LA VARIOLE
aLtcints de dermatoses, telles que l'eczéma et l'impétigo, exposant à la généralisation de la vaccine.
5° Revacciner tous les enfants de 10 ans.
La statistique a démontré que la variole est très-rare chez les enfants vaccinés qui n'ont pas atteint la dixième année ; qu'elle l'est moins chez les enfants de 10 à 15 ans.
Depuis l'adoption de l'article cité plus haut, on a fait 30.000 revaccinations dans les écoles de la Seine chez des enfants de 10 ans et au-dessus ; la proportion des succès a été de 15 k 25 0/0 ; c'est la meilleure preuve qu'on peut donner de l'utilité et de la légitimité de la revaccination k cet âge.
Q° Les revaccinations se feront à la rentrée.
La rapidité du développement de la pustule est en quelque sorte directement proportionnelle à la température ambiante ; elle est donc plus marquée en été qu'en hiver, mais, malgré cela, la vaccine peut être efficace en toute saison.
Aucune époque de l'année ne semble prédisposer aux troubles généi'aux. Si j'insiste sur la nécessité de revacciner à la rentrée, c'est qu'à ce moment il arrive plus de nouveaux élèves qu'à un autre ; qu'il y a, par conséquent, plus d'individus sans immunité et plus de chance d'introduction du virus variolique.
Dès l'instant qu'une mesure d'hygiène publique a été adoptée, il est rationnel et juste de l'appliquer aussitôt qu'on le peut ; l'instant indiquépour les écoles, c'est le jour même où elles reçoivent la plus grande partie de la population enfantine qu'elles auront pondant l'année.
LA STOMATITE ULCÉRO-MEMBRANEUSE
Epidémie dans un pensionnat. — La maladie est manifeslement contagieuse. — D'où venait le premier cas? — Mesures prophylactiques (1).
Chargé le 9 févi'ier dernier, d'étudier la gravité et les origines d'une épidémie de stomatite ulcéro-membraneuse qui venait de se déclarer dans un orphelinat situé à Neuilly, 3, rue Basse-do-Longchamps, voici ce que j'ai appris.
Jusqu'au 28 janvier, l'état sanitaire avait été excellent dans cette maison qui est bien située, bien tenue et renferme d'habitude une cinquantaine d'enfants.
Ce jour-là, une fillette de six ans présente une odeur fétide de l'haleine avec salivation abondante et gonflement de la joue droite ; le lendemain une autre est prise exactement de la même manière. On les amène toutes les deux dans mon service, à l'hôpital des Enfants-Malades, rue de Sèvres, où elles ont été traitées. Cette mesure, à l'aide de laquelle on espérait couper le mal dans sa racine, n'atteignit pas cet heureux résultat. Dans les cinq jours qui suivirent, six autres enfants furent prises. Lors de naa visite de l'orphelinat, le 10 février, je pus constater chez toutes l'existence de stomatites ulcéro-membraneuses à différentes périodes d'évolution.
(1) Lu dans la séance du 29 mai 1891.
J'ai noté les symptômes suivants chez les deux malades reçues et traitées dans mes salles.
La première était robuste et vigoureuse. Enlui faisant ouvrir la bouche, on découvrait : 1° une ulcération à fond grisâtre sur le bord droit de la langue ; 2° une seconde ulcération du même côté, sur la face interne de la joué droite, commençant à la commissure labiale et s'étendant à 3 centimètres en arrière ; 3° une ulcération à fond rougeâtre, sur la gencive de l'arcade alvéolaire inférieure correspondant aux petites molaires du côté droit. -Toutes les dents de la mâchoire inférieure sont ébranlées et déchaussées ; les ganglions sous-maxillaires des deux côtés sont tuméfiés et douloureux.
La seconde malade présente à peu près les mêmes phénomènes. Chez elle, les ulcérations siègent à la face interne de la lèvre inférieure et des joues ; de plus cette enfant, qui est d'apparence chétive, se plaint d'une douleur intrabuccale assez vive, entravant la mastication, et notablement aggravée par le froid et par le chaud.
Les autres fillettes restées à l'orphelinat ont présenté les mêmes symptômes ; fétidité de la bouche, salivation exagérée, ulcérations grisâtres de diftérents sièges, adénopathie sous-maxillaire. La religieuse qui a soigné plusieurs d'entre elles a cru remarquer que la maladie avait commencé sur la langue par une sorte de bouton.
Elle fut bénigne et disparut sans laisser de trace après 8 à 12 jours ; le traitement consista dans l'administration de 2 ou 3 grammes de chlorate de potasse à l'intérieur suivant l'âge.
Il fut facile de reconnaître immédiatement la vraie nature du mal et de découvrir la manière dont il s'était propagé.
LA STOMATITE ULCÉRO-MEMBRANEUSE à\}
On avait affaire à une affection relativement fréquente des internats, des casernes, des maisons de détention, qu'on appelle la stomatite ulcéro-membraneuse ; il suffisait de constater les phénomènes objectifs pour que le diagnostic fût fait.
A partir du moment où cette stomatite est entrée dans l'orphelinat, elle s'estpropagéepar contagion directe, c'està-dire par le passage des germes pathogènes d'un sujet à un autre. Le mode d'invasion, la cessation rapide de l'épidémie à la suite de mesures très simples d'isolement me paraissent le démontrer.
Il est difficile au juste de dire comment s'est faite la contagion ; est-ce par l'atmosphère ambiante, par contact direct, par les objets servant dans l'aUmentation? Je n'oserais affirmer qu'une seule cause a été effective à l'exclusion des autres. On sait combien les enfants de cet âge sont affectueux ; le règlement leur interdit les baisers, l'échange des cuillers, des fourchettes, des timbales ; malheureusement les surveillantes ne sont pas toujours là, et il est des règlements scolaires comme des mesures de police : le nombre des infractions est inversement proportionnel au nombre des agents chargés de les faire exécuter.
Je serais disposé à accorder la plus forte part aux échanges de timbales et de couverts. Depuis qu'on a supprimé dans l'armée l'usage de la gamelle en commun, les épidémies de stomatite ulcéro-membraneuse sont devenues plus rares. On en a vu dans des chambrées où plusieurs hommes avaient bu à une même cruche. Qu'importe, du reste, le mode de contamination ! Un point me paraît indiscutable c'est que la maladie a été propagée dans la maison par la fillette touchée la première. Où et comment T avait-elle prise?
ÉTUDES d'hygiène PUBLIQUE
Je me suis posé cette question sans pouvoir y répondre complètement. Il y a vingt à vingt-cinq ans, on eût été plus affirmatif ; à chaque instant, dans les monographies on voit revenir les mots : encombrement, aération défectueuse, nourriture insuffisante, misère physiologique etc. Il semblait que si ces conditions se trouvaient réunies, ne fut-ce qu'une minute, l'épidémie éclatait comme un coup de foudre.
Nous n'avons plus la même conception des maladies infectieuses et nous admettons qu'elles ne se produiront jamais, si favorables que soit au développement des germes pathogènes les conditions du milieu ambiant, si ces germes n'existent pas. D'où venaient ceux qui ont contaminé l'orphelinat de Neuilly ?
Il n'existait aucune épidémie dans le voisinage ; il était impossible d'incriminer le lait puisqu'on n'en buvait jamais, m'a-t-on dit, dans l'établissement ; tout ce que j'ai pu apprendre, c'est que parmi les enfants venus du dehors en visite, un avait la mâchoire inférieure entourée d'un mouchoir. Etait-ce pour une affection de la muqueuse buccale ou une fluxion dentaire? Personne ne le savait. La maladie est venue du dehors, j'ignore par quelle voie.
C'est une affection spécifique produite par le dépôt de la végétation de micro-organismes pathogènes sur la muqueuse buccale. Les conditions du développement, le mode de propagation, les phénomènes cliniques eux-mêmes l'indiquent. Les recherches bactériologiques faites jusqu'à ce jour, sans être décisives, sont en faveur de la même idée. M. Pasteur frappé par l'abondance des spirilles rencontrées à la surface des ulcérations, crut un instant que ces spirilles étaient les véritables germes pathogènes ; les cultures réussirent,
LA STOMATITE ULCÉRO-MEMBRANEUSE 41
mais les tentatives d'inoculation sur des lapins échouèrent.
MM. Jules Bergeron et Netter sont arrivés aux mêmes résultats ; ils ont vu de nombreux parasites à la surface des ulcérations ; les inoculations n'ont rien donné. Plus récemment Friihwald aurait trouvé un bacille particulier qu'il a pu cultiver; les cultures répandaient une odeur fétide analogue à celle de l'haleine des malades. Deux soui'is furent inoculées ; l'une succomba après deux heures, l'autre après 6, L'inoculation faite directement sua la gencive de deux lapins produisit des foyers de rougeur sans ulcération.
Ces recherches sont encore peu décisives.
La stomatite ulcéro- membraneuse est contagieuse et, comme toutes les maladies du même ordre, elle menace particulièrement les individus à prédispositions locales.
Ces notions dominent toute la prophylaxie. Un individu, enfant ou adulte, en est atteint, il se trouve dans un milieu renfermant beaucoup de gens à peu près du même âge que lui ; les conditions sont excellentes pour le passage des micro-organismes de sujet à sujet. Puisque nous ne savons, pas comment et quand a lieu ce passage, nous n'avons qu'une chose à faire : isoler dès que la maladie est reconnue; plus l'isolement sera précoce, plus on aura de chance de prévenir la diffusion.
Une hygiène buccale bien comprise me semble également utile : collutoires fréquents, alcalins ou acides suivant l'état de la salive, enlèvement du tartre s'il y en a, soins du système dentaire, à cela se résume la pophylaxie individuelle.
