DE L'OXYGÈNE
Le dispositif est très simple, il consiste à faire respirer 50 à 100 litres d'air à travers les soupapes de Muller, de recueillir l'air expiré, de le faire passer, bulle à bulle, à travers les flacons de Durand h. moitié pleins d'une solution de potasse qui absorbe l'acide carbonique ; de faire une prise de ce gaz à la sortie du flacon, ou bien de prendre l'air expiré dans un gazomètre à rainure où la surface du liquide est très minime ; d'absorber l'acide carbonique par la potasse et de soumettre 100 à 150 ce. du gaz à l'analyse endiométrique.
Pour déterminer la quantité absolue d'oxygène dans un temps donné, avant et après le bain, nous avons fait chaque fois trois analyses très soignées, les nombres obtenus ont toujours été les mêmes; pour recueillir l'air expiré il est préférable d'employer notre dernière méthode. La technique étant connue, voyons les résultats.
Afin d'exagérer les différences d'absorption avant, peu-
dant et après le bain froid, nous avons donné à l'animal un baia à G0, S et à 6°.
Dans un premier eas avant le bain, le chien absorbait 175 ce. d'oxygène en 4'38", tandis qu'après le bain il en consommait G75 ce. en i%0" ou 1,882 ce. en 4 '38", c'està-dire dix fois plus qu'à l'état normal.
Dans une seconde expérience le chien absorbait avant la réfrigération 1.900 ce. d'oxygène en 20'16" ; pendant le bain sa température rectale descendit à 32°, 5 et il consommait 3.992 ce. d'oxygène dans le même temps.
L'animal plongé dans une eau très-froide réagit et consomme beaucoup plus d'oxygène que lorsqu'il est placé dans un milieu plus chaud, bien que sa température centrale diminue.
D'ailleurs on connaissait déjà le même fait lorsque l'animal respire dans un milieu aérien.
Voici les expériences avec quelques détails :
Expérience du 2 mars faite sur un chien de 10 k. — Absorption de V oxygène de l'air avant et après un bain très froid.
En opérant ainsi nous trouvons que l'animal absorbe 1,900 ce. d'oxygène en 20'16".
La température rectale est à 38°, le nombre de respirations par minute est de 22.
Les pattes postérieures et le tiers inférieur de l'abdomen sont plongés dans un bain à 6°; la durée du séjour est de 20'. La température rectale descend à 25°, 5; à ce moment on recueille l'air expiré, on fait l'analyse et l'on trouve que l'animal absorbe dans le même temps, c'est-àdire en 2M'Ki", :j.992 ce. d'oxygène.
Sous l'influence du bain froid le chien absorbe donc plus de deux fois auLant d'oxygène que lorsqu'il respire dans les conditions physiologiques.
Le bain froid favorise par conséquent l'absorption de l'oxygène avec une température centrale de 22",5; mais il faut que la réfrigération soit rapide; si celle-ci se produisait lentement, l'absorption de l'oxygène serait diminuée par rapport à la normale.
Expérience du 5 mars faite sur un chien de 11 h. 500. — Influence du refroidissement sur l'absorption d'oxygène et sur l'exhalation pulmonaire de CO2.
Avant le bain, la température rectale est à 38°, la respiration à 20 par minute.
25 litres d'air circulent à travers les poumons en 3'38", l'animal exhale 1 gr. 20 d'acide carbonique et consomme, dans le même temps, 175 ce d'oxygène.
A 10 h. 25', on plonge le chien dans un bain à 6°, S.
Ail h. 15', on le retire du bain, la température rectale est à 33, la respiration à 28 ; 25 litres d'air traversent J'arbre aérien en l'40"; l'animal exhale 1 gr. 70 d'acide carbonique et consomme 675 ce. d'oxygène.
Proportionnellement, le chien ne devrait exhaler que 0 gr. 43 CO2 en l'40" ; il exhale donc après le bain 1 gr. 20 en plus.
Concluons que sous l'influence du bain très froid l'exhalation pulmonaire de l'acide carbonique est augmentée en même temps que la consommation d'oxygène est très activée, au moment où la température prise dans le rectum est inférieure à la normale.
Expérience du 4 mai faite sur un chien de G k. 500. — Influence du bain sur V absorption de ï oxygène et sur l'exhalation de l'acide carbonique.
Avant le bain la température rectale est à 40°, 7, la respiration à 48. — 25 litres d'air circulent en 25'40" et contiennent 0 gr. 60 d'acide carbonique ou 2 gr. 12 en 20'. 8 litres d'air circulent en l'45"; l'analyse eudiométrique de cet air expiré permet de constater que l'animal absorbe- 868 ce. 5 d'oxygène en 10'.
A 3 h. cO', on plonge le tiers postérieur du corps de l'animal dans un bain à 12°, 5.
A 3 h. 35', température rectale 40°, 9; à 6 h., température rectale 30°,3.
25 litres d'air circulent en 9' ; l'acide carbonique exhalé est de 1 gr. 81, c'est-à-dire 4 gr. 2 en 20'.
