‹ Etudes des fleurs botanique, élémentaire, descriptive et usuelle (volume 2)Chapitre 635 sur 1111 · ASSOLEMENT. V. SÉCRÉTION · texte numérisé non relu

ASSOLEMENT. V. SÉCRÉTION

ASTÈRE (du grec asfer). C’est sur les montagnes élevées et au milieu de leurs roches granitiques que l’on peut juger de toute la beauté de l’ASTÈRE pes ALpes; c’est là surtout que rayonnent dans sa fleur unique ses brillantes languettes bleues autour de leur disque d’or. Beaucoup moins grand, mais plus fleuri, l'A. amellus embellit nos collines. On croit qu’il est la plante que Virgile a chantée ; c’est celui qu’on cultive sous le nom d’OEil-de-Christ.

Ce genre nombreux, qui compte jusqu’à 106 espèces ou variétés, fait l’ornement des parterres toute la belle saison; en choisissant les espèces qui se succèdent, on peut avoir des fleurs presque en tout temps. Leurs nuances varient entre le bleu, le blanc, le rouge et le lilas. Les Astères, toutes vivaces, une seule exceptée, se multiplient rapidement ; leurs touffes deviennent énormes; tout terrain leur est propre:

mais comme elles l’épuisent, il est bon de les changer de place tous les quatre ans. |

L’ASTÈRE DE LA CHINE. Aster Sinensis, vulgairement connue sous le nom de Reine-Marguerile, est sans contredit la plus intéressante de toutes les Astères et peut-être la plus belle de toutes les plantes annuelles. Soit qu’on la mette en bordure, plate-bande, massif, ou en pot, elle fait partout un joli effet, et donne, de juin en octobre, ses belles et larges fleurs de formes et de couleurs si diverses. Les variétés de Reines-Marguerite sont très-nombreuses, mais on peut les répartir en quatre sections principales : 4° La naine hâtive, plus basse et plus précoce que les autres; elle forme sur la terre une espèce de boule fleurie qui ne dépasse pas3 décimètres de hauteur. 2° La Reine-Marguerite anémone, ayant le disque bombé tout couvert de fleurons tubuleux, tandis que la couronne est formée par des demi-fleurons étalés en rayons. 3° La double, à fleurs entièrement formées de demi-fleurons et parfaitement pleines ; elle a deux sous-variétés : la bombée, dont la fleur forme parfaitement la demi-boule, et la pivoine, dont les rayons, plus allongés que les autres demi-fleurons, se recourbent en dedans. 4° La pyramidule, grande ou deminaine, dont les rameaux dressés donnent à la plante l'aspect d'une pyramide renversée. Ces quatre races principales se subdivisent en un grand nombre de variétés intermédiaires, qui se réunissent les unes aux autres par des gradations presque insensibles. Aujourd’hui la pyramidale à fleurs doubles, bombées ou pivoines est seule admise dans les collections des amateurs qui se respectent.

Sans être difficile, la culture de la Reine-Marguerite n’est pas aussi facile qu’on se Pimagine communément, et, pour arriver à ces résultats magnifiques qui ont fait un nom aux Truffaut, aux Malingre, aux Fontaine, aux Gommet, aux Lille et aux Rampon, il faut savoir, comme ces habiles horticulteurs, donner à ses Reines une éducation et des soins en rapport avec leur titre et leur dignité. Voici comment il faut s’y prendre :

Quand on s’est procuré de bonne graine, ce qui est indispensable, il faut la semer du 15 mars à la fin d'avril, pas trop serrée, sur une couche tiède, ou à fraid en pleine terre, dans un terrain bien tamisé et bien défoncé. Lorsque les jeunes plants sont hors de terre, on doit avoir soin de les bassiner de temps en temps pouf qu'ils ne durcissent pas, et aussitôt qu'ils ont 2 à 3 feuilles quand le semis est dru, 4 à 6 quand il est clair, on les repique à 20-30 centimètres de distarice dans une plate-bande formée de terre très-meuble et profondément

défoncée, afin que le jeune chevelu puisse prendre tout son développement. Cette opération est très-importante, et c’est d’elle en grande partie que dépend la beauté de la floraison. Il y a plus d'avantages à repiquer les plants très-jeunes qu’à attendre trop longtemps. La plate-bande doit être exclusivement consacrée aux Reines-Marguerite, paillée avec soin et arrosée de temps en temps.