LA STOMATITE APHTEUSE
Cas nombreux aux Enfants-Malades dans le cours des mois de novembre et décembre 1890. — Les malades viennent de quartiers dont les vacheries sont très éprouvées par la fièvre aplUcuse. — Rapport étiologique des deux maladies (1).
Au cours des mois de novembre et de décembre 1890, j'ai eu l'occasion d'observer dans mon service, à l'hôpital de la rue de Sèvres, plus d'enfants atteints de stomatite aphteuse que je n'en observe d'habitude.
Les petits malades venaient de la rue Saint-Jacques, de la rue d'Allemagne, de Levallois-Perret et Boulogne-sur- Seine. A ce moment la lièvre aphteuse sévissait sur les bêtes à cornes des environs de Paris, surtout du côté de Boulogne-sur-Seine. Les données statistiques suivantes qui, m'ont été obligeamment fournies par M. Bezançon sont instructives.
Du 17 au 30 novembre :
6 vacheries ont été contaminées à Boulogne-sur-Seine. Du 2 décembre au 5 janvier 1891 :
1 a été envahie à Bobigny ;
1 à Boulogne ;
2 à Levallois-Perret ;
6 à Paris (rue Saint-Sébastien, rue Cardinet, rue d'Allemagne, rue Nicollct, rue de Flandre, rue Saint-Jacques.
(1) Lu dans la séance du 2 octobre 18'Jl.
■'l-i ÉTUDES d'hygiène PDBLI<3UE
Un bon nombre de mes malades venaient des quartiers indiqués. Trois de ces enfants amenés de Boulogne avaient été alimentés avec le lait des vaches contaminées. Chez deux autres, dont les parents habitaient la rue Saint-Jacques, la même particularité fut relevée. J'ai vu dans ces faits la confirmation d'une opinion émise, il y a près d'un siècle, oubliée, puis~ défendue de nouveau énergiquement depuis quelques années, à savoir : que le lait de vaches et de chèvres atteintes de fièvre aphteuse peut produire une stomatite aphteuse chez les personnes qui le boivent. Je me propose d'insister un peu sur ce point.
Certains médecins d'enfants déclarent la transmissibilité des aphtes extrêmement douteuse. Bohn (1) qui a traité la question dans une encyclopédie allemande estimée, la nie d'une manière formelle. Pour lui tous les cas cités ne représentent que des coïncidences ; il ne mentionne pas la propagation de la maladie de l'espèce bovine à l'espèce humaine.
La stomatite et sa lésion caractéristique, l'aphte, sont encore pour la plupart des pathologistes, le résultat d'une éruption herpétique ou d'une irritation locale, soit mécanique, soit chimique. Je ne veux pas rejeter cette étiologie, car il existe probablement des phlegmasies de la muqueuse buccale, accompagnées d'éruptions aphteuses de différentes espèces, mais parmi elles il y en a certainement une de nature infectieuse qui tient à l'absorption du lait de vaches affectées de fièvre aphteuse.
C'est en 1764 que le fait fut signalé pour la première fois,
(1) Stomatitis aphthosa in Gerhardt Handbuch der Kinderhrankeiten, 4' Bd., 2« abth., p. 32.
LA STOMATITE APHTEUSE 'iO
par un médecin occupant un modeste poste administratif en Moravie; il s'appelait Sagar.
Toutes les vaches d'im couvent de bénédictins furent atteintes de fièvre aphteuse. Les moines, dont le lait constituait en grande partie l'alimentation, furent pris d'une affection fébrile, avec éruption confluente dans la bouche ; Sagar n'hésita pas à la rattacher à l'usage du lait des vaches infectées.
Ce fait, relaté dans une petite monographie écrite en latin, fut oublié pendant soixante ans ; on n'en parla qu'après une expérience décisive faite en 183/i par trois vétérinaires prussiens, Hertwig, Mann et Yillain ; ils burent volontairement dulaitdevaches atteintes d'une maladie épizootique régnante (la cocotte) et tous trois furent atteints après une courte incubation, de la fièvre et de l'éruption caractéristiques.
Les observations, les discussions, les expériences ont été rappelées dans deux travaux récents : une monographie faite par un dentiste de Paris, M. le docteur David (1) et un article sur les épizooties dû à MM. Nocard et Leclainche (2).
Le 3 avril dernier, M. Nocard est revenu sur cette question au Conseil d'hygiène à propos des conditions dans lesquelles on peut autoriser la vente des issues (langues et pieds) provenant des animaux atteints de cocotte.
Aux faits rapportés, je puis en ajouter un autre qui m'a été communiqué par un de nos regrettés collègues, M. Goubaux. Sa nièce habitant la province le prévint qu'un de ses enfants élevé au biberon avait une éruption aphteuse confluente dans la bouche. M. Goubaux écrivit au vétérinaire de la localité pour être renseigné sur l'état de la vache qui
(1) La stomatite aphteuse et son origine. Arch. gén. de méd., IbST.
(2) Encyclopédie d'hygiène et de médecine publique, t. I, chap. VI.
fournissait le lait; elle était atteinte de fièvre aphteuse. Plusieurs autres enfants furent contaminés à la même source.
M. Chauveau rappelait au dernier congrès international d'hygiène de Londres un fait qu'il a observé, il y a quelques années, dans un pensionnat de Lyon. Les élèves prenaient tous les matins du lait provenant d'une ferme voisine ; les vaches furent attaquées de fièvre aphteuse et présentèrent une éruption des trayons que l'on prit pour du cowpox. La plupart des jeunes filles qui buvaient le lait non bouilli eurent une éruption labiale vésiculeuse.
Dans un travail publié en 1888, Franckel se rallia franchement à l'opinion de ceux qui croient à la transmission par le lait ; il rapporta quatre nouvelles observations catégoriques recueillies chez l'adulte et chez l'enfant. Depuis lors, Weisenberg a défendu la même idée. Au mois d'octobre 1889, un des enfants de ce médecin se réveilla un matin dans un état de malaise un peu inquiétant ; il se plaignait de céphalalgie, de douleur dans les membres^ d'un prurit violent, d'une fatigue générale et d'une soif intense. Dans la journée, T. 39o5, vomissements, diarrhée, frissons, tête brûlante, extrémités froides, langue saburrale, haleine fétide, rougeur et chaleur de la muqueuse buccale, pas d'éruption cutanée. La fièvre cesse au bout de trois jours et la rémission est suivie d'une éruption de vésicules blanchâtres sur la face interne des lèvres, la muqueuse génienne, les bords et la pointe de la langue. Plus tard, de nouvelles vésicules se montrent aux commissures labiales, sur la ûicc intérieure de l'avant-bras, sur les doigts.
Les vésicules sont disposées comme une rangée de perles ; leur volume varie depuis celui d'une tète d'épingle à celui d'un pois ; leur contenu, d'abord clair et séreux, se troubla
LA STOMATITE APHTEUSE
par la suite. Les vésicules des mains ont l'aspect de petites phlyctènes ; les lèvres gonflées etdilïormes se renversaient en dehors ; leurs mouvements étaient très-douloureux; salivation profuse, anorexie complète. Les vésicules se rompirent au bout de deux jours et il resta des surfaces érodées et saignantes très-douloureuses qui se comblèrent spontanément.
L'origine de cette affection n'a pas été nettement déterminée ; cependant Weisenberg fait observer :
i° Que le frère de cet enfant qui ne buvait pas de lait n'eut absolument rien ;
2° Que le lait consommé à l'époque de la maladie avait une saveur insolite ;
3" Que la fièvre aphteuse sévissait à ce moment dans la plupart des vacheries de BerUn.
Sur 5,876 enfants malades traités à sa policlinique, Monti a eu 587 cas de stomatite aphteuse à peu près également répartis d'après les sexes ; les chiffres suivants donnent les proportions d'après les âges (1).
Enfants au-dessous de 6
mois . . .
— cà 8
an ... .
— de 2 à 3
ans. . . .
A reporter . . .
. Zi65
(1) Mtiologie und Pathogenese der stomaliles aphtosa. (Arcliiv. fur Kinderk ; 1891.)
ÉTUDES d'hYGYÈNE PUBLIQUE
Enfants de 3 à — de II à
Report
/i ans
de
de 6 à de 9 cà 14
Total.
hb
Le plus grand nombre des cas (359) a été observé chez des enfants de moins de deux ans, il y en a eu 106 de 2 à 3 ans, puis à partir de cet âge la fréquence a diminué. M. Monti n'a pas insisté sur ce fait ; il me paraît démontrer que la prédisposition maximum correspond h l'âge où le lait de vache entre pour la plus grande part dans l'alimentation.
L'auteur croit que la maladie se transmet seulement d'individu à individu ; c'est possible. M. Chaumier a publié il y a quelques années, quatre observations qui paraissent le prouver. Cette, notion mise à part, M. Monti en est toujours à l'étiologie couramment acceptée; il admet que la stomatite aptheuse peut être due au long séjour des matières alimentaires dans la bouche, à l'altération des sécrétions, à la production d'une substance toxique irritant la muqueuse, etc. J'ai dit ce que je pensais à cet égard ; mais de ce qu'il existe des stomatites aptheuses d'origines diverses, on ne peut pas tenir pour non avenus les faits authentiques et singulièrement probants qui montrent le passage de la maladie de l'espèce bovine à l'homme.
On ne sait pas quelle est à Paris la fréquence de ces contaminations ; le plus souvent, les enquêtes et les informations font défaut. Probablement elles ont lieu seulement dans
LA STOMATITÈ APHTEUSE
le cas où le pis des vaches est intéressé, où le lait estmélangé, lors de la mulsion, au contenu des vésicules aptheuses.
Il est difficile de ne pas admettre qu'une maladie transmissible est d'origine parasitaire, mais il est également difficile, à propos de la fièvre aphteuse, de soupçonner quel peut être le parasite. Frankel a trouvé le staphylococcus pyogenes citreus de Passet et le staphylococcus de Rosenbach ; ni l'un ni l'autre n'ont rien de spécifique.
