DEUX FOYERS D'ÉPIDÉMIE DE ROUGEOLE
un ou deux de ses voisins comme il l'avait été lui-même par un autre pris avant lui.
En somme, on redoute l'éruption lorsqu'on la voit poindre à l'horizon, on prend les précautions que la prudence indique, mais la période d'invasion est bien assez longue pour laisser au libre échange des germes contagieux le temps de porter ses fruits.
Il n'est peut-être pas aussi difficile qu'on pourrait le croire de modifier un pareil état de choses. La période d'invasion de la rougeole dure de quatre à cinq jours ; il est certain que si ces enfants étaient éloignés de la crèche ou de la salle d'asile le premier jour, au lieu de l'être le cinquième les chances de propagation diminueraient dans la proportion de 4 à 1 . Cette diminution aurait son retentissement au dehors, car il est démontré que chaque enfant contaminé peut créer à son tour un foyer dans la famille ou dans son voisinage ; l'épidémie scolaire fait tache d'huile et s'étend parfois très loin de son point de départ. J'avais donc raison, en parlant de la fréquence de la rougeole à Paris, d'incriminer les milieux où elle prend souvent naissance et de chercher s'il n'y aurait pas moyen de la combattre efficacement dans ces milieux. Il me semble que ce n'est pas impossible.
Cette nuisible période d'invasion n'est pas si mystérieuse qu'on n'en puisse pénétrer le secret. Un enfant devient brusquement maussade, il a un peu de fièvre, les yeux rouges et larmoyants, il est enchifrené, enrhumé du cerveau, il tousse et est légèrement enroué ; s'il n'a pas eu la rougeole, il y a bien des chances de croire qu'il en est pris. Dès qu'on a relevé ces symptômes, même quelques-uns d'entre eux, il faut le tenir pour suspect et prier les parents
de le garder quelques jours. Quel inconvénient cette absence présente-t-elle ? Aucun. Admettons qu'il ne s'agisse que d'une phlegmasie catarrhale de la muqueuse oculaire, nasale ou respiratoire, l'enfant ne sera-t-il pas dans de meilleures conditions pour être plus tôt guéri à la maison qu'à la salle d'asile? Si aucune éruption n'apparaît au bout de quatre ou cinq jours, on le reçoit de nouveau.
Dans les établissements de la ville où l'inspection médicale est organisée, il n'y a rien de plus facile que de mettre en vigueur les mesures que je recommande. Pour les établissements libres, l'Administration est, je crois, désarmée; il y aurait peut-être lieu d'étudier les moyens de remédier à cette lacune; pour l'instant, je me contenterai de ce que l'on peut faire.
Il serait bon d'établir en principe que les règlements sanitaires des écoles de toute nature devront être soumis à des revisions périodiques. Ce serait une grosse erreur que de vouloir donner un cachet d'immutabilité à des prescriptions basées sur les connaissances nosologiques d'une époque. Celles-ci se modifient et s'élargissent. Il faudrait qu'en hygiène, comme en thérapeutique, chaque notion nouvelle, lorsqu'elle est précise et semble définitive, pût être suivie d'applications immédiates.