* Dans les premiers jours de juin, on relève les Reines-Marguerite avec leurs mottes, pour les repiquer en place à la distance de 3 décimètres. Le terrain doit être fumé et profondément miné. Les arrosementsne doivent pas être trop fréquents; il vaut mieux les faire très-copieux, pour les répéter le moins possible. Le terrain doit être soigneusement sarclé et biné pendant tout le cours de la végétation. Lorsque les premiers boutons commencent à se montrer, les arrosements doivent être plus fréquents; tous les cinq à six jours, il est mème bien d'ajouter un engrais aux eaux dont on se sert, parce que c’est alors que les plantes ont le plus besoin de nourriture.

Quand on veut avoir de bonnes graines, il faut toujours les prendre sur des fleurs uniquement composées de demifleurons et parfaitement formées. Les amateurs vont même jusqu’à arracher les languettes quand elles commencent à se flétrir et à se détacher des ovaires; ceux-ci, n'étant pas recouverts par tous ces débris humides et à demi pourris de pétales, reçoivent directement l’action de la lumière et de l'air, et prennent un plus beau développement.

On peut, par la greffe herbacée, avoir sur un même pied des Reines-Marguerite de plusieurs couleurs. Voici comment cette greffe s'opère. Lorsque les jeunes plants, après avoir été repiqués une première fois, ont atteint 10 centimètres de hauteur, on coupe la tête de tous les pieds destinés à servir de greffe, et on taille la base de ces extrémités de tige en biseau, absolument comme pour la greffe en fente. Cela fait, on entaille les sujets que l’on veut greffer à 4 centimètres du sol et sur le côté, de manière à ce que la fente que l’on fait m’atteigne que jusqu’au tiers de la grosseur de la tige. La grelle étant introduite dans cette fente, only maintient à l’aide d’un jonc ou d’un brin de natte. La greffe, ainsi posée, doit dépasser de 2 centimètres l'extrémité du pied greflé; car, si elle n’était pas plus longue au moment de l'opération, elle se trouverait au bout de quelques jours plus petite, à cause de l'arrêt que la sève éprouve Jusqu'au moment de la soudure, et les deux têtes ne seraient jamais de la même hauteur, ce qui produirait un effet désagréable.

Pour faciliter la soudure de la gree, il est nécessaire de

mettre les plantes sous châssis et à l’ombre pendant une huitaine de jours après l’opération; après ce temps, on enlève les paillassons et on soulève les châssis. Plus tard, on lève les plantes en motte pour les mettre en place, et ceux qui ne connaissent pas le secret sont très-étonnés de voir une Reine- Marguerite produisant des fleurs de plusieurs couleurs.

ASTRAGALE. Plus de 200 espèces composent ce genre important. Les unes sont herbacées, les autres des sous-arbrisseaux en buisson. Dans quelques unes le pétiole ou la côte des feuilles se durcit et se convertit en épine protectrice. Presque tous les Astragales appartiennent aux pays chauds ; quelques uns ont passé dans les jardins pour leurs fleurs rouges, assez belles, en grappe ou en épi.

Le plus intéressant de tous est l’A. DE MARSEILLE, A. Mas- siliensis (Tragacanthe ou Epine de bouc), auquel on rapporte comme espèces peu différentes ou variées les A. verus et Creticus. De ses rameaux buissonnants découle au mois de juin, en forme de petiteslanières, une sécrétion blanche, demitransparente, sans odeur et sans saveur marquées ; c’est la gomme adragante, d’une nature bien supérieure encore à la gomme arabique, puisque sous le même volume elle renferme vingt-cinq fois plus de principes gommeux. Elle est employée dans les arts à gommer et à lustrer la soie ; dans la peinture en miniature, à vernir le vélin ; dans la pharmacie, à faire des pilules et des tablettes, et dans la médecine, comme adoucissante, pectorale, anti-hémorrhagique, nourrissante.

L’A. DE PORTUGAL, À. Bœticus, mérite aussi une attention particulière. Sa graine, connue sous le nom de Café français, est encore le meilleur succédané qu’on ait trouvé pour remplacer le Café. Il est annuel.

L’A. RÉGLISSIER, A. glycyphyllos, à racines vivaces et à tiges sous-ligneuses, commun dans les haies de nos prairies, justifie très-bien son nom et ceux de Fausse Réglisse ou Racine douce par la saveur assez sucrée de ses racines; on les a employées avec succès contre les dartres, coliques et autres maladies qui exigent l’usage des adoucissants. Les tiges se cul-

tivent en prairies artificielles, et, coupées jeunes, elles donnent un bon fourrage.

