VIERGE. V. MARRUBE
HERBIER. Collection de plantes desséchées, ou pour l'étude et le secours de la mémoire (c’est l’herbier du botaniste), ou pour l'utilité de la médecine et des arts (c’est l’'herbier de l’herboriste et du pharmacien).
L’herbier du botaniste est son plus cher trésor. C'est le fruit de ses travaux, le prix de ses courses lointaines, sa conquête à lui, le long travail de ses mains. Que de souvenirs il puise dans son herbier ! Chaque fleur qu'il revoit est une pensée pour lui. Il se dit : « J'étais là, telle chose m'advint. » Alors on était jeune, léger comme le chamoïs ; on gravissait les Alpes aux sommets sourcilleux. On a vieilli comme les fleurs de son herbier, mais on leur a dû de bien heureux moments, et il est encore si doux de vivre de souvenits !
D'ailleurs, pour un botaniste, l’herbier n'est-il pas un meuble utile, indispensable? On oublie bien vite des amis qu’on ne voit plus. Ayons donc pour nos plantes chéries un plus fidèle dépôt que notre ingrate et fugitive mémoire. Ce dépôt, c’est un herbier, sorte de musée végétal où se trouvent réunis et classés, d’après le système ou la méthode la meilleure, les végétaux que l’on à cueillis. Dans son étroite dimension, il peut offrir les productions les plus diverses; les fleurs de toutes les saisons, les plantes de tous les elimats s'y montrent à la fois comme dans un jardin botanique toujours en rapport, toujours fleuri.
il est vrai que dans un herbier les plantes ne conservent pe cette vie et cette gràce qu’elles avaient dans les champs ;
es couleurs se fanent, les organes se déforment, les reliefs
s’aplatissent, la poussière, l'humidité, la moisissure et les insectes font d’étranges ravages et détruisent souvent en peu de Jours un travail assidu de nombreuses années. Faut-il pour cela ne point faire d’herbier? Non sans doute. Rendons seulement, par quelques soins, cette source de jouissances et d'instructions plus constant et plus durable; un peu de persistance, d'adresse et d'attention suffisent au botaniste pour acquérir et conserver ce trésor.
Qu'il fasse d’abord ample provision de papier bibule ou de vieux in-folios. La plante, cueillie aussi complète que possible (c’est-à-dire avec tous ses organes, fleurs, fruits, feuilles, tige et racine}, préalablement déterminée et point humide, sera soigneusement étendue dans le pli d’une des feuilles de papier. On aura soin de lui donner sa position naturelle et cette gràce qu'elle avait aux champs; aucune feuille, en recouvrant les autres, n’empêchera leur dessicatiorr; les tiges trop épaisses seront aplaties , les rameaux ligneux réduits avec un cani! à leur simple écorce; des pièces de monnaie serviront à assujettir les parties rebelles. Quand tout sera bien disposé, le pli sera rabattu, et une dixaine de feuilles de papier bibule seront mises par dessus comme un épais matelas, pour pomper l'humidité et empêcher qu’elle ne se transmette d’une feuille à l’autre; par dessus, une autre plante également étendue, puis un matelas de papier, puis une plante, et ainsi de suite jusqu'à la dernière. On mettra le tout en presse ou sous une lourde planche également chargée, ou entre les deux rayons d’une presse à deux vis et deux écrous, et l’on ne serrera d’abord que médiocrement.
Trois ou quatre heures suffisent pour donner le pli. On peut alors visiter ses plantes, corriger quelques défauts, remettre le tout en bon ordre ; mais l'important est de hâter la dessication. Plus elle est prompte et mieux les fleurs conservent leur forme et leur couleur. Dès cet instant n’ouvrez plus les feuilles qui contiennent les plantes, mais soyez exact à renouveler tous les jours les eouches de papier qui les séparent; mettez votre presse au soleil, près du feu ou dans un four un peu tiède, et, chaque fois que vous renouvelez les entre-deux, faites faire aux écrous quelques tours de plus. Au bout de quelques jours vos plantes seront sèches; il ne s'agira plus que de les placer dans l’herbier.