Est-il nécessaire de se préoccuper d'une phlegmasie locale, qui n'a peut-être pas plus de gravité que l'herpès des lèvres ? Est-on bien autorisé à demander et à provoquer la mise en vigueur de mesures prophylactiques ? Je le croîs. Inutile d'aborder la question de protection économique et de police vétérinaire, elle est résolue. Chez l'homme, chez l'enfant en particulier, la bénignité n'est ni absolue, ni constante. Parfois la vie a été compromise, parfois les malades ontsuccombé. Demme a rapporté un cas de mort et Frankel en a cité 3 sur k observations. Rien ne dit que, dans des conditions que nous ne connaissons pas la maladie ne présentera point une gravité qu'il est difficile de soupçonner aujourd'hui. Il me paraît donc utile de prendre des précautions très simples, mais qui seront sûrement efficaces, si on les applique à temps.
Admettons que la fièvre aplheuse se soit développée malgré les règlements de police sanitaire. Dans une crèche, dans un pensionnat, on s'aperçoit que 2, 8, li, 5 enfants sont pris, n'y a-t-il rien à faire ? Peu de chose : tcâcher qu'ils ne se communiquent pas le mal les uns aux autres ; la prophylaxie est dans ce cas la même que pour toutes les maladies contagieuses. Les directeurs n'ont pas besoin de
ÉTUDES d'hygiène PUBLIQUE
pousser une investigation du côté des vacheries où ils prennent leur lait. Les recherches de cette nature faites par les particuliers ne donnent jamais que des résultats négatifs. Qu'ils changent de vacherie ou fassent bouillir le lait, c'est plus simple.
GONJONCïlVITE ÉPIDÉMIQUE
Epidémie de conjonctivite muco-purulente dans une crèche. — Importance des mesures prophylactiques.
Chargé de procéder à une enquête au sujet d'une épidémie de conjonctivite muco-purulente à la crèche municipale de Pantin j'ai présenté au Conseil d'hygiène et de salubrité le rapport suivant dont les conclusions ont été adoptées dans la séance du 22 janvier 1892.
Cette crèche, ouverte seulement au mois de juillet 1891, grâce à l'initiative du maire de la commune, M. Pella, ne laisse rien à désirer au point de vue de l'hygiène ; elle contient hO berceaux, qui ne sont pas toujours occupés. Les seuls admis sont des enfants encore au maillot ou ne dépassant pas quatre ans.
Un enfant de 22 mois, atteint d'une conjonctivite catarrhale, est admis le l^' septembre dernier sans hésitation, tant son affection oculaire semblait légère.
Celle-ci ne resta pas isolée ; les autres enfants furent successivement atteints. Ces cas furent heureusement bénins ; il n'y eut le plus souvent qu'un peu de rougeur conjonctivale accompagnée d'une sécrétion muco-purulente peuabonbante ; dans aucun cas il n'y eut de granulations ; les enfants étaient pris au bout de 3 ou li jours. Il n'y eut pas de rechute ; pas une des petites filles de la crèche n'avait de leucorrhée ; la santé générale n'a jamais été troublée ; les
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enfants marchaient, jouaient comme d'habitude ; tous les malades furent soignés à la crèche. Leur affection dura de une à trois semaines.
Au moment du jour de l'an le docteur Regnard, médecin de la crèche, fit faire une désinfection complète ; les murs, les bancs, les tables furent lavés avec une solution de sublimé ; la Hterie fut portée dans une étuve à désinfection. Il n'y a pas eu de nouveaux cas, mais s'il s'en présentait, il faudrait fermer la crèche et n'admettre de nouveaux enfants qu'après examen préalable des yeux (1).
L'origine de l'épidémie a été une conjonctivite catarrhale bénigne ; je crois qu'il serait imprudent de compter qu'à l'avenir la maladie restera, comme cette fois, constamment bénigne ; les renseignements que j'ai recueillis m'ont appris que les conjonctivites catarrhale et purulente ne sont pas rares à Pantin chez les jeunes enfants ; il faudra veiller à ce qu'elles n'entrent plus désormais à la crèche.
Pour les enfants qui marchent, la transmission a lieu directement par les mains ; pour les jeunes on est obligé d'admettre ou un défaut de propreté des linges ou un défaut de soin des nourrices ; l'agent contagieux siège probablement dans les excréta humides et desséchés et il peut, à un certain moment au moins, être transporté par l'atmosphère.
Les conjonctivites catarrhales, purulentes, granuleuses, sont des maladies transmissibles dont il est indispensable de combattre la diffusion. Pour cela, il faut:
1° Fermer la crèche, l'asile ou l'école et ne les rouvrir qu'après la désinfection complète et méthodique des locaux et de leur mobilier ;
(1) A la fin du mois de janvier M. le Reguard voulut bien m'avertir que toute trace d'épidémie avait disparu.
CONJONCTIVITE ÉPIDÉMIQUE S3
1" Isoler les enfants atteints, soit dans leur famille^ soit dans des hôpitaux ad hoc ; il est bon de surveiller pendant quelques jours les enfants qui ne semblent pas contaminés ; les linges et les objets de toilette seront passés à l'étuve à désinfection ;
3° On examinera soigneusement les enfants que les parents veulent faire recevoir à la crèche, et on n'admettra ceux qui ont mal aux yeux qu'après leur guérison complète.
LA TUBERCULOSE
La tuberculose et les habitations ouvrières. — Les locaux dans lesquels ont vécu ou sont morts des phtisiques sont des foyers d'infection. — Nécessité de les désinfecter.
La tuberculose et les gares de chemins de fer. — Dangers du balayage des quais au moment du départ des trains.
L'étude de la tuberculose, malgré les travaux dont elle a été Pobjet,est loin d'être complète. J'apporle ici quelques documents relatifs à la transmission de cette redoutable maladie et aux moyens de la prévenir. En premier lieu une collection de faits montrant l'influence des habitations ouvrières sur le développement de la tuberculose (1), puis un rapport sur les inconvénients qui peuvent résulter, pour les voyageurs, du nettoyage des quais des gares de chemins de fer, au moment du départ des trains (2).
Le 12 janvier 4892, M. le docteur CatuITe, médecin du bureau de bienfaisance de la commune de Neuill y-sur-Seine, attirait l'attention de l'administration préfectorale sur des faits récents qui s'étaient passés dans deux immeubles, faits qui militent avec beaucoup d'autres en faveur de Tinfec-
(1) Rapport lu au Conseil d'hygiène dans la séance du 8 mai 1891 ; communication au 2» Congrès de la tuberculose, séance du 8 août, 1891.
(2) Conseil d'fnj glane, séance du 10 nov. 1892.
ÉTUDES d'hygiène PUBLIQUE
tion des locaux occupés longtemps par des tuberculeux et soulèvent nécessairement la question des mesures à prendre pour rendre à l'avenir ces locaux inolTensifs. Chargé de faire une enquête sur ce qui s'était passé, je me suis rendu à Neuilly, et accompagné de mon confrère M. Catufîe, j'ai visité les immeubles et pris des renseignements près des concierges et de plusieurs autres personnes. J'ai acquis la conviction que les faits relatés dans la lettre du 12 juin sont rigoureusement exacts.
« Dans un immeuble de la rue du Pont était venue habiter, en 1888, une famille composée de sept personnes. Au mois d'octobre dernier, un des fils, âgé de 20 ans, succomba à une pleurésie purulente tuberculeuse. Depuis ce moment, la phtisie a fait dans cette famille des ravages épouvantables et qui ne sont pas finis. Une fille de 19 ans, toujours bien portante jusque-là, crache le sang peu de temps après que son frère a commencé à tousser ; actuellement, elle présente encore des craquements pathognomoniques aux deux sommets. La mère, âgée de kh ans, tousse depuis le mois de février ; elle a maigri, a des sueurs profuses nocturnes et des craquements au sommet droit. Son mari, âgé de 51 ans, est mort le 10 mai de tuberculose pulmonaire à marche aiguë ; il ne saurait ici être question de contamination conjugale, car depuis longtemps il existait une séparalion effective entre le mari et la femme. Enfin, une autre enfant, une fillette de 8 ans, -a des craquements aux deux poumons.
Ainsi, sur 7 personnes, 2 ont déjà succombé à la tuberculose et 3 des survivantes sont menacées probablement à courte échéance. Aujourd'hui qu'on parle de la dépopulation et de ses causes, on ne saurait trop s'occuper d'une ma-
LA TUBERCULOSE
ladie qui, en moins de 18 mois, anéantit presque complètement une nombreuse famille. II faut dire que ces gens-là étaient peu résistants et parfaitement préparés pour recevoir le bacille tuberculeux.
Depuis trois ans qu'il les soignait, le docteur CatufTe avait eu l'occasion de constater à différentes reprises, chez plusieurs d'entre eux, des manifestations strumeuses : impétigo du cuir chevelu, adénopathies cervicales, kéi'ato-conjonctivites phlycténulaires ; jamais cependant rien n'avait attiré précédemment l'attention du coté des poumons ; jamais aucun d'eux n'avait toussé ; ils étaient sans doute prédisposés à la phtisie.mais personne ne pouvait dire quand la maladie succéderait à la prédisposition, personne ne pouvait prévoir qu'elle frapperait avec une pareille rigueur cette malheureuse famille.
Quoi qu'il en soit, il résulte des' renseignements qui nous ont été fournis par. le docteur Catuffe que le même logement avait été précédemment occupé par une autre famille de tuberculeux. Une petite fille y avait même succombé, en 1887, à la phtisie pulmonaire. C'est probablement cette enfant qui avait contaminé le local pour la première fois.