ASTRANCE (du grec aster, astre). La collerette qui environne ses ombelles à fleurs blanches et forme autour d’elles comme une auréole, rend cette plante très-jolie. La GRANDE ASTRANCE, À. major (Otruche noire, Sanicle femelle), croit dans toute sa beauté dans les prairies de la Grande-Chartreuse ; on la cultive dans les jardins. On mêle quelquefois à l’Hellébore sa racine purgative. La PETITE ASTRANCE, À.minor, ne

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vient naturellement que sur les cimes élevées; elle contraste avec la grande par la délicatesse de son feuillage. Elle a été aussi introduite dans quelques jardins.

ATHAMANTE DE MACÉDOINE (du nom d’un roi de Thèbes, fils d’Eole). Dans la recomposition de la famille des Ombellifères, l’une des plus difficiles de toutes, les nouveaux botanistes ont attaché ce nom, qui comprenait plusieurs espèces, à l’ancien Bubon de Macédoine, connu sous les noms vulgaires de Persil ou Ache des rochers. Originaire de la Grèce et du Levant, il a passé dans nos jardins. Ses racines et ses feuilles sont vulnéraires à l'extérieur, ses graines carminatives et diurétiques, mais inusitées. On met les feuilles dans les vêtements pour les préserver des insectes.

C’est du Galbanum, autre espèce de Bubon, que l’on obtient, par une incision faite au collet ou aux rameaux, ce suc concret, très-employé en pharmacie, qui porte le même nom ou celui de gomme. en larmes. On Îe regarde surtout comme stimulant et tonique. Les propriétés de cette gomme, beaucoup plus vantées qu’elles ne sont réelles, sont devenues proverbiales.

ATHYRIUM FiLiX FOEMINA (du grec «4 thyra, porte close, de son mode de fructification). (Fougère femelle.) La Fougère femelle est d’un vert plus tendre et a ses folioles plus étroites et moins chargées de fructifications que la Fougère mâle; elle lui ressemble cependant par ses belles feuilles à divisions courbées en arc, nombreuses et partant toutes du collet: Elle - croit dans les lieux ombragés et humides, où ses toulfes élé-

gantes sont du plus gracieux effet. Sa racine est vermifuge

et se donne l'hiver aux cochons ; ses feuilles peuvent servir de nourriture et de litière aux troupeaux. On en peut chauffer le four, cuire la brique, le plâtre et la chaux; les cendres, qui sont un bon engrais, servent par leur potasse abondante dans les verreries et les blanchisseries; on emploie leur lessive pour le vernis de la porcelaine de Chine.

ATROPA BELLADONE (du grec Afropos, inexorable, nom de la parque qui tranchait le fil). (Morelle furieuse.) Que de noms pour apprendre à se garder de cette dangereuse plante, que linstinct de l’animal sait éviter, et que la raison de l’homme lui commande de connaître ! Sa tige de 4 mètre est velue; ses feuilles larges, ovales et géminées ont une teinte sombre; ses fleurs pendantes et solitaires sont d’un rouge triste ; les baies qui leur succèdent sont noires, grosses comme une cerise et douceàtres ; elle croît dans les lieux solitaires, dumides et substantiels. Toutes ses parties ont une odeur vi-

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reuse et une saveur nauséabonde un peu amère ; toutes sont un dangereux poison qui agit comme les substances narcotico-âcres et donne promptement la mort. Même à petites doses, la Belladone cause des vertiges, dérange la circulation, dilate extrèmement les pupilles et provoque plus ou moins longtemps la prostration des forces. Le annales de la médecine citent quatorze enfants d’une part et de l'autre cent cinquante soldats empoisonnés pour avoir mangé de son fruit.

Les plus dangereux poisons peuvent cependant se prêter à Part et devenir utiles. Des frictions de la pommade de Belladone faites sur l’épigastre calment la coqueluche des enfants ; elle est utile dans les névralgies, la réduction des hernies, le traitement des inflammations aiguës et chroniques de la peau, les affections rhumatismales et les douleurs du cancer. La dilatation qu’elle opère sur la pupille la fait employer avec succès dans l’inflammation des yeux et l’opération de la cataracte. Les médecins allemands l’administrent comme préservatif des fièvres scarlatines, et font respirer sa vapeur dans la phthisie et l’épilepsie. La macération des baies fournit un beau vert aux peintres en miniature. .

Une autre plante très-voisine de la Belladone par ses propriétés narcotiques et vénéneuses est l’A. MANDRAGORE, trèscélèbre dans l'antiquité par les idées superstitieuses qu'on y attachait de porter bonheur; c'était la Circé des anciens, et c’est encore aujourd’hui l’'Herbe au magicien. Ses propriétés actives résident surtout dans son énorme racine, grosse comme la Betterave et souvent bifurquée. Les médecins grecs la prescrivaient à leurs malades avant leurs opérations pour engourdir la douleur. On l’emploie maintenant en application sur les tumeurs scrofuleuses.

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