TOME III
Une seconde espèce, propre aux montagnes, mais cultivée dans les jardins pharmaceutiques, est le C. ANISÉ, M. odorata (Cerfeuil d’Espagne). Son odeur suave lui a valu son nom. On le sème en automne à la maturité de la graine,eton le muti- - plie par éclats. Ce Cerfeuil, qui.est excitant et diurétique, est employé pour faire un vin aromatique dont on lave les plaies fongueuses et blafardes. C’est l’un des premiers ingrédients dont est composé le fameux élixir des Chartreux. Il croît abondamment au pied des murs de leur habitation solitaire.
Le C. PENCHÉ, C. temulum, est remarquable par ses tiges tachées de noir et ses ombelles penchées avant la floraison; le C. DORÉ, C. aureum, par ses fruits d’un Jaune doré, et le C. SAUVAGE, À. sylvestris, par son joli feuillage et son grand développement. Le premier est très-commun dans les haies ; on l’accuse de causer l'ivresse, l’assoupissement et des vertiges ; le second se trouve sur les montagnes, au bord des ruisseaux couverts, et le troisième dans les prairies substantielles qu’il infeste par son abondance. On l’a dit très-délétère ; quelques auteurs lont vanté comme anti-gangréneux. On doit.se tenir en garde contre lui, à cause de sa ressemblance avec le Cerfeuil et le Persil. ; .
CERISIER. Cerasus (de Cérasonte, ville de lAsie-Mineure, d’où Lucullus rapporta la meïileure espèce de cerises). Ce genre, si riche.en espèces intéressantes, se partage en deux groupes : 4° les Cerisiers à pédoncules axillaires ; 2° les Cerisiers à fleurs en grappe ou corymbe ou Cerisiers-pruniers.
Au premier groupe appartiennent les Merisiers, Guigniers, Griottiers, Bigarreautiers et trois autres espèces peu Importantes. Toutes ont pour type le MERISIER, C. avium, arbre de deuxième grandeur, remarquable entre tous les Cerisiers par sa forme pyramidale, ses branches étalées et ses feuilles qui deviennent du plus beau rouge en vieillissant ; c’est de tous les arbres celui qui décore le plus élégamment nos paysages d'automne. Ses petits fruits noirs, rouges ou couleur de chair sont, dans nos pays, abandonnés aux pauvres et aux oiseaux ; mais dans la Forèt-Noire, ils sont très-recherchés pour les fameuses liqueurs de kirsch et de marasquin. Son écorce, comme celle de tous les Cerisiers, peut se lever par bandes horizontales qu’on emploie à confectionner les galoches ; les bergers suisses en font des trompes ou cornets avec lesquels ils s'appellent et se répondent. La gomme de Cerisier, <onnue sous le nom de gummi nostras, est une succédanée de la gomme arabique, dont on fait grand usage dans les fabriques de chapeaux. Le bois, dur et rougeàtre, est recherché des menuisiers et tourneurs pour mt: parquets, pla-
CER 459 cage, lits, etc. L’amande du fruit fait de la très-bonne eau de noyaux.
Le GuIGNIER ou CERISIER proprement dit, C. Juliana, se greffe sur Merisier comme toutes les autres espèces; sa cerise, qui est le double de la merise, est douce, succulente et trèsagréable au goût. De tous les fruits du printemps, il n’en est point de plus joli; c’est aussi l’un des meilleurs et des plus appétissants que l’on connaisce. On mange les cerises crues, cuites, séchées au four, en confitures, etc: Leurs variétés sont nombreuses ; les plus célèbres sont : la grosse guigne noire, la plus précoce de toutes ; la guigne rose hâtive ou Blanchette, très-aqueuse; l’Anglaise, très-recherchée, mais dont l’arbre à peu de durée; la Royale, fort belle, et la Belle de Choisy, la plus sucrée de toutes, mais plutôt d’un rose pâle que rouge.
Le BIGARREAUTIER, C. duracina, moins fondant, mais aussi sucré que le Guignier, a le fruit gros, luisant, légèrement en cœur, à chair craquante; quoique un peu indigeste, on le choisit de préférence pour les corbeilles de dessert. Rien de plus joli que ces petites pyramides rouges de gros bigarreaux qu’on dresse si élégamment sur nos tables. Parmi les variétés , on cite comme les meilleures le B. à gros fruit, le Napoléon, le Tardif, le Gros-Cœuret.
Les GRIOTTIERS, C. caproniana, se distinguent de tous les autres par leur suc abondant et leur chair acidulée, souvent adhérente au noyau; ils mürissent plus tard et arrivent au commencement des grandes chaleurs, lorsqu'on peut le mieux apprécier ce fruit aussi agréable que bienfaisant. Les griottes noires se mettent à l’eau-de-vie; les rouges sont les plus communes. On cite celles du Nord, d'Allemagne, de Portugal.