Une seconde famille se trouve dans des conditions aussi déplorables que la précédente. Elle habitait également, il y a très peu de temps, un logement dans lequel était mort un phtisique deux ans auparavant. Le fils, âgé de 22 ans, est devenu tuberculeux ; le sommet de chacun de ses poumons est le siège d'excavations manifestes ; sa femme, càgée de 20 ans, actuellement enceinte de 7 mois, présente des craquements humides à l'un et à l'autre sommets.
Il est impossible, en présence de ces faits, de ne pas poser la question de l'influence du logement sur le dévelop-
S8 ÉTUDES d'hygiène PUBLIQUE
pement de la tuberculose. Après le décès de son chef cette famille avait dù donner congé : or, au moment où M. CatulTe écrivait sa lettre,le logement qu'elle occupait était déjà loué par une famille de six personnes dont h enfants ; le plus âgé est dans sa onzième année. « C'est, dit notre confrère, une famille indigente que je soigne de temps à autre, mais qui jouit en somme d'une bonne santé. » Il est évident que la question de la nocuité du logement, de l'éclosion fatale de la tuberculose dans un milieu contaminé, n'est plus ici une question purement doctrinale et scientifique. Que deviendront les nouveaux locataires?... Encore sous l'influence des catrastrophes dont il vient d'être témoin, M. Catuffe augure mal de l'avenir, « Cette famille », dit-il' « sera décimée par la tuberculose, si on ne prend pas les précautions nécessaires pour prévenir la dissémination du bacille tuberculeux.
Il me paraît certain que, parmi les reliquats laissés par un locataire qui a succombé à la phtisie, il faut compter les baciles tuberculeux. Partout, même au sein des familles aisées et soigneuses, il y a un peu de négligence dans les jours qui précèdent la terminaison mortelle d'une maladie, et on quitte souvent le plus vite qu'on peut le logement qui rappelle de tristes souvenirs.
Les poussières auxquelles se mélangent des bacilles provenant des crachats desséchés, c'est très probablement là le grand véhicule du contagium ; c'est par là que se fait l'infection du milieu.
M. Marfan a parlé d'un bureau dans lequel Ik employés sur 22 étaient devenus successivement phtisiques en quelques années ; on ne peut pas invoquer ici, pour tous les cas, des conditions hygiéniques similaires, des origines familia-
LA TUBERCULOSE î)9
les ; le milieu fut, selon toute probabilité, le grand facteur de la contamination ; il s'y était fait comme une sorte de concentration bacillaire dangereuse, et tous ceux qui n'étaient pas spécialement réfractaires furent atteints.
Une conclusion nous paraît découler nécessairement de tout ce que nous venons de voir. Personne au monde n'est certain de posséder une immunité absolue et permanente contre la tuberculose. Les conditions qui président à la formation de la réceptivité sont obscures, de telle sorte qu'un individu qui aujourd'hui inspire, détruit et élimine le bacille, sans en avoir conscience, pourra devenir demain un excellent milieu de culture et prendra infailliblement la tuberculose.
Il y a donc danger d'habiter un appartement qui a donné asile à un phtisique. Plus la pièce est étroite, plus elle est mal tenue, plus les chances de contamination sont nombreuses. La désinfection est une précaution nécessaire. Yoici ce que l'on a fait d'après les conseils du docteur Catuffe : on a nettoyé soigneusement et lessivé les planchers et les murs au bicarbonate de soude.
Les propriétaires n'ont pas voulu accorder autre chose. Cela valait mieux que rien, sans doute, mais c'était insuffisant. Il faudrait blanchir les murs à la chaux, sulfurer, laver les parquets avec une solution de sublimé.
Mais on n'obtiendra certes pas tout cela par la persuasion seule ; tant que de bons arrêtés n'interviendront pas, il n'y a rien à espérer.
Cette défiance est absolument justifiée par les faits. J'en ai donné plusieurs qui viennent à l'appui de la même thèse dans différents rapports. Dans celui que j'ai lu, à la séance du 20 novembre 1885, j'ai relaté le cas d'une famille hab'i-
ÉTUDES d'hygiène PUBLIQUE
tant rue du Faubourg-Saint-Honoré ; elle n'avait aucune tare héréditaire, tousses membres étaient robustes. Un fils, travaillant au dehors dans des conditions peu hygiéniques, devint tuberculeux ; sa mère, qui le soigna et coucha dans la même chambre que lui^ le devint à son tour, puis son frère, un enfant de 18 mois.
J'ai emprunté cet autre fait à M. le D' Seailles : un concierge meurt phtisique et est remplacé par un ménage dont le mari, qui avait présenté autrefois des accidents pulmonaires suspects^ semblait guéri et robuste. A peine installé dans la nouvelle loge, tout reparaît et il succombe assez vite.
Les enquêtes faites à propos de ces différents malades laissent de côté plus d'un détail qu'il eût été bon de connaître. On n'est pas toujours renseigné sur les antécédents, le mode d'alimentation, le genre de travail, les habitudes hygiéniques ; celles-ci laissaient probablement à désirer dans tous les cas. La famille dont j'ai parlé en premier heu, dans les derniers temps au moins, était d'une néghgence extrême ; après qu'elle eut quitté son logement, il fallut enlever presque un tombereau d'ordures ; on était probablement resté plusieurs mois sans balayer. Mais rien ne dit non plus que ces habitudes ne dataient pas de loin, que la famille était plus propre, qu'elle avait des habitudes meilleures lorsqu'elle demeurait dans un autre logement.
Qu'on admette la prédisposition organique et même héréditaire ou les prédispositions accidentelles qui tiennent à une hygiène défectueuse, on ne se trouve pas moins en présence d'un fait capable de donner cà réfléchir aux administrations. C'est qu'en réalité ces différentes causes n'ont commencé à produire leurs effets qu'à partir du moment
LA TUBERCULOSE
où les personnes dont il a été question ont occupé un logement contaminé, où un tuberculeux, ayant pris la maladie au début, a été soigne dans la famille.
J'espère, Monsieur le Préfet, qu'on interviendra dans l'avenir, surtout si la démonstration commencée aujourd'hui est prochainement complétée ; si l'on fait appel pour cela au zèle et à l'activité des commissions d'hygiène, des médecins des bureaux de bienfaisance et de l'état-civil, mieux placés que personne pour relever les faits de contamination comparables à ceux de Neuilly. L'Administration préfectorale pourrait même faire un appel à leur obligeant concours et les prier de procéder . à une enquête sur cette importante question.
En attendant que des mesures plus énergiques soient prises je crois qu'il serait bon de faire connaître ces faits à la population parisienne et de lui conseiller comme moyens prophylactiques de la tuberculose les précautions suivantes relatives à l'hygiène de l'habitation :
V II est dangereux d'habiter, sans qu'elle soit préalablement désinfectée, une pièce dans laquelle a vécu un phtisique ;
2° Plus la pièce est étroite, plus elle est sale, plus ceux qui l'habitent sont nombreux, plus elle est dangereuse ;
3" Pour désinfecter, il faut enlever le papier et le remplacer, ou mieux blanchir les murs à la chaux, faire des fumigations sulfureuses, gratter les parquets et les laver avec une solution de sublimé au 1000° (1).
(1) Ce rapport, adopté par le Conseil d'hygiène fut publié dans le Bulletin officiel m\inidpa.\. Quelques jours après, je reçus un certain nombre de lettres de médecins habitant Paris ou la banlieue qui confu'maient la réalité des faits rapportés plus haut. Je crois utile de citer
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N'ayant pu obtenir du Conseil d'hygiène un vote formel sur la nécessité de désinfecter les locaux habités antérieurement par des phtisiques, parce que, m'objectait-on, la population parisienne ne comprendrait pas cette nécessité, je revins sur cette question dans les termes suivants au deuxième congrès de la tuberculose (séance du 31 août 1891) :
« Dans un rapport que j'avais l'occasion d'adresser, dans le cours de l'année dernière, au conseil d'hygiène et de salubrité du département de la Seine^ je citais des faits de transmission de la tuberculose dont on n'a peut-être pas, jusqu'ici, tenu suffisamment compte, au moins dans les règlements d'administration publique relatifs à la prophylaxie des maladies contagieuses.
Un phtisique vient à mourir dans un logement composé souvent d'une seule pièce ; la famille quitte ce logement ; on le met en location après avoir fait un nettoyage sommaire
les passages suivants d'une de ces lettres, parce qu'ils mettent bien en relief le rôle des crachats projetés sur les murs, puis desséchés sans perdre aucune de leurs propriétés nocives. « Visitez les phtisiques pauvres, spécialement ceux de la classe misérable, vous serez frappés, non seulement de la malpropreté générale de l'appartement, mais surtout, des murs littéralement couverts de crachats superposés, à toutes les périodes de dessication. Le mur qui avoisine le lit du malade est devenu son crachoir. Il a pour lui toutes sortes d'avantages ; pas de blanchissage, pas de vase à nettoyer, pas de mare gluante des crachats par terre et dans laquelle ont met les pieds si on se lève la nuit ; il suffit au malade de connaître la place du mur, et malgré l'obscurité il sait où lancer son crachat. ... En somme la cause de l'infection des locaux, c'est le crachat des phtisiques, qui est un objet de répulsion pour tous, excepté pour le malade qui ne pense qu'à s'en débarrasser, et est devenu indifférent du lieu où il le rejette ». D"- Duprey, médecin du bureau de bienfaisance du XVIiî arrondissement.
Le Dubosquet-Laborderie m'a communiqué aussi quelques faits analogues.
