‹ Études d’hygiène publique (volume 2)Chapitre 5 sur 12 · LA VARIOLE · texte numérisé non relu

LA VARIOLE

Mesures prophylactiques à prendre. — Revaccinations dans les écoles municipales .

Monsieur le Préfet, j'ai l'honneur de vous adresser le rapport sur les « revaccinations dans les écoles municipales » que vous m'avez chargé de présenter au Conseil d'hygiène, conformément à une demande de M. le Préfet de la Seine (1).

La diminution de la variole dans les quinze premières années qui suivirent la découverte et la dilTusion de la vaccine fut tellement prononcée qu'on pùt espérer un instant la disparition rapide et définitive du terrible fléau. Grâce à cette idée, des administrations, et un grand nombre de sociétés particulières déployèrent un zèle au-dessus de tout éloge pour vulgariser et répandre la découverte de Jenner, contre laquelle il existait à ce moment d'inexplicables préjugés dans les classes populaires de presque tous les pays d'Europe.

L'une des meilleures mesures que l'on ait prise a étél'exi' gence d'un certificat de vaccination pour l'entrée des crèches, des salles d'asile et des écoles.

Malgré tout les espérances du début ne se sont pas réalisées, la variole diminue dans une sérieuse proportion, mais elle n'a pas disparu complètement. Cette persistance tient à deux causes : 1" A ce qu'un certain nombre d'individus ne

(1) Séance du 10 juillet 1891.

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sont jamais vaccines ; 2° A ce que beaucoup d'autres ne se font pas revacciner lorsque l'immunité conférée par une première vaccination n'existe plus depuis longtemps.

Les statistiques démontrent que les épidémies de variole fi'appent surtout des vieillards, des adultes et même des enfants de 8 à 'J5 ans ; il est rare que des sujets moins âgés, déjà vaccinés, soient atteints. Si l'on voulait arriver à diminuer d'une façon très considérable le nombre des cas annuels de variole en France, à prévenir les épidémies, il faudrait faire accepter par toute la population cette idée que l'immunité conférée n'est que temporaii'e (1), et que le seul moyen d'échapper sûrement à la contagion, c'est de se soumettre à des revaccinations périodiques.

A l'heure actuelle l'obligation de la revaccination et même de la vaccination n'est pas inscrite dans la loi ; il n'est même pas possible de prévoir le jour où elle le sera, car chaque fois qu'il en est question soit à l'Académie de médecine, soit dans les journaux il y a des protestations au nom de la liberté individuelle ; on émet même sérieusement des doutes sur la légitimité et l'efficacité des mesures proposées.

En présence de cette regrettable opposition, les gouvernements successifs, qui croyaient rencontrer l'unanimité absolue dans le corps médical et le public à propos d'une mesure hygiénique de cette importance, ont hésité et prescrit de nouvelles enquêtes. Les administrations, maîtresses de leur règlement intérieur et de leur discipline, ont appliqué chez elles des mesures qu'aucune loi n'autorise à prendre pour toute la population.

La diminution de la variole à Paris a été probablement la

(1) Consulter l'intéressante communication de M. Hervieux à l'Acad. tnéd., Séance du 28 mars 1890 {Bull, de VAcad., p. 326).

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conséquence de ces mesures ; le nombre des cas qui avait été de 227 en 1887, est tombé à 'J6'l en 1888, à 75 en 1889 et à 71 en 1890.

Le chiffre des revaccinations dans les hôpitaux a été exactement de 36.502 en 1889 et de 35.128 en 1890 ; dans les lycées et collèges, il a été environ de 20 en 1889 et de 30.000 en 1890. A Paris, ] es compagnies des chemins de fer de FEst, de Paris-Lyon-Méditerranée, la Compagnie du gaz, l'Administration des pompes funèbres ont établi la revaccination obligatoire pour leurs employés.

On ne saurait donc trop féUciter l'Administration municipale d'avoir adopté, pour ses écoles, il y a déjà quelques années, des mesures analogues.

L'article 2 du règlement actuellement en vigueur dans les écoles du département de la Seine dit :

« Lorsque l'enfant aura atteint sa 10° année, il devra, pour être maintenu dans l'école, être révacciné par les soins d'un médecin attaché à l'école et délégué à cet effet par l'Administration scolaire ».

Ce texte est formel ; il rend dans les établissements ihdiqués la revaccination obligatoire. L'adOptioh de cette disposition est trop récente pour qu'il ne reste pas encore, quelques incertitudes à propos du mode d'application.

« Afin d'en assurer l'efficacité, disait dans sa lettre M. le Préfet de la Seine, et de faire en sorte qu'il n'en résulte aucun danger pour la san^é des enfants, il me parait indispensable que l'Administration municipale reçoive à ce sujet des instructions précises et techniques sur les conditions

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dans lesquelles l'opération doit être faite, sur les précautions dont elle doit être entourée, et enfin sur l'époque à laquelle elle doit être elTectuée de préférence ».

Pour faire les revaccinations dans les conditions d'innocuité et d'efficacité demandées par M. le préfet de la Seine, il suffirait, je crois :

1° D'employer exclusivement le vaccin animal, conformément aux conclusions du rapport de M. Lancereaux, adoptées par le Conseil dans la séance du 26 décembre

On choisira pour la culture du vaccin des génisses robustes et absolument saines, et on prendra des précautions aseptiques rigoureuses.

2° 11 sera bon d'adopter le procédé employé déjà à l'Académie de médecine et dans les services de l'Assistance publique, de faire l'inoculation directe de la génisse aux enfants ; la vaccination ainsi faite réussit toujours mieux.

3° De prendre pour cette petite opération toutes les précautions antiseptiques usitées en chirurgie et consistant surtout:

a) A laver préalablement à l'eau boriquée le bras à vacciner ;

b) A tremper, avant chaque re vaccination, la lancette dont on va se servir dans une solution antiseptique (1).

l\° Faire examiner les enfants à revacciner par les médecins-inspecteurs des écoles, qui verront s'ils ne sont pas

(1) On emploieactuellement dans les hôpitaux une solution d'oxycyanure de mercure à l partie pour 1, 500, C'est un antiseptique puissant qui attaque peu l'acier et qiii n'altère pas d'une façon sensible le tranchant des instruments.

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