SUR L'INSTITUTION DE LA ROYAUTÉ ISRAÉLITE
La période décrite par les livres de Samuel est une période de transition entre l'époque des juges et celle des rois, entre l'âge héroïque d'Israël et les temps historiques. Et l'ouvrage aussi est une œuvre de transition : à la simple lecture on y reconnaît tantôt le récit poétique, transfigurant le passé, tantôt déjà la chronique, presque contemporaine des événements et les mettant sous les yeux du lecteur dans tout leur relief, sans dissimuler les ombres du tableau. Le critique est donc tout naturellement amené à chercher à établir une échelle entre ces difï'érents récils au point de vue de leur valeur historique.
Seulement, si l'on veut porter un jugement qui ait une réelle objectivité, qui repose sur autre chose que sur des impressions personnelles, il faut appliquer la méthode qui a réussi pour l'Hexateucjue : au lieu d'examiner directement la vraisemblance de chaque donnée du livre, il faut commencer par en reconstituer les sources. Avant de rechercher ce que vaut tel récit, il faut se demander : d'où a-l-il été tiré? quand a-t-ilété rédigé?
Si l'on faisait l'histoire de la critique des livres de Samuel on pourrait, comme dans l'histoire de la critique de l'Hexateuque, distinguer une hypothèse des fragments, une hypothèse des compléments, une hypothèse des sources. Et comme dans la critique de l'Hexateuque, l'hypothèse des sour-
ces est aujourd'hui — et avec raison — généralement admise. Dans la reconstitution des divers documents, l'accord entre les savants n'est sans doute pas aussi grand que lorsqu'il s'agit des six premiers livres de l'Ancien Testament. Pour certaines sections des livres de Samuel (et celle qui nous occupera est du nombre), il y a cependant des points acquis. Dans les récits relatifs à l'institution de la royauté (1 Sam. 7-15), tous les critiques reconnaissent l'existence de deux grands cycles de traditions, qu'ils reconstituent à peu près de la même manière.
Nous ne nous proposons pas, dans cette étude, de reprendre ce travail qui a été fait de main de maître. Nous nous bornerons à en résumer les résultats, en renvoyant pour le détail à des publications comme celles de M. Budde, le savant professeur de Marbourg, dont nous adoptons généralement les vues ^ Puis nous passerons à l'objet spécial de ces pages, qui est de présenter quelques observations sur la composition de chacun de ces deux grands ensembles de traditions.