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qui ne sont pas au-dessus de nos moyens ; ces causes, le médecin militaire ne doit jamais les perdre de vue dans l'intérêt des hommes confiés à ses soins. L'application des mesures que l'hygiène militaire prescrit aura certainement pour effet de réduire les journées d'indisponibilité et de sauvegarder de précieuses existences chères à la patrie. » Ces opinions me paraissent indiscutables, mais elles l'étaient hier comme aujourd'hui. A-t-on tenu compte des données de l'hygiène scientifique et quels résultats a-t-on obtenus grâce à leur application ? C'est un problème que les éléments fournis par l'histoire sanitaire du 8e hussards ne permettent pas de résoudre.
Le travail de M. Hahn est le début d'une étude historique sur le dernier choléra. Il est fâcheux qu'elle soit incomplète, car elle repose sur des documents nombreux, officiels pour la plupart et peu connus.
M. Hahn étudie l'épidémie de 1884 en France ; pour 1885, il donne seulement des statistiques et une carte.
Sa méthode est irréprochable ; il a consulté presque tout ce qui a été publié : communications à l'Académie, articles de journaux, monographies, thèses. Il recueille des renseignements sans se préoccuper de ceux qui les donnent ; il lui suffit qu'ils aient le caractère de l'authenticité.
« L'insalubrité de la ville est destinée à devenir légendaire. L'édilité et les habitudes, dit M. Hahn, nous reportent à plus d'un siècle en arrière, au temps où le chevalier il'Antrechaus déplorait le mauvais état des rues et se désolait de ne pouvoir y remédier lorsque la peste dépeuplait Marseille et que son arrivée semblait imminente. Dans les vieux quartiers il n'existe pas de fosses d'aisances ; on jette à la voie les eaux ménagères et les matières
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fécales. Si les ruisseaux donnent peu — et c'est souvent le cas en été, — on est saisi à la gorge dans bon nombre de ruelles par des émanations inqualifiables. La municipalité fait laver tous les jours, mais cet arrosage parcimonieux est inutile ; il ne modifie ni l'odeur ni l'aspect ; lors des pluies, les conditions ne sontguèremeilleures : les matières sont entraînées au port dont le fond est formé d'un humus noir et fétide accumulé là par vingt générations. Au mois de mars 1884, on voulut curer la vieille Darse; comme c'était un travail d'Hercule, on recula devant la dépense et on se contenta du dragage superficiel défavorable au point de vue sanitaire, car la vase empestée qu'on retira servit à surélever le sol autour des bâtiments de la Division ». Tel était Toulon en 1884 ; l'analyse que nous ferons plus loin du travail de M. Bertrand sur la dysenterie prouvera qu'il n'a guère changé depuis.
M. Hahn croit à l'importation du choléra par mer ; il •n'est pas éloigné d'incriminer le navire la Sarthe. Son opinion est fortement motivée.
« Le problème de l'importation directe, dit-il, ne sera probablement jamais résolu. On fera bien cependant de ne pas oublier que c'est la première fois depuis 1835 que le choléra envahit Toulon avant le reste de la Provence ; que la maladie se montre sérieusement à Marseille douze jours plus tard, au moment même où un lycéen venant de Toulon y succombe; que c'est ici la première épidémie depuis l'ouverture du canal de Suez, c'est-à-dire depuis que les navires de guerre venant de l'Extrême-Orient arrivent directement à Toulon, depuis que la durée du voyage est diminuée de plus de moitié. Il ne faut pas oublier que le premier malade entre à l'hôpital huit jours après que
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les marins et les passagers de la Sarthe, contaminés au Tonkin et désinfectés, sont débarqués; que le déchargement du navire a commencé le 7 juin aux appontements de Castigneau assez voisins de la Division. »
Le choléra frappa 46 communes du département du Var ; il tua 1,332 individus dont 900 à Toulon; l'année suivante il revint dans le pays passa dans 19 communes, enleva encore 515 personnes dont 378 à Toulon.
A Marseille les conditions n'étaient guère meilleures : « La provision d'eau est suffisante, mais il s'en faut de beaucoup que les sources et les rivières d'où elle est tirée soient irréprochables. Ce sont la Durance, l'Huveaume et la Rose. Les eaux de la première sont chargées de matières organiques dont la filtration les débarrasse difficilement ; l'Huveaume est souillée par les détritus d'Auriol et de Roquevaire, localités dans lesquelles existent de nombreux établissements industriels. Même dans la source de la Rose la mieux captée, la mieux conduite, M. Nicati a trouvé des bacilles virgules ».
Si encore la salubrité de l'agglomération était irréprp chable à tous les autres points de vue ! Mais il y a des quartiers infects, des cloaques dont le voyageur qui parcourt la Cannebière ou le cours Belzunce ne soupçonne pas l'existence.