8 litres d'air circulent en 4'13", la température rectale étant à 30°, 4.
L'analyse eudiométrique fait voir qu'après le bain froid, l'animal absorbe 1.045 ce. d'oxygène, c'est-à-dire beaucoup plus qu'à l'état normal.
Le bain froid produit donc une double modification dans les phénomènes chimiques respiratoires : il augmente l'absorption de l'oxygène et il fait accroître l'exhalation pulmonaire de CO.2
Expérience du S mai faite sur un chien de 12 k. — Absorption d'oxygène, exhalation de CO2 sous l'influence du bain froid.
La température rectale est à 39°, la respiration à 24 ; l'animal exhale 1 gr.07 CO2 en 6'25" ou 3 gr.33 en 20'.
25 litres d'air circulent à travers les poumons en 6' 23". Il absorbe en 10' 1.741 ce. d'oxygène.
A 10 h. 5', on place l'animal dans un bain à 12°,7.
A 10 h. 10', la température rectale est de 38°,7.
A midi, le thermomètre marque 31°,3. C'est alors que l'on fait respirer le chien pour obtenir l'oxygène absorbé et l'acide carbonique exhalé.
22 litres d'air circulent en 4'5û', l'animal exhale 8 gr.32 d'acide carbonique en 20', ou 2 gr. 01 en 4'50".
L'absorption de l'oxygène est de 2.510 ce. en 10', ou 472 ce. en l'53".
Le 7 mai, la température rectale est à 39°, 2. — 25 litres d'air circulent en 5'20", l'acide carbonique exhalé est de 4 gr. 10 en 20', ou 1 gr.09 en 5'20".
Cette expérience démontre très nettement l'influence du bain froid sur l'absorption d'oxygène et l'exhalation d'acide carbonique. On y remarque que l'absorption de l'oxygène augmente notablement, bien que la température descende de 39° à 31°,3. Avant le bain à 12°, l'absorption était de 1.741 ce. d'oxygène en 10', tandis qu'après le bain, l'oxygène absorbé était de 2.510 ce. pour le même temps.
En outre, la quantité d'acide carbonique exhalé subissait un accroissement encore plus notable. — Avant le bain, l'animal exhalait 3 gr. 33 d'acide carbonique en 20', tandis qu'après le bain, l'exhalation étaitde 8 gr. 32 dans le même temps.
Le surlendemain, le 7 mai, l'exhalation de l'acide carbonique étaitde 4 gr. 10, chiffre encore un peu supérieur à la normale.
TABLEAU MONTRANT L'iNFLUENCE d'un BAIN THÉS FROID SUR
l'absorption de l'oxygène
Dates Température Tempi ratura rectal» Oxygène absorbé Différence
des du avant ~ après " , . . . — " ~~, , ." cn Pltls
expériences. bain. le bain, le bain. avant le bam. après le bain. après le bain.
8 mars 6° 38° 32°,5 937 ce. 1.969 ce. 1.03.2cc.
5 mars 0°,8 38° 33° 481 ce. 4.050 ce. 3.569 ce.
4 mai 12° ,5 40°, 7 30°, 3 868 ce. 5 1.0i5cc. 176 ce.
ornai 12°,7 39° 3l'°,3 1.741 ce. 2.510ce. 769cc.
Le bain partiel ou général fait augmenterl'absorption de l'oxygène, les chiffres du tableau ci-dessus le prouvent surabondamment; mais une simple immersion dans l'eau froide suffit pour que l'absorption de l'oxygène soit plus considérable qu'à l'état physiologique.
Voici des analyses qui viennent à l'appui de cette dernière proposition :
Expérience du 1er mai faite sur un chien. — Influence de V immersion dans ïeau froide et du bain froid prolongé sur l'absorption de f oxygène.
Avant le bain, la température rectale est de 38°, 2. 8 litres d'air circulent en l'48", l'absorption de l'oxygène est de 272 ce. ou de 1.511 ce. en 10'.
Après 5' de bain à 11°, on retire l'animal, et 5' après 8 litres d'air circulent en l'33"; la température rectale s'élève à 38°, 4 ; l'absorption de l'oxygène est de 394 ce. ou 2.219 ce. en 10'.
A 4 h. 18', le chien est sorti du bain; à ce moment, l'animal respire 8 litres d'air en 2'48"; la température rectale est de 38°,2, l'absorption de l'oxygène est de 300 ce. ou 1.082 ce. en 10'.
A 5 h. 20', la température rectale est de 37°, l'animal frissonne; 8 litres d'air circulent en l'31"; l'absorplion d'oxygène est de 208 ce. ou de 1.377 ce. en 10'.
A 6 h. 20' la température rectale estde36°,5. — 8 litres d'air circulent en l'47" ; l'absorption de l'oxygène est de 360 ce. ou 2.000 ce. en 10'.
Cetle expérience montre plusieurs faits intéressants:
1° La simple immersion dans l'eau froide suffit pour augmenter l'absorption de l'oxygène dans de notables proportions. Avant l'immersion, l'animal absorbait 1.511 ce. d'oxygène en 10', tandis qu'après l'avoir plongé pendant 5' dans l'eau froide il en absorbe 2.219 ce. dans le même temps.
