‹ Etudes des fleurs botanique, élémentaire, descriptive et usuelle (volume 2)Chapitre 1104 sur 1111 · VEUVE. V. SCABIEUSE POURPRE-NOIR · texte numérisé non relu

VEUVE. V. SCABIEUSE POURPRE-NOIR

VICTORIA. V. NyMPHEA. :

VIGNE PORTE-VIN. Vitis vinifera. On fait dériver de vita, vie; le nom de la Vigne. Quoique le commencement de son histoire offre en même temps celle de ses dangers, une âme reconnaissanté n'y verra pas moins un don de bonté dont l'abus qu’on peut en faire ne saurait jamais faire mettre en doute la faveur. - j C'est en Asie qu'a commencé la culture de la Vigne, d'où ge s’est répandue partout; mais elle n’a pu dépasser, à l'ouest

e l’Europe, le 48° de de latitude, ni, à l'est, le 51°. En dome elle s’est arrêtée au 38°. Les Grecs la consacraient

Bacchus, à qui ils attribuaient ce beau don. Is le couron-

-naient de ses pampres, et, en son honneur, se barbouillaient de lie et se livraient à d’infûmes orgies. Les Phéniciens ap-

portèrent les premiers la Vigne dans les îles de l’Archipel, et les Phocéens à Marseille. Le sol de notre belle France lui a été si favorable, que les vins de Bordeaux, de Bourgogne et de Champagne ne sont pas devenus moins célèbres que ceux de Falerne, de Madère et de Porto.

Quoique une seule espèce de Vigne soit reconnue en Botanique, les différences de climats et de culture Font variée à l'infini. Là, comme en Italie, où le terrain est substantiel et la chaleur forte, on peut marier la vigne à lOrmeau et la voir s'élever à perte de vue; ailleurs, comme en Provence et en Dauphiné, se rencontrent encore les hautins; mais sur les coteaux pierreux du Beaujolais et du Lyonnais, où le soleil est moins ardent, le cep n’est plus qu’un tout petit arbre tortueux et cornu, fort rapproché de la terre pour qu’elle lui envoie plus de chaleur. Dans le Nord enfin, le raisin ne mürit qu'en espalier ou en treille contre un mur exposé au midi. La Vigne est si docile, ques se prête à toutes les formes qu'on lui veut donner. On en fait des tonnelles et des allées couvertes où lon trouve le double rafraîchissement de son ombre salutaire et de son fruit délicieux.

Le bois de la Vigne, si petit dans nos climats, parait si peu propre à la charpente, que l’on peut citer comme extraordinaire le cep colossal qui a servi à faire les portes d’une église de Ravenne et celui d'où ont été tirées de fort belles tables d'une seule pièce qu'on voyait à Versailles ou à Chantillv. Communément on ne l’emploie qu’à raviver la flamme pétillante du foyer domestique. Les cendres des sarments sont un remède contre les angines, les engorgements, les panaris. Le noir de Vigne, employé par les peintres, est extrait du charbon de cep.

La Vigne se taille tous les ans avant l'ascension de la sève, qui coule si abondamment qu’on l'appelle ses pleurs. On recueille cette eau de Vigne qu'on croyait autrefois souveraine contre les maux d'yeux. Les feuilles se mangent en friture ; on s’en sert pour envelopper le gibier et la volaille qu'on fait rôtir ; elles sont surtout précieuses pour la nourriture des chèvres ; on attribue la bonté des fromages si renommés du Montd'Or, près Lyon, à ce que ces ammaux font leur prineipale nourriture de ces feuilles entassées et macérées ‘pour lhiver. Elles sont astringentes aussi bien que leurs pampres aigrelets, qu'on retrouve souvent, ainsi que les feuilles, dans les ornements d'architecture, les broderies et les dessins. ;

