HÉLIOTROPE D'HIVER. V. TUSSILAGE ODORANT
HELLÉBORE. Helleborus. Plante très-célèbre chez les anciens, qui ne connaissaient guère d’autre purgatif. Ils lui attribuaient l’admirable propriété de guérir la folie, la manie et les aberrations mentales ; l’Hellébore le plus vanté à cet effet était celui des îles d’Antycire, dont Horace conseille le voyage à quelque méchant poète de son temps. De là aussi ces mots de La Fontaine :
Ma commère, il vous faut purger Avec quatre grains d'hellébore.
On croit que cet Hellébore des anciens était l'H. D'ORIENT, qui ressemble beaucoup à notre Hellébore vert, si ce n’est que ses fleurs sont d’un brun pourpre et qu’il est plus grand dans toutes ses parties.
L'H. xoir, H. niger (Rose de Noël ou d'hiver), est également pe pour ses qualités médicinales et pour la beauté de sa fleur, qui vient nous faire sourire bien avant qu'aucune autre n'ose encore se montrer. Plus précoce. aussi que tous
les autres Hellébores, c’est au milieu des frimas et jusque sous la neige que la Rose de Noël épanouit son large calice pétaloïdal d’un blanc pâle lavé de rose. Son aspect indique bien que les feux du soleil lui ont manqué pour aviver ses couleurs; mais on est heureux de la trouver encore au milieu de ce deuil de la nature. L’Hellébore noir croît naturellement sur les montagnes des Vosges, du Dauphiné et de la Provence, d’où il a passé dans tous les jardins. 11 se multiplie par éclats; tout terrain lui convient. Ses grosses racines noires et fasciculées sont marquées d’anneaux circulaires ; elles ont, comme la fleur et les feuilles, une saveur âcre et amère qui engourdit la langue. Son principe volatil agit sur le cerveau; il réside plus abondamment dans la racine qu’ailleurs. On l’employait autrefois comme purgatif drastique et comme vermifuge ; mais les dangers qu’il présente l’ont fait abandonner des médecins.
L’H. verT, H. viridis, ainsi nommé de la couleur de ses fleurs, est cultivé pour sa racine dans les jardins de campagne. La médecine vétérinaire l’emploie pour établir des sétons aux bestiaux et guérir les chevaux du farcin. Il nous vient de là Suisse. Ses fleurs sont précoces et durent longtemps; ses feuilles pédalées sont d’un vert jaunâtre et forment de grosses touffes.
L’H. PIED-DE-GRIFFON (Pisse-chien, Herbe-au-bœuf), H. fætidus, justifie assez ce dernier nom par sa mauvaise odeur. Il est très-commun sur les coteaux pierreux, ombragés et incultes. Sa tige élevée, ses feuilles bien lisses et presque noires, en segments pédalés, prennent une teinte jaunâtre dans le voisinage de la fleur; plus irrégulière que jolie, celle-ci n’a d’agréable que sa précocité. Les racines du Pied-de-grifion participent aux qualités âcres et purgatives des espèces précédentes. |
L’HELLÉBORINE, Helleborus ou Eranthis hiemalis, offre une jolie fleur jaune assise dans une collerette élégamment découpée. Sa précocité la rend très-propre à orner le dessous des massifs au premier printemps. Au lieu de n’y laisser que la terre nue, comme on le fait trop- souvent, ne vaudrait-il pas mieux les émailler d’'Helléborines, de Galanthines, de Perce-neige, de Corydales, de Scilles et de Primevères, qui viendraient dès le mois de février sourire aux regards et annoncer le retour des beaux jours?