‹ Etudes des fleurs botanique, élémentaire, descriptive et usuelle (volume 3)Chapitre 25 sur 322 · Prenons pour exemple le majestueux palmier du dé · texte numérisé non relu

Prenons pour exemple le majestueux palmier du dé

(1) De rota, roue.

ÉLÉMENTAIRE. 25 sert, dont le tronc cylindrique, nommé sfipe (1), s'élève uniformément et toujours sans rameaux (fig. 18, 20).

Après la germination, les feuilles se déroulent et déploient sur le collet de la racine un faisceau circulaire. La deuxième année, un second bouquet de feuilles part du centre du premier, et le rejette en dehors. Mais, tandis que l'extrémité de ces feuilles se flétrit, leurs bases, durcies et adhérentes au sommet de la racine, persistent, et constituent, en se soudant, un anneau solide qui forme la base du stipe. La troisième année, un tagisième bouquet de feuilles produit le même effet sur le second, et ainsi, chaque année, se forme un nouvel anneau qui se superpose à ceux qui existaient déjà.

60. Tel est le développement de la tige des monorotylédones. On voit par là 4° que ce développement se fait entièrement par l'intérieur, c’est-à-dire que les parties intérieures sont toujours les plus nouvelles et les plus tendres : de là le nom d'endogènes (2) (croissant par le dedans) donné à ces végétaux. Le stipe, coupé en travers (fig. 18), ne présente pas des zônes régulières et concentriques de bois dur, de bois tendre et d’écorce, au milieu desquelles est un canal renfermant:la-moelle, comme nous le verrons pour les dicotylédones : ici la moelle remplit tout l'intérieur. Les fibres, disposées par faisceaux, s’y trouvent dispersées sans ordre, et en quelque sorte perdues ; l'écorce, ou n'existe pas, ou n’est presque pas distincte des autres parties de la tige.

On voit par là 2° que le séipe des monocotylédones croît très-peu en épaisseur. En effet, le développement latéral ne peut avoir lieu, qu’autant que l'anneau formé par la base persistante des feuilles de l’année précédente ne s’est point encore assez endurci, pour résister à la pression que le nouveau bourgeon tend à opérer sur lui de dedans en dehors ; ce qui n'arrive pas ordinairement. Voilà pourquoi les palmiers, qui atteignent souvent 50 mètres de haut, ont une tige qui a souvent à peine 4 décimètres d'épaisseur.

{1) De stipes, tige, tronc.— (2) "Evèov, en dedans, el yivouut , naître.

On voit par là 3° que le bourgeon terminal est l'agent essentiel de l'augmentation de la tige. Celle-ci périraitssi lon retranchait ce centre de végétation. Dans les monocotylédones, il n’y a donc pas de sève descendante.

Enfin, on voit par là 4 que ces plantes ne peuvent point avoir de véritables ramifications. Si, dans nos. climats, quelques monocotylédones, comme l’asperge, le petit houæ, paraissent avoir des branches, il faut remarquer que les faisceaux de ces rameaux apparents ne parviennent pas au centre de la plante : ils descendent entre l'écorce et la tige, restent isolés de celle-ci, et se comportent comme elle pour leur croissance. C’est toujours leur partie extérieure qui est la plus dure.

b. Dicotyledones.

61. L'étude des plantes dicotylédones nous est plus facile; elle est aussi plus importante, parce qu’elles sont plus nombreuses. Pour bien comprendre leur mode de croissance et la marche qu'y suit la sève, il est nécessaire de connaître d’abord leur conformation. Leur tige se nomme fronc (fig. 47, 1991):

Prenons pour exemple le tronc d'un sapin (fig. 17). Si nous le coupons transversalement, nous verrons au centre un canal qu’on nomme éfui médullaire (1) ; il renferme un petit rouleau de tissu cellulaire sec et blanchâtre : c’est la moelle (m). La moelle est entourée de couches formées de fibres et de vaisseaux fortement enlacés, plus durs et plus foncés vers le centre, plus tendres et plus blancs à l’extérieur. Ces couches se nomment les couches ligneuses (2) : la partie la plus tendre est l'aubier (3) (a); la partie intérieure et la plus dure forme le bois proprement dit (b). Après les couches ligneuses, on trouve l'écorce (é), résultant elle-même de deux couches, l’une intérieure, que l’on nomme léber (4) parce qu’elle est formée

(1) De medulla, moelle, —{2) De lignum, buis. — {3) D'albus, blanc — (4) De hiber, écorce.

de minces feuillets se détachant les uns des autres, et l’autre extérieure. Celle-ci se compose de Pépiderme (1), pellicule qui recouvre toutes les parties du végétal, de l'enveloppe herbacée, lame de tissu cellulaire, le plus souvent verte, située au dessous de l'épiderme, et de couches corticales (2) qu’il est ordinairement difficile de distinguer d’avec le Ziber, sur lequel elles sont appliquées. Une foule de rayons blanchâtres, nommés rayons médullaires, unissent le centre ou la moelle avec la circonférence. Telle est l’anatomie du tronc dans les arbres dicotylédonés. ©

Cela-posé, examinons le mode d’après lequel la sève y circule.