Donnez-lui telle longueur que vous voudrez, mais que vos échantillons y soient bien complets. Il conviendrait que chaque plante eût sa feuille; ses couleurs ressortiront aussi toujours mieux sur du papier blanc. Etiquetez avec soin la classe, la famille, la tribu, le genre, l'espèce et la localité; mais toujours, soit que vos plantes restent libres dans leur feuille, soit
que vous les fixiez sur elle par une bandelette de papier gommée d'avance à ses deux bouts, ayez bien soin, pour les préserver des teignes, ptinus et autres insectes, de passer sur elles avec une plume ou un pinceau un légère couche de préservatif (2 gros de camphre et autant de sublimé corrosif dissous dans un litre et demi d’esprit-de-vin, le tout soigneusement bouché et étiqueté comme p@ison dangereux); mettez ensuite toutes les feuilles en ordre, et conservez-les à l’abri de la poussière dans un endroit bien sec.
Par ces précautions, que l'usage enseignera mieux que tous les préceptes, on peut obtenir un herbier assez joli. Pour mieux fixer la couleur des pétales, qui, malgré tous les soins, chAnGe peu à peu dans la plupart des fleurs, on a conseillé de plonger préalablement dans une dissolution d’alun les feuilles destinées à recevoir les fleurs pendant la dessication, ou de faire tremper le bout des tiges, des racines ou des pédoncules dans un verre d’eau qui contiendrait un petit mélange d’alun et de salpêtre.
Il est des plantes, comme les Carduacées, les Liliacées, les Sedum ou plantes grasses, dont la dessication fait le désespoir du botaniste. On fendra adroitement en deux parties la tige épaisse-et les gros réceptacles des premières, et avec une fine aiguille on percera les feuilies et les parties charnues des plantes trop aqueuses, pour faire plus vite évaporer leur suc; quelquefois même on passera à plusieurs reprises un fer chaud sur ces dernières ; surtout on aura bien soin de séparer toutes les plantes à lente dessication de celles qui se des-
sèchent en deux ou trois jours.
On indique un moyen assez ingénieux pour conserver les plantes avec toutes leurs formes et toutes leurs couleurs , mais il est impraticable pour un herbier. C’est de fixer bien droite au milieu d’une caisse la plante que l’on veut dessécher ; on remplit avec du sable bien sec et bien fin tous les vides dè la caisse et de l’entre-deux des feuilles, des fleurs et des pétales. Quand la plante en est toute recouverte, on place la caisse au soleil, dans une étuve ou dans un four chaud de 30 ou 40 degrés; au bout de quelque temps, on enlève le sable, et l’on en retire la plante bien desséchée, mais presque aussi belle qu'elle l'était avant l'opération.
L’herbier de l’herboriste et du pharmacien demande aussi des soins que nous ne pouvons indiquer ici que d’une manière succincte. Ils tendent essentiellement à conserver le plus possible dans les plantes leurs propriétés médicales, tinctoriales ou autres, et ils visent à ne garder de la couleur ou de la forme qu’autant qu’il en faut pour attester que la plante n’est point altérée.
L’herboriste fera donc ses récoltes à l’époque où la vertu des simples a le plus d'action; il recueïllera les fleurs au moment même de leur épanouissement, les fruits quand ils seront mûrs, les feuilles un peu avant qu’elles soient près de tomber, et les racines lorsque la plante, ne végétant plus ou ne poussant pas encore, refoule en elle tous ses principes de vie. Pour les bois, tous les temps sont bons; pour les écorces, c’est en automne et sur les jeunes pousses qu'il les faut récolter. Pour mieux conserver l’arome des plantes, leur dessication doit s’opérer à l'ombre et le plus promptement possible; quelquefois on les lie en petits faisceaux qu’on suspend en l’air, après avoir enveloppé de papier les sommités fleuries. Les racines se coupent par tranches et s’enfilent pour Jes faire sécher près du feu ou au soleil. On ne doit point les laver avant la dessication, mais seulement les essuyer avec un linge rude pour en enlever l’épiderme. Les graines sèches n'ont besoin que de rester étendues quelque temps au greme mais il faut sécher les fruits à la chaleur du four et du soleil.
La conservation détériore toujours plus ou moins les propriétés des simples ; il faut pour certaines fleurs, telles que la Violette, des vaisseaux de verre hermétiquement fermés ; pour d’autres, telles que la Mauve et le Bouillon-blanc, des pots de terre, etc. Malgré ces précautions, il est plusieurs espèces qu'il faut renouveler tous les ans; ce sont les bois qui conservent le plus longtemps leurs vertus usuelles.