« Dans bon nombre de maisons les eaux ménagères sont conduites aux éponges ; les éponges sont des tas de cailloux, hauts de 2 mètres, -qu'on place dans les jardins, dans les interstices desquels passent les liquides projetés. Ces filtres grossiers retiennent les parties solides qui se dessèchent et se décomposent au hasard des variations atmosphériques. Près du vieux port, dans une maison
renfermant au moins 200 personnes, les immondices de tous les étages étaient jetés par la cage de l'escalier sur le palier du rez-de-chaussée ; on les enlevait quand il y en avait une provision suffisante, un, deux mètres cubes, par exemple. Sous l'œil paternel de l'autorité municipale, à côté de la Mairie se trouve une cour dont la description paraîtrait chimérique, si on la rencontrait dans une œuvre d'imagination. D'abord les tinettes classiques qui semblaient un peu mieux placées là que dans la rue, puis de chaque étage, de chaque logement tombait en pluie par des gargouilles correspondant aux éviers une sorte de bouillie d'odeur et de couleur indescriptibles. Et l'une des faces de cette dangereuse voirie était occupée par une école de filles ! »
Un lycéen parti de Toulon vint mourir à Marseille le 27 juin : ce fut le début de l'épidémie ; elle enleva 1,777 personnes en 1884.
Les matériaux des autres travaux ont été recueillis au Tonkin ; voyons d'abord celui de M. Moty :
Il est bon de savoir comment se comporte la maladie chez des troupes européennes fatiguées par une laborieuse eampagne dans l'Extrême-Orient. Nos grandes épidémies venaient de ce côté, elles avaient été précédées d'explosions en Chine, au Tonkin, aux Indes. On a dit qu'elles partaient de ce dernier pays, que la propagation se faisait en même temps vers l'Occident et vers l'Orient ; mais on a dit avec une égale apparence de vérité que les foyers de l'Indoustan étaient secondaires, que la maladie avait été apportée là de certains pays bas et marécageux du Tonkin ou du Yunnan. M. Moty a réuni tous les renseignements qu'il a pu pour répondre à ces questions,
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et si la solution n'est pas précise, cela tient à la nature du problème.
Au moment où ce médecin arrive au poste de Phu-lang- Tuong dans les premiers jours de janvier 1886, on était en plein choléra. Phu-lang-Thuong est au fond du Delta, sur la rive du Lang-Thuong qui prend sa source au nord ou près de Lang-Son et descend vers le golfe du Tonkin, où il se jette, aux environs de Haïphong. C'est la partie la plus déclive d'une cuvette, dans laquelle une chaîne de collines élevées empêche l'accès de la brise de mer ; le sol est coupé de rizières, de mares. Malgré ces tristes conditions hygiéniques, ce point avait été choisi comme centre de la 3e brigade par suite de considérations stratégiques. C'est de là que part la route mandarine de Lang- Son ; d'autres communications terrestres joignent cette localité à Dap-Cau et à Bac-Ninh ; par eau on peut descendre à Lam, à Chu et à Haïphong.
L'épidémie avait commencé le 19 août, mais avant son début un certain nombre de modifications de l'état sanitaire permettaient de la considérer comme imminente. Au Tonkin les dysenteries et les accidents palustres, même légers, prennent facilement le caractère algide. Cette propension s'accusa à partir du 10 août ; il y eut des diarrhées cholériformes, des accès de fièvre algide plus graves qu'à aucune autre époque; pas un seul cas cependant ne présenta une physionomie clinique assez nette pour qu'on pût prononcer le mot choléra. Le 19 le doute ne fut plus permis : un homme de la compagnie montée venant de Chu où il avait été traité pour une dysenterie, fut atteint de symptômes cholériques et mourut le lendemain ; l'autopsie révéla une psorentérie étendue de l'intestin
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grêle. Le 19, le 20, le 21, le 22, nouveaux cas. A partir de ce moment, pendant près de 6 mois, les médecins du corps eurent à lutter contre l'épidémie ; il s'en fallait de beaucoup qu'ils fussent dans de bonnes conditions pour le faire. « J'en ai dit assez, observe M. Moty, pour laisser deviner que dans les campagnes hors d'Europe il ne saurait guère être question de médecine, mais d'administration. Abriter, nourrir, protéger et transporter les malades, voilà des difficultés inéluctables, qui absorbent nécessairement les préoccupations de la direction de tout le service sanitaire. » Les médecins se multiplièrent, payèrent de leur personne, firent face parfois à des nécessités de défense. « L'ennemi qui n'a aucune notion des sentiments d'humanité faillit un jour surprendre la pagode Da-maï et montra la nécessité de songer à sa protection. » Il fallait en outre rassurer les hommes; l'isolement s'imposait, mais le faire accepter par des militaires défiants, surmenés, considérant l'hôpital comme un lieu dont on ne sortait plus, c'était une grosse affaire. La mortalité considérable du début avait fortement impressionné l'esprit des troupes, les malades dissimulaient les premiers symptômes et considéraient leur envoi à la presqu'île comme un signe de mort. Un désespéré se jeta dans le fleuve pendant la traversée en sampan, et on eut quelque peine à le ramener en bateau. Sur un effectif moyen de 1,000 à 1,500 hommes, il y eut 484 cas et 338 décès.