On comprend donc que les bains froids, même de courte durée, favorisent l'oxygénation et les phénomènes nutritifs.
2° Dans l'immersion de courte durée, la température centrale subit de faibles variations; mais, en prolongeant le bain froid, la température rectale diminue, et à 36°, 5 l'absorption de l'oxygène est plus considérable qu'à l'état normal. Nous avons vu qu'avant l'administration du bain froid, le chien absorbait 1.511 ce. 10', tandis qu'après il en absorbe 2.000 ce. en 10' au moment où la température rectale s'était abaissée à 35°, 5.
B. — Influence du bain très chaud sur l'absorption de
l'oxygène
Sous l'influence des bains chauds, l'exhalation pulmonaire d'acide carbonique et l'absorption d'oxygène sont augmentées.
(j'animai plongé dans un bain, même partiel, très chaud,
consomme clans l'unité de Lemps deux fois plus d'oxygène qu'à l'état normal, lorsque la température du bain est élevée. Ainsi, clans une expérience, le chien, avant le bain, absorbait 800 ce. d'oxygène en 20'40'/, tandis que la consommation d'oxygène, après le bain, était de 1.600 ce. dans le même temps.
Toutefois le phénomène est loin d'être toujours aussi accusé; l'augmentation de l'oxygène absorbé est parfois faible ; dans certains cas même la quantité du gaz absorbé est inférieure à la normale.
Ces faits se rencontrent surtout dans les bains généraux, avec l'élévation progressive de la température.
Expérience du 10 mars faite sur un chien de 10 h. 500. — Influence du bain très chaud sur ï exhalation pulmonaire de CO2 et sur l'absorption de l'oxygène.
Voici des expériences qui sont une démonstration de la loi générale que nous venons de formuler.
Avant le bain, la température rectale est de 38°, 5, la respiration à 20 par minute ; 25 litres d'air exhalés en 5'40" contiennent 1 gr. 34- CO2.
L'animal absorbe 648 ce. d'oxygène en 5'40".
A ô h. 30' du soir, on plonge l'animal tout entier dans un bain à 48°. A la sortie du bain, la température rectale est de 41°,2.
A ce moment, 25 litres d'air expirés en 5' donnent 1 gr. 30 CO2. Or, proportionnellement, l'animal devrait exhaler 1 gr. 13 CO2 en 5' : le bain très chaud a donc augmenté l'exhalation pulmonaire de CO2.
En même temps le chien absorbe, en 5'40", 888 ce. 6 d'oxygène, chiffre plus élevé que le taux normal.
Concluons que le bain chaud augmente l'absorption de l'oxygène par les poumons.
Expérience du 6 mars faite sur un chien de 11 k. 500. — Influence du bain 1res chaud sur l'absorption de l'oxygène et sur T exhalation pulmonaire de CO2.
Avant le bain, la température rectale est à 38°, 5, la respiration à 12 par minute. — 25 litres d'air expirés en 5'10" contiennent 1 gr. 13 GO".
On plonge l'animal dans le bain à 52°. Après 30', la température rectale est cà 41°, 5, la respiration à 28; 25 litres d'air expirés en 2'35" donnent 0 gr. 71 CO2.
Toute proportion gardée, le chien devrait, rejeter Ogr. 56 d'acide carbonique en 2'35": or, il a exhalé 0 gr. 71, soit 8 gr. 15 en plus ; le bain très chaud augmente donc un peu l'exhalation pulmonaire de CO2 lorsqu'il élève la température à 40°, 5.
Avant le bain, l'animal consomme 880 ce. d'oxygène en 20'48", et, après le bain, la température rectale étant à 41°, 5, il en absorbe 1.600 ce. dans le même temps.
Le bain très chaud a pour etîet d'accroître la consommation d'oxygène en même temps qu'il augmenlc l'exhalation pulmonaire de l'acide carbonique.
tableau montrant ltnfluence du bain très chaud sur l'absorption d'oxygù:ne
Dates Température Température reclale Oxygéna absorbe en JO' Différence
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expériences. bain. le bain. le Lin. «uthlui. après le bain. aprèsle b:,i».
6 mars 52° 38°,5 41°, 6 387 ce. 774 ce. 387 ce. 10 mars 48° 38°,5 41°,2 1.224 ce. 1.776 ce. 652. ce:
Renouvellement de l'air dans les poumons sous Vin-
fîitence de bains chauds. — Pendant que l'animal est plongé dans un bain chaud, l'air des vésicules pulmonaires se renouvelle avec une grande rapidité; pendant et après le bain, le chien fait circuler à travers ses poumons deux, fois plus d'air qu'à l'état normal ; d'autrefois, cepen^ dant, la ventilation pulmonaire est moins active, mais elle est en général plus parfaite pendant et après le bain qu'avant ce dernier.
Il est facile d'en trouver des exemples dans les expériences rapportées précédemment.