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ou même sans en avoir fait aucun. Un ou plusioui'S membres de la nouvelle famille qui s'installe clans le local prennent un rhume. Ce rhume se prolonge et, parfois au bout de quelques mois, on s'aperçoit qu'ils sont bel et bien atteints de bronchite spécifique. Dans un certain nombre de cas, des enquêtes judicieusement faites par les médecins qui ont soigné ces malades ont démontré qu'ils ne présentaient aucune prédisposition héréditaire ou acquise à la tuberculose. Aucun de leurs parents n'était mort de la poitrine ; ils étaient robustes, bien portants, et n'avaient jamais remarqué qu'ils avaient une propension particulière à contracter des rhumes ; enfin les accidents dont ils étaient atteints n'avaient commencé qu'après leur arrivée dans le local contaminé. On pourrait admettre que ce local, souvent mal aéré et d'une propreté douteuse, était insalubre d'une façon générale, sans pourtant recéler de bacilles tuberculeux ; que le séjour dans un pareil milieu était, à lui seul, en diminuant la résistance des individus^ capable de les rendre plus vulnérables, de les exposer à toutes les maladies transmissibles à n'importe quel titre, mais non à la contagion tuberculeuse. Des faits que j'ai observés paraissent nettement contredire une telle explication .
« Une loge de concierge, n'ayant absolument rien de commun avec un palais, est habitée successivement par des gens plus ou moins robustes, dont aucun ne devint poitrinaire. Un jour, le propriétaire prend un concierge phtisique qui meurt à son service dans le logement qu'il lui a donné ; celui qui le remplace, robuste, vigoureux, devient phtisique à son tour; si la maladie l'épargne, parce qu'il passe une grande partie de son temps à travailler dehors, sa femme on SCS enfants sont touchés, ou, bien souvent, ils succom-
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bent. J'ai observé, je le répète, des faits de cet ordre ; j'en ai trouvé mentionnés dans les rapports des commissions d'hygiène des différents arrondissements de Paris, dans des relations que m'ont obligeamment adressées plusieurs de nos confrères des bureaux de bienfaisance. Ces faits sont de véritables expériences in anima nohili.
« On est obligé de tirer de ces faits la conclusion tirée de faits semblables qui ont été notés dans d'autres milieux, à savoir qu'une habitation dans laquelle a vécu un phtisique est une habitaiion contaminée ; qu'un individu bien portant, jusque là, sans prédisposition héréditaire ou acquise, sans tare organique d'aucune sorte, peut parfaitement y prendre le germe de la tuberculose.
« On sait aujourd'hui pourquoi et comment se fait l'infection : le bacille ne vit pas dans l'air, mais il persiste, pendant un temps dont on n'a pas jusqu'à présent déterminé la durée, dans les crachats, même desséchés, des tuberculeux. Imperceptibles, divisés, mélangés aux poussières de l'air ambiant, ils sont encore dangereux.
Malheureusement les conditions de conservation et de diffusion sont peut-être plus favorables dans les habitations ouvrières que partout ailleurs. Les loyers sont chers ; avec un salaire modeste et une famille nombreuse, on se loge où l'on peut, comme on peut ; un seule pièce à cubage d'air minime abrite quatre, cinq, six personnes^ parfois davantage ; si modeste et si sommaire que soit le mobilier, il diminue encore l'espace ; c'est l'encombrement absolu. Plus est restreint le milieu dans lequel se disséminent les poussières bacillées, plus ces poussières sont dangereuses. Il faut ajouter à cela le manque de soins. Le phtisique crache un peu partout, dans la rue, dans son mouchoir, dans l'esca-
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lier, dans la pièce ; on ne fait pas un nettoyage à fond tous les jours, et quand on le fait, le plus souvent il n'est que superficiel ; il reste toujours des recoins qu'il est impossible de laver, dans lesquels le balai pénètre avec difficulté. Ce sont de vrais réccptables à bacilles.
(( Je le répète donc : dans la population ouvrière et dans les grandes villes surtout, beaucoup de tuberculoses naissent par le seul fait de l'infection des locaux.
Des communications qui m'ont été faites par des médecins exerçant à la campagne m'ont prouvé que les paysans eux-mêmes n'échappent pas toujours à cette influence néfaste du milieu. Dans une même famille un, deux ou trois membres meurent phtisiques; on regarde ceux qui restent avec compassion, tant on est persuadé qu'ils avaient en naissant le germe de la maladie qui doit les tuer prématurément. Ce sont des fermiers, leur bail est fini. Ils changent de maison, parfois de pays ; ceux qui ont survécu ne deviennent plus tuberculeux ; on en conclut que l'air de la première localité où ils vivaient ne valait rien, et que celui de la seconde était bon ; la vérité, c'est qu'en changeant de ferme, ils ont échappé aux chances de contamination qui les menaçaient. Ces chances nesont pas aussi nombreuses qu'à Paris, mais elles le sont encore trop ; les paysans ont plu s d'espace, un air plus salubre que les ouvriers des villes ; mais ils sont moins propres et apportent moins de soins encore dans le nettoyage des logements qu'ils habitent.
Est-il possible de modifier dans une certaine mesure cet état des choses, et de diminuer les dangers d'infection tenant aux locaux habités ? Je le crois. On ne peut cependant pas compter sur les malades eux-mêmes ; pour les amener à cracher comme dans les hôpitaux et certaines casernes, dans
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des vases préparés h l'avance et désinfectés avec un soin rigoureux, il faudrait commencer par leur dire que leurs crachats peuvent être nuisibles et les édifier plus ou moins complètement sur leur état, ce qui serait une mauvaise action. Je ne compte pas trop non plus sur l'entourage ; certaines personnes ont d'excellentes intentions, elles feront leur possible pour exécuter à la lettre les prescriptions administratives et suivre les conseils de leur médecin ; mais on ne modifie pas du jour au lendemain les habitudes de toute une population ; l'hygiène rationnelle et rigoureuse est surtout une affaire de temps. Puis il n'est peut-être pas bon de trop insister sur la notion aujourd'hui acquise de la transmissibilité de la tuberculose d'individu à individu. Les masses populaires ont parfois des façons singulières et brutales d'interpréter les données scientifiques. N'y aurait-il pas lieu de craindre que, le jour où tout le monde se dira : la phtisie est une maladie contagieuse, on n'arrive à croire que la contamination se produit avec une facilité extrême, d'une manière presque foudroyante, que tout phtisique est un individu extrêmement dangereux, dont il faut s'éloigner comme d'un pestiféré?
Je ne compte pas sur l'initiative privée, mais je crois que si les admistrations le veulent sérieusement, elles peuvent obtenir des améliorations. Que faut-il pour rendre inoffensive, une pièce dans laquelle a vécu un phtisique ? Il faut la désinfecter, en remplacer le papier ou la blanchir à la chaux ; c'est une dépense relativement minime. Il me semble qu'on peut faire pour la phtisie ce qu'on fait pour le choléra, pour la diphthérie, pour la variole, etc. ; il me semble que lorsqu'un décès par tuberculose s'est produit dans un logement, on peut obliger le propriétaire à désinfecter ce loge-
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ment avant de le louer de nouveau. Je crains bien qu'avec les lois existantes il soit difficile d'exiger la même chose dans le cas où les malades ont survécu. Malgré tout, je pense que le Congrès pourrait émettre le vœu :
Qu'il l'avenir, les propriétaires des locaux dans lesquels ont habité ou sont morts des tuberculeux soient tenus, par mesure administrative, à les faire désinfecter (1).
(1) Ce vœu a été émis sans contestation et sous la forme suivante : Les locaux dans lesquels ont habité ou sont morts des tuberculeux doivent être désinfectés par mesure administrative [Congrès "pour l'étude de la tuberculose, 2« session, 1891, p. 796).
Dans le courant de l'année suivante, et sur mes instantes protestations, les membres du Conseil d'hygiène qui s'étaient montrés opposés aux mesures de désinfection administrative que je réclamais depuis deux ans ont fini par reconnaître la nécessité de ces mesures, qui sont appliquées aujourd'hui sur une large échelle et souvent même à la demande des familles.
S'il existait encore quelques doutes sur l'absolue nécessité de désinfecter rigoureusement les appartements dans lesquels ont vécu ou sont morts des tuberculeux, ils seraient vite dissipés par l'observation suivante que M. le T>' Ducor a lue récemment à l'Académie de médecine (Séance du 28 mars 1893).
Une famille composée de neuf membres vient habiter un logement occupé, deux ans auparavant, par deux tuberculeux. Tous s'étaient jusqu'alors bien portés. Au bout d'une année environ deux des enfants et leur mère présentaient des signes certains de tuberculose ; ils couchaient tous trois dans la chambre qui avait été celle des deux phtisiques.
Cette observation, qui ressemble à beaucoup d'antres du même genre antérieurement rapportées, présente cependant un intérêt particulier sur lequel il importe d'insister. M. Ducor, soupçonnant que la tuberculose pouvait résulter de la présence de bacilles desséchés sur les papiers de l'appartement, fit examiner des fragments de ces papiers par M. Dubief qui y découvrit des bacilles de Koch. Des inoculations furent faites dans le péritoine de deux cobayes avec une solution de ces papiers, les animaux succombèrent à une tuberculose généralisée.
Près de deux ans et demi s'étaient écoulés entre l'entrée de la famille dans le local contaminé et ces expériences. Il n'est donc pas douteux
ÉTUDES d'hygiène PUBLIQUE
Dans le courant du mois de juillet 1891, j'étais arrivé dans une de nos principales gares de Paris, une demi-heure environ avant le départ du train que je devais prendre. Je fus amené, par un détail banal du service, à des réflexions qui n'avaient rien de réjouissant. On balayait le quai d'embarquement ; il faisait chaud, on n'avait pas arrosé et, pour gagner les vagons,les voyageurs devaient traverser un nuage factice, épaissi, par chaque coup de balai de deux hommes d'équipe.
Je me demandais quelle quantité de bacilles tuberculeux absorberaient les personnes qui traverseraient ce nuage ; combien d'entre elles se trouveraient dans des conditions favorables à leur parfait développement ; autrement dit, combien prendraient le germe d'une maladie mortelle pendant un séjour de quelques secondes dans une atmosphère dangereuse.