Voici une excellente recette pour avoir de bonnes cerises ou de bonnes griottes à l’eau-de-vie. On les cueille un peu avant qu'elles ne soient mûres ; on coupe la moitié du pédoncule, on fait un trou avec une épingle du côté opposé, et on les jette à mesure dans l'eau froide. Cela fait, pour 3 kilogrammes de cerises ou de griottes, prenez 4 litres de bonne eau-de-vie; mettez-y tremper vos fruits pendant quinze jours, après lesquels vous décanterez la liqueur, à laquelle vous ajouterez 2 kilogrammes de sirop. (V. Srror.) D'autre part, prenez 2 autres litres d’eau-de-vie, et faites-y infuser un sachet contenant : Girofle 4 grammes, Coriandre et Anis étoilé de chacun 16 grammes, Cannelle 8 grammes, Macis 1 gramme 44 centigrammes, en ayant soin de concasser ces . diverses substances. Quand ce mélange aura infusé au soleil
pendant dix Jours, vous le filtrerez et vous le réunirez au premier. Au bout de deux ou trois mois, vous pourrez mang2r les cerises, qui auront, ainsi que la liqueur, un goût exquis.
On cultive comme arbres d'agrément le C. NAIN PRÉCOCE, à longues feuilles et petits fruits d’un rouge vif; le C. À TRo- CHET, à fruits soudés de 2 à 8 sur le- mème pédoncule; le C. DE LA TOUSSAINT, C. semperflorens, qui se couvre pendant teute la belle saison de fleurs et de fruits ; mais plus que tous le C. À FLEURS DOUBLES, magnifique par ses grands panaches blancs, couverts de moins de feuilles que de fleurs.
Le groupe des Cerisiers-Pruniers renferme trois espèces intéressantes : >
4° Le C. manarEB (Prunier odorant, Bois de Sainte-Luce où Lucie), bel arbrisseau indigène, dont les fleurs en corymbe ressemblent à celles de lAubépine et ont une douce odeur. Les petits drupes noirs qui leur succèdent sont inmangeables; on peut en aromatiser les liqueurs, le vin et le vinaigre; on les regardait autrefois comme lithontriptiques; ils teignent en rouge. Les feuilles vertes ou sèches donnent bon goût aux volailles rôties. Mais ce que le Mahaleb a de plus précieux est son bois dur, brun, odorilérant et susceptible d’un beau poli; on en fait des étuis, des dames, des trictracs, des coffrets, etc. Les parfumeurs s’en servent, ainsi que de ses fleurs et de son amande, qui a l’odeur de la fève de Tonka. La décoction des feuilles et de l'écorce aromatise le tabac. On le cultive dans les jardins pour y greffer les Cerisiers à fleurs doubles et autres d'agrément.
2° Le MERISIER Où PRUNIER À GRAPPES, C. padus (Flairanbois, Laurier-putiet), bel arbrisseau qui est, dans les haies et au bord des bois, du plus joli effet par ses longues grappes pendantes et embaumées ; elles l’ont fait introduire dans les jardins paysagers. Les enfants mangent ses petits fruits, dont on fait, en Suède et en Suisse, du vin et de l'alcool. Les feuilles et les fleurs sont anti-spasmodiques, et l'écorce légèrement astringente et tonique. Le bois est bon pour les ébénistes et les tourneurs; il est un peu odorant, mais moins que celui du Mahaleb.
3° Le LAURIER-CERISE, C. lauro-cerasus (Laurelle, Laurier de Trébizonde), est un grand arbrisseau originaire de Trébizonde, naturalisé dans le midi de la France ; mais craignant les froids rigoureux, il veut une exposition chaude au pied des murs et une terre franche, humide et légère. Il est d’un bel effet par ses feuilles persistantes, luisantes et d’un beau vert. On ne le cultive que pour ses vertus aromatiques et soporifiques ; on s’en sert pour donner un très-bon goût d’a-
mande amère au lait, aux recuites et à certains apprèts. Il ne faut pas oublier qu’il y a danger à les employer à trop forte dose; car le Laurier-cerise est de tous les arbres à noyau celui qui contient le plus d’acide prussique, si dangereux quand il est pur,qu'une seule goutte appliquée sur læil d’un chien suffit pour lui donner instantanément la mort. En cas d’empoisonnement ou de coliques dont les feuilles de Laurelle seraient la cause, le meilleur remède après l’émétique qui ferait évacuer serait À partie d’ammoniac (alkali volatil) sur 42 d’eau, ou de l’eau faiblement chlorée. Ainsi que tous les autres poisons sagement administrés, le Laurier-cerise est souvent précieux; l’eau distillée et l’huile essentielle qu'on en retire sont employées dans les affections nerveuses, les toux convulsives, la coqueluche, l'asthme, les névralgies, etc.; on l’administre aussi à l'extérieur en lotions dans les affections cutanées accompagnées de démangeaison. Le bois est extrèmement dur. Cet arbrisseau se multiplie de graines, marcottes et boutures.