Dans l'appendice joint à son mémoire M. Moty aborde la question de l'origine du choléra, cette partie est fort intéressante. L'auteur a dû faire un long travail d'exégèse pour arriver à une conclusion vraisemblable. Les
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archives des missions ne commencent à en parler qu'à partir de 1818. Il y a eu antérieurement des épidémies graves, mais il est difficile de savoir quelle en était la nature ; les documents les désignent par un nom indéterminé : mortalité, peste, grande maladie. On ne peut admettre que le choléra soit toujours désigné par ces termes, car ce n'est pas le seul mal épidémique de ces régions ; la vraie peste, la peste bubonique, s'est montrée à des dates rapprochées de nous au Kouang-si et au Yunnan ; il est probable, presque certain, que plusieurs pandémies anciennes du sud de la Chine et du Tonkin étaient le véritable choléra. Malgré le peu de détails sur les symptômes que donnent les ouvrages des praticiens indigènes, il est possible de le reconnaître ; une légende qu'on dit remonter au quinzième siècle parle d'un proscrit réfugié au Tonkin et que les agents de l'empereur de Chine poursuivaient. On leur dit qu'il était mort, et pour mieux les tromper, on répandit du riz cuit dans la pièce qu'il occupait, parce que souvent les selles présentent cet aspect dans la grande maladie. Pour M. Moty, il existe tous les ans des cas sporadiques dans les provinces méridionales de la Chine. C'est de là que le choléra se répand très loin tous les huit à dix ans, par terre et par mer ; le véritable berceau serait non pas les bords du Gange, mais le Yunnan et les provinces limitrophes.
C'est aussi au Tonkin qu'ont été recueillis les éléments du mémoire de M. Ivert qui a pour titre : D'un nouveau mode de traitement curatif et prophylactique du choléra asiatique. Du bichlorure de mercure considéré comme vaccin chimique et anticholérique. Les observations ont été
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prises dans les ambulances et les hôpitaux du corps expéditionnaire.
« Nous avions déjà, en 1885, assisté à la dernière phase de la terrible épidémie de Lam, dit l'auteur. Au commencement de l'année 1887, nous avons vu le choléra faire son apparition dans la province de Than-Hoa, et partout, toujours, nous avons constaté, sinon l'inefficacité absolue, tout au moins le peu d'efficacité des traitements les plus réguliers et les plus actifs employés tant par nous que par nos différents collègues. Nous caractérisions la situation d'un mot, en disant que le plus découragé des deux c'était, non pas le pauvre moribond, mais bien certainement le médecin appelé à lui donner des soins et qui voyait si rarement le succès couronner ses efforts. »
Lorsqu'en 1887 M. Ivert fut désigné pour prendre la direction de l'hôpital de Nam-Dinh, il y fit les mêmes remarques. En lisant certains articles de bactériologie parus vers cette époque, il fut frappé par une note de l'un des observateurs : le bichlorure de mercure serait de tous les agents employés celui qui détruirait le plus vite et le plus complètement les bacilles virgules. De là à proposer le sublimé comme désinfectant pour les' linges, effets d'habillement, détritus provenant des malades, il n'y avait qu'un pas. Ce fut comme parasiticide que M. Ivert employa d'abord le sublimé. Poussant plus loin ses déductions dans cette voie, il conclut que ce qui servait à l'antisepsie externe pouvait servir à l'antisepsie interne ; qu'il n'était nullement absurde d'espérer atteindre et détruire en partie des microbes pathogènes dans le tube gastro-intestinal. Il donna donc la liqueur de Van Swieten à l'intérieur, d'abord à des cholériques, puis à
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des individus encore indemnes, vivant dans des loyers infectés et qu'il espérait prémunir contre l'invasion des germes. Nous ne le suivrons pas dans les renseignements qu'il donne à propos du mode d'administration et des résultats obtenus, parce qu'ils se rapportent à la clinique et à la thérapeutique plus qu'à l'épidémiologie. De ses conclusions nous croyons pourtant devoir détacher la suivante :
Le bichlorure de mercure absorbé sous forme de liqueur de Van Swieten paraît aller détruire jusque dans les profondeurs de l'économie le microbe pathogène. Bien plus, cet agent administré avant la pénétration du bacille virgule aurait la propriété de faire du corps humain un milieu complètement réfractaire au développement du microbe du choléra. Le bichlorure de mercure paraît donc pouvoir être à juste titre considéré comme le véritable vaccin chimique de cette maladie. On pourrait également, en temps d'épidémie, obtenir l'immunité par des injections hypodermiques de poudre de calomel ou d'oxyde jaune d'hydrargyre qui. par leur transformation lente et permanente en bichlorure maintiendraient, pendant un temps relativement considérable, l'économie imprégnée de cet agent microbicide par excellence.
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