Je dois l'avouer (1), M. le Préfet, je n'ai jamais espéré recueillir les données nécessaires pour résoudre scientifiquement, ces questions. Cependant si nous croyons l'analogie et l'expérience, il y avait des bacilles tuberculeux dans les poussières ; en effet il n'y a pas de jour de Tannée dans lequel un ou plusieurs phtisiques ne prennent le chemin de fer; ces pauvres gens crachent où ils se trouvent ; aucune mesure de désinfection n'est prescrite, et, en
que les bacilles tuberculeux desscclios gardent leur virulence beaucoup plus longtemps qu'on ne le croyait ; il est, par suite, absolument nécessaire de désinfecter avec soin les logements dans lesquels ont vécu des tuberculeux, même lorsque ces derniers sont morts depuis un espace de temps déjà long.
(1) Rapport lu dans la séance du 8 janvier 1892.
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été surtout, on peut être certain, que des débris imperceptibles de crachats desséches se mêlent aux particules organiques ou minérales, constituant les poussières, et que ces débris renferment des bacilles. Il est possible que la dissémination accidentelle dans un des coins des fréquentés de la gare n'ait été funeste à personne, pourtant je crois qu'il ne faut pas trop compter là-dessus.
Le dieu Hazard est un dieu aveugle et méchant qui veut h l'humanité plus de mal que de bien. S'il nous amène à la gare juste au moment où l'atmosphère devient périlleuse, il n'est nullement certain qu'il nous fasse éviter le péril. Les intéressés n'y songent guère. A force de parler de la transmission de la tuberculose, nous avons fini par faire pénétrer cette notion dans le grand public, mais il l'interprète à sa manière. Si une personne, sur le point d'entrer dans un compartiment, s'aperçoit qu'elle est exposée à avoir pour compagnon de voyage un individu pâle, amaigri, hâve et qui tousse, elle montera dans le compartiment voisin. Et pourtant il est beaucoup moins dangereux de voyager à côté d'un phtisique, que de respirer à pleins poumons des poussières bacillées.
Quel est donc le remède au mal que nous venons de signaler ? Faut-il supprimer le balayage ! .Te n'oserais pas demander à l'administration préfectorale d'intervenir dans ce sens près des compagnies. L'application d'une pareille mesure aurait elle-même des inconvénients qu'il ine paraît inutile d'énumérer.
Serait-on trop exigeant de demander :
1° Qu'en été surtout le balayage n'ait pas lieu au moment du départ des trains ; qu'on profitât, pour le faire dans le jour, de l'intervalle maximum de ces départs ;
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2° Qu^au moment du balayage, on prît soin de fermer les portières et les glaces des wagons qui sont à ce moment dans l'intérieur de la gare ;
3° Qu'on arrosât avant de balayer, au moins quand il fait trop sec ;
li° Qu'on réunît autant que possible les poussières en tas susceptibles d'être enlevés, et qu'on évitât de les disséminer sur la voie, comme on le fait le plus souvent ;
C'est peut-être beaucoup demander, mais je crois que des modifications de service ayant pour résultat de prévenir l'inoculation de la tuberculose chez un nombre de personnes qu'on ne saurait apprécier, sont toujours indiquées et utiles.
Sur la proposition de MM. Proust, Nocard et Dujardin- Beaumetz, qui craignaient que la publication de mon rapport à V Officiel immicipal, n'effrayât la population parisienne, leConseildécidaqu'on en enverrait seulement une copie à M. le Ministre des Travaux publics. Celui-ci, — M. Yves Guyot — frappé des inconvénients qui pouvaient résulter pour les voyageurs des faits que j'avais signalés au Conseil, fit presque aussitôt (25 janvier) adresser la dépêche suivante à MM. les administrateurs des compagnies de chemins de fer :
« Messieurs, mon attention a été appelée sur les inconvénients que présente, pour les voyageurs, le balayage des quais des gares au moment des départs des trains, surtout en été. »
« Je vous prie de donner des ordres pour que le nettoyage des gares s'effectue dans l'intervalle maximum des départs et avec toutes les précautions nécessaires, c'est-à-dire en ayant soin d'arroser par les temps secs et de fermer les
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portières et les glaces des voitures en stationnement. Il conviendrait en outre, autant que possible, de transporter les poussières au dehors, au lieu de les répandre sur la voie, suivant une habitude existant dans certaines gares. »
« Je vous serai obligé de me faire connaître la suite que vous aurez donnée à la présente communication » (1).
(1) Bulletin municipal officiel de la ville de Paris, 12 février 1892.
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Épidémie de typhus exanthématique. — Celte maladie existe à l'état permanent dans un certain nombre de localités bretonnes. — Nécessité d'éteindre ces foyers par une rigoureuse prophylaxie, si l'on veut prévenir le retour de nouvelles épidémies.
L'île Tudy est une commune de la partie méridionale de la pointe du Finistère ; elle se trouve dans l'an-ondissement de Quimper, à 20 kilomètres au nord-ouest de cette ville, dans le canton de Pont-Labbé, tout au fond de l'anse de Benadet. Lapopulation qui était en 1883 de 70A habitants, serait de près d'un 1000 aujourd'hui ; la plupart sont des pêcheurs, mal vêtus, mal logés, mal nourris et vivant dans une misère extrême.
Le premier cas de typhus exanthématique était signalé au mois de mai dernier, et devenait le point de départ d'une épidémie qui dura jusqu'au milieu d'août et frappa 8/i sujets, dont 16 moururent. M. Thoinot a communiqué à l'Académie le 29 septembre 1891, une note brève mais très intéressante sur cette épidémie qu'il a eu l'occasion d'observer sur place.
Je n'insiste pas sur la description du processus ; c'est
(1) Rapport sur la communication de M. le D"- Thoinot faite à l'Académie de médecine et relative à une épidémie de typhus exanthématique observée à l'Ile Tudy (Finistère), lu dans la Séance de l'Académie le 19 janvier 1802 {Bull, de VAcad. de médecine, 1893, p. 70 et suivantes).
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celle qu'on trouve dans les livi'es classiques et dans la plupart des relations analogues. Ni le cycle fébrile, ni l'éruption ni la marche de la température, ni la forme du délire, ni le mode de début n'ont présenté de particularités dignes de remarques ; dans les cas mortels, la terminaison avait lieu du deuxième au quatorzième jour ; chez trois malades que l'auteur put suivre au dernier stade, il y eut deux fois du coma, une fois un collapsus algide ; dans les trois cas, la température s'éleva considérablement à l'approche de la mort ; elle était une fois de /i2 dégrés dans Faisselle un quart d'heure avant l'issue funeste.
Il me paraît intéressant de signaler le mode d'apparition de la convalescence dans cette épidémie ; elle survenait brusquement sous forme de crise du douzième au quatorzième jour ; le malade se sentait mieux, l'agitation cessait, et depuis lors il marchait vers la guérison ; et cependant la température restait élevée ; elle ne s'abaissait que graduellement, malgré l'amélioration générale. Cette évolution n'est pas celle -que suit habituellement la maladie. Yoici ce que dit à ce propos M. le D'' Gestin qui l'a observée en 1872 et 1873 aux environs de Brest, et à l'obligeance duquel j'ai pu prendre connaissance du très remarquable rapport qu'il a rédigé sur elle (1).
« Ce qu'il y a de plus frappant, c'est que le délire et la stupeur, parfois les selles involontaires se prolongent deux ou trois jours après la défervescence, de sorte que l'état du malade reste en apparence aussi grave ». Dans les cas légers, l'amélioration était visible dès que la température s'abaissait. Ainsi, chez les malades de Rouissan qui ont
(I) Epidémie de typhus de Rouissan et lyplnis exanthémalique du Flnisl'ere, 1878.
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lîiit le sujet de ces observcations, c'était le thermomètre qui donnait le premier indice d'un mieux prochain" tandis que l'aspect général restait inquiétant. Chez ceux de l'île de Tudy, les choses se passèrent tout autrement.
La convalescence, dans les cas favorables, s'est presque toujours établie brusquement, dit M. Thoinot, un bien-être manifeste succédant aux symptômes graves, et le malade passant de l'état typhoïde marqué au sommeil, la conscience parfaite, etc. Dans tous les cas, la convalescence est rapide, encore que l'affaiblissement général ne se dissipe que très lentement. La crise favorable s'est produite généralement du douzième au quinzième jour, mais jamais nous n'avons observé un abaissement thermométrique brusque correspondant au bien-être accusé par le malade ».
M. Thoinot a fait plusieurs autopsies ; il a trouvé de la congestion hypostatique des poumons, de la tuméfaction et du ramollissement de la rate ; on a signalé les mêmes lésions au cours de toutes les épidémies. Le caractère contagieux du typhus exanthématique a été manifeste à Tudy comme partout ; la réceptivité a été créée comme partout par les privations et la misère ; la transmission a été favorisée par l'encombrement.
« Le contact direct, l'approche du malade, ajoute M. Thoinot, telle a été, à Tudy, la condition invoquée de la transmission ; nous avons pu établir la fdiation directe dans l'immense majorité des cas, et nous rapporterons ce fait capital : des quatre-vingt-deux malades indigènes, quarante-deux étaient membres d'une seule et même famille, la famille de la première malade. » Cette remarque semble confirmer une observation déjà faite par M. Gestin, à savoir que la communication ne se fait pas d'une manière j-apide, presque
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instantanée comme parfois dans la variole, mais qu'elle exige ou des séjours répétés, ou une station relativement longue dans le milieu contaminé.
