‹ Études d’hygiène publique (volume 3)Chapitre 9 sur 35 · LES VINS EMPOISONNÉS D'HYÈRES · texte numérisé non relu

LES VINS EMPOISONNÉS D'HYÈRES

mission d'hygiène d'Hyères que les accidents rapportés soit à l'acrodynie, soit à des grippes anormales, se développaient exclusivement chez des individus buvant un vin de provenance déterminée. Pour faire une pareille déclaration, il avait fallu que la conviction de l'auteur fût étayée sur des faits si probants, qu'à leur égard toute discussion fût superflue. Il ne s'agissait plus, en effet, d'une opinion scientifique susceptible d'être soutenue ou combattue sans provoquer une vive émotion dans le public. L'opinion de M. Roux contenait une accusation capable de servir de base à une action juridique et d'avoir des conséquences commerciales faciles à prévoir. En fait il y avait eu dans le développement antérieur de la soi-disant épidémie une série de circonstances capables de donner à réfléchir. « Jusqu'au 20 mars, dit le Dr Dubrandy, j'avais toujours supposé que les accidents pourraient bien être d'origine alcoolique et produits par l'usage d'alcools absorbés en nature ou sous forme de vins vinés pris en excès. »

La commission d'hygiène se réunit de nouveau le 16 avril. M. Roux renouvelle son accusation en nommant le propriétaire du chai. « Il expose, dit la relation publiée à l'époque, les principaux caractères de l'étrange maladie qui sévit à Hyères en ce moment, et s'élève contre l'opinion de ceux qui prétendent qu'elle n'est autre chose que la grippe. » Il y a eu, en effet, ajoute-t-il, quelques cas de grippe dans notre ville, mais aucun d'entre eux n'a été observé sur des personnes ayant bu des vins de M. X... Quant aux personnes qu'il traite pour la maladie dont il vient de faire la description, toutes ont usé de ces vins, et c'est à eux seuls qu'elle doit être attribuée. Il termine en

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demandant à ses collègues s'ils ont observé des symptômes semblables à ceux qu'il a constatés.

Cette manière de voir fut appuyée par le Dr Vidal. Il déclara partager absolument les idées émises par son honorable collègue, le D'' Roux. « Depuis quelque temps, dit-il en effet, les nombreux symptômes de l'acrodynie signalés par les auteurs ont été observés dans la population En présence des déclarations de M. Charles Roux

et considérant que l'acrodynie est toujours le résultat d'un état particulier de l'organisme, produit par des aliments de mauvaise qualité, il demande qu'il soit nommé dans le sein du Comité d'hygiène une commission de trois membres chargée de faire une enquête sur les faits développés par M. le DrRoux. » (Hy ères- Journal ,29 avril 1888.)

Cette mesure fut adoptée à l'unanimité. En même temps des échantillons du vin suspect avaient été envoyés pour l'analyse chimique à M. le Dr Sambuc, à Toulon. Le 17 avril, M. Roux recevait de lui une première communication mentionnant qu'il avait trouvé dans certains échantillons jusqu'à 8 centigrammes d'acide arsénieux par litre. Désormais la phase médico-légale va commencer.

La première phase, la seule qui nous intéresse et dont nous avons relaté brièvement les péripéties, va du mois de février au 4 avril; les cas, peu nombreux d'abord, augmentent au point d'éveiller l'attention de l'autorité.

Diverses opinions plausibles sont formulées jusqu'à l'époque à laquelle l'intervention du Dr Roux est décisive. C'est précisément pendant cette phase d'étonnement et d'incertitude qu'ont été observés les phénomènes cliniques les plus frappants de l'intoxication.

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