CÉTÉRACH (du grec kéteos-rachis, épine dorsale de la baleine, de ses feuilles pennatifides). Le Cétérach tapisse toujours les vieux murs de ses feuilles épaisses, vert foncé en dessus, couvertes en dessous d’écailles roussâtres et dorées, d’où lui sont venus ses noms de Dorade, Herbe dorée. Les feuilles sont astringentes, diurétiques, et peuvent remplacer la Capillaire comme béchique. Il est compté parmi les cinq Capillaires ordinaires.
- CHALEF. Eleagnus angustifolia (du grec elaion-agnon, olivier pur et blanc). (Arbre-d’argent, Arbre-de-paradis, Olivier de Bohème.) Cet arbre de deuxième grandeur, originaire du midi de la France, produit un effet charmant dans les jardins pittoresques quand on mêle aux arbres verts son feuillage argenté. Il a encore plus d’éclat que l’Argousier, avec lequel il a beaucoup de rappôrts ; ses petites fleurs jaunàâtres ont une odeur d’une douceur pénétrante et nauséabonde. On le nomme aussi Olivier sauvaye à cause de la ressemblance de ses fleurs et de ses fruits avec ceux de l'arbre de Minerve. On le mulüiplie aisément de graines, rejetons et boutures. Il veut une exposition chaude en terre légère. | Le Chalef peut servir à faire des haies épineuses; son bois est dur ; ses fruits se mangent en Perse, et ses fleurs servent à faire des liqueurs agréables.
CHALEUR. La chaleur est pour les plantes ce qu’elle est
pour les animaux, un stimulant énergique des fonctions vitales et une cause puissante de développement. La différence de végétation entre les régions polaires et celles de l'équa-
teur en est une preuve convaincante. Dans celles-là, les plus beaux arbres de nos contrées restent nains et chétifs ; dans celles-ci, nos plantes, même herbacées, acquièrent un développement prodigieux. C’est ainsi que le Bouleau, si majestueux dans nos montagnes, s'élève à peine à 2 mètres en Laponie ou au sommet des Alpes, tandis que le Palmier, haut à peine de 5 mètres dans nos serres chaudes, en atteint 50 sur les plages brülantes de l'équateur.
L'hiver est pour les plantes de chaque région ce que sont, pour les plantes en général, les climats glacés. Tant que le s0leil, ceite âme vivifante de la nature, nous dérobe ses feux et laisse les frimas durcir la terre, la végétation languissante paraît anéantie ; mais elle se réveille à mesure que ses rayons moins obliques nous ramènent les tièdes haleines des zéphyrs. {est surtout dans les régions du Nord, la Norwége, l’Islande, la Laponie, que paraît plus sensiblement cette influence du soleil. Encore aux premiers jours de mai, sous ce ciel rigoureux, tout est glacé, tout semble mort ; tout fleurit en juin, tout grandit en juillet, tout mürit en août, et en septembre recommence pour les plantes un hiver de neuf mois. Au reste, le degré de chaleur atmosphérique nécessaire au développement des plantes dans chaque climat varie comme elles ; mais, outre celte température de l’air soumise à l'influence des vents et du soleil, les plantes en ont une plus constante, qu’elles puisent par leurs racin?s dans le sein de la terre. C’est ainsi qu’un thermomètre enfoncé dans le tronc d’un arbre marque plusieurs degrés au dessus de zéro, tandis que l’air ambiant sera à 7 ou 8 au dessous. C’est à raison de ces différences que le lait de coco paraît d’une si délicieuse fraicheur au milieu des feux dévorants du désert ; c’est enfin par l’action de cette chaleur occulte, plus lente en hiver, mais stimulant néanmoins la sève, que les bourgeons, au commencement du printemps, sont toujours:plus enflés qu’ils ne l'étaient à la fin de l'automne.
CHAMAGROSTIS vAIN. (Poil-de-caat, Poil-de-souris.) C’est bien Le plus joli petit gazon que nous ayons aux champs. Il fleurit avec le printemps, apparaït çà et là en petites gerbes d’une extrême délicatesse dans les allées des jardins et sur les tertres sablonneux; ses toufles ramassées, hautes seulement de 4 à 6 centimètres, se couvrent de minces filets dorés et purpurins, si délicats qu’ils ressemblent plus à des poils qu’à des tiges. C'est l'une des plantes qui fait le mieux en herbier, à cause du faisceau délicat que forment ses petits épis d’un rouge de feu. Cette jolie Mignonnette des champs ne peut guère servir que de nourriture aux petits agnaux.