« Bien que le typhus, dit ce dernier auteur, soit essentiellement transmissible, il faut encore, pour que la contagion ait lieu, que le contact soit prolongé. J'ai remarqué que les personnes qui se bornaient à visiter les malades sans rester longtemps près d'eux, n'étaient que très rarement atteintes ; celles qui ont passé des journées et surtout des nuits à leur chevet ont été, au contraire, rarement épargnées. »
M. Thoinot croit que le contact direct est nécessaire pour la transmission. « Le germe semblable contenu dans les excréta des malades et l'éruption joue probablement un rôle majeur dans l'espèce. // faut entrer en contact avec le malade pour être atteint. »
Il paraît résulter de là que la pièce dans laquelle est soigné un sujet atteint de typhus n'est pas dangereuse. Qu''après son évacuation, la désinfection du linge, de la literie, des habits, on peut l'habiter sans crainte. M. Gestin, qui avait constaté, lui aussi, la faible diiïusibilité du contagium, était beaucoup moins affirmatif à propos de la manière dont celui-ci peut passer d'une personne à une autre ; il n'a pas osé dire, comme M. Thoinot, que le contact direct est le facteur indispensable. « Les typhiques créent autour d'eux une atmosphère miasmatique d'autant plus dangereuse pour eux-mêmes et pour les autres que leur nombre est plus grand, que l'appartement où ils sont est plus petit, que l'air y est plus confiné. »
Il serait imprudent d'admettre aujourd'hui comme définitive la doctrine de la transmission exclusive par contact direct et d'organiser la prophylaxie en conséquence. Des
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faits nombreux observés à Stockholm au cours de différentes épidémies qui ont régné d'année en année dans cette ville de 1870 cà 1878, ont montré qu'il existe dans certaines conditions une infection vraie des locaux, et qu'un appartement dans lequel a été soigné un typhique est presque aussi dangereux qu'un autre dans lequel a été soigné un varioleux. Des faits mentionnés par le docteur Warfwinge ne permettent aucun doute. « Dans les maisons comme dans les navires, dit-il, le contagium s'attache aux murailles, aux meubles, aux habits ; il peut être aussi bien transporté avec ceux-ci que par les personnes contaminées. On a eu dans Stockholm, plusieurs cas de développement du typhus dans des familles installées depuis peu dans des locaux dont les derniers habitants avaient du être transportés à l'hôpital à cause de cette maladie. Le poison se conserve longtemps après le départ du typhique, et une nouvelle explosion a lieu quand les circonstances deviennent favorables. Toutes les personnes habitant une maison de l'impasse Tjarhfostvar sont frappées du typhus à la fin de Tannée 1870. Dans l'automne suivant, cette maison reçoit de nouveaux locataires, il se passe fort peu de temps avant qu'ils soient atteints euxmêmes. Ainsi le contagium était resté latent pendant près d'un an (1). »
M. \Yarfvinge affirme presque que l'épidémie de cette année-là partit de l'immeuble indiqué, que ce fut un fait de reviviscence des germes qu'on n'avait pas songé à détruire. Il est possible que si l'on examinait de très près tout ce qui a rapport cà l'endémicité du typhus exan thématique dans une région donnée, on découvrit plus d'un fait de cet ordre.
(1) Om typhus exanthematicus, Stockholm, 1880.
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M. Thoinot ne s'est pas suffisamment préoccupé de ceux qu'il aurait pu rencontrer à l'île Tudy et aux environs ; c'est le reproche le plus sérieux que je crois devoir adresser à son travail.
Après s'être demandé où et comment était éclose l'épidémie, il répond : « Nous n'avons pu découvrir l'importation et nous avons soigneusement recherché, et sans succès, l'importation anglaise. Il nous semble que le typhus de l'île Tudy n'est qu'un épisode de plus, qu'un trait déplus marquant lâ réalité du fait établi par M. le D"" Gestin sur les bases les plus solides : le typhus est endémique en Bretagne.
Avec la conception étiologique de M. Thoinot qui fait jouer un rôle à peu près exclusif à la contagion, on ne peut comprendre l'endémicité que d'une certaine façon ; il n'est plus possible de parler autrement que comme de causes adjuvantes, d'une série de conditions auxquelles les auteurs accordaient naguère une importance exagérée, telle que l'encombrement, la misère, l'insalubrité des localités. Il faut admettre que le contagium typhique existe à l'état permanent en des points déterminés, et que, quand ce contagium est pris et porté par un individu dans un milieu favorable à sa transmission, comme l'île Tudy, une épidémie éclate.
Si l'on voulait établir une prophylaxie rationnelle et à longue échéance, si l'on voulait chasser définitivement de notre sol cette pyrexie d'un autre âge, c'est de ce côté qu'il faudrait diriger les enquêtes et agir. S'il y a des cas sporadiques, qu'on isole les malades dès qu'on les connaît ; si le linge, si les vêtements sont dangereux, qu'on les détruise ; si les immeubles contaminés sont placés dans de telles conditions qu'une désinfection efficace soit impossible, qu'on les
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exproprie et qu'on les brûle ; le typhus est une maladie assez grave en temps ordinaire pour nécessiter une prophylaxie draconnienne ; elle peut devenir épouvantable dans certaines conditions. C'était avec la dysenterie, une des calamités que redoutaient le plus les généraux du siècle dernier ; l'explosion du typhus dans un corps d'armée équivalait à plusieurs défaites ; il sévit en 1813, en 1814, avec la même rigueur sur les troupes françaises et les troupes alliées ; il a fait des victimes nombreuses dans la campagne de Crimée et même chez nous en 1870 ; des cas ont été constatés en dehors des départements bretons. " J'ai su positivement, dit M. Gestin, qu'à la fin de novembre 1870, le typhus avait été observé aux ambulances du camp de Conlie, et que plus tard, pendant l'armistice, on en avait constaté un certain nombre parmi les mobiles de Bretagne cantonnés à la Ferté-Macé. »
Heureusement que tout resta isolé. En sera-t-il de même à l'avenir? L'expérience acquise dans la guerre turco-russe n'autorise guère à le penser. Je relève dans l'excellent article de notre savant collègue, M. le D'' Rochard (1), les lignes suivantes qu'il a empruntées à un Recueil de médecine militaire russe. « Jusqu'en 1873, 12,000 typhiqnes étaient entrés dans les hôpitaux de Jassy, autant à Fratelschi. Tous les hôpitaux de Bulgarie regorgeaient ) les trois lignes d'étapes entre les Balkans et le Dannbe en étaient couvertes. Devant Tschadelja, la garde seule avait 1/4,000 malades, la plupart typhiques, et enterrait 80 hommes par jour. Sur 200,000 malades évacués par la grande voie de la Roumanie et les lignes secondaires de Bourgas et d'Hirsova;, c'est le
(1) Dictionnaire encyclopédique, article « typhus ».
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typhus qui a fourni \a jdIus large proportion des évacués, peut-être près d'une centaine de mille hommes, ce qui suppose que 50,000 hommes au moins ont succombé au fléau. Quand on songe que l'armée d'invasion est partie avec un effectif de 120,000 hommes,, on est conduit à affirmer que cette armée a disparu tout entière sous les coups de l'épidémie typhique ».
En présence de pareils faits, on a bien le di-oit d'envisager avec terreur l'hypothèse de l'arrivée au point de concentration, en cas de mobilisation, d'un nombre considérable de réservistes et de tenitoriaux venus des foyers de typhus de la Bretagne. Il faut, je le répète, chercher sans relâche ces foyers. Il suffit, pour cela, de suivre à la lettre la méthode de M. Gestin. En 1872, on ne parlait guère de typhus en Bretagne ; la dernière épidémie qu'on eût observée à Brest remontait à 1758, et encore c'était une épidémie importée, qui ne se développa qu'après l'arrivée en i-ade de l'escadre de l'amiral Dubois de Lamothe. En 1870, un médecin de la marine détaché à Port-Louis, M. Gillet, est appelé à donner des soins à des malades atteints d'une fièvre épidémique qui régnait à Riantec, commune de /i,627 habitants du canton de Port-Louis, arrondissement de Lorient. Après avoir recueilli de nombreuses observations, fait quelques autopsies, il s'aperçut, qu'on avait affaire, non pas, comme on le croyait, à la fièvre typhoïde, mais au typhus. M. Gillet, qui relata plus tard ces faits dans sa thèse inaugurale, ne paraît malheureusement pas avoir songé à chercher d'où il venait. Le h septembre 1872, un quartier-maître entra dans le service de M. Gestin, k l'hôpital maritime de Brest ; après quelques jours d'observation, on reconnaît qu'il avait le typhus. L'enquête fait sur l'origine de sa maladie montra qu'il l'avait
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[)nsc à Rouissan près do sa femme qai en était convalescente ; qu'ime épidémie de typhus exanthématique régnait dans le village et que la première malade touchée avait été une blanchisseuse de Kergrach ; tous les cas dérivaient directement de celui-lcà. Il était donc démontré que le typhus exanthématique régnait aux portes de Brest, et qu'il n'avait pas été importé par mer. Des renseignements puisés à dilTérentes sources convainquirent M. Gestin qu'il avait d'autres foyers ;des relations détaillées lui furent fournies par les médecins, par les maladies épidémiques qui avaient régné à Saint-Renan, à Ploudalmaiseau, à Ploubanec, au nord de Brest ; on avait dû évacuer les collèges de Lesneven et do Pont-Croix à cause de fièvres qui ne ressemblaient guère à la fièvre typhoïde ; les élèves avaient communiqué leur affection à ceux qui les soignaient, et de nombreux foyers secondaires avaient été créés de la sorte.
M. Thoinot a eu parfaitement raison de ne pas songer cà une importation anglaise ; il y a eu et il y a probablement encore assez de points envahis à proximité de l'île Tudy, pour que la transmission ait pu avoir lieu ; elle n'est guère séparée de Riantec,la première localité dont M. Gillet a décrit le typhus, que par Tarrondissement de Quimperlé ; il y a tout au plus une dizaine de lieues jusqu'à Pont-Croix, et la maladie sévissait rudement dans cette ville et aux environs en 1887 et 1888, comme le démontrent deux Mémoires du D'' Neiss (1) qui sont aux Archives de l'Académie.