62. En colorant l’eau que pompent les racines, on a reconnu que la sève monte par les vaisseaux de l’étui médullaire. Arrivée au sommet, et modifiée à la surface des feuilles par le contact de l'air, elle se convertit en cambium, et redescend en dehors de ces mêmes vaisseaux, entre le bois et écorce. Là, elle forme deux couches, l’une qui, se joignant à l’écorce, ajoute au Liber un nouveau feuillet ; l’autre qui s’attache au bois, et l’augmente ainsi d’un anneau concentrique. Quand l’arbre devient grand, la sève abandonne peu à peu les vaisseaux oblitérés de l’intérieur, qui devient alors cœur de bois ou bois dur, et elle ne circule plus que dans les nouveaux étuis, qui forment le bois blanc où aubier. De là leur différence de dureté et de couleur, si sensible dans l’ébéne, où laubier est d’un beau blanc, et le cœur du bois d’un superbe noir.

Cette théorie, vérifiée par l'expérience, explique parfaitement l’accroissement des arbres dicotylédonés, soit en grosseur, soit en hauteur.

63. ACCROISSEMENT EN GROSSEUR. — Elle résulte peu à peu, comme nous venons de le voir, d’une nouvelle couche de bois produite sous l'écorce par une partie du cambium qui se solidifie. L’aubier formé l’année précédente acquiert plus de densité et se change en bois dur. Quant au Liber, il

(1) D'ért-Gépua, sur la peau. — (2) Cortex, écorce.

n’éprouve aucune transformation; seulement, il se dilate et s’aceroit par sa face interne d’un mince feuillet au EN d’une partie du cambium.

64. ACCROISSEMENT EN HAUTEUR. — Quand la germination est faite, et que les feuilles séminales sont, hors dé terre, la première couche de cambium s'organise et, forme un premier cône, lequel est composé des parois de l’éfui médullaire venfermant la moelle, et est terminé par un bourgeon. Vers Fautomne, quand cette couche est changée en liber et:ensaubier, son accroissement s'arrête. Quand, au retour du printemps, la végétation recommence, les sues nourriciérs et la-sèvet dont la plante est imbibée vivifient le bourgeon terminal, du centre duquel s'élève une jeune pousse, qui éprouve dans son. développement les mêmes phénomènes que la première. A cette seconde en succède une troisième qui, l’année suivante, est surmontée d’une quatrième, et ainsi successivement. 2

65. On voit par là que le tronc est formé. d’une suite de cônes allongés dont le sommet est en haut, et qui s’emboîtent les uns dans les autres. Le sommet du cône le plus intérieur, qui est le plus ancien, s’arrête à la base de la seconde pousse, et ainsi des autres, en sorte que ce n’est qu'en bas du tronc qu'on trouve autant de couches ligneuses que la plante a d'années. Ces couches n’ont pas toutes la mème épaisseur ; on à remarqué qu'elles sont d'autant plus minces que le cône est plus allongé. Du reste, un accident, une. maladie, une saison plus ou moins favorable peuvent modifier leur développement. On à également observé que leur épaisseur n'est souvent pas la même dans toute leur circon‘érence. Mais comme la plus grande épaisseur correspond constamment au côté où se trouvent les racines les plus considérables, elle résulte évidemment de la nourriture plus abondante que cellesci vont puiser dans la terre. C’est ainsi que, dans les arbres placés sur la lisière des forêts, les couclies ligneuses sont toujours plus épaisses du côté extérieur, parce que, de ce côté, les racines, n’éprouvant pas d'obstacles, y prennent un développement considérable.

66. Chaque rameau, chaque ramuscule des arbres dicotylédones s'accroît en hauteur et en largeur, de la même manière que le tronc principal.

67: 1Cette théorie explique comment ‘un vieux tronc de saule où de châtaignier peut être entièrement creux à l’intérieur-et ne recevoir la vié que par une mince lame de bois et d'écorce ; comment on peut compter les années d’un sapin par le-nombre des anneaux superposés à sa moelle vers sa base ; comment la tige et les rameaux d’un arbre dicotylédoné sont beaucoup moins gros en haut qu’en bas ; comment, enfin, toutes ces plantes, qui-offrent les mêmes phénomènes, quoique moins distincts quand elles ne sont qu'herbacées, ont reçu le nom d'exogènes (4), c’est-à-dire croissant par le dehors.

Sur les lois de la physique végétale que nous venons d’exposer sont fondés quelques procédés pour là multiplication artificielle des végétaux. Ces procédés sont la marcotte, la bouture et la greffe. On les trouvera décrits au dictionnaire.

QUESTIONNAIRE

Comment la sève circule-t-elle dans les plantes cellulaires ? — Dans les plantes vasculaires monocotylédonées ? — Quel est leur mode de crois- ‘sance ?=— D'où vient qu'on les nomme endogènes ? — Quelle est l'anatomie, d'un, stipe de: palmier: coupé transrersalement ?— Quelle est celle d'un tronc d'arbre dicotylédoné ? — Qu’'entend-on par moelle, étui médullaire, bois dur, aubier, liber, enveloppe herbacée, épiderme, écorce ? — Quelle est la marche de la’ sève dans les arbres dicotylédônés ?-— Comment croissent-ils en grosseur, en hauteur ? — Cumment compter les années d'un sapin? — Pourquoi le nom d'exogène donné à toutes les plantes dicotylédonées ?

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