europe. Auparavant, chaque manuscrit de la Bible avait ses particularités, ses caractères, et aucun, pour ainsi dire, ne ressemblait à un autre. Déjà saint Jérôme disait : « Autant de manuscrits, autant de textes », et au douzième siècle, le désordre était devenu sans nom.

C'est alors que se fit, dans l'usage de la Bible, la grande révolution qui fut la conséquence du développement de l'Université de Paris. La Bible devint un livre d'enseignement, un manuel. Que faire, dans un enseignement suivi et régulier, de bibles dissemblables et dépareillées, si tant est qu'il fût possible de tirer parti des volumes énormes que formait généralement alors le livre saint? Etienne Langton, l'illustre chancelier de l'Université, qui fut plus lard archevêque de Canterbury, fut le principal auteur de la réforme. Il eut l'idée de partager toute la Bible en des chapitres à peu près égaux (ce sont nos chapitres actuels), chose fort peu scientifique à l'égard de l'exégèse, mais éminemment commode et utile à l'usage. Il fit ce travail à Paris, dans le premier quart du treizième siècle. Il rangea en même temps les livres bibliques dans un ordre très simple qui est encore à peu près celui de nos bibles, et il prépara ainsi, sans l'établir, une édition scolaire, usuelle et manuelle de la Bible.

11 fallait maintenant obtenir ce résultat, que la nouvelle

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