Je relève dans la Note de M. Thoinot une mention très intéressante et très capable de nous édifier sur la valeur des mesures prophylactiques et thérapeutiques employées à l'île
(1) Om Typhus exaiillier/iriliciis. Stockholm, 1880.
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Tudy : « Nous n'avons jamais observe dans la convalescence les nombreuses complications — ou, pour mieux dire, infections secondaires — signalées par les auteurs : nous n'avons vu ni pyoémies, ni érysipèles, ni gangrènes, ni thromboses vasculaires , et peut-être cette absence d'infections secondaires, qui a été absolue, peut-elle être rapportée aux lotions antiseptiques que nous avons en règle générale, pratiquées chez nos malades ».
Cette opinion me paraît juste. Il est j^roblable que si, à l'heure actuelle, tous les points du Finistère, du Morbihan et des Côtes-du-Nord dans lesquels il y a eu du typhus depuis le l^"" janvier 1890 étaient connus, et que si des précautions rationnelles et énergiques étaient prises pour leur désinfection, les épidémies ne seraient plus guère à craindre.
J'ai cherché dans le travail de M. Thoinot quelques renseignements complémentaires sur un point spécial, l'évolution du typhus exanthématique chez les enfants. Nous ne connaissons pas la maladie à Paris, et nous ne pouvons apprendre que de ceux qui l'ont vue dans les milieux où elle sévit, si son aspect clinique et son pronostic présentent des modifications importantes suivant les âges.
La plupart des traités classiques des maladies des enfants ne disent presque rien sur ce point. Rilliet etBarthez, West, ne mentionnent pas le typhus. Steiner dit qu'il en a vu 2 cas. En 1868, Wegner en rapportait 6 observations recueillies par lui à l'hôpital des enfants de Stettin (1). Trois ans plus tard, Rautenberg étudie le typhus exanthématique du jeune âge à l'aide de 57 cas réunis par lui de 1868 à 1870
(1) Zur Path. und Ther. exanthemat. Typhus. Jahrh.fitr Kinderb., h. f., t. li 1868, n'SB.
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h Saiiit-Pctersbourg (1) ; Reimei- se borne à enregistrer les lésions conslatécs dans 9 autopsies (2). Le seul travail un peu important est la monographie de M. Warfvvinge renfermant une statistique de S[\Ç) cas recueillis à Stockholm pendant les années d'épidémie dont nous avons parlé (3).
Malgré tout, les données enregistrées dans les ouvrages de pathologie infantile les plus modernes sont encore bien vagues. Je relève les lignes suivantes dans Baginsky : « Les enfants sont atteints d'une façon relativement rare, surtout les enfants en bas âge ; ce fait, constaté maintes fois dans les épidémies, est contredit par Walbery qui a observé chez les enfants une forte prédisposition pour la maladie
M. Thoinot dit peu de choses sur la fréquence d'après les âges. En jetant les yeux sur différentes statistiques, on est frappé dans presque toutes de la faible quantité des cas de typhus observés dans les premières années. Dans celle de Gillet recueillie à Riantec, il y a sur 553 cas :
Ml enfants de 0 à 10 ans
88 enfants et adolescents . . de 10 à 20 »
Be 20 à 30 la proportion reste la même, tandis que de 30 à liO ans, le nombre des cas passe brusquement à 121.
Sur 2239 malades de tout âge Warfvvinge donne :
de 0 à 5 ans 36 cas
de 5 à 10 ans 125 »
de 10 à 15 ans 188 »
(1) Ueber das Typhus exanthematicus bei Kindern. Journal far Kinderk., 1871.
(2) Juhrb. fur Kinderheilk., f., t. X, 1876. p. 32.
(3) Om exanthematicus Tyfus hos Barn. Nord. Med. ylrk., B. IX, n° 9.
(4) Traité des maladies des enfants, Trad. Guinon et Rommejl892) t. I, p. 185.
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Pendant la pcriodc quinquennale suivante, le chiffre s'élève à 226 : la proportion est sensiblement la même chez les petits garçons et chez les petites filles.
Presque tout le monde est d'accord à propos de la bénignité du pronostic pendant les premières années de la vie. « Les données des différents auteurs sont les mêmes sur ce point, dit Warfwinge ; le pronostic semble particulièrement favorable chez les enfants ; des 3Z|9 cas que .f ai traités, il n'en mourut que 4 ; c'est une proportion de 1 0/0; elle forme un contraste frappant avec la proportion de mortalité calculée par le total des cas et qui est de 18 0/0 ; dans les k cas, la mort fut produite par des complications ou des maladies consécutives ; chez deux malades elle eut lieu le W jour ; chez un, 30 jours et chez un autre, 87 jours après le début de la maladie » Pasteur, Nuhmler,Ferini admettent cette bénignité du typhus dans l'enfance. Theurkuf déclare que la mortalité croît en proportion directe avec l'âge.
Je relève le pourcentage suivant, des différents auteurs qui se sont occupés de la question :
Senner, 2 à 3 0/0
Steele, hji 0/0 avant 10 ans ; 5,1 de 10 à 15 ans. Passauer, 0 0/0.
Marlagan, 2,50 avant 5 an&; 2,ia entre 9 et 10.
Bchsc et Murchison, 7,5 cà i7,(î avant 5 ans (proportion moins élevée pour les enfants plus âgés).
Cette dernière exception ne saurait prévaloir contre la règle générale. M. Filatov (1) s'exprime ainsi à propos de ce qu'il a vu à l'hôpital d'enfants de Moscou: « Dans l'immense majorité des cas le typhus présente la forme abortive ; l'issue mortelle est très rare.
(1) Maladies infectieuses aiguës des enfants, t. I, 1885, p. 162.
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Les choses se sont pcassées cxactemertt de la même manière à l'île Tudy. « Chez les enfants et les adolescents, dit M. Thoinot, c'est-à-dire au-dessous de vingt ans, la maladie a été d'une extrême bénignité ».
Il est donc bien entendu que la caractéristique du typhus du jeune âge, c'est qu'il est beaucoup moins grave que plus tard ; par conséquent on n'observe presque jamais chez les enfants les symptômes formidables qui font redouter avec raison une issue funeste lorsqu'ils se montrent : l'affaiblissement des battements du cœur, la prostration, les symptômes cérébraux graves, le tremblement, le soubresaut des tendons, les contorsions spasmodiques des muscles de la face, la rétention d'urine, etc.
En somme, le travail de M. Thoinot est un document d'autant plus intéressant qu'il est relatif à une maladie qu'on ne voit guère et qu'on ne devrait plus voir du tout chez nous ; il a eu le mérite d'attirer de nouveau l'attention sur ce fait : qu'elle existe à l'état permanent dans un certain nombre de localités bretonnes ; cette seule constatation suffira, je l'espère, pour éveiller la vigilance de l'Administration et provoquer, dans le plus bref délai possible, la mise en vigueur de mesures prophylactiques.
Mon rapport était terminé, lorsque, grâce à l'obligeance de M. Monod, directeur de l'Assistance et de l'hygiène publique au ministère de l'intérieur, j'ai eu communication d'un document qui me permettra d'ajouter un épilogue.
C'est un rapport du D"" Pedrono, médecin des épidémies de l'arrondissement de Lorient, adressé au sous-préfet, le 25 décembre dernier. 11 est relatif à une épidémie qui a régné au hameau de Kervran (canton de Port-Louis, Morbihan).
Cette épidémie a commencé le d9 août, et il y a malheu-
reasement lieu de craindre qu'elle ne soit pas terminée.
Le typhus a frappé la famille d'un marinier composée de 10 personnes: le père, la mère, 7 enfants et un petit pâtre en service depuis quelque temps dans la maison. 10 personnes ont été atteintes ; la mère, âgée de cinquante-sept ans, est morte. Deux personnes étaient restées indemnes ; le père et un de ses fils, âgé de vingt et un ans. Ce dernier a donné ses soins aux trois premiers malades pendant les mois d'août, septembre et octobre. Comme il appartient à la classe de 1890, il est appelé au 62' régiment d'infanterie, à Lorient, le 11 novembre. En décembre il devient malade, et MM. les médecins militaires diagnostiquent un typhus exan thématique.
Cette épidémie dérivait directement de celle de l'île Tady, et cette fois la liliation a été établie sans difficulté. Auguste Cado, l'aîné de la famille, était soldat à la 11« section d'infirmiers militaires ; il fut détaché à l'île Tudy pour donner des soins aux typhiques. L'épidémie terminée, il obtint une permission d'un mois et se rendit en conséquence dans sa famille ; le 16 août, il tomba malade ; il fut vu seulement le 19 par un médecin qui constata le typhus exanthématique, et transporté à l'hôpital miUtaire de Lorient le 28 août. Le 3 septembre, sa sœur fut atteinte.
J'ai dit que l'épidémie n'était peut-être pas finie ; le cas d'Auguste Cado, traité à l'hôpital militaire, est resté isolé ; on ne peut pas en dire autant d'un autre qui a été pris dans la famille Cado, celui du petit pâtre Evanno, âgé de dix ans. Cet enfant, atteint vers la fin de novembre, a été transporté chez sa mère, veuve avec quatre enfants, au village de Guerdro-ïïélis, à 3 kilomètres de Kervi'an ; lorsque M. Pedrono le vit, au mois de décembre, il était à peu près guéri,
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mais une de ses petites sœurs, âgée de quatre ans, était atteinte d'une affection non encore caractérisée. Cette affection est singulièrement suspecte. Dans tous les cas, l'attention de l'Administration est éveillée, et il faut espérer que ces foyers seront les derniers et s'éteindront sur place.