‹ Etudes de théologie et d'histoireChapitre 7 sur 31 · V. — Théorie paiilinienne de la Rédemption · texte numérisé non relu

V. — Théorie paiilinienne de la Rédemption

Nous disons « théorie paulinienne », car avec l'auteur des épîtres aux Galates et aux Romains nous sortons du cercle des métaphores et du langage populaires et nous entrons dans le domaine de la théologie.

Paul n'a pas été impunément le disciple du pharisaïsme ; il en a gardé la stricte notion du droit pénal, une notion juridique de la loi divine. Il faut que la condamnation portée par la loi sur le péché et le pécheur se réalise. Cette condamnation est tombée sur le Christ. Celui qui n'avait pas connu le péché, a été fait péché, pour que nous devenions par lui justice de Dieu. (2 Cor. V, 21 ; Gai. III, 13 ; Rom. III, 25.) « Si l'un est mort pour tous, tous donc sont morts en lui ». (2 Cor. V, 14.) Il y a donc positivement dans la théologie de Paul, substitution et échange entre le Christ et

' On n'a pas examiné la parole prononcée sur la croix (Marc XV, .'U et parai.), parce qu'elle n'a absolument rien à faire avec la question ici discutée.

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les pécheurs qu'il sauve par sa mort. Il souffre et il meurt à leur profit et à leur place.

Mais, d'autre part, la théorie paulinienne n'en est pas moins très différente de celle qui prévaudra plus tard avec saint Anselme. Il ne s'agit point, pour Paul, de réconcilier en Dieu la justice et la miséricorde. Dieu n'a même aucun besoin d'être réconcilié avec l'homme, ('/est lui qui a pris de sa propre bonne volonté, sùooxiï. l'initiative de l'œuvre, de la réconciliation ; c'est lui qui était en Christ et travaillait par le Christ, à réconcilier le monde avec soi. Ce que Paul appelle v.xa-.oT-jvr. Hto-j, est tout autant une manifestation de grâce que de justice. C'est la justice réalisée par l'amour qui pardonne et qui se donne (Rom. III. 26; V, 8; VIII, 37 et 39; Eph. I, 6-9; V. 1 : II, 4: Gai. IV, 6, etc.). C'est en partant de cette idée de la grâce de Dieu toujours et partout active, en même temps que de la notion pharisaïque de la loi, que Paul a construit sa théorie de la Rédemption ; celle-ci se présente ainsi comme la conciliation ingénieuse et profonde des deux prémisses antinomiques de sa pensée.

« Le salaire du péché, c'est la mort » (Rom. VI, 23.) « Celui qui est mort est tenu quitte du péché, il a payé sa dette ». (Rom. VI, 6, comp.Rom. VII, 1 et 2.) Tel est le double axiome juridique d'où part la réflexion de l'apôtre. Il ne peut s'agir de substituer simplement dans le châtiment un innocent aux coupables, ce qui serait violer la loi sous prétexte de la satisfaire. Non, il faut que le pécheur lui-même subisse la peine de son péché. Or, comment pourra-t-il la subir, c'est-àdire mourir, et en même temps être sauvé? C'est le miracle qui a su accomplir la grâce divine et qui constitue proprement l'essence de ce que Paul appelle « l'évangile de la croix ».

Le Christ meurt pour nous par amour ; mais cela ne servirait de rien et serait de nul effet, si par la foi, nous ne mourrions pas avec lui et en lui. L'expiation se fait non seulement par le sang du Christ, mais encore par la foi du

pécheur : ov -poi'JîTO 6 Osôç 'Chy.^vr^p'.oy oià -rJ.^-îui^ h/ tcÔ aj-roCi auj-aT'. , Rom. III, 25. La foi n'est pas seulement la condition de l'efficacité subjective de l'expiation ; c'est encore un moyen essentiel par lequel l'expiation s'accomplit. Si le Christ s'identifie par l'amour avec l'humanité coupable, le pécheur s'identifie par la foi avec le Christ mourant; il meurt avec lui. (Hom. VI, 1-10, )La toi dans le racheté est la contre-partie de l'amour chez le rédempteur. Cette double identification est plus qu'une métaphore, c'est le miracle de la grâce et de la foi. Il suit de là que la mort du Calvaire, survenue à cause du péché de tous, se répète dans l'àme du pécheur, par la foi, à cause de son propre péché. C'est la façon profonde dont Paul a compris la repentance à laquelle les prophètes et Jésus promettaient le pardon des péchés. La mort avec le Christ est, pour chaque pécheur, sa façon d'expier son péché, c'est-à-dire d'en subir la peine et, par conséquent, d'en être tenu quitte. Le grand bienfait du Christ aux hommes pécheurs qui se repentent et qui croient n'est donc pas, comme dans la théorie d'Anselme, de les dispenser en mourant à leur place, mais, au contraire, de leur procurer le moyen de mourir avec lui et de subir personnellement en lui la peine de leur péché. La loi qui punit le péché par la mort a donc fait sortir pour eux son plein etTet ; elle a exercé son droit jusqu'au bout ; mais en l'exerçant, il l'a épuisée, et la sentence de condamnation tombe d'elle-même, ceux qui en étaient l'objet, y échappant par la mort, et la loi elle-même cessant d'avoir prise sur eux.

Ce n'est pas tout. Mort avec Christ par la foi, le pécheur, devenu une même plante avec lui, ressuscite avec lui, par la foi, à une vie nouvelle, à la vie de l'esprit. Il est une nouvelle créature, autrement dit, une création nouvelle de cet esprit qui a ressuscité le Christ et ressuscite les morts : xa-.vr, xt'1t!.<;, £v xa'.vÔTr.T'. vw^ç, 7:v£j|jia-:o;, (2 Cor. V, 17 ; Rom. VI, 4 ; VII, 6; VIII, 1-10.) On voit, dès lors, la valeur et l'importance du moment de la résurrection du Christ, dans son œuvre de

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rédemption. Elle n'est pas d'une nécessité moins grande que la mort elle-même, car la première nous laisserait dans la mort ; c'est la seconde qui nous introduit dans la vie et, en mettant fin à la période du règne de la loi, du péché et de la chair, inaugure la période de l'esprit et de la vie éternelle : oç TîapsoôOrj oCy. -rà -apa-^dj[j.aTa r,jj.â>v xal YjvipOTi ô'.à ttjV o(,xai(oc7!.v TijAcov (Rom. IV, 25). C'est ce trait de la valeur rédemptrice de la résurrection du Christ qui constitue l'originalité de la théorie paulinienne et empêche qu'on ne la confonde avec aucune autre. En réalité, ce n'est pas de substitution, c'est d'identification réciproque qu'il faut parler ici.

Le drame historique de la mort et de la résurrection du Christ est un drame extérieur qui n'a de vertu ou n'est complet, comme on voudra, qu'autant qu'il se répète moralement, par la foi, dans la conscience du chrétien. A proprement parler, ce n'est pas le Christ qui expie les péchés de l'humanité ; c'est l'humanité qui expie en lui ses propres péchés, en mourant pour satisfaire à la loi, et en ressuscitant, humanité nouvelle, à l'appel de celui qui fait revivre les morts K

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