HERBORISATION. Promenade, course ou voyage ayant pour but de recueillir les plantes destinées à l'étude ou à la richesse de l’herbier. L’équipage du botaniste en excursion est bientôt prêt : une boîte en fer-blanc, une houlette ou bâton à palette etcrochet pour les déraciner et les saisir, une Flore à tableaux synoptiques, une loupe, un poinçon pour les déterminer, et pour s’armer contre la piqûre des serpents ou des insectes, un flacon d’alcali. Mais combien plus de plaisirs que de dangers attendent le botaniste dans ses innocentes conquêtes! Laissons parler Delille dans l'Homme des champs :
Si vous voulez encore embellir le voyage,
Qu'une troupe d'amis avec vous le partage;
La peine est plus légère et le plaisir plus doux.
Le jour vient, et la troupe arrive au rendez-vous. Ce ne sont point iei de ces guerres barbares,
Où les accents du cor et le bruit des fanfares Epouvantent de loin les hôtes des forêts,
Paissez, jeunes chevreuils, sous vos ombrages frais ; Oiseaux, ne craignez rien : ces chasses innocentes Ont pour objet les fleurs, les arbres et les plantes, Et des prés et des bois, et des champs et des monts, Le portefeuille avide attend déjà les dons.
sait
HÊT 631 On part; l’air du matin, la fraîcheur de l'aurore, Appellent à l’envi les disciples de Flore.
On interroge tout; parmi ces végétaux, Les uns vous sont connus, d’autres vous sont nouveaux ; Vous voyez les premiers avec reconnaissance, Vous voyez les seconds des yeux de l'espérance. Mais le besoin commande : un champêtre repas, Pour ranimer leur force, a suspendu leurs pas; C'est au bord des ruisseaux, des sources, des cascades; Bacchus se rafraîchit dans les caux des naïades. Des arbres pour lambris, pour tableau l'horizon, Les oiseaux pour concert, pour table le gazon, Le laitage, les œufs, l’abricot, la cerise, à Et la fraise des bois que leurs mains ont conquise, Voilà leurs simples mets ; grâce à leurs doux travaux, Leur appétit insulte à tout l’art des Miots.
On fête, on chante Flore et la vieille Cybèle, Eternellement jeune, éternellement belle.
Leurs discours ne sont pas tous ces riens si vantés, Par la mode introduits, par la mode emportés, Mais la grandeur d’un Dieu, mais sa bonté féconde, La nature immortelle et les secrets du monde. La troupe enfin se lève, on vole de nouveau Des bois à la prairie et des champs au coteau, Et, le soir, dans l'herbier, dont les feuilles sont prêtes, Chacun vient en triomphe apporter ses conquêtes.
HERNIAIRE GLABRE. (Herniole, Turquette.) Petite plante rampante, plus importante par son nom que par son éclat et ses propriétés. Depuis Matthiole, on avait avancé qu’elle avait la vertu de guérir les hernies, la morsure des vipères, les maladies des yeux; mais on ne lui reconnait qu'une propriété légèrement astringente, à laquelle on recourt encore quelquefois dans les affections de la vessie. La Turquette croit assez
- abondamment dans les lieux sablonneux. Elle doit son nom à
sa prétendue vertu curative.
HÈTRE. Fagus sylvaticus (du grec phagein, manger). (Fayard.) Cet arbre magnifique, si aimé des Da si SOuvent chanté par Virgile, s'élève à 30 mètres, et se distingue entre tous les arbres forestiers par son feuillage épais et luisant, son tronc droit et élancé, son écorce blanche et lisse. On se plaît à y graver des noms, dont ‘les lettres, en se dilatant, prouvent d’une manière évidente la formation de couches nouvelles entre le bois qu’elles recouvrent et l'écorce qu’elles fendillent et qui ne croit päs.
Tous les terrains, mais surtout le flanc des montagnes, sont propres au Fayard. On le trouve à la mème hauteur
ue le Sapin; mais celui-ci croît au nord, tandis que lui préère le midi. Son bois, moins précieux que le Chène pour la
- grande charpente, parce qu'ilse tourmente trop et est facile-
ment attaqué par les vers, sert beaucoup pour ouvrages meous et légers, tels que tables, meubles, pelles, soufflets, jantes