DEUX FOYERS D'ÉPIDÉMIE DE KOUGEOLE
réunis un grand nombre d'enfants aptes à recevoir la contamination rubéolique, plus il y a de rougeoles. Les mesures philanthropiques ont eu pendant quelque temps leur contre-partie sous le rapport sanitaire. L'intention des fondateurs (administrations ou individus) est excellente ; les résultats ne sont pas toujours aussi satisfaisants qu'ils devraient l'être. Si c'est dans les écoles maternelles ou les crèches que se sont créés le plus souvent les foyers épidémiques, on ne peut tirer de là qu'une conclusion: Il faut combattre ces épidémies à leurs foyers mêmes et appliquer à l'inspection médi *,ale des crèches et des salles d'asile les données que nous fournissent les connaissances actuelles sur le mode et l'époque de la transmission rubéolique.
Il y a une trentaine d'années, on croyait qu'elle se produit exclusivement depuis l'apparition de l'éruption jusqu'à la fin de la desquamation. Un peu plus tard, on déclara que la rougeole est contagieuse pendant la période d'éruption et cesse de l'être dès le début de la desquamation. La présence de l'agent contagieux dans le sang, les larmes, les produits delà sécrétion laryngo -bronchique, démontrée par des inoculations nombreuses, fît supposer que la maladie peut être communiquée plus tôt, avant que l'éruption ne paraisse, c'est-à-dire pendant la période d'invasion.
Aujourd'hui, nous savons d'une manière certaine que le maximum d'activité du contage correspond précisément à cette période. A ce moment, plus qu'à tout autre, il suffît de contacts directs ou indirects, rapides, même de quelques minutes, passant inaperçus le plus souvent, pour que la contamination se produise.
Voici en présence de quelles circonstances se trouve le médecin désireux de pousser son investigation un peu plus loin qu'on ne la pousse d'habitude. On lui amène un enfant en pleine éruption, venant d'une salle d'asile. Il s'informe près des parents de l'origine de la maladie. Existe-t-il d'autres cas dans le voisinage ? Y a-t-il eu des rapports avec des enfants atteints de rougeole ? Les parents répondent négativement, insistant même sur l'impossibilité absolue de la contagion ; mais on finit par apprendre qu'à la salle d'asile d'autres enfants avaient les yeux rouges et toussotaient depuis deux ou trois jours, qu'ils on dû rester chez eux.
Ces enfants avaient la rougeole. La directrice de l'asile ne s'en était pas inquiétée, parce qu'ils n'avaient pas fréquenté l'établissement pendant l'éruption et la desquamation, et qu'elle croyait la contagion possible seulement à ces moments-là. En réalité, le premier de ces petits enfants avait communiqué la maladie à plusieurs autres pendant la période d'invasion. La même chose se passe dans les crèches. Un bébé n'est souvent renvoyé qu'après l'apparition de l'éruption; il a eu, lui aussi, tout le temps de créer un foyer d'épidémie pendant l'invasion.
Qui donc était en défaut? Personne. Le médecin signale la rougeole ; la directrice renvoie l'enfant, tout le monde est dans son rôle. Le règlement a été observé et l'épidémie a passé à travers ses imperfections.
Il m'est souvent arrivé à moi-même de voir, à ma consultation, un enfant qu'on avait gardé pas même une heure à partir du moment où l'on avait constaté les premières rougeurs. Malgré cette précaution, cet enfant, j'ai pu m'en assurer, avait contaminé à la crèche ou à la salle d'asile