Les fleurs paraissent en juin; elles entune odeur suave. Les anciens en composaient des parfums. Les grandes pluies leur sont nuisibles et les font couler. L’eumolpe, la pyrale et d’autres insectes attaquent la Vigne ; le meilleur moyen pour Fer

préserver est d'enlever les feuilles roulées où éclosent les vers,

et encore d'allumer des feux à l’entour, à l'entrée de la nuit, pour attirer les phalènes qui viennent déposer leurs œufs. Depuis limpression de notre premier volume (1853), on a constaté de plus en plus l'efficacité de la fleur de soufre contre la maladie de la Vigne, que nous avons décrite sous le nom d'oidiatie. Des expériences positives faites à Thomery, près de Fontainebleau, et d'autres répétées sur tous les points .de la France, ont démontré, à n’en pouvoir douter, que cette substance arrète immédiatement les progrès du mal, Seulement il a été reconnu qu'il faut l'appliquer à sec et par un temps très-chaud, et non point après avoir mouillé le cep, comme on le faisait dans les eomrmencements. Trois sulfurisations suffisent : la première immédiatement après la floraison , la seconde quand les grains ont acquis une partie de leur grosseur, et la troisième un peu avant qu'ils ne commencent à changer de couleur.

Le suc du raisin vert, nommé verjus, employé pour relever les mets un peu fades et accompagner les cerneaux, est astringent, excitant et vulnéraire. On en prend après les chutes ; on en met sur les contusions. C’est aussi un bon gargarisme dans les angines.

Le raisin bien mûr est le plus salutaire de tous les fruits et l’un des meilleurs. On le prescrit aux malades comme rafraichissant, adoucissant et Mouratit. On le conserve frais pour l'hiver en le suspendant dans les offices. On le fait aussi sécher au soleil en tordant le pédoncule sur sa tige ; quand la dessication est suffisante, on le met en caisse, et il a cours dans le commerce sous le nom de raisins de passe ou raisins confits. Les gros raisins de Calabre et de Corinthe sont ceux que l’on consacre à cet usage. C'est probablement à l'une de ces variétés qu'appartiennent ces fameux raisins du Levant, dont une grappe pèse de 45 à 20 kilogrammes. Les raisins confits entrent, comme les jujubes et les dattes, dans les boissons pectorales. Le grain renferme beaucoup de sucre; les arts ont des procédés pour l'en extraire comme des Cannes et des Betteraves. À

Mais de tous les produits de la Vigne le plus précieux, c’est le vin, dont les livres saints eux-mêmes ont fait l'éloge en disant qu'il n'a été créé dans le principe que pour réjouir le cœur de l’homme. En effet, de quel puissant secours n'est-il sr animer les repas, exciter les esprits et inspirer la gaité ? Que de fois l'orateur lui a dû son feu, le guerrier son courage, le poète ses inspirations ! 1 fait mieux, il soutient l'homme dans ses labeurs et répare ses forces épuisées. C'est le lait des vieillards ; il est pour eux à cette dernière veille ee

qu'est l'huile à la lampe. Aux uns il fait oublier leurs chagrins, aux autres leurs affaires ; à tous les hommes il fait dire la vérité : In vino veritas. à

Considéré comme médicament, le vin agit puissamment sur les organes comme tonique et excitant. Il convient dans tous les cas de faiblesse causée par atonie , mais il devient nuisible partout où il y a surexcitation. Par conséquent, son usage convient peu à l'enfance et à la Jeunesse, et il est utile pour elle de le tremper dans les repas. Platon ne le permettait pas avant l’âge de vingt-cinq ans, Aristote le défendait aux nourrices, et Pline rapporte qu’à Rome il fut, à une certaine époque, interdit aux femmes sous peine de mort. La médecine en défend l’usage habituel aux tempéraments délicats, échauffés, disposés aux angines, aux catarrhes, à la phthisie, aux hémorrhagies, dans les maladies fébriles, bilieuses, inflammatoires. Son excès un peu continué détruit l'estomac et l’appétit, engourdit les facultés, rend grossier et stupide, et prédispose aux inflammations chroniques, à la goutte, à l’apoplexie, à l’hydropisie surtout. L’ivresse, suite ordinaire de l'excès du vin, ne dégrade pas seulement, mais est encore un enchaînement honteux et humiliant de toutes les facultés ; pour en inspirer l'horreur à leurs enfants, les Lacédémoniens se contentaient de faire devant eux enivrer leurs esclaves.

