‹ Études d’hygiène publique (volume 3)Chapitre 8 sur 35 · LES VINS EMPOISONNÉS D'HYÈRES · texte numérisé non relu

LES VINS EMPOISONNÉS D'HYÈRES

LA PSKUDO-ÉPIDÉMIE D'HYÈRES. — ANALYSE DES MEMOIRES DE MM. VIDAL, MARQUEZ ET DUBRANDY ; ON REMONTE AUX ORIGINES ET A LA NATURE DES PRINCIPAUX PHÉNOMÈNES CLINIQUES. — CONSTATATIONS NÉCROSCOPIQUES NÉGATIVES. — RESSEMBLANCE DES ACCIDENTS A CEUX QU'ON A OBSERVÉS DANS LES ÉPIDÉMIES D'ACRODYNIE. — L'ACRODYNIE ÉTAIT-ELLE DE L'ARSÉNICISME ?

Vers la fin de l'hiver dernier, une maladie bizarre, avec des troubles digestifs, des exanthèmes sans forme déterminée, des accidents nerveux capables de faire songer à une affection de la moelle épinière, se développait dans une partie de la population d'Hyères ; elle frappait de préférence des ouvriers et des petits employés, semblant épargner les femmes, les enfants et les classes aisées. Comme les premiers cas étaient peu graves, on n'y prêta guère attention; à mesure qu'ils devinrent plus nombreux, la population s'émut, les médecins échangèrent différentes observations au sujet des malades qu'ils venaient de traiter, et, enfin de compte, on reconnut que tous les cas de la prétendue maladie épidémique d'Hyères étaient des cas d'intoxication par l'arsenic.

fl) Rapport sur les communications de MM. Vidal, Marquez et Dubrandy, relatives à l'affaire des empoisonnements d'Hyères (lu à l'Académie de médecine, séance du 6 nov. 1888).

Toute cette affaire a été l'objet d'une enquête juridique et de débats sur lesquels nous n'avons pas l'intention de revenir. En revanche, l'Académie a reçu des documents intéressants au point de vue de l'étude clinique de l'empoisonnement par l'acide arsénieux administré à doses faibles, repétées, dans un produit alimentaire, le vin.

Le 19 juillet, un premier mémoire renfermant l'observation détaillée et très précise d'un des faits en question lui était adressé par M. le D1' E. Vidal (De la similitude des symptômes de iacrodynie et de l'intoxication lente par l'acide arsénieux). Ce travail contient en outre une analyse bien faite et une discussion très serrée sur la nature même de la maladie. Le 21 juillet, l'Académie recevait un autre mémoire de M. le Dr Marquez (Acrodynie et arsénicisme), relatif aux mêmes faits ; enfin, le 14 août, une étude du Dr Dubrandy (Contribution à l'étude de l'empoisonnement chronique par l'arsenic), portant sur une soixantaine de faits, venait s'ajouter aux deux précédents. Tous ces documents ont été renvoyés à une commission composée de MM. Émile Vidal et Auguste Ollivier, rapporteur. C'est au point de vue de ces travaux très détaillés, consciencieux, irréprochables au point de vue clinique, que je vais essayer d'esquisser l'histoire des faits qui se sont passés à Hyères à la fin de l'hiver 1887 et au commencement du printemps de l'année 1888.

L'hiver en question fut froid, rigoureux, accompagné de grippes, dont quelques-unes présentèrent des phénomènes gastro-intestinaux et furent suivies d'un abattement, d'un affaiblissement musculaire plus marqué et plus persistant qu'il ne l'est d'habitude à la suite de l'influenza. A cet égard, la même remarque avait été faite par tous les

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médecins. Lorsque, plus tard, on eut découvert le corpus delicti, tous furent unanimes à déclarer que l'ingestion du vin était probablement pour quelque chose dans les accidents qu'ils avaient auparavant eu l'occasion de noter à diverses reprises. Dès le 8 février, le D1' Vidal donne ses soins à un employé du chemin de fer, présentant les symptômes ordinaires d'un embarras gastrique de moyenne intensité. Ces symptômes s'atténuent sous l'influence du traitement et font place à une diarrhée modérée, mais persistante. Le 4 mars, se montrent sur différents points du corps des taches rouges, prurigineuses, urticariformes et dont la régression ne suit point la marche que suit d'habitude celle des plaques d'urticaire. Pendant tout le mois de mars, différents phénomènes se succèdent irrégulièrement, sans qu'on puisse connaître les connexions pathogènes qu'ils présentent. Ce sont : un catarrhe des voies respiratoires avec sécrétion peu abondante, mais accompagnée de toux spasmodique et d'accès de dyspnée, une inéappétence et une diarrhée persistantes; enfin, le 31 mars, apparaissent les phénomènes paralytiques qui ont existé dans la plupart des cas observés et en ont constitué le caractère le plus frappant, Les jambes sont le siège de différents troubles sensitifs (douleurs, fourmillements, élancements) ; les mains sont prises à leur tour, et, malgré cela, il y a aux membres inférieurs del'hyperesthésie cutanée, à tel point que le contact des draps ne peut être supporté et que le malade est obligé de sortir presque constamment les pieds du lit ; les mouvements sont difficiles, les jambes semblent trop lourdes pour la marche. En présence d'un pareil complexus, M. Vidal arrive à songer à une maladie épidémique, de nature mal connue,

observée à plusieurs reprises, mais particulièrement vers 1830, à Paris et dans les environs, à l'acrodynie. Cette idée le conduisit naturellement à penser à l'alimentation des malades car, malgré l'incertitude qui règne sur la nature de l'acrodynie, malgré le résultat négatif des recherches entreprises aux époques d'épidémie, l'opinion générale qui a toujours persisté relativement à sa nature, c'est que c'était une maladie d'alimentation plus ou moins comparable à l'ergotisme, au lathyrisme et à la pellagre.

Des accidents analogues à ceux qu'a décrits M. Vidal étaient notés par tous les médecins d'Hyères ; ainsi, du 13 février au 3 avril, M. Dubrandy est appelé par des malades qui tous se plaignent de faiblesse musculaire, de fourmillements, d'une douleur des membres inférieurs, parfois assez vive pour les empêcher de dormir .pendant la nuit. Il est probable que, dès le milieu de mars, l'opinion s'était répandue dans le corps médical et même dans la population, que la maladie régnante présentait quelque chose d'anormal, et que, selon toute probabilité, il y avait un élément nocif, inconnu, dans les substances qu'on absorbait d'habitude. L'aspect clinique rappelait si bien une maladie due aux ingesta qu'à une date non précisée, mais certainement antérieure à la découverte de la véritable cause, le D'- Decurgis, soignant plusieurs ouvriers de M. X..., le propriétaire poursuivi plus tard, leur demanda formellement s'ils étaient bien fixés sur la nature du vin qu'ils buvaient. Après leurs protestations unanimes, il abandonna ses soupçons et chercha dans un autre sens.

Ce fut le Dr Charles Roux qui découvrit le premier la véritable cause. Le 4 avril, ce médecin déclarait à la corn-

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