‹ Etudes des fleurs botanique, élémentaire, descriptive et usuelle (volume 2)Chapitre 679 sur 1111 · CAFÉ FRANÇAIS. V. ASTRAGALE DE PORTUGAL, CISEROLE · texte numérisé non relu

CAFÉ FRANÇAIS. V. ASTRAGALE DE PORTUGAL, CISEROLE

CAFÉIER D’ARABre. Coffea Arabica (de sa dénomination arabe cahoué). La famille des Rubiacées, déjà si importante par la Garance et le Quinquina, compte aussi le Caféier parmi Ses membres. C’est un petit arbre pyramidal, s’élevant, même dans nos serres, de 4 à 5 mètres. Ses feuilles, toujours vertes, sont opposées, stipulées, ovales et lancéolées; ses fleurs blanches, odorantes, analogues à celles du Jasmin, mais à 5 étamines, naissent 3 ou 4 ensemble à l’aisselle des feuilles. Ses fruits sont une baie rouge, formée d’une pulpe douceàtre, dans laquelle sont accolés 2 à 2, sur leur face plane et sillonnée, les grains de Café que tout le monde connaît. Chaque arbre peut, deux fois par année, en donner 3 kilogrammes et rester en rapport pendant trente ou quarante ans.

La haute Ethiopie et les fertiles vallées de l'Yémen, voisines de Moka, mais beaucoup plus dans l'intérieur de lArabie, sont l’heureuse patrie du Café. Une vieille chronique attribuerait la découverte de ses propriétés à un bon prieur d’un monastère d'Arabie ; ayant remarqué plus de pétulance et de gaîté dans des chèvres qui broutaient les feuilles et les fruits du Caféier, il eut l'idée d’en faire prendre à ses moines pour les empêcher de dormir à l'office. Le bien-être qu'ils en éprouvèrent se fit sentir à d’autres, si bien que peu à peu l'usage du Café devint universel en Orient. Le sultan Sélim l’apporta en 1517 à Constantinople ; en 1645 on prenait du Caté en Italie, en 1652 à Londres, et en 1672 à Marseille et à Paris. C’était une heureuse acquisition pour le siècle des lettres. Louis XIV en prit le premier ; l'exemple du grand roi fut suivi sans peine, et, malgré les réclamations de la médecine du temps, malgré les fureurs de Mme de Sévigné, le Café fut dès lors goûté, aussi bien que Racine ; les gens de lettres surtout bénirent l'influence de cette soi-disant liqueur intellectuelle, et plusieurs muses firent sa renommée tout en avouant qu’elles lui devaient la leur :

Délicieux moka, ta sève enchanteresse Réveille le génieet vaut tout le Permesse. (CasTeL.)

Æt le Virgile français, Delille,si bien fait pour chanter les plantes:

CAF | 435 C'est toi, divin café, dont l’aimable liqueur, Sans altérer la tête, épanouit le cœur.

Aussi, quand mon palais est émoussé par l’âge, - Avec plaisir encor je goûte ton breuvage.

Que j'aime à préparer ton nectar précieux !

Nul n'usurpe chez moi ce soin délicieux.

Sur le réchaud brûlant, moi seul, tournant ta graine, À l'or de ta couleur fais succéder l’ébène; Moi seul, contre la noix qu'arment ses dents de fer Je fais, en le broyant, crier ton fruit amer. Charmé de ton parfum, c’est moi seul qui dans l'onde Infuse à mon foyer ta poussière féconde.…, Viens donc, divin nectar, viens done, inspire-moi! Je ne veux qu’un désert, mon Antigone et toi. À peine j’ai senti ta vapeur odorante, - Soudain de ton climat la chaleur pénétrante ’ Réveille tous mes sens ; sans trouble, sans chaos, Mes pensers plus nombreux accourent à grands flots. Mon idée était triste, aride, dépouillée, Elle rit, elle sort richement habillée ; Et je crois, du génie éprouvant le réveil, Boire dans chaque goutte un rayon du soleil.

Rapprochons de cet hommage poétique celui que la médecine de nos jours, bien revenue de ses anciennes préventions, rend au Café dans le Dictionnaire universel des matières médicales (art. CAFÉ) :

« L’infusion de café bien faite et convenablement sucrée, est une boisson extrêmement agréable, d’une saveur exquise. Aussitôt qu'elle pénètre dans l'estomac, elle y cause une douce chajeur qui porte le bien-être par tout le corps. Elle est éminemment digestive et stomachique; elle accélère la circulation, favorise [a transpiration, les sécrétions, développe les facultés intellectuelles, porte à la gaîté, aux saillies spirituelles, aux sentiments de bienveillance, donne de la force, de la légèreté. Prise à la fin des grands repas, dont elle est le complément indispensable, elle en procure fa digestion, abat les fumées des vins, empêche l'ivresse et ses suites. Le café con- Vient surtout dans les pays humides, brumeux, tempérés, aux tempéraments lymphatiques et froids, aux personnes lentes, grasses, inertes, aux esprits lourds et aux estomacs paresseux qui digèrent difficilement, Il est plus convenable aux vieillards qu’à la jeunesse et aux hommes qu'aux femmes.

«Comme médicament, on recommande l'usage du café dans les céphalalgies passagères, les migraines, les affections SOpOreuses, l’engourdissement des sens. On le prescrit aux personnes ristes, mélancoliques, hypocondriaques, hors des he ures des repas et plusieurs fois par Jour. Son succès dans les fièvres intermittentes est encore plus assuré que dans les fièvres conlinues, et des faits nombreux tendraient à prouver que l'infusion du café non torréfié serait un des meilleurs succédanés du quinquina. »

Page 1