Ce n’est qu'après avoir fermenté que le fruit de la Vigne produit sur l’homme ces bons ou mauvais effets; - cette fermentation fait le vin ; il est blanc ou d’un rouge plus ou moins foncé, selon le temps qu’on laisse le jus fermenter avec la pulpe. Le moùt ou vin doux sert aux raisinés, aux vins cuits et autres confitures de ménage.

Du vin fermenté s’extrait l’eau-de-vie et de celle-ci l'alcool ou esprit de vin, l’une et l’autre par distillation au moyen de l'alambic. Leur usage en économie domestique, en médecine, en chimie et dans les arts est immense. C’est par la quantité d'alcool que contiennent les vins qu’on juge de leur force et de leurs propriétés. Les vins du Midi en contiennent beaucoup plus que les autres; sur 100 parties, celui de Madère en renferme 22 d’alcool et celui de Tokay seulement 9.

Le vin aigri nous fournit le vinaigre ou acide acétique, employé à la cuisine et dans les pharmacies.

Le marc de raisin ou géne, mêlé à l’eau, fournit au peuple une boisson rafraîichissante. En le laissant s’échauffer à sec, on en retire de l’alcool. Les bains de mare sont conseillés daris les rhumatismes chroniques, les paralysies, etc. C’est un excellent engrais pour les Asperges et généralement pour tout le jafdinage. On en fait des mottes à brûler qui pourraient avan-

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VIN 881 tageusement servir au tannage. Le grain fournit une huile bonne pour la table et l'éclairage; on lemploie en Ilalie. Le vin dépose dans les tonneaux une lie nommée tartre, On en retire de l'alcool ainsi que la crème de tartre ou tartrate acidulé de petasse, employé en médecine comme tempérant et laxatif, en chimie comme réactif. On s’en sert pour récurer la vaissellé de cuivre et d’étain. Les teinturiers en font usage et obtiennent par elle le verdet, le vert-de-gris, ete. Son inci-

-nération donne le noir d'Allemagne, employé en imprimerie.

Sous le rapport de leurs propriétés, tous les vins peuvent se rapporter à trois classes : 1° les vins secs ou astringents, à saveur plus où moins forte d’après le tannin qu'ils renferment, tels que le Bourgogne, le Bordeaux, le Madère ; 2° les vins sucrés, le Malaga, le Frontignan, le Lunel; 3° les vins mousseux, comme le Champagne, le Saint-Péray, etc., qui, mis en bouteilles avant que la fermentation soit achevée, contiennent en dissolution une certaine quantité d'acide carbonique.

VIGNE VIERGE. Ampelopsis hederacea. (Vigne folle.) Ce charmant arbrisseau, originaire de l'Amérique septentrionale, est cultivé dans la plupart des jardins pour couvrir de ses rameaux grimpants les tonnelles et les murs, auxquels ils s'acerochent pañdes crampons semblables à ceux du Lierre. Leur feuillage prend en automne une teinte rouge très-prononcée et d’un effet très-remarquable. Les feuilles sont vésicantes lorsqu'après les avoir pilées on les applique contre la peau ; à cause de cette propriété, elles conviennent dans les sciatiques, les douleurs rhumatismales, etc.

VILLARSIE À FEUILLES DE NYMPHÆA. Véllarsia nymphordes. (Petit Nénuphar, petit Volet.) Cette plante, dont le nom rappelle celui de Villars, l'illustre auteur de la Flore du Dauphiné, a de grands rapports avec le Nymphæa par ses feuilles orbiculaires flottantes ; mais elles sont plus petites, et sa fleur, beaucoup plus petite aussi, ést jaune et frangée. Ses feuilles amères sont regardées comme febrifuges.

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