LA VULVO-VAGINTTE DES PETITES FILLES
d'hôpital nous conduisit tout naturellement à l'idée de contagion. Je suis persuadé aujourd'hui que cette idée était exacte, et que la transmission d'individu à individu, au lieu de rentrer à titre exceptionnel dans l'étiologie de la maladie, est au contraire un des facteurs les plus ordinaires.
Je me demandai d'abord si cette contagion était possible, si elle était probable, et, après avoir répondu affirmativement à ces deux questions, je donnai à la thérapeutique la même direction que je lui aurais donnée, si la contagiosité eût été depuis longtemps certaine. Le résultat que j'obtins me fut un argument qui est bien près d'avoir une valeur démonstrative.
Une affection isolée se développe dans un milieu hospitalier ; on la traite comme une maladie purement individuelle et non transmissible. Une épidémie se développe ensuite sur place, on est forcé d'admettre qu'elle est contagieuse, on prend les précautions nécessaires pour la protection des sujets sains et tout s'arrête. Il n'est pas nécessaire de faire un grand effort d'imagination pour admettre la contagiosité.
Or, dans les faits que j'ai mentionnés : 1° La contagion était possible.
Il y avait eu négligence de la part des infirmières ; celles qui faisaient le pansement des deux petites filles les premières atteintes, ne se lavaient pas les mains, même lorsqu'elles avaient à s'occuper de soins de propreté pour d'autres enfants. Les mêmes éponges servaient à la toilettedes deuxpetites malades etdes petites filles saines. Le nettoyage des vases de nuit était insuffisant, et on ne prenait aucune précaution pour que le même vase ne servît
pas consécutivement à plusieurs. Les lieux d'aisance étaient construits de telle sorte que les petites filles étaient obligées de s'asseoir sur un siège. Inutile de dire qu'un nettoyage suffisant de ce siège n'était pas fait dans le cours delà journée. Toutes ces conditions étaient excellentes pour la transmission directe.
2° Cette transmission était probable.
A l'entrée des deux enfants, il n'existait pas d'autres cas dans la section des dartreuses où elles furent admises ; les jours qui suivirent immédiatement cette entrée, il n'y eut pas de nouveaux cas ; il fallut environ une quinzaine pour que d'autres enfants fussent prises. Il n'était pas possible de songer à une contamination de lit à lit, puisque les premiers cas étaient à une extrémité de la salle, les seconds à une autre. On ne peut non plus parler d'une endémie développée sous l'influence d'une même cause générale. Il n'y avait pas de vulvo-vaginite dans le service avant l'admission des deux enfants ; il n'y en eut pas après la mise en vigueur des mesures prophylactiques. Les cas se sont suivis à des intervalles courts, irréguliers, mais appréciables. Dans ces conditions, nous sommes, je crois, autorisé à dire que toutes les probabilités étaient en faveur d'une contamination par les mains des infirmières et les objets servant au nettoyage.
Les mesures prises me fournissent un dernier argument décisif. Après chaque pansement, les infirmières furent obligées de se laver très soigneusement les mains avec des liquides antiseptiques ; au lieu d'épongés, on se servit de coton hydrophile qui fut immédiatement détruit; les mêmes précautions antiseptiques furent prises à l'égard des vases de nuit et des cabinets.
LA VULV0-VAG1NITE DKS PETITES PILLES
Ces mesures furent mises en vigueur vers le commencement d'août, et, depuis ce moment, pas un seul cas de vulvo-vaginite ne s'est montré dans le service.
Je crois qu'on peut tirer de ce fait des conclusions pratiques et applicables à tous les milieux dans lesquels se trouvent des enfants en état de réceptivité (crèches, asiles, orphelinats, écoles, etc.).
Resterait, pour être complet, à parler du mécanisme de la transmission et de la nature même du contage. Est-ce une bactérie spécifique ? Les accidents, au contraire, sont-ils dus simplement au développement de l'un des nombreux microbes delà suppuration? Il est impossible aujourd'hui de répondre à ces questions. J'essaie de les résoudre au moyen de recherches expérimentales que je poursuis avec la collaboration de M. Luzet, interne de mon service (1).
(1) Nous avons examiné au point de vue bactériologique, 10 cas de vulvite observés soit à l'hôpital, soit en ville. Sur 5 cas, nous n'avons fait que l'examen microscopique ; les microbes que nous avons rencontrés, situés en partie dans le mucus, en partie dans les leucocytes, étaient des staphylocoques, et des bacilles ressemblant au bacillus subtilis ; dans un de ces cas il existait des diplocoques ressemblant à celui de Neisser, mais si peu abondants, qu'il était difficile d'y voir le seul agent infectieux incriminable.
Les 5 autres cas où des cultures ont été faites, deux fois seulement nous avons pu isoler le staphylococcus pyogenes aureus ; une fois seulement nous avons noté la présence d'une levûre.
Dans tous les cas, le nombre de ces microbes était très restreint .
En résumé, dans les vulvites catarrbales prises au hasard, deux fois seulement nous avons trouvé un microbe pathogène, mais dans toutes il existait des organismes qu'on rencontre dans l'air, et qui ne passent pas pour pathogènes. Eien non plus ne nous autorise à voir, dans les diplocoques que nous avons observés, le microbe considéré par Neisser comme l'agent de la blennorrhagie. La bactériologie seule ne nous donne pas la clef de l'étiologie de la vulvite.